samedi 3 décembre 2011

Que reste t il de l'enseignement de Wang xiangzhai ?


Wang xiangzhai a quitté ce monde il y a maintenant bientôt 50 ans.
Ce sont ses disciples directes, très nombreux dans les années 30 et 40, qui ont pu transmettre son enseignement jusqu'à nos jours et ces derniers ne sont aujourd'hui plus qu'une poignée.

Aussi sommes nous en droit de nous poser cette question : L'art que nous a légué le maitre-fondateur du Yiquan / Dachengquan serait-il en train de disparaitre petit à petit ?

Des divergences de point de vue ayant déjà créé des séparations et des tensions du vivant du maître-fondateur, celles-ci n'ont fait qu'empirer à sa mort. C'est une des raisons pour laquelle notre génération a hérité d'un enseignement si difficile à appréhender.




Le maître Yao zongxun, enseignant le zhanzhuang



Et si de nombreux pratiquants se regroupèrent officiellement autour de l'enseignement du maître Yao zongxun dans les années 80, on peut constater que c'est finalement la personnalité du maître Wang yufang qui permis une certaine cohésion parmi les représentants du Yiquan / Dachengquan jusqu'aujourd'hui.

Au cour de ces dernières années, madame Wang yufang a pris sous son aile de nombreux disciples du Yiquan / Dachengquan en leur donnant souvent une légitimité dans leur transmission et en leur enseignant, par ailleurs, son haut niveau de compréhension de l'art martial et de l'art de soigner.







Madame Wang yufang,très précise dans ses mouvements, enseignant l'art martial de son père aux fils du maitre Guo guizhi dans les années 80




La France eut, d'ailleurs, le privilège de pouvoir recevoir son enseignement de manière directe il y a plusieurs années lorsqu'elle dirigea une série de stage sur l'invitation de Monsieur Jean-luc Lessueur. Malheureusement, gravement blessée pendant la révolution culturelle, ses capacités physiques avaient été amoindries et c'est surtout son témoignage oral que les élèves français intéressés par l'art martial ont pu recueillir.

Aujourd'hui, la transmission de l'art du maître Wang xiangzhai a passé plusieurs générations et, bien que certaines personnes aient encore le privilège d'étudier sous la direction de disciples directes du fondateur, ce sont essentiellement des maîtres de la troisième ou quatrième génération qui continuent de diffuser cet art. Or, les interprétations personnelles s'étant succédées au fils du temps, le Yiquan / Dachengquan d'aujourd'hui ne ressemble parfois plus beaucoup à celui des origines...

Certains jeunes maîtres montrent tout de même des dispositions intéressantes et enseignent de manière plus ouverte que ce ne fut le cas pour les générations précédentes...






Le jeune expert Yao yue, petit-fils du maître Yao zongxun



Finalement, les maîtres d'aujourd'hui ont en commun le noyau dur de l'art de Wang xiangzhai.
Aussi, bien qu'ils enseignent tous de manière différente, il est possible de retrouver cette très riche base commune pour celui qui sait regrouper au lieu de diviser !







dimanche 16 octobre 2011

Yangsheng : L'art de nourrir le principe vital (4e partie)


Pour bien comprendre le lien qui unit l'art martial, l'art de longévité et la spiritualité en Chine, il est nécessaire de se référer aux textes de l'antiquité ainsi qu'aux fragments connus de la culture proto-chinoise (culture Shang et Zhou).

En parlant du Daodejing (Tao Te King) de Laozi (5e siècle av J.C.), dans son livre "Le monde chinois", Jacques Gernet explique :

"De nombreux passages laissent soupçonner le recours à des pratiques magico-religieuses qui sont probablement beaucoup plus anciennes. Comme l'a souligné Marcel Granet, le point de départ chez les penseurs taoïstes n'est pas philosophique mais religieux. Le but était de conserver et d'accroitre sa puissance vitale par le recours à des disciplines alimentaires, respiratoires, sexuelles, gymniques et sans doute déjà alchimiques, dont l'ensemble répondait au terme de Yangsheng ("nourrir le principe vital")... Toutes ces techniques, mieux connues à partir des Han, semblent avoir été le privilège d'écoles de magiciens (Wu) qui sont attestées dès la plus haute Antiquité."

