mardi 10 décembre 2013

Bruce Lee aurait-il été influencé par le Yiquan ?

L'acteur Bruce Lee est sans aucun doute l'une des personnalités ayant le plus favorisé le développement des arts martiaux dans le monde. Les quelques films qu'il a tourné avant son décès ont, à l'époque, inspiré des millions de pratiquants et de futurs pratiquants.

Comme beaucoup le savent déjà, Bruce Lee ne fut pas un simple acteur de film de Kungfu. Ses théories et réflexions sur l'art martial l'amenèrent à créer sa propre école et celle-ci révolutionna véritablement le dogmes véhiculés par les différentes traditions qui étaient enseignés à l'époque.

L'enseignement que reçu le petit dragon (Li xiaolong = Li, le petit dragon fut son nom d'artiste en chinois) est souvent présenté comme venant d'une école unique, ce qui est absolument faux.

Si Bruce Lee reçu l'enseignement de Yip man, célèbre maître de Wingchun Hongkongais, il est évident que l'étude de cette école fut en complément d'autres styles chinois, ne serait-ce qu'à en juger par les fabuleuses techniques de jambes dont il fit l'usage dans tous ses films...

En effet, dans un de ses ouvrages, Bruce Lee cite ses professeurs qui furent au nombre de 10.
Ainsi, il étudia, notamment, le taijiquan sous la direction de son père, le Hongquan (Hung chuen) et le Cailifo (Choy lai fut), le judo, la boxe anglaise ainsi que différentes écoles diffusées par la très célèbre association Jingwu (le tantui, notamment) auprès de Xiao hansheng. Il étudia, en outre, avec le maître Liang zipeng, qui fut... le premier à diffuser le yiquan et le liuhebafa à Hongkong !



Liang zipeng



Originaire de la province du Guangdong, Li zipeng était tout d'abord un spécialiste de la boxe des serres de l'aigle, qu'il avait étudié sous la direction de Chen zizheng, il avait également étudié le baguazhang auprès de Jiang xinshan, le Liuhebafa auprès de Wu yihui et le Yiquan auprès de You pengxi. Ayant vécu de nombreuses années à Shanghai, les célèbres maîtres qu'il eut pour mentors furent tous plus ou moins en contact avec l'association Jingwu, laquelle souhaitait alors regrouper les meilleurs représentants de la boxe chinoise traditionnelle.

A cette époque, You pengxi était considéré comme le meilleur élève de Wang xiangzhai, le fondateur du yiquan l'avait d'ailleurs choisi pour être son représentant dans tout le sud du pays.
You pengxi finit ses jours aux Etats unis où il enseigna pendant plusieurs années sa propre école, le "Kongjing", synthèse du yiquan et de l'enseignement qu'il reçu d'un lama tibétain.




Démonstration de Kongjing et de fali par le maître You pengxi




Lorsque Liang zipeng fini par s'installer à Hongkong, il commença à enseigner dans un parc. Le père de Bruce Lee était en bon termes avec Liang zipeng, auprès de qui il étudiait le Taijiquan. Il finit par lui amener son fil qui était très attiré par les arts martiaux et qui pratiquait déjà plusieurs écoles. Bruce Lee pratiqua donc le Zhanzhuang sous sa direction et pu le voir "faire voler" les autres élèves de nombreuses fois. L'enseignement de Liang zipeng mettait l'accent sur l'utilisation de l'intention et des principes plus que sur les formes qu'il jugeait inutiles.
Dans sa maison d'Austin Road à Kowloon, Liang zipeng recevait souvent ses élèves et s'amusait à les projeter sur son sofa d'un Fali...

Cet enseignement a très certainement inspiré Bruce Lee dans la création de son école et l'on peut reconnaitre l'influence du yiquan dans les préceptes suivants :

- Recherche d'explosivité dans chaque mouvement, lesquels doivent être guidé par une intention puissante.
- Elasticité de la respiration mise en oeuvre par l'utilisation de l'expression sonore.
- Interception des attaques adverses par une attitude de "défense active".
- Chaque mouvement doit devenir une technique, il n'y a pas de mouvement vide.
- Recherche de spontanéité et d'utilisation d'un mouvement global du corps.



