lundi 28 décembre 2009

Force interne...



En français, on fait souvent référence à l'expression "force interne" pour désigner la force produite par une personne possédant un bon gongfu. Mais en quoi cette expression se justifie-t-elle ? Comment une force, produite par une action physique, peut-elle être "interne" ? Et surtout, en quoi celle-ci se différencie-t-elle de la force classique, externe donc, par opposition ?

Toute action physique et tout mouvement volontaire sont produit par un travail conjoint du corps et de l'esprit. C'est l'esprit qui démarre le processus en "envoyant l'information" qui commande alors telle ou telle action physique. Mais, bien plus encore, l'esprit continue à jouer un rôle important pendant l'action puisqu'une même action peut être réalisée de bien des manières différentes.
Dans l'art martial, ce que l'on entends par "interne", n'est ni plus ni moins que "l'introspection" permettant de réaliser un mouvement "correcte", c'est à dire répondant à certains critères d'efficacité, selon le but recherché...





Travail subtil particulièrement impressionnant de Seigo Okamoto sensei du Daitoryu





L'introspection demeure dans toute pratique corporelle lorsque l'on souhaite accéder à un niveau supérieur de maîtrise. Ainsi, les danseurs, les comédiens, les acrobates et les sportifs de haut niveau se doivent tous de travailler une certaine forme d'introspection lorsqu'il souhaite affiner leur geste et l'améliorer de manière précise et sélective.

De même, dans l'art martial, on retrouve ce type de travail dans les tradition des différentes civilisations à des époques éparses. Dans l'excellent "Croiser le fer, violence et culture de l'épée dans la France moderne (XVI - XVIIIe siècle)", on peut lire ces quelques lignes ponctuées de citations d'ouvrages du Sieur Labat, plutôt explicites :


La quête de cette harmonie du corps et de l'esprit fonde l'escrime, car elle met en scène une somme de règles physiologiques, imperceptibles, que seul l'exercice volontaire et discipliné permet de découvrir. A sa manière, le corps de l'escrimeur - comme la grande aventure scientifique du siècle qui vient de s'écouler - est un ciel à découvrir. "Vous n'ignorez point que tout ce qui se fit dans la nature, soit par le mouvement des astres ou des hommes, ne se peut faire que par des accords, ou par l'harmonie des corps qui les composent. Cela étant, comment peut-on faire un exercice sans cette unité ? C'est elle qui soutient également les hommes et les empires." Expérimentale, l'art de bien tirer les armes rejoint un art de l'introspection, où le retour sur soi s'impose pour vaincre un adversaire, toujours moins redoutable que soi même. Fort judicieusement, l'écolier remarque : "Je comprends peu à peu que les difficultés des sciences et des arts ne paraissent dans leur étendue qu'à proportion que l'intelligence en approche, qualité que les gens d'exercice devraient rechercher." L'enveloppe charnelle devient le vecteur, l'outils relais qui doit signifier le travail de la volonté sur les organes et donner à voir une harmonie entre le corps et l'esprit.

Ainsi, le travail du corps, de l'esprit et de ce qui les unis tous deux constitue l'approche la plus complète de l'art martial et permet un développement de l'individu en accord avec sa nature propre.

En général, la pratique de l'art martial traditionnel est, d'ailleurs, clairement lié à 3 grands buts :

- La protection de notre vie et de celle d'autrui.

- La protection et le développement harmonieux de notre état de santé physique et mental.

- Le développement harmonieux et l'intégration de notre personne dans l'environnement qui nous entoure.

La première de ces motivations constitue le coeur de la pratique pour l'auto-défense, souvent la première impulsion. La seconde représente une dimension moins actuelle en occident de nos jours, mais qui fut jadis une des plus grandes raisons à la pratique et à l'étude de l'art martial : la santé. La troisième et dernière des "grandes motivations" est clairement liée à une recherche spirituelle.





Travail du sensei minoru Akuzawa tel qu'enseigné dans son école, l'Aunkai




L'idée de "force interne" est souvent définie comme une force "non musculaire". Or, s'il est bien difficile d'imaginer qu'un mouvement, quel qu'il soit, puisse être produit sans l'intervention des muscles qui relient les différentes articulations et permettent au corps de bouger, on peut en revanche concevoir une utilisation différente de ceux-ci. Cette utilisation différente du corps "sans effort" est le propre des nouveaux nés, ce qui laisse à penser qu'elle est liée à une certaine forme d'instinct.

Laozi (Daodejing, 55) avait déjà noté en son temps : "Celui qui possède une vertu solide ressemble à un nouveau-né qui ne craint ni la piqûre des animaux venimeux, ni les griffes des bêtes féroces, ni les serres des oiseaux de proie.
Ses os sont faibles, ses nerfs sont mous, et cependant il saisit fortement les objets.
Il ne connaît pas encore l'union des deux sexes, et cependant certaines parties (de son corps) éprouvent un orgasme viril. Cela vient de la perfection du semen..."






Introduction au zhanzhuang par Lam kam chuen et son maître, Yu yongnian, disciple de Wang xiangzhai




Revenir à cette façon d'utiliser notre corps n'est pas chose aisée, puisque nos acquis annihilent notre inné. Une méthode précise d'entrainement conjoint du corps et de l'esprit est alors nécessaire pour retrouver ce naturel et se défaire de toutes ces "mauvaises habitudes".

C'est alors que différentes méthodes sont abordables, relevant de pédagogies différentes mais allant vers un même but.
Le yiquan constitue l'une d'entre elle, qui plus est, probablement une des plus simple...



mercredi 4 novembre 2009

Historique du yiquan selon Wang xiangzhai



Le texte qui suit est une traduction de la préface du premier ouvrage publié par Wang xiangzhai, "La véritable voie du yiquan" (Yiquan zhenggui). Rappelons qu'à l'époque où il fut publié, dans les années 20, le maître Wang xiangzhai n'avait pas encore créé sa propre école et enseignait le Xingyiquan.
Cette préface apporte quelques points intéressants sur la transmission orale concernant l'origine historique de cette boxe.