Il ajoute :

"C'est sur cette base de traditions magiques et sous l'influence des autres courants de pensée, mais en opposition absolue avec eux que parait s'être développée la philosophie Taoïste."

Le caractère chinois "Wu" (巫) auquel Monsieur Gernet fait alors allusion en employant le terme de "magicien" peut également être traduit par le mot "Chaman". Dans sa forme actuelle, le caractère représente l'oeuvre ( 工)de deux personnages dans une danse rituelle (从).




Le caractère Wu (巫) dans sa graphie primitive (jiaguwen)






Selon Madame Fang ling, docteur en antrophologie et science des religions, on trouve déjà ce caractère en Chine dans les inscriptions divinatoires des Shang - Yin, (archives de la vie royale du 14e au 11e siècle av notre ère) et les soins par procédés rituels y tiennent, d'ailleurs, une place prépondérante.

Ces pratiques chamaniques chinoises sont énumérées dans le Huangdi neijing ("Classique ésotérique de l'empereur jaune", 1er siècle av notre ère) sous le nom de "conjurer les causes du mal" (Zhuyou) et constitue le 13e et dernier domaine de la médecine (shisan ke). Elles seront enseignées à l'institut impérial de médecine comme faisant partie intégrale du cursus d'apprentissage et ce jusqu'à la dynastie Ming (1368 - 1644) !





Zhuyou, la 13e discipline : ici les talismans




Les pratiques chamaniques chinoises (zhuyou) sont parfois considérées comme une forme "d'exorcisme" car les rituels qu'elles utilisent et qui comprennent, entre autre, l'incantations, les supplications, les danses, l'utilisations de talismans, du souffle (...) ont pour but de "chasser l'esprit malsain" ou "démon" (gui) qui est à l'origine du mal. Mais on pourra plutôt voir cette idée "d'esprit malsain" comme celle "d'énergie perverse" en médecine chinoise classique. Cette médecine chamanique chinoise (Zhuyou) étant une "médecine de l'âme", elle considère que toute maladie est d'origine spirituelle.

Un investissement total du chaman ou guérisseur tant sur le plan physique que psychique était nécessaire. Celui-ci se devait de pratiquer pendant des années une forme d'exercice destinée à développer des liens solides au ciel et à la terre, qui ne lui était révélé qu'après initiation et dans lesquels l'utilisation de l'intention (yi) était prépondérante. Et c'est probablement sur la base de ces exercices que naquirent les pratiques de Yangsheng de type Daoyin, mieux connues aujourd'hui sous l'appellation Qigong.

Il est intéressant de noter que le caractère wu (巫)dans sa graphie la plus ancienne (jiaguwen), représente l'interaction en équilibre des forces élémentaires.

Le fait que ce chamanisme de l'antiquité chinoise soit à l'origine du taoïsme, qu'il ait véhiculé ses pratiques de longévité (yangsheng) et que sa représentation la plus caractéristique soit un personnage dans une danse rituelle, n'est pas sans évoquer certaines pratiques enseignées par Wang xiangzhai, le fondateur du Yiquan. Celui-ci disait explicitement avoir été interpelé par les gravure de Dunhuang évoquant des personnage en danses rituelles et sa recherche l'avait amené à la pratique du Jianwu, censée représenter le plus haut niveau de son enseignement.







L'art de Wang xiangzhai démontré par un de ses meilleurs disciples, Mr Han xingyuan




Pour terminer cette thèse, nous évoquerons le fait que Wang xiangzhai s'était lié d'amitié avec le maître taoïste Tian jingbo, spécialiste du Zhuyouke (chamanisme chinois ancestral). Ce dernier pris officiellement pour disciple le jeune Li jianyu en 1948 et lui transmis l'intégralité de son art...

Et finalement, le lecteur pourra constater la complexité culturelle et historique lié à l'art du Yangsheng, terme que le maître Wang xiangzhai avait choisi pour enseigner et qui revêt une profondeur extrême.




mercredi 28 septembre 2011

Yangsheng : L'art de nourrir le principe vital (3e partie)

Comme nous l'avons déjà vu précédemment, ce qui est aujourd'hui connu du grand publique sous le terme Qigong (气功 :exercer le souffle), s'appelait autrefois "l'art de nourrir le principe vital" (养生术 / Yangshengshu) et existait en Chine dès le premier siècle avant notre ère.

