lundi 12 octobre 2009

Interview d'orlando Cani (première partie)


Le texte qui suit est issu d'une traduction, que j'ai effectué à partir d'une interview d'orlando Cani, publiée par Gong Kakutougi plus en juillet 2001. Peu connu en Europe, ce brésilien est le fondateur de la "bioginastica" (biogymnastique), une méthode de développement et d'entretient du corps apparentée au yoga dynamique et basée sur l'imitation animale. Pendant de nombreuses années, il utilisa le nom, plus connu, de ginastica natural (gymnastique naturelle) avant qu'alvaro Romano, un de ses élèves, ne le fasse enregistrer comme "marque déposée", s'en proclamant alors le créateur...

Question : Ou êtes-vous né ?

Orlando Cani : Je suis né dans l'état de Santa Catarina, dans le sud du Brésil, le 29 novembre 1925.

Q : Pouvez-vous nous parler des exercices, mouvements et techniques que vous enseignez ? De quoi s'agit-il ? A quoi ça sert ? Est-ce différent du yoga ? Les avez-vous développé vous même ou bien vous ont-ils été enseigné par des maîtres ?

O C : Je suis diplomé de l'université en éducation physique, spécialisé dans le yoga. Lorsque j'était adolescent, j'avais démarré l'étude des arts martiaux : jiujitsu, judo et capoeira. A l'age de 20 ans, j'ai pratiqué le jiujitsu sous la direction d'helio Gracie et le judo avec le maître japonais Ogino, récemment arrivé du Japon et qui ne parlait pas un mot de portugais à l'époque. Ogino est très connu au Brésil et il doit bien avoir 85 ans aujourd'hui. Je crois qu'il est 10e dan de judo. J'ai également essayé le karate pendant un moment. Après ça, j'ai commencé à pratiquer la gymnastique et la natation. J'ai remporté le championnat de Rio de gym et natation olympique et j'ai commencé à enseigner ces disciplines. A 21 ans, j'était parachutiste dans l'armée et j'ai commencé à pratiquer le pentathlon en fédération militaire, j'ai remporté le championnat du monde 2 fois. J'adorait le sport !

Lorsque j'avais 29 ans, j'ai découvert le kalaripayat, art martial dont le nom signifie "champs de bataille". C'est un art très ancien, vieux de plus de 2000 ans, et il est toujours pratiqué dans deux monastères en Inde, l'un au nord et l'autre au sud du pays. On y enseigne également une technique de massage particulière que j'ai cherché à apprendre dans des livres et que j'ai commencé à appliquer sur des athlètes. C'est basé sur des pressions de doigts, un peu comme le shiatsu, on presse les tendons et les muscles pour libérer l'energie accumulée pendant l'entrainement. Je l'applique avant et après l'entrainement pour libérer les tensions qui se sont accumulées localement.





Le kalaripayat, pratique guerrière et spirituelle ancestrale (2e siècle av J.C)




Avec le kalaripayat, j'ai découvert le taiji. Ce fut un coup de foudre pour le kalaripayat et j'ai tout abandonné pour m'y consacrer. Puis j'ai compris que l'expression corporelle était essentielle dans la vie de tous les jours. Tout ce que l'ont fait y est relaté. Lorsque nous sourions, c'est une expression corporelle. Ce n'est pas ce que pensent les gens, du genre "maintenant imaginez que vous êtes un arbre, et maintenant un rocher..." L'expression corporelle, c'est le mouvement spontané et naturel. Les animaux y sont en permanence et l'être humain, lorsqu'il travail, l'est aussi. Donc, la danse est arrivée ainsi dans ma vie. Je n'ai pas été la rechercher dans une académie mais plutot, j'ai commencé à étudier les mouvements de danse et de leur trouver des similarités avec l'art martial. L'art martial, en essence, c'est une chorégraphie, une danse, l'expression de mouvements. On peut les exécuter pour attaquer ou pour se défendre ou pour donner du plaisir à celui qui les pratique en ressentant un bien être physique ou psychique.

Avec la base du yoga, j'ai compris que l'extension et la fléxibilité sont deux des principes les plus important de l'art martial. L'essentiels de ces principes sont issues du yoga.

Donc, ensuite, j'ai commencé à mélanger la fléxibilité, l'extension, le yoga, le taiji, le kalaripayat, la danse, l'expression corporelle et j'ai commencé à rechercher le mouvement du corps. C'était il y a 33 ans. De cette synthèse, j'ai développé mon propre système, conu sous le nom de système Cani, biogymnastique ou gymnastique naturelle, la dernière n'étant, en fait, qu'une petite partie de mon système.




Démonstration et explications d'orlando Cani dans son académie



Avec la biogymnastique, je suis capable d'entrainer un sportif de n'importe quelle discipline. J'ai même quelques acteurs qui viennent prendre des leçons chez moi. J'adapte mes cours en fonction de l'élève. Si c'est un combattant, je travaillerai plus sur les besoins primaires, le système psychomoteur, le développement de l'explosivité et de la rapidité par la fléxibilité et l'extension. Je lui donnerai la concentration et la relaxation. La base de mon système est la respiration.
...

Avant le jeux olympiques en 1996, j'ai travaillé deux années avec le coach de l'équipe de volley féminine du Brésil Bernardinho et avec l'équipe du Brésil. Avant les jeux olympiques de Sydney, j'ai préparé shelda Adriana, 4 fois championne du monde de beach volley et médaille d'argent à Sydney. Para Guilherme, champion du monde de beach volley, s'est aussi entrainé sous ma direction.



Orlando Cani, à l'age de 72 ans



Q : Quel genre d'exercice donnez-vous aux pratiquants d'arts martiaux ?

O C : J'ai développé des séries basées sur l'instinct animal. Le tigre, le singe, le serpent, l'aigle essentiellement. Il n'est pas necéssaire d'utiliser tous les animaux, mais les félins sont particulièrement intéressant à étudier car ils utilisent leurs quatres pattes, comme l'homme dans l'art martial. Nous développons l'instinct, le regard et les sensations liées à la respiration, laquelle est naturelle chez l'animal mais pas chez l'homme. L'animal, lui, utilise sa fléxibilité d'une manière naturelle. J'applique également des massages avant les exercices, de manière à libérer l'énergie qui est accumulée dans le corps, ce qui permet, par la suite, à l'athlète de bouger d'une manière spontanée. Je m'efforce de faire développer à l'athlète son instinct animal au travers des mouvements d'animaux. Le combattant utilise alors les mouvements d'animaux, non pas pour les imiter, mais plutot pour apprendre à ressentir comme un animal. C'est la façon que j'ai de développer la créativité d'un combattant. Lorsqu'il combat, il doit le faire d'une manière naturelle, spontanée et créative : Ainsi, il pourra surprendre son adversaire. La concentration est un point crucial en combat. A chaque fois qu'un combattant pense à ce qu'il doit faire, il perd du temps et de la concentration et, finallement, diminue sa créativité. Mais, encore plus que cela, le processus de réflexion dans un combat va engendrer des tensions physiques. Ce processus peut stresser le combattant, lui faisant produire trop d'adrénaline et, finalement, perdre de l'énergie. J'essaie d'équilibrer les émotions d'un combattant, de lui faire respirer correctement de façon à ce qu'il puisse trouver cet équilibre entre ses énergies physiques et émotionnelles, se concentrant alors uniquement sur le combat. J'aime expliquer aux athlètes ce processus en détails, de façon à ce qu'ils comprennent ce que nous faisons.


(A suivre...)