L'art du combat est une voie (Dao), il est donc difficile de trouver les mots pour en parler. Le shijing (classique de la poésie) parle déjà de la "bravoure dans la boxe" (quan) et le classique des rites parle du jiaoli, une forme de lutte au corps à corps. Ces deux sources constituent l'origine historique de l'art du combat. Sous les Han, Hua Tuo créa le jeu des cinq animaux (wuqin zhi xi) qui contenait déjà l'essence de l'art du combat. Ceux qui parvinrent à exceller dans cette pratique étaient fort peu nombreux si bien qu’elle finit par disparaitre. Pendant la dynastie Liang, Bodhidharma (Damo) vint en extrême orient, puis il commença à prendre des disciples et à leur enseigner les soutras ainsi qu'une façon d'exercer leur corps. Par l’observation de la nature et des animaux, il mit finalement au point la méthode de « purifier la moelle et transformer les muscles en tendons » (xisuiyijinfa), qui fut à l’origine du Yiquan également appelé Xinyiquan (心意拳). Comme beaucoup de ses disciples pratiquaient le combat, ils firent la renommée de Shaolin. Yue Wumu Wang (Yue fei) fit une synthèse des différentes écoles de l'art martial de son époque et créa la "boxe enchainée des cinq techniques"(五技连拳 wuji lianquan) ou "séparation des mains en cinq techniques" (五技散手 wuji sanshou) ou bien encore "mains emmèlés en cinq techniques" (五技撩手 wuji liaoshou), appelé de nos jours Xingyiquan (形意拳).








Yuejia sanshou, techniques de saisi de la boxe de Yue fei transmise de nos jours






Par la suite, le pays fut en période de paix. Un élan de pratique du wen (la culture) au détriment du wu (l'art martial) commença. Comme ceux qui excellaient dans l'art martial ne s'étaient attiré que de grands malheurs de par leur bravour au combat, les lettrés finirent par s'en détourner. C'est ainsi que, des profondes connaissances dans l'art martial qu'il y avait à l'époque, l'histoire n'a pratiquement rien retenu. Cette situation est restée telle quel pendant une longue période. Ceux qui maitrisaient les arts martiaux s'en cachaient, se retiraient dans les campagnes et n’osaient pas se faire connaitre en tant que tel. Ainsi, les pratiquants des périodes postérieurs ont perdu de nombreuses connaissances. Pendant la dynastie Qing, les frères Dai de Taiyuan excellaient dans l'art martial. Ils transmirent leur savoir à Li Luoneng du district de Shen dans la provine du Zhili (actuel province du Hebei). Beaucoup d'élèves ont reçu l’enseignement du maître Li. Parmi eux, il y avait Guo Yunshen, du même district. Guo Yunshen enseignait le Xingyi. La base de son enseignement, par laquelle on débutait la pratique, était la "posture du pieu" (zhan zhuang). Il eux beaucoup d'élèves mais peu d’entre eux réussirent à comprendre son enseignement. Monsieur Guo disait souvent que "N'importe qui peut apprendre et que n'importe qui peut transmettre".








Démonstration de jiangwu par le maître Han xingqiao, disciple de Wang xiangzhai. La danse de la boxe, apparue sous les Tang, était pratiqué par les lettrés.





Je suis originaire du même endroit que Monsieur Guo, nos familles avaient des relations d’amitié. Appréciant mes dispositions, il a accepté de m'enseigner ce qu’il y avait de plus important à ses yeux. De nos jours, les étudiants aiment ce qui est différent et ce qui sort de l’ordinaire. Ils ne savent pas que la véritable méthode conduisant à la grande voie réside dans l’ordinaire et le quotidien et, de ce fait, négligent ce qui est sous leurs yeux. C'est ce qu'exprime subtilement le dicton « la Voie (dao) demeure près des hommes et pourtant, ceux qui veulent connaitre la voie s'éloignent des hommes".
Je ne cherche pas à devenir célèbre, comme c'est le cas pour la plupart des gens, de nos jours. Ceux-là ne recherchent pas la vérité mais une célébrité infondée qui leur apportera du profit. Ils ne veulent pas la connaissance et se contentent de recopier de vieux textes érronés pour en tirer profit, remplissant des pages d’absurdités, transmettant des mystifications et parlant de choses imaginaires. Rien n’est cohérent, ce qui a pour conséquence de plonger leurs élèves dans une brume épaisse, les rendant dans l'incapacité de distinguer le vrai du faux.
"Les personnes ordinaires et dépourvues de connaissance ne peuvent considérer avec respect la voie du saint homme". Comme c'est malheureux !
Comment rendre la voie limpide afin d'en faire profiter les hommes ? Je me retrouve souvent à y réfléchir au beau milieu de la nuit...
Je n'ai peut être pas de dispositions particulières pour l'écriture, mais j’affectionne particulièrement la voie de l'art martial. Les instructions que j'ai reçu à son sujet lors de mon apprentissage quotidien méritaient d’être consignés par écrit. Elles sont de grande valeure et peuvent être profitables à tous. Je me dois donc de ne pas être égoïste et souhaite que ceux qui partagent ma passion puissent également en tirer profit. Ainsi, la publication de cet ouvrage ne sera pas chose vaine. Il en va de même pour la présente préface...



samedi 31 octobre 2009

Interview d'orlando Cani (deuxième partie)


Suite de l'interview, traduite de l'anglais, du fondateur de la gymnastique naturelle, ou "bioginastica". Mestre Orlando Cani nous parle de sa préparation des athlètes au combat...


La respiration est la clef. Le combattant doit complêtement maîtriser l'utilisation de son diaphragme. Souvent, lors d'une attaque, un combattant retient sa respiration alors qu'il devrait expirer l'air qu'il a dans les poumons. Il doit le faire afin de se débarrasser du CO2, toxique pour les cellules de son corps et pour éviter de se contracter et de produire de l'acide lactique. Lors d'un combat, l'athlète qui veut alors réagir ne le peut pas car son corps est dominé par l'acide lactique. Si on pousse ce processus à l'extrême, on va vers le tétanos, une maladie infectieuse caractérisée par une rigidité musculaire ainsi que des spasmes toniques qui ammène parfois jusqu'à la paralysie respiratoire et la mort. Donc, lorsque le corps arrête de nourrir le cerveau avec de l'oxygène, le combattant oublie tout ce qu'il a appris pendant toute ses année de pratique. Il y a alors une page blanche dans son cerveau et il oublie tout. Moi, j'essaie de leur enseigner à respirer correctement, à se concentrer, à se calmer lors du combat.

Q : Alvaro Romano se déclare créateur de la gymnastique naturelle, qu'avez-vous à dire à ce propos ?

O C : Alvaro Romano fut mon élève pendant 13 ans. C'est avec moi qu'il a appris la "gymnastique naturelle". Lorsqu'il est arrivé chez moi, il ne savait rien. Il était sur le point d'abandonner la faculté d'éducation physique et était vraiment en mauvaise condition. Il a commencé à pratiquer le yoga et la gymnastique naturelle avec moi et, après 13 ans, il a soudainement disparu sans jamais donner de nouvelle. Je ne sais pas ce qu'il s'est vraiment passé puisque je n'ai jamais eu l'occasion de discuter de cela avec lui. Je n'en avais aucune idée, jusqu'à ce que j'apprenne par un ami qu'il avait publié un article dans un magazine où il disait avoir créé la méthode de la "gymnastique naturelle". J'ai été très choqué ! Il était comme un fils pour moi. J'avais même fait deux vidéos sur la "gymnastique naturelle" que j'avais tourné avec lui. Quelque temps après, je me trouvais à un grand congrès où je devais faire un cour sur la "gymnastique naturelle" et quelques heures avant le début de mon cours, j'ai reçu un arrêté officiel de la justice m'interdisant d'utiliser ce nom car il était désormais une marque déposée par alvaro Romano ! J'étais écoeuré ! C'est pour cela que, depuis, j'utilise le nom de "Gymnastique Orlando Cani" (Orlando Cani gynastica) ou celui de "bio gymnastique" (bio ginastica). J'ai été profondément déçu.