Les premiers termes pour désigner ses techniques dont le but est la longévité furent Tuna (吐纳:cracher et avaler) ainsi que Xingqi (行气 :faire mouvoir le souffle) et semblent consister essentiellement en techniques de respiration profonde, comme le suggère le terme Biqi (闭气 :retenir son souffle).


Texte datant des royaumes combattants faisant mention du Xingqi (la graphie Qi est celle du feu sous la vapeur)




L'expression "Tuna" apparait déjà dans le chapitre 15 du Zhuangzi (env 300 av J.C) et désigne une technique qui consiste à "recracher le vieux pour absorber du neuf" (tugu naxin / 吐故纳新)attribuée aux pratiquant de Daoyin (导引, autre expression désignant l'art de la longévité).

L'étymologie du mot "Daoyin" est, d'ailleurs, particulièrement intéressante à prendre en compte car elle révèle un aspect des plus important de la pratique. Le premier des deux caractères que l'on pourrait traduire par "diriger" met en avant le fait de prendre le contrôle de toute action par la conscience. Le second caractère, "induire", pourrait en fait avoir changé de sens au cour de l'histoire car on le retrouve dans le Daoyintu de Mawangdui plutôt en rapport avec l'idée de guérir, de recouvrer la santé...





Vieux film montrant les moines Shaolin dans l'exercice statique sur les poteaux de bois




Ainsi les techniques de longue vie apparaissent très tôt dans l'histoire de la Chine mais l'exercice du zhanzhuang n'est cité explicitement dans aucun texte de l'antiquité. L'unique citation qui pourrait y faire référence nous provient du Huangdi neijing (le classique de l'ésotérisme de l'empereur jaune, 3e siècle av J.C) et se pose ainsi :

"Dans les temps anciens, il existait des hommes capables de comprendre les mystères du ciel et de la terre. Des hommes qui avaient saisi les principes du yin et du yang, de la respiration du souffle vital, capables de préserver leur esprit en solitaire, de ne faire qu'un de tous leurs muscles. Ils pouvaient, ainsi, vivre aussi longtemps que le ciel et la terre ... "

Or, le terme Zhanzhuang, étymologiquement, ne signifie pas "se tenir debout tel un pieu" mais "se tenir debout sur des pieux", un exercice provenant du monastère Shaolin consistant à utiliser des pieux de bois pour parfaire l'équilibre du pratiquant. Cet exercice se retrouve aujourd'hui dans différentes écoles de l'art martial, notamment l'école Meihua (fleur de prunier) et Hongjia (Hunggar / la famille Hong). L'exercice qui consiste à assumer une posture sur un laps de temps prolongé existe, quand à lui, au sein de l'école Xinyiquan / Xingyiquan.





Moines Shaolin sur les poteaux fleur de prunier (meihuazhuang)



Si l'art de nourrir le principe vital n'est en rien connecté à cet exercice de se tenir debout sur des pieux, le fait d'utiliser l'intention (yi /意)pour "prendre le contrôle afin d'induire un effet positif sur le corps" (Daoyin / 导引)relève bien de l'art du Yangsheng cité plus haut.

De plus, le fait d'utiliser l'intention (yi), qui relève de l'esprit (shen), pour guider le souffle (qi) afin d'induire un changement sur l'essence corporelle (jing) met en évidence l'axe verticale de l'homme. Cet axe ciel - sol que les chinois de l'antiquité ont utilisé pour créer la théorie des trois trésors.



samedi 28 mai 2011

Yiquan ou dachengquan ?

Ayant noté une grande confusion chez certains pratiquants de la boxe créée par le maître Wang xiangzhai, je me dois aujourd'hui de donner certains éléments qui pourront éclairer les lecteurs de ce blog sur les différentes erreurs que l'on peut entendre ci et là...

Lorsqu'il commença à enseigner, dans les années 20, le maître Wang xiangzhai avait déjà basé son travail sur la pratique du zhanzhuang. Cet exercice, qu'il disait avoir appris avec Guo yunshen permettait de travailler l'aspect intérieur, caché (l'intention / l'esprit) aussi bien qu'extérieur (la forme / le corps), selon l'adage du xingyiquan "以形取意、以意取形,形意合一" (Chercher la forme extérieure par l'intention, chercher l'intention par l'attitude extérieure, unir forme et intention ). A cette époque, le maître Wang décide de nommer sa boxe Yiquan, car ce nom était également utilisé pour désigner le xingyiquan (entre autres par le mâitre Li cunyi...)