Bruce Lee, aujourd'hui considéré comme le "père du MMA"



La conception que Bruce Lee avait de l'art martial fut révolutionnaire pour son époque. Certains voient même dans la première scène du film "opération dragon" les prémices de l'actuel MMA. Bruce Lee appela son enseignement le Jeet Kune do (la voie du poing qui intercepte, en transcription Cantonaise). Le caractère pour Jeet (Jie / 截) signifie intercepter ou "couper à la racine". On le retrouve, notamment dans l'expression jieduan (截断) ou on le retrouve associé au caractère "duan" ayant la même signification. Or, le duanshou (断手 ) est une des caractéristique tactique du yiquan de Wang xiangzhai.


En outre, une scène originale du film "Game of death" (le jeux de la mort), film inachevé, peut laisser penser que Bruce Lee fut marqué par certaines anecdotes concernant la vie de Wang xiangzhai.



Scène originale du film "Game of death"


Une des histoires les plus célèbre concernant le fondateur du Yiquan étant l'utilisation qu'il fit de la baguette de bambou normalement utilisée pour enseigner et corriger ses élèves. C'est à l'aide de cette simple baguette qu'il aurait répondu à l'assaut du japonais Kenichi Sawai armé de son katana, faisant voler celui-ci dans les airs. Wang xiangzhai aurait alors expliqué à Sawai que l'arme n'était que le prolongement du bras et que c'est donc le corps qui donnait à l'arme, quelle qu'elle fut, son efficacité...





dimanche 27 octobre 2013

Le Yiquan du maître Guo guizhi


Il l'a dit et redit : C'est probablement la dernière fois qu'il vient enseigner en France. A l'âge de 81 ans, le maître Guo guizhi est revenu en Europe pour une série de stage à Lyon, Toulouse, Marseille et Milan mais reviendra-t-il l'année prochaine, comme il le fait maintenant depuis plus de 10 ans ? Rien n'est moins sur...

Lors du stage qu'il a donné à Lyon le weekend dernier, Guo guizhi a été très explicite quand à l'origine de son Yiquan, il préfère d'ailleurs utiliser l'appellation Dachengquan, plus conforme à l'époque à laquelle il a commencé l'étude de cette école et dans un souhait de montrer qu'il enseigne l'école du fondateur Wang xiangzhai plutôt que celle de son disciple Yao zongxun, avec qui il a pourtant étudié pendant de nombreuses années.



Guo guizhi (devant à gauche), photo de groupe avec le professeur Yao zongxun (au centre)



Démarrant son apprentissage auprès du maître Yu yongnian (décédé au mois de juillet à l'age de 92 ans) dans un soucis de recouvrer la santé, Guo guizhi se dirigea rapidement vers l'aspect martial du yiquan. Ainsi, son maître le recommanda auprès du fondateur Wang xiangzhai dont il pu suivre les leçons une fois par semaine pendant une très courte période.
Mais l'enseignement du fondateur étant obscure, Guo guizhi arrive difficilement à comprendre la complexité des forces que Wang xiangzhai est capable d'exprimer. Il restera tout de même marqué à vie par cette rencontre.

C'est donc aux cotés de Yao zongxun qu'il va se perfectionner et commencer à réaliser certains aspects de cette pratique. L'enseignement du maître Yao, plus conforme à ses attentes, est également plus facile à aborder et à comprendre. Guo guizhi va étudier auprès de lui pendant de nombreuses années, y compris pendant la difficile période de la révolution culturelle, période pendant laquelle Yao zongxun sera déporté à la campagne.



Guo guizhi (assi à gauche) au coté des maîtres Li jianyu (à sa gauche) et Wang yufang (au milieu)



Finalement, c'est sa rencontre avec Wan laisheng dans les années 80 qui sera comme une révélation. Cette rencontre l'amènera à une réflexion qui jettera les bases de sa pédagogie actuelle, laquelle est entièrement basée sur l'utilisation de la force de contradiction (Zhengli / 争力).

