mardi 17 novembre 2015

Pratique du Yiquan - Dachengquan en Chine


Comme tous les ans, je propose aux lecteurs de ce blog de partir en voyage pour aller pratiquer la boxe de Wang xiangzhai (Wang xiangzhai de quanxue) dans son pays d'origine et, par la même occasion, découvrir ce magnifique pays.

L'opportunité unique de rencontrer un maitre authentique et de suivre son enseignement en direct pendant 10 jours vous est ainsi offerte.
Le maitre Wang Shangwen est souvent considéré par ses pairs comme le successeur du célèbre Wang xuanjie, lequel avait su marquer le Yiquan de sa propre personnalité. Il a su aujourd'hui se faire une place dans le milieu de l'art martial en Chine et l'enseignement qu'il dispense désormais est marqué de son propre sceau.






Le maître Wang xuanjie en paume circulaire du Bagua (xiaozhang)



Même si l'on y retrouve, par trace, les influences du Xingyiquan et du Baguazhang qui étaient présentes dans l'école de son maitre, le style de Wang Shangwen a été volontairement épuré du superflu pour se rapprocher de l'enseignement du fondateur.





Pratique du Zhanzhuang avec le maître lors d'un séjour en Chine


Ainsi, les techniques de poing des cinq phases (cinq éléments), les techniques de paume du bagua et  des cinq animaux qu'enseignait feu Wang xuanjie sont parfois rappelées aux pratiquants mais l'essence de l'école de Wang Shangwen demeure bien dans la capacité à utiliser la force intérieure, laquelle est obtenue par la pratique des exercices de base (jibebgong) que sont Zhanzhuang, shili, mocabu, shisheng et tuishou. Lorsque le corps est "plein de qi", on apprend alors simplement à faire sortir cette force intérieure. Le fali peut ainsi prendre n'importe quelle forme du moment qu'il répond à la situation du moment. Pour aller au plus simple, Wang Shangwen met un point d'honneur à travailler les 6 directions de l'espace sur les 3 axes (haut-bas, avant-arrière, droite-gauche) au moyen de shili simples à assimiler mais non moins important et, surtout, par la pratique des postures statiques jijizhuang en grand pas.





Fali par le maître wang shangwen


Mais, ce qui marque le plus les pratiquants occidentaux ayant rencontré Wang Shangwen, c'est son extrême gentillesse et son accessibilité. Fervent pratiquant du bouddhisme, le maitre a toujours à cœur de rappeler à ses élèves que la vraie spiritualité n'a pas l'aspect mystérieux que certains veulent lui attribuer mais passe plutôt par des petits gestes anodins du quotidien...
Il est, de part ce fait, un maitre extrêmement humain et proche de ses élèves. Si bien que son accessibilité et sa simplicité sont parfois déroutant pour les élèves occidentaux.




Wang shangwen et l'un de ses disciples en Tuishou à deux mains 



Le séjour en Chine pour pratiquer sous la direction du maitre en 2016 aura lieu pendant les vacances d'été. Les participants au séjour pourront également découvrir certains sites emblématiques de la Chine du nord et de la région du Shanxi comme les grottes de Yungang et le monastère suspendu des montagnes Heng (Hengshan). Hengshan abritent, en outre, un site taoïste peu fréquenté et très bien préservé. Le passage par Pékin permettra, quand à lui, de découvrir les grands contrastes qui animent la Chine du 21ème siècle et de revenir sur les traces des premiers disciples du fondateur en pratiquant dans les parcs où ils s'entraînèrent eux même jadis.





Les grottes bouddhistes de Yungang



Le monastère suspendu, dans les montagnes Heng (Hengshan) au Shanxi




La possibilité de côtoyer un personnage comme le maitre Wang Shangwen ainsi que ses proches disciples en passant une dizaine de jours à leurs côtés est une opportunité rare. N'hésitez pas à la saisir...