Zhou ziyan, le premier disciple officiel de Wang xiangzhai




Puis, dans un soucis de se perfectionner et de comprendre mieux l'art martial chinois, Wang xiangzhai entreprend un périple sur plusieurs années dans le but de rencontrer des experts qui pourront le faire progresser. Il rencontre alors des maîtres aux pratiques différentes mais s'efforce d'en rassembler les points similaires et les grandes lignes universelles. L'enseignement qu'il entreprend à son retour est quelque peu différent et fera sa renommé, au point que dans les années 40, un de ses élèves et admirateur (Zhang yuheng) parlera de sa boxe en utilisant l'appellation "dachengquan" dans un article de presse.




L'article de Zhang bi (zhang yuheng) nommant la boxe de Wang xiangzhai "Dachengquan"





Le terme "Dacheng" vient du taoïsme. Il désigne l'ultime stade de réalisation qu'un l'homme peut accomplir par sa pratique. En l'occurrence, le journaliste voulait ainsi souligner le haut niveau de réalisation de son maître et lui rendre hommage à sa façon...

Ainsi, ne pouvant faire autrement que d'accepter ce nom (article paru dans le quotidien de Pékin), tous les disciples de Wang xiangzhai l'utiliseront pendant plusieurs années et c'est sous ce nom que se fera véritablement connaitre l'enseignement du maître. Dans un de ses écrits, le fondateur du yiquan / dachengquan, en référence à l'expression populaire "拳拳服膺" (la véritable boxe est dans le coeur) écrira d'ailleurs "la boxe qui prend racine dans notre coeur a pour nom grand accomplissement".
Puis, les années passant, la Chine va connaitre des périodes difficiles qui nuiront particulièrement à l'art martial traditionnel. La pratique n'étant pas véritablement nommée en ces périodes de répression, le maître Wang xiangzhai finira par parler de son enseignement à ses élèves en utilisant l'expression "la boxe que nous pratiquons" !







Vidéo intitulé "le jianwu du dachengquan par le maître Han qiao"






A la mort du maître, lorsque la première association à la mémoire de Wang xiangzhai sera fondé, le président Yao zongxun décidera d'utiliser le nom de yiquan, moins présomptueux et fidèle à l'idée de cette pratique.

En revanche, un certain nombre de pratiquants ayant suivi l'enseignement de Wang xiangzhai décideront de conserver le nom de dachengquan, en mémoire de leur défunt maître, tout comme le fit en son temps le maître Wang xuanjie. Le dachengquan qu'il enseignait était teinté de baguazhang et de xingyiquan, pratiques apprises auprès de ses premiers maîtres Li yongzong et Yang demao, mais restait fidèle à l'idée de Wang xiangzhai. De nos jours, les maîtres Mi jingke, Guo guizhi, Chang zhilang continuent d'ailleurs d'utiliser le nom de Dachengquan...

Ce qui fit la renommée des maîtres Wang xiangzhai ou bien Yao zongxun et Wang xuanjie, c'était leur niveau de réalisation (gongfu) et non leur façon de pratiquer...




mercredi 25 mai 2011

Extrait d'un texte de Wang xiangzhai

Le texte qui suit est une traduction personnelle d'un extrait de "Xiquan yide" (Les bénéfices d'une pratique de l'art martial). Texte signé par le maître Wang xiangzhai, mais qui fut, en réalité, co-écrit par ses disciples Li jianyu et Sun wenqing. Bien qu'ayant pour volonté de remettre au gout du jour la pratique de l'art martial dans le contexte historique de l'époque, en mettant en avant ses bienfaits pour la santé physique et mentale des pratiquants et dans un éventuel but "de faire avancer la Nation", cet écrit recèle de nombreuses explications particulièrement éloquentes sur l'enseignement de Wang xiangzhai :


"Il existe trois raisons majeures pour aborder l’étude de l’art martial :

1. Entretenir sa condition physique.

2. L’auto-défense.

3. Le plaisir d’apprendre, d’étudier les lois de la nature.


Entretenir sa santé est simple. Il suffit de se relaxer, de chercher à se sentir bien, naturel, léger, sans trop forcer, comme lorsque l’on commence à s’endormir ; imaginer que l’on flotte dans les airs ou dans l’eau – Ceci constitue les recommandations les plus essentielles. Si l’on cherche à faire quelque chose de plus, ça n’a pour effet que de dissiper l’esprit et donc ce n’est qu’une perte de temps. Si, par contre, on cherche à faire un exercice très intense, ça n’a pour effet que d’abîmer la santé.