Le maître Guo guizhi enseigne le Yiquan / Dachengquan d'une manière particulière. L'utilisation de cette force "contradictoire" ou force d'opposition (zhengli) est, selon lui, un des points essentiels à maîtriser lors de l'apprentissage.
Selon lui, c'est dans l'utilisation de cette force que se trouve le secret de l'expulsion de force (Fali / 发力) si cher au fondateur Wang xiangzhai.



La rencontre entre Guo guizhi (au centre 2e rang) et Wan laisheng (2e à gauche, 1er rang), dans les années 80



Dès le début, au sein des postures zhanzhuang en double appui, ce travail s'exprime par une recherche d'élasticité (songjin / 松紧) dans l'expulsion de force (fali). Le pratiquant doit alors trouver la relaxation (song / 松) profonde lui permettant d'identifier la racine des tensions (jin / 紧) nécessaires au Fali, en exécutant un subtil mouvement global du corps. Pour une meilleur appréciation visuelle, le maître demande à ses élèves de débuter par des mouvements relativement amples, dans les six directions différenciées, qu'ils doivent pourvoir raccourcir avec la pratique, jusqu'à ce devenir invisibles et dirigés dans les six directions à la fois...



Travail de la force de contradiction (zhengli) pendant le zhanzhuang selon le Maître Guo



C'est donc débutant par un exercice extérieur que le pratiquant doit finir par intérioriser sa pratique, ce qui constitue, en quelque sorte, le chemin inverse de l'enseignement "classique" du Yiquan, que proposent la plupart des maître de la génération de Guo guizhi ou antérieure.

L'enseignement de Guo guizhi est donc d'abord basé sur un Waigong (travail extérieur) qui amène, avec le temps et la pratique, à un neigong (travail intérieur) le rendant au final complet (intérieur et extérieur).

Le travail porte des fruit lorsque le pratiquant à réussi à "transformer ses muscles en tendons", c'est à dire à ne solliciter plus que certains tendons pour garder la structure en laissant les muscles rouges au repos. Le maître allant jusqu'à vérifier physiquement si ces tendons sont bien sous tension...




Le maître Guo guizhi enseigne le travail d'étirement des tendons au sein du zhanzhuang



Finalement, l'enseignement du maître Guo guizhi, dans un soucis de conformité à la boxe créé par Wang xiangzhai, vise la réalisation de l'expulsion de force (Fali) sans user de technique précise. Le Fali devant être l'ultime technique puisque spontanée, soudaine et adaptable à toute situation et à tous changements que l'adversaire pourrait effectuer. Mais pour arriver à ce niveau de pratique, l'apprentissage des déplacements, des "essais de force" en déplacement, du contact avec la force de l'opposant (tuishou) reste nécessaire. 

Toutes ces phases de l'apprentissage devant amener le pratiquant à être capable d'utiliser ces principes librement, en les extrayant de ce moule d'origine, tout comme l'on doit savoir se débarrasser du radeau une fois la traversée de la rivière effectuée...




Pour des informations sur les prochain stages du maître Guo en France : http://dachengquan-guoguizhi.over-blog.com/



Merci à Laurent Chircop Reyes, disciple de Guo guizhi, qui m'a aimablement procuré les photos anciennes de son maître.



mardi 3 septembre 2013

Jianwu : l'expression libre


Une des pratiques qui peut caractériser le Yiquan / Dachengquan est sans aucun doute la forme libre ou Jianwu, souvent traduit par "danse de la boxe".

Le terme "danse" n'est pas à prendre au premier degré, puisque le caractère chinois wu (舞) évoque le fait de bouger de manière harmonieuse. Le caractère Jian (健), quand à lui, fait référence à la force et à la robustesse, synonyme de santé et de vigueur...


Le maître Wang xiangzhai, exécutant le Jianwu


Cette pratique existe en Chine depuis des temps reculés. Des gravures sur terres cuites de personnages dans des danses rituelles datant de 1100 avant notre ère viennent le confirmer.
Au sein de l'art martial, c'est plus tard dans l’histoire de la Chine, pendant les dynasties Han (206 AE - 220) qu'une forme d’enchaînement libre voit le jour. Ces « danses martiales », qui se pratiquent avec ou sans armes, n’ont, à priori, aucun lien avec les danses que les ancêtres chinois exécutaient dans la culture des Zhou. Par contre, la qualité des mouvements de l’enchaînement ainsi que la capacité à manier une arme est évoqué dans certains textes de l’époque, ainsi que la transmission du savoir faire de maître à disciple.