Le coût du séjour est fixé à 2200 euros pour 15 jours en Chine tout compris (vol, hébergement, pension complète, déplacements en Chine et stage avec le maitre).

Pour plus de renseignements ou pour vous inscrire, veuillez me contacter par mail : 


emmanuel.agletiner@gmail.com






mercredi 21 octobre 2015

Yangsheng et taoïsme

Le Yangshenggong est une pratique ancienne chinoise que l'on pourrait traduire par "l'art de cultiver son principe vital". Elle fut véhiculée par les différents courants spirituels taoïstes et se rattache à l'alchimie interne (Neidan). Leur but ultime est identique : la longévité. Or, un des principes les plus important de l'alchimie interne taoïste est "la double culture du xing et du ming". Ce principe est expliqué de différentes manières selon les courants de pensée et les époques en Chine mais relève, dans tous les cas, du travail sur la bipolarité de l'être humain.

La nature profonde qui est attribué à l'homme à sa naissance, son caractère, c'est le Xing (性). Etymologie du caractère : L'esprit, le coeur (心, clef du coeur à gauche) que l'on obtient à la naissance (生, partie de gauche du caractère).


Le Ming (命), quand a lui, est souvent traduit par "le destin, le commandement céleste". Mais, étymologiquement, le caractère Ming, évoque l'idée d'ordonner / de rendre concret (令) en formulant avec la bouche (口). On pourrait donc rapprocher cette idée à celle du logos, le verbe créateur. Il s'agit de formuler une idée et donc, de ce fait, de la rendre concrète. On parle donc de la création, de la matérialisation des idées personnelles, lesquelles sont issues de la pensée individuelle : c'est l'individualisation par l'intellect.





Le chaudron de l'alchimie taoïste



Ainsi, finalement, c'est du Ming que découle le libre arbitre et du Xing que dépend la destinée ! Puisque le Xing représente la nature profonde d'un être, il va engendrer des comportements qui, en rapport avec cette nature, seront prédestinés ou, tout du moins, prévisibles.

On peut lire dans les textes taoïstes qu'à la naissance de l'homme, c'est du mandat céleste ( 天命 / Tianming), que dépend son Xing, soit l'attribution de son caractère. Ainsi, une erreur couramment commise serait donc de confondre Ming avec Tianming. Or, comme nous l'avons vu, le Ming signifie "ordonner" et représente donc chez l'individu, le libre arbitre alors que Tianming, c'est le décret céleste, la disposition liée à l'astrologie, la destinée, qui est, elle, responsable de la nature attribuée à l'homme dès sa naissance (Xing). Donc, le Xing, est notre caractère et va être responsable de notre destin. Ce caractère, cette nature intérieure va ensuite devoir affronter en permanence notre libre arbitre, notre logos, notre Ming. C'est de ce combat entre l'intellect d'une personne et son destin / sa nature profonde que va découler l'individualité de chaque être humain.





Représentation symbolique de l'homme entre ciel et sol



L'équilibre du Xing et du Ming (la double culture du Xing et du Ming / xingming shuangxiu) est donc le développement d'un être tant dans son intellectualité que dans sa nature primitive. Dans le taoïsme, faire cohabiter ces 2 aspects d'un même être de manière harmonieuse, c'est devenir un zhenren (真人) un homme véritable, l'homme complet qui a réalisé les aspects extérieurs et intérieurs de sa personne, conscient et inconscient, yang et yin.

Dans l'enseignement taoïste, on trouve également les notions de ding (定 / concentration) et guan (观 / contemplation) qui doivent être travaillées conjointement. Au terme guan, se substitue parfois la notion de hui (慧 / connaissance intuitive) qui en est issue.
Ding et guan ou ding et hui sont deux aspects complémentaires de l'esprit et on les retrouve quasiment sous la même forme dans la branche Tiantai du Bouddhisme (zhiguan / samatâ - vipasyanâ). Ces 2 attitudes de l'esprit doivent être correctement équilibrées. Si trop d'importance est donné au ding, on sombre dans la bêtise et si trop d'importance est donné au hui, on tombe dans la folie des illuminés.