Une fois que le corps est en bonne santé, on peut aborder l’auto-défense. Ce que l’on nomme auto-défense signifie que lorsque l’on est attaqué, « On utilise ses poing et ses pieds » pour résoudre le problème. Son plus haut niveau de maîtrise est difficile à décrire avec des mots. Mais, en tous cas, l’auto-défense est en étroite relation avec la santé. Car, avant l’agilité, la puissance et la technique, il faut d’abord avoir une bonne santé. Si l’on cherche à développer la puissance, il ne faut pas utiliser la force. User de la force musculaire empêche un bon développement de la puissance. Pour rendre le corps et les bras agiles, ainsi que les mouvements fluides, la meilleure méthode est le non-mouvement. Lorsque l’on trouve la méthode ennuyeuse ou énervante, on peut passer à des petits mouvements. Mais, au sein de ces mouvements, il est important de « continuer le mouvement lorsque l’on veut l’arrêter et s’arrêter lorsque l’on veut continuer ». En d’autres termes, « Il doit y avoir une volonté de créer le mouvement mais sans rechercher de résultat ». La signification est que le mouvement doit être fait avec beaucoup d’intensité en esprit, mais sans être particulièrement visible de l’extérieur. Il ne faut pas « faire » un mouvement. Lorsque l’on « fait » un mouvement, on peut dire que « rechercher la forme disperse la puissance ». Alors que « sans forme, la puissance est accumulée ». Ainsi, plus le mouvement est lent, meilleur il est. De cette manière, il est possible de s’améliorer et d’avoir une meilleur compréhension du fonctionnement de son propre corps, jusque dans ses cellules et parties les plus méconnues. Il ne faut pas exécuter l’exercice de manière superficielle, sans y prêter attention. C’est la condition de base pour apprendre un mouvement. Si l’on recherche uniquement la beauté extérieure de mouvements rapides, non seulement, il n’y aura pas de résultat probant mais, de plus, aucune progression ne sera à envisager.

En termes de méthodes et techniques pour vaincre un adversaire, il ne faudrait pas utiliser de techniques préétablies. Si l’on use de techniques créées artificiellement, la faculté naturelle de s’adapter aux changements les plus divers est totalement perdue.





L'exercice du tuishou en yiquan (ici, Yao zongxun et Tang rukun) doit permettre d'apprendre à réagir librement à la force adverse sans technique préétablie



Ce genre d’exercice est très facile à apprendre. Rien qu’en le voyant faire, on peut déjà en connaître les grandes lignes. Les résultats viennent aussi très rapidement. Mais il ne faut pas trop « forcer » mentalement ou physiquement. De la sorte, on peut développer de bonnes habitudes, utiles dans la vie courante car permettant d’agir de manière plus efficace. Cet exercice est bon pour le corps et pour l’esprit. En revanche, en recherchant des mouvements complexes ainsi que la force, on n’obtiendra aucun résultat.

Bien que ces exercices soient très simples, de nombreuses personnes les trouvent de plus en plus difficile au fur et à mesure qu’elles les pratiquent. Bien que ces personnes soient assidues, elles ne parviennent pas à distinguer le blanc du noir. Il faut savoir que, dans la nature, on place souvent la norme dans ce qui est hors du commun. Pourtant, en cherchant à sortir du commun, on fait fausse route.

Pour ce qui est du plaisir de l’étude, apprendre les principes sur lesquels sont fondés ces exercices constitue un sujet dont on pourrait parler sans fin. Je ne sais donc pas vraiment par où commencer. Ainsi, je vais mettre l’accent essentiellement sur certains principes et j’invite toute personne intéressée à les étudier.