Extrait du DVD "ginastica natural for fighters" d'Alvaro Romano




Q : Comment avez-vous connu Rickson Gracie et quand ?

O C : Rickson avait eu de bon retours sur ma méthode de travail et vint me voir à mon académie pour travailler avec moi. C'était en 1986 et ça a duré jusqu'en 1988. En 1989, il vivait déjà à Los Angeles et m'avait invité à diner avec ma femme, ce fut un très bon moment.
A cette époque, je ne faisais pas payer les athlètes qui voulaient s'entrainer avec moi et un jour, après qu'il fut allé aux Etats Unis pour y donner un séminaire avec Rorion et d'autres membres de sa famille, invité par l'acteur américain Chuck Norris, il me ramena deux magnifiques sabres japonais authentiques que je pourrais utiliser dans mes formes de kempo. A cette époque j'avais un bokken made in China. C'était vraiment un beau cadeau. En m'offrant les sabres, Rickson a fait un discour qui m'a beaucoup touché et dans lequel il disait qu'il était vraiment reconnaissant pour ce qu'il avait appris avec moi.

Q : Comment était Rickson comme élève ? Quelle était son attitude ? Etait-il doué ? A quelle vitesse et à quelle profondeur a-t-il étudié ? Qu'est ce qui l'intéressait en particulier ? Combien de temps a-t-il étudié sous votre direction ?

O C : Rickson Gracie était le meilleur élève que j'ai eu. C'est lui qui a le mieux assimilé le processus. Il est très sérieux et possède une profonde concentration. Il me regardait et m'écoutait et ce que je disais le pénétrait alors jusqu'à faire partie de lui. Il assimile en profondeur, c'est très impresssionant.
Après 2 ans à étudier avec moi, il m'a presque fait pleurer par un geste qu'il a eu et qui m'a beaucoup touché. Il m'a dit : "Aujourd'hui, vous allez rester assis et c'est moi qui vais faire le cour." J'ai alors cru qu'il allait littéralement s'envoler, tellement ce qu'il a fait était parfait, surtout son calme. Mon travail est très intensif : debout - au sol, debout - au sol..., il n'y a pas de bon ou de mauvais positionnement, c'est le mouvement. Pour moi, le mouvement c'est la vie, c'est l'action, c'est l'énergie.

Q : Quelle genre de technique les combattants veulent-ils apprendre avec vous ?

O C : Surtout la concentration et la respiration correcte pendant un combat. C'est vraiment intéressant et si subtile que l'on peut vaincre un adversaire juste en percevant sa respiration. (NDR : les combattants que forme Orlando Cani sont surtout des athlète de MMA qui pratiquent beaucoup de combat au sol). C'est du au fait que lorsque l'on retient sa respiration, on est plus faible et que l'on est fragile au moment où l'on inspire. Les animaux respirent en permanence, l'homme est le seul animal qui retient sa respiration, c'est un processus inconscient. Nous devons donc dominer le processus de la respiration pour ne pas perdre la concentration et l'énergie.
La "respiration naturelle" s'exécute essentiellement au sol, ce qui stimule le processus naturel d'une respiration et d'un mouvement correcte. Mais il ne s'agit là que d'une partie de mon travail car j'ai également de nombreux enchainements debout créés sur la base du taiji et des mouvements d'animaux couplés à la concentration.







Démonstration d'un enchainement libre de la Bioginastica, notez la respiration ventrale naturelle dans l'exécution des formes animales




Q : Ce que vous avez enseigné à Rickson Gracie, comment l'utilise-t-il dans un combat ? Comment cela se traduit-il au combat ?

O C : Concentration, respiration et conscience corporelle. Un athlète ne peut improviser sans conscience corporelle. Maintenant il peut improviser à un niveau plus élevé parcequ'il est très fort dans son jeux. Rickson est très concentré dans ses combats, il détruit ses adversaire rien qu'avec son regard. Bien sur, il est humain et peut donc commettre des erreurs mais même lorsque c'est le cas, il est tellement concentré et dans ce qu'il fait qu'il a la capacité de récupérer aussitôt. C'est très important car il faut bien se dire que la défaite est une possibilité. Lorsque l'on combat un adversaire de haut niveau, on fait des erreurs et on s'expose aussi. Rickson a une vraie habilité à récupérer de ses erreurs, parcequ'il étudie toujours bien ses adversaires et essentiellement aussi parcequ'il a une grande conscience corporelle.







Entraînement personnel de Rickson Gracie





Q : Vous et Rickson avez été séparé quelques années. Comment l'évaluez-vous après toutes ces années ? Pensez-vous qu'il continue d'utiliser ce que vous lui avez appris ?

O C : Oui, il a gardé la plupart de ce que je lui ai appris. Maintenant, nous pouvons développer plus de sensibilité. Dans les aspects de la motricité et surtout de la psycho-motricité. A ce jour, il est capable de développer à un haut niveau l'aspect psycho-moteur dans la relation muscles - système nerveux. A la fin de mon cour, la dernière fois que nous nous sommes vu, il a dit qu'il comprenait mieux maintenant la conscience corporelle. Comme c'est un athlète très impliqué dans tout ce qu'il fait, la dernière fois que je l'ai vu, c'était encore plus facile de travailler avec lui et son assimilation était encore plus rapide et intense.




samedi 24 octobre 2009

Interview de Wang xuanjie



Le texte qui suit est extrait d'une interview du maître Wang xuanjie, publiée dans le magazine chinois Jingwu en novembre 2004. J'en ai traduit des passages que j'ai trouvé particulièrement intéressants...

Question : Entre "Esquiver le plein et attaquer le vide" et "Frapper là où c'est plein, pas là où c'est vide", quelle est la méthode juste ?

Wang xuanjie : Quel que soit l'art de combat que l'on pratique, au combat, il faut utiliser "Esquiver le plein et frapper le vide" comme principe élémentaire. En revanche, lors d'un combat, ce qui est vide se transforme en plein et se qui est plein redevient vide, le vide et le plein alternant et se succédant en permanence : Lorsque l'on attaque une partie vide de l'adversaire, on l'oblige à bouger et celle-ci devient pleine. Suivant le même principe, en s'attaquant à sa partie pleine, celle-ci deviendra vide. C'est pourquoi, le principe utilisé en dachengquan est celui dit de "frapper le plein, pas le vide", car finalement, il revient au même que le premier principe évoqué.