Un prêtre taoïste pratiquant la méditation devant un chaudron tripode, symbole alchimique


Ces 2 notions, similaires à l'idée du xing et du ming, nous renvoient à une autre expression chère à la tradition chinoise : le Wen (文)et le Wu (武), le littéraire et le martial. L'un désignant le monde de la culture et l'autre celui des faits d'armes. La pensée chinoise estimant que pour être un homme accompli, on se doit de cultiver ces deux univers, on peut comparer cette idée au "men sana in corpore sano" de la culture occidentale.



Toutes ces notions de bipolarité complémentaire nous renvoie à la théorie du Yinyang, chère à la cosmogonie chinoise et qui a servie de base à la construction de la pensée taoïste. 




Fuhuzhuang par le maître Li jianyu


Dans cette vision de l'univers, les opposés ne s'affrontent plus mais se complètent. Ainsi, la perfection ne peut naitre que d'un parfait équilibre entre ces deux pôles que tout oppose mais qui, en réalité, s'appuient mutuellement l'un sur l'autre et s'épousent parfaitement.

"S'appuyer sur le tigre pour chevaucher le dragon" (fuhu xianglong / 伏虎降龙) désigne, dans le taoïsme, le principe de s'appuyer sur ses instincts primaires, sa nature profonde (Xing), ses énergie Yin, pour accéder à un niveau supérieur de conscience, pure expression du Shen (Ming), énergie Yang purifiée. 




Xianglongzhuang 


Wang xiangzhai avait repris cette expression pour nommer deux postures complémentaires. L'une (fuhu) 
destinée à maitriser les énergies Yin, pour apprendre à s'appuyer sur ce tigre que sont les forces telluriques afin de s'élever vers le ciel. 

L'autre (xianglong) destinée à l'apprentissage des forces transversales afin de transformer les énergies Yin du sol en une force horizontale, applicable dans toutes le directions de l'espace.













vendredi 14 août 2015

Compte rendu du séjour en Chine 2015

C'est tardivement que je publie cet article, faute de temps. Mais je me devais de faire savoir aux lecteurs de ce blog les impressions recueillis après le séjour d'entrainement que j'ai organisé en Avril dernier.

L'arrivée à Changshan se fit beaucoup plus simplement que l'année dernière puisque nous avons pu voler jusqu'à Hangzhou, après une escale à Pékin. Et c'est donc en 3h de voiture que nous avons rejoins Changshan depuis Hangzhou, arrivant sur place en début d'après midi.


Le maître Wang shangwen, pratiquant la posture Chengbao


Au parc Dongminghu à Changshan, nous avons été accueillis par le maître Wang shangwen et ses élèves qui étaient tous très content de nous retrouver en ce lieu magnifique chargé de tant d'énergie positive.

Le lendemain matin, debout à 5h30 à cause du décalage horaire, pensant aller m'entrainer seul dans le parc, j'eu la surprise de retrouver tout le groupe chinois à l'entrainement sur la terrasse de l'hôtel avec le maître, pour une première session de 2 heures face au lac. En interrogeant mon ami Jiangnan, un disciple de Wang shangwen de longue date, j'appris que cela faisait déjà plusieurs jours qu'ils étaient sur place et pratiquaient à ce rythme.



Entrainement au zhanzhuang près du lac


Ce fut donc un entrainement supplémentaire quotidien, de 6h00 à 7h30 du matin, auquel tous les stagiaires prirent part dès le deuxième jour, en plus des entrainements de 10h00 à 12h30 et de 16h30 à 19h30 initialement prévus...