Par exemple: le mouvement et l’immobilité, le vide et le plein, la vitesse et la lenteur, la tension et la relaxation, avancer et reculer, renverser et éviter, la verticale et l’horizontale, le haut et le bas, l’opposition et l’absorption, forcer ou suivre, rythme et oscillation, ouverture et fermeture, étirement et contraction, pencher en avant ou en arrière, tirer et presser, absorber et rejeter, le yin et le yang, l’oblique et la droite, le long et le court, le grand et le petit, le souple et le dur, ainsi que beaucoup d’autres. Ces notions sont des contradictions au sein d’autres contractions. Elles sont toutes en relation mutuelle. Afin d’en aborder le commencement du commencement, il faut démarrer l’étude à leur origine, qui est unique. Car, à leur origine, toutes ces notions sont une et indivisible. Si on les traite séparément, on ne pourra jamais les assimiler.

La relaxation est liée à la tension et la tension est liée à la relaxation, il doit y avoir une harmonie entre tension et relaxation. Le plein dépend du vide et le vide s’appuie sur le plein, il doit y avoir un équilibre entre eux. Le vertical et l’horizontal, l’expansion et la rétraction se supportent mutuellement. L’attaque et la défense, la percussion et l’esquive doivent être utilisés en même temps."




Li jianyu et Yao zongxun dans l'exercice improvisé du tuishou tel qu'enseigné par Wang xianzhai



N'oublions pas de rappeler aux pratiquants qui liront ce court extrait que l'étude de la boxe de Wang xiangzhai (Wang xiangzhai de quanxue) était basé avant tout sur un retour à l'origine des mouvements et à leur nature profonde, dans une recherche d'unité de l'être humain (corps et esprit). Ce retour vers une plus grande simplicité et vers une véritable signification du moindre mouvement, si petit soit-il, avait déjà été instauré par le maître Li luoneng qui avait "allégé" le xinyiliuhequan, trop compliqué, pour créer le xingyiquan. C'est probablement cette idée que suivit le fondateur du yiquan / dachengquan conformément à l'enseignement de Guo yunshen, lui même disciple de Li luoneng...


mercredi 9 février 2011

Interview de Guo guizhi

L'interview qui suit fut publiée dans le magazine "Karate bushido" du mois de fevrier 2002. Elle fut réalisée par Gérard Bonnefoy. Je me suis permis de la remanier quelque peu pour corriger certaines expressions chinoises qui ne me semblaient pas convenir dans leur traduction en francais.

Guo guizhi a fait son apprentissage avec le maître Yu yongnian, puis avec Yao zongxun, Chang zhilang et d'autres disciples du fondateur du yiquan. Il a également pu, à l'instar de Wang xuanjie, suivre les leçons que Wang xiangzhai donnait en personne au parc Zhongshan dans les années 50.

Ce maître du Yiquan / Dachengquan animera une nouvelle série de stage en France cette année. A cette occasion, je serai son interprète lors du stage qu'il donnera à Lyon les 2 et 3 avril et à Paris les 30 avril et 1er mai...


Question :

Avez-vous connu le fondateur du Dachengquan, maître Wang xiangzhai ?

Me Guo guizhi :

Oui. Je voulais emprunter la voie du combat. J'ai donc été recommandé au maître Yao (Yao zongxun) et, plus tard, j'ai pu connaître le fondateur. Ses démonstration étaient impressionnantes, il avait le corps comme un bloc. Un jour, il frappa du pied un belvédère dans un parc : Le belvédère vibra et tout le sol parut être ébranlé

Question :

Le dachengquan est-il un art martial ou une méthode thérapeutique ?

Me Guo guizhi :

Les deux. On doit développer la santé avant d'aborder le martial. Les deux sont liés.

Question :

Quelle est la base du Dachengquan ?

Me Guo guizhi :

Il y a sept exercices de base. Les « postures de l'arbre » (zhanzhuang), pour la santé puis martiales; les déplacements en « pas glissé » (mocabu); les « essaies de force » (shili); la pratique du son Ah ou « essaie du son » (shisheng); expulser la force (fali); les poussée de mains (tuishou) et le combat (sanshou).



Le maître Guo guizhi en posture jijizhuang



Question :

Pouvez-vous nous décrire le processus d'expulser la force (fali) ?