Wang xuanjie en posture "bouclier et lance"




Q : Dans le "traité du dachengquan" (dachengquanlun), le maître Wang xiangzhai parle de "double appui" (shuangzhong). De quoi s'agit-il ?

WXJ : Le double appui est une notion récurrente pour le pratiquant de l'art martial chinois. En peut le séparer en deux problèmes majeurs : le double appui des bras et le double appui des jambes. Le double appui des bras se manifeste lors de l'exercice du tuishou double, lorsque la force est également répartie dans les deux bras. Lors du fali, il sera difficile d'adapter son action aux mouvements adverses.
Le double appui des jambes se manifeste en tuishou ou en combat, lorsque, par exemple, les deux jambes ne se partagent pas le vide et le plein et que le centre de gravité du corps se retrouve entre les deux appuis. La posture est stable mais non vivante et il est difficile de bouger.







Exercice de déplacement mocabu par le maître Wang xuanjie





Q : Certaines personnes semblent très forte en tuishou mais n'arrivent pas à mettre leur capacités en application au combat. A quoi cela est-il du ?

WXJ : Cela est du à une mauvaise compréhension du sens de l'exercice tuishou. Les personnes qui ont ce problème pratiquent le tuishou d'une manière mécanique, en d'autre termes, elles font tuishou pour faire tuishou ! Si l'on pratique cet exercice de cette manière, il n'apporte rien et ne permettra jamais de l'emporter face à un pratiquant de sanshou expérimenté ou même face à une personne qui pratiquerait par ailleurs la boxe ou la lutte !

Q : Les personnes pratiquant la lutte (shuaijiao) ou la boxe peuvent-elles également pratiquer zhanzhuang comme complément ?

WXJ : La boxe et la lutte sont des pratiques exerçant au combat. Le zhanzhuang pratiqué au sein du dachengquan est l'exercice de base d'une boxe chinoise. Si un boxeur ou un lutteur pratique cet exercice, il en retirera des bénéfices certains. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, en leur temps, les lutteurs Zhang kuiyuan et Li ziming, le lutteur et boxeur Bu enfu et d'autres champions étaient venu l'étudier auprès de Wang xiangzhai.







Quelques techniques de duanshou





Q : Certaines personnes disent que le dachengquan n'est autre qu'une synthèse entre le zhanzhuang et la boxe anglaise. Qu'en pensez-vous ?

WXJ : C'est une mauvaise compréhension du dachengquan. Le dachengquan a sa propre méthode d'entrainement et la boxe anglaise possède une autre méthode d'entrainement. Ces deux méthodes sont très différentes et pas vraiment compatible. Le dachengquan inclu certaines frappes issues de la boxe anglaise mais qui possèdent tout de même leur spécificités...


lundi 12 octobre 2009

Interview d'orlando Cani (première partie)


Le texte qui suit est issu d'une traduction, que j'ai effectué à partir d'une interview d'orlando Cani, publiée par Gong Kakutougi plus en juillet 2001. Peu connu en Europe, ce brésilien est le fondateur de la "bioginastica" (biogymnastique), une méthode de développement et d'entretient du corps apparentée au yoga dynamique et basée sur l'imitation animale. Pendant de nombreuses années, il utilisa le nom, plus connu, de ginastica natural (gymnastique naturelle) avant qu'alvaro Romano, un de ses élèves, ne le fasse enregistrer comme "marque déposée", s'en proclamant alors le créateur...

Question : Ou êtes-vous né ?

Orlando Cani : Je suis né dans l'état de Santa Catarina, dans le sud du Brésil, le 29 novembre 1925.

Q : Pouvez-vous nous parler des exercices, mouvements et techniques que vous enseignez ? De quoi s'agit-il ? A quoi ça sert ? Est-ce différent du yoga ? Les avez-vous développé vous même ou bien vous ont-ils été enseigné par des maîtres ?

O C : Je suis diplomé de l'université en éducation physique, spécialisé dans le yoga. Lorsque j'était adolescent, j'avais démarré l'étude des arts martiaux : jiujitsu, judo et capoeira. A l'age de 20 ans, j'ai pratiqué le jiujitsu sous la direction d'helio Gracie et le judo avec le maître japonais Ogino, récemment arrivé du Japon et qui ne parlait pas un mot de portugais à l'époque. Ogino est très connu au Brésil et il doit bien avoir 85 ans aujourd'hui. Je crois qu'il est 10e dan de judo. J'ai également essayé le karate pendant un moment. Après ça, j'ai commencé à pratiquer la gymnastique et la natation. J'ai remporté le championnat de Rio de gym et natation olympique et j'ai commencé à enseigner ces disciplines. A 21 ans, j'était parachutiste dans l'armée et j'ai commencé à pratiquer le pentathlon en fédération militaire, j'ai remporté le championnat du monde 2 fois. J'adorait le sport !

Lorsque j'avais 29 ans, j'ai découvert le kalaripayat, art martial dont le nom signifie "champs de bataille". C'est un art très ancien, vieux de plus de 2000 ans, et il est toujours pratiqué dans deux monastères en Inde, l'un au nord et l'autre au sud du pays. On y enseigne également une technique de massage particulière que j'ai cherché à apprendre dans des livres et que j'ai commencé à appliquer sur des athlètes. C'est basé sur des pressions de doigts, un peu comme le shiatsu, on presse les tendons et les muscles pour libérer l'energie accumulée pendant l'entrainement. Je l'applique avant et après l'entrainement pour libérer les tensions qui se sont accumulées localement.





Le kalaripayat, pratique guerrière et spirituelle ancestrale (2e siècle av J.C)




Avec le kalaripayat, j'ai découvert le taiji. Ce fut un coup de foudre pour le kalaripayat et j'ai tout abandonné pour m'y consacrer. Puis j'ai compris que l'expression corporelle était essentielle dans la vie de tous les jours. Tout ce que l'ont fait y est relaté. Lorsque nous sourions, c'est une expression corporelle. Ce n'est pas ce que pensent les gens, du genre "maintenant imaginez que vous êtes un arbre, et maintenant un rocher..." L'expression corporelle, c'est le mouvement spontané et naturel. Les animaux y sont en permanence et l'être humain, lorsqu'il travail, l'est aussi. Donc, la danse est arrivée ainsi dans ma vie. Je n'ai pas été la rechercher dans une académie mais plutot, j'ai commencé à étudier les mouvements de danse et de leur trouver des similarités avec l'art martial. L'art martial, en essence, c'est une chorégraphie, une danse, l'expression de mouvements. On peut les exécuter pour attaquer ou pour se défendre ou pour donner du plaisir à celui qui les pratique en ressentant un bien être physique ou psychique.