C'est donc 7 heures de pratique quotidienne que nous avons pu effectuer sous la direction de Wang shangwen pendant ces 9 jours à ses cotés et surtout, dans le cadre merveilleux du parc Dongminghu. Pendant les temps de repos, nous avons pu partager de grands moments avec nos amis et frères de pratiques chinois. Tous les stagiaires ont pu échanger avec eux et créer de véritables liens d'amitié comme à l'habitude des années précédentes.



Cour sur le Shili par le maître


L'entrainement fut axé sur la pratique du Zhanzhuang et le maître insista sur les postures longues, ainsi que sur les déplacements à grands pas. Le but étant de développer la force naturel et une aisance dans les postures plus courtes suivant le principe de "qui peut le plus, peut le moins"...
L'intention dans les postures fut également pratiquée de cette façon en suivant le principe de "regarder au loin et d'englober la grandeur du paysage de tout son être".
Bien sur, le maître nous fit également plusieurs leçons sur les principes du shili en déplacement, les angles de déplacement en mocabu, les grands principes du tuishou etc...


Explications du maître autour d'une tasse de thé


Au milieu du séjour, nous avons pu aller visiter "le lac au milles iles" (千岛湖) en compagnie de nos hôtes, visitant ainsi en bateau 3 des iles de ce sites touristique magnifique.




Paysages de Qiandaohu


Et c'est au bout de 10 jours que notre groupe à fait ses adieux à nos amis chinois, quittant la Chine du sud et la province du Zhejiang pour rejoindre la capitale en avion depuis l'aéroport de Hangzhou.

Le première soirée à Pékin fut intéressante, puisque nous avons eu la chance de rencontrer la compagne de Li jianyu, Ma yan, accompagnée de Zhao zhanyi, un disciple de mon maître pendant plus de 20 ans. Zhao zhanyi avait déjà pratiqué le Yiquan auprès de Wang binkui avant de rencontrer Li jianyu. Il a aujourd'hui une école au sud de la ville et enseigne dans toute la Chine.
Lors d'un diner en leur compagnie, nous avons pu découvrir les vues intéressantes qu'a ce monsieur sur le yiquan et apprécier la similitude de son discours avec celui que nous avons pu recueillir auprès du maître Wang shangwen.


Cours de calligraphie à Pékin


Le deuxième jour à Pékin, nous avons pu apprécier la cour intérieure de la guesthouse où nous étions logé et qui permettait de continuer notre pratique matinale, avant de nous rendre au parc Zhongshan, tout près de la cité interdite, l'endroit où enseignait le maître Wang xiangzhai dans les années 50.





A Pékin, dans la cour de l'hôtel et au parc Zhongshan


La visite des parc de Pékin fut notre principale occupation pendant ces 4 jours à la capitale. Ainsi, nous avons pu nous rendre au parc des bambous pourpres, où enseignait Wang xuanjie, ainsi qu'au parc Beihai. Nous avons également visité l'ancien marché de la rue Wang fujing et nous sommes rendu pour une visite à l'école du maître Yao chengrong.

C'est donc avec de nombreux souvenirs que le groupe à repris l'avion pour Paris au terme de ces 15 jour de voyage, espérant pouvoir repartir l'année prochaine.

A ce propos, le maître Wang shangwen m'a déjà fait part de sa volonté de demeurer dans sa région, le Shanxi, et très certainement à Datong, la ville où il habite pour le stage de l'année prochaine...



Pour tout renseignement sur les prochains stages en Chine : 07 60 79 26 00





mercredi 25 février 2015

Témoignage sur Wang xiangzhai : Yu yongnian (Dernière partie)


Suite et fin du texte de Yu yongnian sur son maître Wang xiangzhai (traduit du chinois par emmanuel Agletiner) :

A cette époque, lorsque le maître parlait de l’art martial, c’était très difficile de comprendre ce qu’il disait. Il fallait au minimum plusieurs mois avant de comprendre ce qu’il avait voulu dire. On peut dire de cela que la théorie doit être éprouvée par le corps avant d’être véritablement assimilée. Pour bien pratiquer, il faut s’entrainer sans relâche, bien réfléchir à ce que l’on fait et il faut les indications précises d’un maître pour qui tout est limpide.