Me Guo guizhi :

D'abord, on passe du yangshengzhuang (zhanzhuang pour la santé) au jijizhuang (zhanzhuang martiale). Puis vient l'essaie de force (shili). Par un travail bref de tension - détente des tendons, on doit pouvoir ressentir la force s'extérioriser dans chacune des six directions : haut-bas, avant-arrière, droite-gauche. Dans le mouvement, le corps doit bouger dans son intégralité. C'est ainsi que l'on arrive à expulser la force (fali). Le but de cet exercice est de cultiver une force de ressort à travers le corps entier. Cette notion est subtile et difficile à saisir. C'est le song – jing (tension – détente, deux mots qui, lorsqu'ils sont prononcés ensemble, signifient « élasticité »). Cette notion permet d'accomplir des actions concrètes avec des mouvements presque imperceptibles.





Le maître Guo guizhi dans un enchainement libre



Question :

Quelles sont les conditions pour maîtriser cette « expulsion de force » (fali) ?

Me Guo guizhi :

Il faut agir par étapes. Quel que soit le mouvement, le corps doit bouger dans son intégralité, ce qui va permettre, dans le combat, de mener des actions rapides avec peu de mouvements. A la fin de chaque mouvement, les tendons sont contractés pour expulser la force dans l'une des six directions en gardant le corps unifié. A ce stade, on doit pouvoir mobiliser plusieurs sortes de force. Il y a cinq tendons essentiels à utiliser lors du fali : Ceux qui sont derrière la nuque, Ceux qui vont des aisselles au bas des cotes et ceux qui sont derrière la jambe.

Question :

Que pensez-vous des méthodes de durcissement du corps ?

Me Guo guizhi :

Elles sont inutiles et nuisibles pour la santé.

Question :

Et l'entrainement au sac de frappe ?

Me Guo guizhi :

Nous l'utilisons pour appliquer les cinq formes de coup de poing. C'est utile, à condition d'avoir maitrisé ces cinq techniques au préalable.

Question :

Y a t-il des enchainements codifiés en Dachengquan ?

Me Guo guizhi :

Non, il n'y a pas de formes préétablies. L'essentiel est de savoir contrôler l'adversaire ou le déséquilibrer. Le travail de visualisation, de sensation et de l'esprit font partie de la méthode interne. Le yi (intention) se traduit par volonté et esprit.

Question :

Parlez-nous des poussées de main (Tuishou) et du combat (sanshou)

Me Guo guizhi :

Le tuishou, c'est un peu comme un jeux, beaucoup plus lent que le combat. Mais il est essentiel pour comprendre les applications, les points de contacts et l'expulsion de force dans les six directions. Dans le combat, on entre en contact tout de suite : l'expulsion de force (fali) suit instantanément le contact, que ce soit par un coup, une poussée, un crochetage... Le processus est rapide mais similaire à celui du tuishou.




Le maitre Guo guizhi avec son fils dans l'exercice du dantuishou




Question :

Y a t-il des points communs entre le dachengquan et le taijiquan ?

Me Guo guizhi :

La santé ! Je suis venu, moi même, à la pratique du yiquan à cause de problème d'estomac. Le zhanzhuang est vraiment efficace, mais sa pratique est très différente du qigong tel qu'on le connait en Chine.

Question :

En combien de temps un débutant peut-il avoir des résultats ?

Me Guo guizhi :

On doit d'abord pratiquer les postures de santé. Mais les gens en bonne forme physique peuvent directement aborder l'aspect combat. Au bout de trois mois on peut constater de grands changements mais il faut un an pour avoir de bons résultats, à condition de s'exercer correctement, de persévérer et de suivre un bon instructeur. Le temps moyen pour rester dans une posture dépend de l'état physique de l'élève. Je dirais vingt minutes pour les plus faibles et jusqu'à deux heures par jour pour les autres.

Question :

Avez vous souvent gagné lors de vos combats en Chine ?

Me Guo guizhi :

(Sans répondre, il me regarde en souriant : On me fait savoir qu'il n'a jamais perdu un combat)





Guo guizhi enseigne le tuishou à ses élèves francais en Chine




Question :

Y a t-il un style de boxe chinois que vous craignez particulièrement ?

Me Guo guizhi :

C'est une question délicate.

(Visiblement, Me Guo ne souhaite pas entrer dans des considérations de bas étage sur tel ou tel style. Il me salue, sans se départir de son éternel sourire.)