Avec la base du yoga, j'ai compris que l'extension et la fléxibilité sont deux des principes les plus important de l'art martial. L'essentiels de ces principes sont issues du yoga.

Donc, ensuite, j'ai commencé à mélanger la fléxibilité, l'extension, le yoga, le taiji, le kalaripayat, la danse, l'expression corporelle et j'ai commencé à rechercher le mouvement du corps. C'était il y a 33 ans. De cette synthèse, j'ai développé mon propre système, conu sous le nom de système Cani, biogymnastique ou gymnastique naturelle, la dernière n'étant, en fait, qu'une petite partie de mon système.




Démonstration et explications d'orlando Cani dans son académie



Avec la biogymnastique, je suis capable d'entrainer un sportif de n'importe quelle discipline. J'ai même quelques acteurs qui viennent prendre des leçons chez moi. J'adapte mes cours en fonction de l'élève. Si c'est un combattant, je travaillerai plus sur les besoins primaires, le système psychomoteur, le développement de l'explosivité et de la rapidité par la fléxibilité et l'extension. Je lui donnerai la concentration et la relaxation. La base de mon système est la respiration.
...

Avant le jeux olympiques en 1996, j'ai travaillé deux années avec le coach de l'équipe de volley féminine du Brésil Bernardinho et avec l'équipe du Brésil. Avant les jeux olympiques de Sydney, j'ai préparé shelda Adriana, 4 fois championne du monde de beach volley et médaille d'argent à Sydney. Para Guilherme, champion du monde de beach volley, s'est aussi entrainé sous ma direction.



Orlando Cani, à l'age de 72 ans



Q : Quel genre d'exercice donnez-vous aux pratiquants d'arts martiaux ?

O C : J'ai développé des séries basées sur l'instinct animal. Le tigre, le singe, le serpent, l'aigle essentiellement. Il n'est pas necéssaire d'utiliser tous les animaux, mais les félins sont particulièrement intéressant à étudier car ils utilisent leurs quatres pattes, comme l'homme dans l'art martial. Nous développons l'instinct, le regard et les sensations liées à la respiration, laquelle est naturelle chez l'animal mais pas chez l'homme. L'animal, lui, utilise sa fléxibilité d'une manière naturelle. J'applique également des massages avant les exercices, de manière à libérer l'énergie qui est accumulée dans le corps, ce qui permet, par la suite, à l'athlète de bouger d'une manière spontanée. Je m'efforce de faire développer à l'athlète son instinct animal au travers des mouvements d'animaux. Le combattant utilise alors les mouvements d'animaux, non pas pour les imiter, mais plutot pour apprendre à ressentir comme un animal. C'est la façon que j'ai de développer la créativité d'un combattant. Lorsqu'il combat, il doit le faire d'une manière naturelle, spontanée et créative : Ainsi, il pourra surprendre son adversaire. La concentration est un point crucial en combat. A chaque fois qu'un combattant pense à ce qu'il doit faire, il perd du temps et de la concentration et, finallement, diminue sa créativité. Mais, encore plus que cela, le processus de réflexion dans un combat va engendrer des tensions physiques. Ce processus peut stresser le combattant, lui faisant produire trop d'adrénaline et, finalement, perdre de l'énergie. J'essaie d'équilibrer les émotions d'un combattant, de lui faire respirer correctement de façon à ce qu'il puisse trouver cet équilibre entre ses énergies physiques et émotionnelles, se concentrant alors uniquement sur le combat. J'aime expliquer aux athlètes ce processus en détails, de façon à ce qu'ils comprennent ce que nous faisons.


(A suivre...)

mardi 6 octobre 2009

Yangsheng : L'art de nourrir le principe vital (deuxième partie)


A partir de la dynastie Song, les textes sur l'alchimie taoïste parlent du yangsheng comme d'un travail d'entretient mutuel du xing et du ming (xingming shuangxiu / 性命双修 ).

Dans son ouvrage "Traité d'alchimie et de physiologie taoïste", dont le contenu majeur est une traduction du "Weisheng shenglixue mingzhi" (Explications claires sur la physiologie et l'hygiène) de Zhao bichen, catherine Despeux nous éclaire sur les notions de xing et de ming :

"Le caractère xing est formé de la vie (sheng) et de la clef du coeur. Il désigne la nature propre, l'essence de l'être. Le ming est le destin que le ciel a fixé pour l'homme, le lot de vie qui lui est alloué à la naissance, c'est aussi l'être considéré dans l'espace et le temps. On pourrait ici reprendre la terminologie de Heiddeger et traduire ces deux termes par l'être et l'étant. Selon Granet, le xing est la manifestation verticale de l'individu, et le ming sa manifestation horizontale dans l'espace."




Xingming guizhi, naissance de l'embryon





Dans le "Recueil des principes essentiels sur le xing et le ming" (xingming guizhi), ouvrage taoïste datant du 17e siècle, il est dit (traduction catherine Despeux) : "Corps, esprit et pensée forment les trois familles. Lorsqu'elles se rencontrent, l'embryon est parachevé. Essence, souffle et énergie spirituelle sont les trois origines. Lorsqu'elles retournent à l'un, le cinabre est accompli. Pour ramener les trois à l'un, il faut être dans la quiétude et l'esprit vide."




Mi jingke, posture bouclier et lance



Mi jingke, une disciple de Wang xiangzhai, parle dans son ouvrage "Dachengquan shiyong xueshuo" de l'importance de "l'oublie de soi" et de "l'entrée en quiétude" pour que la pratique soit bénéfique - deux expressions issues du bouddhisme chan - ce qui n'est sans rappeler les nombreux liens existant entre les deux courants religieux à travers l'histoire de la Chine : L'idée "d'embryon" taoïste existe également dans le bouddhisme chan dès le 8e siècle de notre ère sous le nom "d'embryon saint" et le xingming guizhi le rapproche de la notion de Dharmakaya, la nature de bouddha que chacun possède en soi.

Le zhanzhuanggong thérapeutique, lui, a été développé dans les années 50 par Wang xiangzhai et certains de ses disciples, en collaboration avec plusieurs hôpitaux et instituts de recherche en médecine, notamment les instituts de recherche en médecine de la ville de pékin et de la province du Hebei.




Wang yufang, enseignant le zhanzhuang à une personne paraplégique





Des résultats très positifs sur de nombreuses affections avaient été constaté après une pratique régulière du zhanzhuang. Entre autres, des cas d'hypertension artérielle, d'hépatite chronique, d'hémiplégie, de polyarthrite ou bien encore de neurasthénie et autre affections psychiques avaient, à l'époque, été traité par le zhanzhuang et suivi dans les différentes étapes de la pratique par des médecins et chercheurs. Une amélioration de l'état de santé général, souvent caractérisé par un retour de l'appétit et du sommeil fut constaté lors des premières semaines, voir des premiers jours. Une action sur la production de globules blancs par l'organisme fut également constaté (augmentation de la production ou diminution et stabilisation, selon les cas).