Il existe d'ailleurs un poème du célèbre Du fu intitulé "En contemplant une disciple de dame Gongsun exécuter une danse à l'épée" (觀公孫大娘弟子舞劍器).
Dans une préface à cette oeuvre littéraire chinoise, le poète nous compte l'origine de ces lignes :

"Le 19 octobre de la deuxième année de l'ère Dali (766-779), à la maison de Yuanchi, l'officiel de Kueifu, j'ai regardé une jeune femme, Li de Lingying, exécuter une danse de l'épée dont les déplacements étaient impressionant de puissance. J'ai demandé qui était son professeur et elle me répondit : "Je suis une disciple de Dame Gongsun." ..."

Ce poème date de la dynastie Tang et prouve que ces pratiques avaient perduré pendant plusieurs siècles. On les retrouve encore de nos jours sous une forme artistique au sein de l'opéra traditionnel chinois.


Le disciple de Wang xiangzhai Ma jiliang exécutant le jianwu. Ma jiliang a vécu jusqu'à l'age de 90 ans


Wang xiangzhai, dans son ouvrage « Les véritable principes du Yiquan » (yiquan zhenggui), nous explique l’origine des formes libres telles qu’elles sont pratiquées au sein du Yiquan :

« Pendant les dynasties Sui et Tang, le jianwu était très répandu. A cette époque, il était une méthode de préservation de la santé ainsi qu’un entraînement pour le combat. Détenu par les maîtres de l’art martial, il fut transmis à des lettrés qui étudiaient également les arts militaires. Ainsi, de nombreuses personnes l’étudièrent et de nombreuses transmissions se répandirent. A notre époque, l’artiste martial Huang muqiao a hérité de cette transmission.
J’ai personnellement étudié son école il y a plusieurs années. Cherchant à approfondir la question des gravures datant de la dynastie Tang trouvées dans les grottes de Dunhuang ainsi que les terre cuites de la même époque représentant des hommes dans certaines gestuelles de danse. Ces dessins seraient, en fait, inspirés de postures du quanwu. Au moment où eu lieu la Beifa ("expédition vers le Nord", un évènement marquant de l'histoire de la Chine) j’ai voyagé dans le sud, à Huainan précisément, afin de rencontrer monsieur Huang muqiao, dans le but d’étudier cette école.
Je suis reparti après avoir approfondi, tant techniquement que théoriquement, le sens véritable du jianwu.

De ceux qui ont étudié jadis sous ma direction, une dizaine seulement ont atteint le niveau de compréhension des subtilités du jianwu. »



De tous ses disciples, Han xingqiao était, aux dires de Wang xiangzhai, celui qui maitrisait le mieux le Jianwu. Il est décédé en 2004, à l'âge de 96 ans



Il existe 4 formes de jianwu : Le flux des vagues, le dragon qui nage, la grue qui joue dans l’eau et le serpent effrayé. Certains experts y ajoutent une cinquième forme, complètement libre : le grand souffle (Daqi).
Wang xiangzhai disait souvent : « Les conditions préalables a l’étude du quanwu consistent en la pratique du zhanzhuang pour emmagasiner le qi. Par cette pratique, on complète quatre conditions qui en constituent l’extrême approfondissement :

1.     Le corps entier donne l’impression de couler ou de fondre.
2.     Tout le corps est comme remplit de plomb.
3.     Les muscles de tout le corps ne font plus qu’un.
4.     Les poils et les cheveux sont dardés comme des lances pointues.

Sans ces quatre conditions il est difficile de pouvoir exécuter, ne serait ce qu’un mouvement du quanwu. Si ces quatre exigences sont remplies, le mouvement vient alors naturellement. »

Ces quelques mots du fondateur nous éclairent sur l’origine du jianwu ainsi que sur l’évolution du disciple du Yiquan.