Le maître Yu yongnian dans ses jeunes années, en posture xianglongzhuang



Par exemple, Wang xiangzhai disait parfois que les shili étaient semblables aux mouvements d’un cheval à bascule sur lequel s’amuse un enfant : Si le mouvement est trop léger, ça ne va pas et si le mouvement est trop grand, ça ne va pas non plus. Quand on avait compris ce qu’il voulait dire par là, il fallait encore y réfléchir sérieusement puis pratiquer et pratiquer encore avant d’en tirer quoi que ce soit.



Wang xiangzhai et un groupe d'élève, Zhao daoxin est à la gauche du maître.


Une fois, j'ai assisté à une démonstration des déplacements du Baguazhang par Zhao daoxin. Ses déplacements étaient vivants, sa forme de corps était particulièrement vive et déliée. Lui même était fin et élancé. Maitre Wang xiangzhai disait à propos de ses 5 disciples qu'il avait renommé avec le caractère Dao que daoxin était celui qui avait le mieux compris son enseignement. A Tianjin, Zhang zhaodong avait laissé Wang xiangzhai choisir quelques uns de ses propres disciples pour que cet échange leur permette de s’enrichir mutuellement. A cette époque, il y avait une expression qui disait « Les 10 merveilles de la ville de Tianjin » pour désigner 10 artistes martiaux de la ville. Parmi ceux-ci se trouvaient déjà, notamment, Zhao daoxin et Zhang entong. Et ces 10 élèves ont tous été encouragés par Zhang zhaodong à se prosterner devant Wang xiangzhai pour suivre son enseignement. Il y a une anecdote intéressante sur la façon dont maître Wang pris Zhao daoxin comme disciple. Au moment ou le maître choisi ses élèves, Zhao daoxin venait de sortir. Se trouvant derrière le maître, il étendit la main pour saisir sa « robe » (qipao). Le maître eut une réaction spontanée et se retourna très énergiquement, comme s’il avait senti qu’il se passait quelque chose d’étrange dans son dos. Son mouvement projeta instantanément daoxin d’un Fali qui l’envoya s’asseoir sur ses fesses !



Le jeune Zhao daoxin en compagnie du célèbre maître Zhang zhaodong de Tianjin


Après cela, Zhao daoxin pris Wang xiangzhai pour maître et fit sa prosternation. Il ne recommença jamais ce genre d’irrespect. Mais, parce qu’il avait compris d’instinct que le maître utilisait son intention, il voulu essayer à nouveau son Gongfu. Cette fois-ci il voulu voir ce que cela donnerait en face à face. Il attendit que maître Wang se poste devant lui puis soudainement, il tenta une projection en passant une main derrière un de ses talons tout en frappant de l’autre main sur ses genoux. A peine avait il eu touché les jambes de maître Wang que celui ci explosa en un petit mouvement brusque et soudain qui eut pour effet de libérer ses deux jambes de la prise et, en même temps, de soulever tout le corps de Zhao daoxin dans les airs pour le faire retomber brutalement. Cette fois-ci, daoxin avait été complètement convaincu par la démonstration et, en se relevant, il se prosterna à nouveau devant le maître.

A entendre parler maître Wang, de tous ses élèves, Zhao daoxin était celui qui avait atteint le plus haut niveau de réalisation. Lorsque Wang xiangzhai parlait art martial avec lui, il n’hésitait pas à mettre application ce dont il parlait tout en lui expliquant. Dans un certain sens le fait de pouvoir dominer aussi facilement Zhao daoxin était déjà un exploit en soi…


jeudi 12 février 2015

Témoignage sur Wang xiangzhai : Yu yongnian (première partie)


Texte original du maître Yu yongnian, disciple directe de Wang xiangzhai, décédé en 2013 à l'âge de 93 ans, traduit du chinois par emmanuel Agletiner :