Madame Wang yufang, fille cadette de Wang xiangzhai, publia de nombreux ouvrages sur le sujet, "yiliao tiyu huibian, hunyuan jianshen fa" (Recueil de textes médicaux et sportifs, méthode de renforcement corporel du chaos primordial) est le plus complet. On y trouve les différents écrits et méthodes d'entrainement de son père ainsi que ses propres écrits, dont les "31 postures du yiquan", qui est une version plus complète des 24 postures standardisées par Wang xiangzhai et Yu yongnian.






Conférence de Wang yufang sur le zhanzhuanggong




La pratique du yangsheng dans le yiquan / dachengquan fut donc orienté vers une utilisation en tant que méthode de recouvrement de la santé. Son fondement étant "l'entretient du principe vital" (yangsheng), que l'on retrouve parfois dans certains textes moderne sous l'expression "protéger le principe vital" (weisheng).

Mais, dans son ouvrage "shenyiquan, yangshenggong" (la boxe de l'intension divine, travail d'entretenir le principe vital, le maître Li jianyu, disciple direct de Wang xiangzhai, explique que le zhanzhuang est une pratique de recherche du mouvement dans l'immobilité, prenant naissance dans l'esprit et ayant des répercussion, tout d'abord, sur le corps puis, par la suite, jusqu'à l'extérieur du corps.

Ce qui nous rappelle l'origine du yangshenggong, bien plus qu'une pratique de santé...





mardi 29 septembre 2009

Yangsheng : L'art de nourrir le principe vital (première partie)

L'enseignement de Wang xiangzhai, aujourd'hui appelé yiquan ou dachengquan, fut fondé sur la base des différentes recherches qu'il avait entrepris toute sa vie durant. Ces recherches, portées sur la tradition chinoise antique, l'amenèrent à créer une méthode de développement de l'individu en accord avec sa nature intrinsèque. Il enseigna cette méthode, le zhanzhuanggong, en l'assimilant à une forme antique de yangsheng (travail de nourrir le principe vital).
Dans son texte intitulé "zhanzhuanggong" (le travail de la posture du pieu), il en parle en ces termes :

"La posture du pieu (zhanzhuang) est une des formes antiques de l'art de "nourrir le principe vital" (yangsheng) de mon pays.
Il y a plus de 2000 ans, le Classique de l'ésotérisme de l'empeur jaune (Huangdi neijing) parlait déjà en ces termes : " ... Dans les temps anciens, il existait des hommes capables de comprendre les mystères du ciel et de la terre. Des hommes qui avaient saisi les principes du yin et du yang, de la respiration du souffle vital, capables de préserver leur esprit en solitaire, de ne faire qu'un de tous leurs muscles. Ils pouvaient, ainsi, vivre aussi longtemps que le ciel et la terre ... "
Plusieurs centaines d'années plus tard, ce type d'exercice n'était plus qu'un moyen utilisé par les pratiquant de l'art martial pour travailler leurs bases."





Yangshengzhuang, par le maitre Wang xiangzhai




Si Wang xiangzhai cite le "Huangdi neijing" comme premier ouvrage à parler de cet art de préserver la vitalité, le terme yangsheng, pour sa part, est employé dans divers textes antiques taoïstes. Le "Zhuangzi", un des corpus classique du taoïsme datant du 3e siècle, y fait référence dans son chapitre 3, intitulé "yangshengzhu" (L'essentiel sur l'entretien du principe vital).

Dans un texte intitulé "Les procédés de nourrir le principe vital dans la religion taoïste ancienne" (Journal asiatique, 1937), Henry Maspero, nous en parle en ces mots :

"Comme c'est le Souffle Originel et non le souffle externe qu'il faut faire circuler à travers le corps, et que sa place naturelle est à l'intérieur du corps, il n'y a pas besoin de le faire entrer et de le retenir avec effort comme faisaient les anciens : pas de rétention du souffle, fatigante, et dans certains cas nuisible. Mais il ne s'ensuit pas que faire circuler le souffle soit chose facile ; au contraire, cela exige un long apprentissage. "Le souffle interne... est naturellement dans le corps, ce n'est pas un souffle qu'on va chercher au-dehors ; (mais) si on n'obtient pas les explications d'un maître éclairé (tous les essais) ne seront qu'une fatigue inutile, jamais on ne réussira" (Taiqing Wanglao (fuqi) chuan koujue, Daozang, 569)."

Ce travail de nourrir le principe vital (yangsheng) n'est autre que l'origine de l'alchimie interne taoïste (neidan).




Alchemical Tripod

Symbole taoïste, le vase tripode alchimique



Le but de cette alchimie, dans la tradition taoïste, est de transcender l'être humain et d'atteindre l'immortalité. Cette immortalité est vue, dans les mythes populaires chinois, comme le stade suprême que seuls arrivent à atteindre les être supérieurs. En réalité, elle représente l'étape spirituelle ultime de la régression prônée par le taoïsme et qui doit permettre un retour au stade primitif de fonctionnement de l'être humain, lorsqu'il est enfin détaché de tout conditionnement...

(A suivre...)

lundi 28 septembre 2009

Wang shangwen, le successeur...

Parmi les disciples de Wang xuanjie, Wang shangwen est, de nos jour, un des plus respecté pour son haut niveau de gongfu ainsi que pour sa personnalité affable. Pratiquant du bouddhisme Chan, tout comme le fut son maître, la renommée de cet expert est à l'échelle du pays et l'on trouve, parmi ses élèves, des professeurs réputés de différentes boxes chinoises.

Le maître de Wang shangwen, Wang xuanjie, fut certainement le premier à diffuser l'école de Wang xiangzhai en occident. La solide réputation qu'il s'était faite dans le milieu de l'art martial à Pékin avait fait de lui un personnage crains et respecté. Ses publications en anglais furent nombreuses et appréciées des premiers pratiquants de cette école à une époque où il était difficile de se procurer des informations sérieuses sur cette boxe. La boxe qu'il enseignait était issue de sa propre expérience, laquelle s'appuyait sur son apprentissage auprès de plusieurs experts réputés : Yao zongxun, puis Li yongzong et Yang demao, tous trois disciples du fondateur, avant d'avoir accès à l'enseignement de Wang xiangzhai en personne au milieu des années 50...




