dimanche 13 avril 2008

Témoignage sur Yao zongxun

Ce texte est issu d'un article écrit par Cui fushan, disciple de Bu enfu et de Yao zongxun. Monsieur Cui, qui habite dans le quartier de Chaoyang à Pékin, a eu le privilège d'étudier sous la direction de deux grands disciples de Wang xiangzhai.
En plus d'un grand gongfu, Cui fushan est un homme d'une grande gentillesse et d'une extrême simplicité. J'en profite donc pour le remercier des précieux conseils qu'il m'a donné ainsi que de l'égard avec lequel il m'a traité lors de chacune de nos rencontres.



Au début des années 80, grace à une introduction de Bu enfu (Maître renommé de lutte chinoise, ancien champion de lutte et de boxe et disciple de Wang xiangzhai), j'eu le privilège d'étudier avec Yao zongxun. Yao avait plus de 60 ans à cette époque. C'était un personnage qui s'habillait simplement, qui marchait et se tenait très droit, qui parlait calmement et qui était très éduqué. Ses yeux étaient comme deux épées affutées. Il avait de grandes connaissances mais était, à la fois, très ouvert d'esprit et affable avec tout le monde. J'ai expérimenté sa gentillesse mais également son coté strict. En ce qui concerne son habilité dans l'utilisation du corps, il était sans égal...


Bu enfu, enseignant à deux de ses élèves.




C'était au début de l'année 1982, je venais juste de terminer mon entrainement au zhanzhuang. Bu enfu et Ao shipeng (un autre disciple de Wang xiangzhai) étaient tous deux présent, lorsque je m'exclamais : "Je ne fais que m'entrainer encore et encore au zhanzhuang, peut être pourrais-je essayer de pratiquer tuishou ? " Yao zongxun, qui venait de donner quelques instructions à des élèves, s'approcha de nous. Bu enfu lui dit alors :" Zongxun, montre un peu le tuishou à Fushan, laisse le sentir un peu de quoi il s'agit." Yao accepta. Il avait plus de 60 ans, il était grand, mince et ne parraissait pas costaud. Moi, j'étais dans ma vingtaine, je faisais de la musculation, j'avais pratiqué le baguazhang, le taijiquan et d'autres formes de wushu. J'avais remporté le tournois de tuishou du district de Chaoyang, reçu des médails aux championnats de wushu technique de Chaoyang et de Pékin et, en plus de tout cela, j'avais étudié avec Bu enfu et possédais un bon niveau de lutte chinoise. Je pensais que Yao zongxun avait été un grand combattant dans sa jeunesse mais qu'il n'avait pas pu garder toutes ses capacités à son âge...





Cui fushan exécute quelques fali




Lorsque nos bras entrèrent en contact, j'eu l'impression qu'il était assez faible. J'ai pensé que si j'utilisais toute ma puissance, le vieil homme ne pourrais rien faire contre moi et j'ai même eu le sentiment que je pourrais le blesser. Mais, avant même que nous eumes commencé quoi que ce soit, Yao, sentant mon hésitation, me dit : "Utilise toute ta puissance, n'hésite pas ! " J'ai alors poussé Yao avec toutes mes capacités mais mes bras ne rencontrèrent rien d'autre que le vide. J'enchainais immédiatement avec une autre série de poussées mais aucune d'entre elles ne trouva de résistance. De plus, je ne pouvais pas contrôler mon corps, me sentant tel un cerf volant après que sa corde ait cassé. J'essayais à nouveau, notant qu'il y avait un arbre derrière le vieil homme. J'ai alors pensé que si je le poussais soudainement et puissamment, Yao ne pourrait s'échapper et heurterait l'arbre. J'ai poussé et, avant même que j'ai pu comprendre quoi que ce soit, mon corps se retrouva tiré violemment vers l'avant au moment même ou Yao esquivait sur le coté, ce qui eut pour effet de m'envoyer contre l'arbre. Dans la panique j'ai fermé mes yeux, m'attendant à me prendre l'arbre en pleine face, et c'est alors que j'ai senti une autre force qui changeait la direction dans laquelle je me dirigeais. J'ai rouvert les yeux et réalisé que j'évitait l'arbre de justesse, ne l'éffleurant qu'avec mes vêtements. J'étais en sueur et je me sentais glacé. J'ai seulement pu dire : "J'ai vraiment eu peur." Yao répondit : "calme toi, ce n'était rien du tout."





Yao zongxun, extrêmement naturel dans son attitude




Je fus alors impressioné, tant par son niveau que par sa morale (Wude : morale issue de l'expérience guerrière). Je lui ai alors dit : "C'est incroyable, je n'aurais jamais attendu ça d'un homme de votre age. Vos mouvements sont tellement libres, naturels et tellement coordonnés que l'on dirait que vous dansez. Vous possédez le plus haut niveau de neutralisation que j'ai jamais ressenti. Maintenant, je peux dire que je sais ce qu'est véritablement le Tuishou." Et puis, j'ai ajouté : "Lorsque je faisais des compétitions de Tuishou, auparavant, j'ai noté qu'il m'était difficile de faire quoi que ce soit lorsque mon opposant m'agripait la nuque." Yao m'a, alors, dit : "Et bien, saisis moi donc ainsi ! "
Lorsque je l'ai saisi, Yao me frappa simplement le bras. Mais cette frappe me déracina et je fis littéralement un demi-tour avant de retomber sur mes pieds." Je lui ai alors demandé : "D'où vient votre puissance ? "
Yao m'a répondu en souriant : " Je ne suis, bien évidemment, pas aussi fort que vous, les jeunes, alors j'utilise simplement tout mon corps de manière coordonnée et puis j'emprunte ta force également." Je lui ai dit : "Je ne comprends pas comment vous faites pour emprunter ma force." Il me demanda alors : "N'as tu jamais fait rebondir une balle ? " Je répondais que si et il me demanda alors quels étaient les 3 caractéristiques d'une force. J'ai répondu : "Quantité, direction et point d'impact." Et Yao ajouta simplement : "Pour étudier l'art martial, il faut beaucoup réfléchir." Je n'oublierai jamais ces mots, j'en ai tiré jusqu'à aujourd'hui de grands profits.



Cui fushan et deux de ses élèves devant la tombe de Yao zongxun