"Je me souviens d'un grand rassemblement donné au parc Zhongshan en 1947 avec démonstrations d'arts martiaux où des représentants de nombreux styles avaient participé. Monsieur Wang portait à cette occasion un long Qipao et fut le dernier à monter sur l'estrade pour y faire une démonstration du Jiangwu. Il suffisait de poser son regard sur maitre Wang en train d'exécuter sa danse pour être captivé par le spectacle : ses changements soudains de rythme le faisait passer d'une extrême lenteur à une incroyable rapidité. Ses fali étaient si soudains qu'on pouvait le voir bondir comme un grand ressort. Tout son corps tremblait et explosait tour à tour, laissant une sensation remarquable de puissance en mouvement dont on avait le sentiment qu’elle était capable de déplacer des montagnes. On pouvait ressentir, en même temps, une impression de relâchement et de légèreté tel le déplacement sans interruption des nuages dans le ciel. Les plus impressionnants à voir étaient les fali "vide". 




Le maître Wang xiangzhai effectuant son Jiangwu



J'ai eu la chance de voir cela de mes propres yeux... 

A part le maitre, la seule personne qui était capable de faire le Jiangwu correctement était Han xingqiao. Lorsqu'il faisait sa danse, ses attitudes ressemblaient en tout points à celles de Wang xiangzhai. Il était également capable de faire ces fali "vide". 

Après cela, dans les années 50, lorsque le maitre avait créé l'association de qigong du hebei a Baoding, il eu encore l'occasion de faire une démonstration de son Jiangwu. Ses mouvements étaient  encore aussi beaux que dans les années 40 et ses fali faisaient encore trembler l’estrade et même jusqu’aux murs… Ce jour là, j’étais avec Li jianyu, He jingping et d’autres disciples du maître et nous avons tous été ébahis par ce spectacle.







Le maître Han xingqiao, disciple de Wang xiangzhai, effectuant son Jiangwu lors d'une démonstration dans les années 80.



Je me souviens cette fois où le maître fit tuishou avec moi. Ses bras n’étaient vraiment pas très musclés et surtout ils étaient extrêmement relâchés. On peut dire que lorsque je faisais tuishou avec d’autres personnes, je ressentait une difficulté en surface, au niveau de la peau et des muscles, mais avec le maître Wang xiangzhai, la sensation allait jusqu’au plus profond de mes os. Ses avants bras étaient comme des crochets de ces grandes pinces servant à soulever des blocs de glace. Dès que ses avants bras entraient en contact avec les miens, ils me crochetaient jusqu’au plus profond de mes os. La douleur était difficile à supporter. Si j’essayais de me protéger, ça ne menait à rien et si j’essayais de rentrer pour attaquer, ma force était stoppée net avant qu’elle n’ait eu le temps de s’exprimer. Lorsque le maître faisait un semblant de mouvement à peine perceptible, c’étaient mes deux pieds qui étaient déracinés. Il faisait ce qu’il voulait de moi, m’emmenait de droite à gauche et de gauche à droite. Tout ce que je pouvais faire, c’était le suivre pour aller là où il voulait m’emmener. Mais le maître ne projetait ses partenaire que très rarement. Il disait qu'il suffit de trouver comment faire en sorte que votre adversaire se raidisse et se bloque, ensuite, le fali se fait tout seul.




Yu yongnian en posture dulizhuang dans les années 70


A cette époque, lorsque le maître parlait de l’art martial, c’était très difficile de comprendre ce qu’il disait. Il fallait au minimum plusieurs mois avant de comprendre ce qu’il avait voulu dire car la théorie doit être éprouvée par le corps avant d’être véritablement assimilée. Pour bien pratiquer, il faut s’entrainer sans relâche, bien réfléchir à ce que l’on fait et il faut les indications précises d’un maître pour qui tout est limpide."

A suivre...