Wang shangwen et son maître, Wang xuanjie, dans les années 80




Wang xuanjie enseignait le dachengquan, "la boxe de la grande réalisation", nom donné à l'école de Wang xiangzhai dans les années 40 en référence aux nombreux styles chinois qui y avaient été "synthétisé". Il y avait, en outre, apporté sa touche personnelle par une approche circulaire, peut être en référence à la discipline qu'il maîtrisa en premier : la lutte chinoise.

Nombreux furent les disciples de Wang xuanjie et le nombre d'élèves occidentaux ayant pratiqué sous sa direction est d'ailleurs impressionnant. La plupart de ceux-ci se souviennent de Wang shangwen comme d'un "jeune disciple particulièrement assidu", qui s'entrainait sans relâche, même lorsque les autres se reposaient, n'ayant cesse de se perfectionner...

Aujourd'hui, l'enseignement de Wang shangwen est orienté sur l'aspect martial de la pratique. La progression qu'il propose est des plus classique : zhanzhuang, shili, mocabu, shisheng et tuishou. Les shili pratiqués sont épurés au maximum pour ne se concentrer que sur les six directions de force en double et simple main. Le travail d'encaisser les coups y est également présent et la spontanéité du mouvement est abordé dans l'exercice de la danse, lorsque diverses techniques ont été apprises (notamment zhiquan, zuanquan, piquan, zaiquan).





Un disciple de Wang shangwen encaissant une frappe de l'auteur




Les capacités martiales du maître Wang shangwen ainsi que ses capacités de pédagogue ne sont plus à démontrer et avaient d'ailleurs séduit de nombreux pratiquant lors de ses différentes venues en France. Son enseignement insiste particulièrement sur le travail du yi (l'intention) permettant d'exprimer le jingshen (l'esprit) spontanément lors du combat, une des caractéristiques de l'école créée par Wang xiangzhai.






Wang shangwen, enseignant cet été à Hangzhou



L'été dernier, un groupe d'élèves français a pu apprécier les différentes qualités de ce personnage haut en couleur qui a fait preuve de sa gentillesse habituelle en nous accueillant d'une manière exceptionnelle. Je le remercie encore personnellement pour sa grande générosité ainsi que pour l'amitié qu'il m'accorde depuis maintenant 5 ans...



mercredi 16 septembre 2009

Témoignage sur Wang xiangzhai : Li jianyu (deuxième partie)


Suite de l'extrait du livre "Shenyiquan, yangshengong", du maître Li jianyu : La fille de Li jianyu nous parle de l'apprentissage de son père avec Wang xiangzhai...

Selon les dires de mon père, Wang xiangzhai était extrêmement exigeant vis à vis de ses disciples. Certains d'entre eux se faisaient parfois même insulter par le maître. A ceux qui ne comprenaient rien à son enseignement et pesistaient dans l'erreur, il disait, furieux : "Tu as déjà vu une vache grimper à un arbre ? Et bien cette vache, c'est toi ! "

A un autre disciple, particulièrement maladroit, il avait dit, très en colère : " Tu sais labourer un terrain ? "

Le disciple : "oui, maître."

Et maître Wang xiangzhai : " Et bien rentre chez toi et laboure donc ton terrain ! Je suis fatigué d'enseigner à un tel imbecile."






Photo du groupe d'élèves de Wang xiangzhai prise en 1946, Li jianyu au 2e rang, 2e en partant de la gauche. Wang xiangzhai au centre avec la nonne bouddhiste, maître Qianxiao, à sa droite.





Il y a un célèbre adage du gongfu qui dit "Ce n'est pas le disciple qui choisi le maître mais le maître qui choisi son disciple". Et bien cette phrase est entièrement vraie. Ce n'est pas facile de se faire remarquer par son maître. Le yiquan n'est pas comme les autres écoles de boxe chinoise, il n'y a pas d'enchainements de beaux mouvements impressionants et distractifs. Si il n'y a pas eu un temps véritablement consacré au travail de base du zhanzhuang, il n'y aura aucun moyen de connaitre "La forme relaché et l'intention tendu" (xing song, yi jin) que l'on trouve au sein de la véritable voie de l'art martial ainsi que la réaction de "n'importe quel point sur le corps devient comme un ressort" (quanshen wudian bu tanheng) que cela produit. Ainsi, apprendre cette boxe est véritablement difficile, il faut être capable de développer cette volonté d'encaisser sans broncher (en chinois : manger amer) lors de l'apprentissage et surtout, ne pas être pressé d'atteindre les résultats recherchés. Pour celui qui manque d'intelligence, les mystères de cette voie seront difficiles à percer, c'est pourquoi celui qui pratique cette boxe doit impérativement avoir à la fois "l'esprit simple de l'idiot et l'intelligence de l'homme supérieur" (chihan de jingshen, chaoren de zhihui). Ce qui revient à dire que pour percer dans l'art, il faut être capable d'encaisser le pire du pire, être mu d'une extrême tenacité et avoir l'intelligent nécessaire à la compréhension. En somme, une personne très complète.





Le maître Li jianyu à l'age de 73 ans, shili en déplacement




Au tout début de son apprentissage, mon père vit qu'il y avait parfois des élèves avancés souhaitant entrainer les nouveaux, ce qui était en fait un pretexte pour les utiliser comme cible. Il avait bien vite compris ce jeux et ne se laissait pas faire. Un jour, Wang xiangzhai vit cela et dit alors à tout le groupe : " Qui d'autre veut encore l'ennuyer ? Viens mon garçon, je vais t'apprendre à te servir des deux mains à la fois, rentres avec moi à la maison." A partir de ce jour, les railleries furent terminées et mon père allait régulièrement "manger à la cantine" chez son maître.




Li jianyu et son maître Wang xiangzhai, instigateur du Yiquan/Dachengquan, en 1958 à Pékin




Pendant son apprentissage, mon père n'a jamais oublié la notion de "droiture martiale" (wude). Il respectait son maître et ses ainés comme s'ils étaient ses propres parents. Lorsque Wang xiangzhai eu la soixantaine, il tomba gravement malade alors qu'il vivait à Tianjin. En apprenant cette nouvelle, mon père commença à penser à son maître avec le coeur gros. Finallement, il pris sa bicyclette et fonça vers Tianjin, effectuant le chemin qui les séparait d'une traite, pédalant pendant 6 heures d'affilées. Affaibli par la maladie, Wang xiangzhai pris la main de mon père dans la sienne et lui murmura qu'il devait continuer à pratiquer le yiquan, le diffuser et le représenter, en ajoutant que le principal était le yangshen, et que le combat était son complément (yangshen wei zhu, jiji wei fu). Puis il lui dit qu'il devait chercher à comprendre les subtilités et la profondeur de cette voie et que le gongfu ne devait pas se perdre.


Célèbre artiste peintre en Chine, le maître Li jianyu vit encore aujourd'hui à Pékin. Disciple de Wang xiangzhai pendant plus de 20 ans, il est agé de 86 ans cette année et continue à pratiquer le yiquan en mettant un point d'honneur à respecter ce que son maître lui a enseigné : "Principalement le yangshen, le combat étant en complément"...

vendredi 11 septembre 2009

Témoignage sur Wang xiangzhai : Li jianyu (première partie)


Le texte qui suit est traduit d'un passage du livre "shenyiquan, yangshengong" (La boxe de l'intention divine, travail de nourrir le principe vital), écrit par le maître Li jianyu. Dans un chapitre, écrit par la fille de Li jianyu,on peut entrevoir l'expérience de l'enseignement du fondateur du yiquan, le grand maître Wang xiangzhai, vu par son disciple.


Il y a quelques années, alors que je m'était rendu au parc Beihai avec mon père pour y pratiquer, je lui avait demandé comment il en était arriver dans le milieu du yiquan et sa réponse avait été la suivante :

Dans les années 30, il y avait un grand gaillard au visage basané qui s'appelait Hong lianshun. Il vivait, à cette époque, au centre d'arts martiaux de la caserne militaire de beiyang. Il pratiquait plusieurs écoles et était très fort pour le dahongquan.
Ce monsieur était réputé dans le cercle des amateurs d'arts martiaux pour ses profondes connaissances qui lui valaient un très bon gongfu.






Extraits d'une video de Li jianyu, produite aux Etats-unis




Une de ses connaissances lui avait dit un jour : "Ton gongfu est très bon, mais il y a une personne qui pratique le dachengquan du nom de Wang xiangzhai. Son gongfu est vraiment excellent et je ne pense pas que tu arriverais à l'égaler."

- A cette époque, le yiquan était ainsi nommé. L'idée de "dacheng" (la grande réalisation ou bien la grande compilation) étant de mettre en évidence la diversité des écoles que Wang xiangzhai avait réuni après ses périgrinations du nord au sud du pays. Ce nom ayant, par la suite, été utilisé par Zhang yuheng dans un article, Wang xiangzhai n'avait pu que l'accepter. Bien que l'idée n'avait pas été la sienne, le nom de dachengquan était donc resté. En revanche, Wang xiangzhai disait souvent à ses disciples : "L'étude de l'art martial (quanxue) est sans limite, comment pourrait-il donc y avoir un grand accomplissement ! ". C'est donc après la mort du maître que ses proches élèves ont décidé de réutiliser le nom de yiquan, le yi jouant une place prépondérante dans cette école, afin d'honorer la mémoire de leur maître. -

Hong lianshun, assez mécontent, ne pensait plus qu'à le rencontrer pour le tester et finit par se faire conduire chez lui.



Le maître Hong lianshun



Wang xiangzhai vit arriver chez lui un monsieur grand et imposant. Il lui demanda alors quelles étaient les capacités que sa pratique lui avait confié.

Hong lianshun répondit : "Je peux casser une brique en deux avec le tranchant de ma main."

Et Wang xiangzhai lui dit alors qu'il avait des briques dans son arrière cour et qu'il voudrait bien voir cela.

Hong fit sa démonstartion et cassa la brique nette d'un seul coup. Wang xiangzhai lui dit alors : "Pas mal. Mais ce gongfu n'est que partiel. Essaie de me frapper au ventre pour voir si ça marche autant."

Hong lianshun prévint alors Wang : "Puisque c'est vous qui me demandez de frapper, je n'irai pas de main morte ! "

Et Wang xiangzhai lui dit : " N'ai aucune crainte, tu peux y aller."

Hong lianshun attaqua alors d'un coup rapide, prévenant Wang après avoir démarré, et se fit tout de même projeter en arrière. Non satisfait, il voulu essayer à nouveau avec la technique Hubuzi (une technique du tigre en xinyiquan, très puissante). Wang xiangzhai lui répondit simplement qu'il n'y avait aucun problème.

L'attaque fut encore plus puissante et rapide. Hong fut, cette fois-ci, projeté sur le sofa, le brisant en atterissant dessus.

Wang xiangzhai lui dit alors : " Tous mes fauteuils t'attendent, si tu veux les briser ! " Hong se releva alors tout secoué et Wang lui dit que son gongfu était excellent et qu'il maitrisait parfaitement la technique hubuzi. Le grand gaillard se prosterna devant Wang xiangzhai et lui amena tous ses disciples pour qu'ils en fassent de même.

A l'époque, au environ de la place Tian'an men, il y avait un petit espace de verdure avec un arbre et Hong lianshun y pratiquait tous les matins. Il répétait à tous ceux qui l'interpelaient : "N'apprenez pas avec moi, mon gongfu est loin d'être accompli. Il y a un monsieur qui s'appelle Wang xiangzhai et qui pratique le dachengquan dont le gongfu est vraiment excellent. Si vous voulez apprendre, je vous emmène chez lui."

Mon père pratiquait les arts martiaux depuis son enfance et travaillait à cette époque à la banque centrale de dongjiao. Tous les matins, lorsqu'il se rendait au travail, il passait devant l'endroit où s'entrainait Hong lianshun et le trouvait très intriguant. Un jour, il s'arreta et lui dit : "Je souhaiterais apprendre. Pourriez-vous m'y emmener ?"

Hong l'ammena alors à Wang xiangzhai. C'était dans le quartier ouest de la vieille ville (xicheng), dans la ruelle qui s'appelle kuache (kuache hutong). A cette époque, maître Wang avait déjà pris Yao zongxun pour disciple et les cours avaient donc lieu dans la cour carrée (siheyuan) de Yao. Elle se trouvait tout près de la résidence du célèbre peintre Qi baishi. Cette cour carrée était assez grande et maître Wang avait donc décidé d'y enseigner à un groupe d'élèves chaque semaine à heure fixe. C'est ici que se présentèrent mon père et le grand Hong.





La résidence de Qi baishi à kuache hutong, de nos jours




Le maître vit arriver un jeune huimin (minorité chinoise musulmane) de 17 / 18 ans, habillé en costume et chaussures à l'occidentale, de petite taille mais au regard déterminé. Très heureux, il lui dit : " Bon, va pratiquer avec les autres."

Dans la cour, se trouvaient quelques disciples. Certains étaient en train de chercher à se déstabiliser mutuellement, poussant et frappant, dans l'exercice du tuishou. D'autres travaillaient des postures totallement immobiles.




Le maître Li jianyu, à l'age de 20 ans




Le maître Wang mit mon père dans une posture en le corrigeant sur divers points et lui dit : "Pratiques donc cette posture."

A ce moment, mon père ne savait pas encore qu'il s'agissait du zhanzhuang (posture du pieu), le travail de base du dachengquan. C'est ainsi qu'il démarra donc le long et lent travail du zhanzhuang et qu'il pénétra donc le monde profond du yiquan.

(A suivre...)