Démonstration du Jianwu par le maître Li jianyu, autre disciple de Wang xiangzhai, aujourd'hui âgé de 90 ans


C'est le travail de base du Yiquan qui permet de réaliser les formes libres. Cette pratique constituant pour Wang xiangzhai l’apogée de la fusion du corps et de l’esprit (les six harmonies internes et externes). Elle est également le véritable sens profond des boxes imitatives, se référant à l’approche spirituelle et non purement gestuelle. Son lien avec la pratique du Yangshenggong ou travail de "nourrir le principe vital" est plus qu'évident...


dimanche 28 juillet 2013

Yiquan à Paris, reprise en septembre

Les cours de yiquan dispensés un samedi matin sur deux reprendront à la rentrée, le samedi 7 septembre.

Les entrainements sont dirigés par emmanuel Agletiner, dans le respect de l'enseignement qu'il a lui même reçu de ses maîtres. Ils ont lieux un samedi sur deux à Vincennes, au bord du lac Daumesnil, près de la pagode bouddhiste, de 10:00 à 12:30.


La base de l'apprentissage demeure la pratique du zhanzhuanggong (posture de l'arbre), qui permet au pratiquant d'établir de subtils connections entre différents muscles profonds afin d'apprendre à utiliser la "force interne", ou "force du corps uni". Cet exercice permet, en outre, de créer un lien subtil entre le corps et l'esprit, le rattachant ainsi aux exercice de méditations issues du Bouddhisme Chan (Zen).




Pratique de "jijizhuang" 




Sont également abordés :

- La pratique des mouvements lents ou "essais de force" (shili), permettant d'apprendre à exécuter des mouvements effectifs, mouvements puissant mais ne nécessitant que peu d'effort.

- La pratique des déplacements (zoubu ou mocabu), dont le but est la maitrise de l'équilibre général du corps en déplacement, lequel permet d'appliquer la force du corps uni quelle que soit la situation.

- La pratique des poussées de mains à une et à deux mains. Cet exercice à deux ayant pour but d'améliorer l'effectivité de ses mouvements et de comprendre comment contrôler l'équilibre générale de l'opposant.

- Les applications pratiques (duanshou). Exercices servant à comprendre comment appliquer la force en contrôlant celle de l'opposant.




Travail du déplacement "mocabu"




Pour tout renseignement : 

emmanuel.agletiner@gmail.com





mardi 2 avril 2013

Le mont Wudang, mythes et légendes (3e partie)

Revenons sur le personnage bien connu du Taoïsme dont le nom est associé au mont Wudang et aux arts martiaux dits "Internes" : Zhang sanfeng.

Ce personnage qui aurait créé le Taijiquan après avoir assisté à un combat entre un serpent et une grue ou, selon d'autres sources, qui en reçu la révélation par Zhenwu dans un rêve est souvent considéré comme un patriarche véritable des arts martiaux alors qu'il n'est qu'un mythe populaire né d'une confusion historique. Le taoïste Zhang sanfeng apparait dans des textes divers comme un personnage ayant vécu en 960, 1247 ou bien encore 1279...



Représentation peinte du légendaire Zhang sanfeng



Stanley Henning est un traducteur et un chercheur des plus renommé dans le domaine de l'histoire des arts martiaux chinois. Dans son article "Ignorance, legend and Taijiquan" (Légende, ignorance et Taijiquan), il nous explique (traduction personnelle) :

"La légende de Zhang sanfeng est apparu pendant la dynastie Ming (1368 - 1644), du fait des liens étroits qui existaient alors entre le pouvoir en place et le Taoïsme. Les prêtres Taoïstes avaient soutenues le fondateur de la dynastie (Zhu yuanzhang) dans leurs prophéties. On ne sait que très peu de choses sur Zhang sanfeng, si ce n'est qu'il est décrit comme un ermite itinérant, excentrique et doté de pouvoirs magiques, qu'il serait mort puis résucité et que sa vie, si l'on s'en réfère aux différentes versions, s'étendit sur une période de plus de 300 ans. L'empereur Chengzu (Yongle des Ming 1423 - 1404) dépensa de grosses sommes dans la reconstruction d'un monastère sur le mont Wudang, détruit pendant la guerre et qui aurait été son lieux le prédilection. Il s'avère que les 13 années de recherche qu'il fit mener afin de savoir où pouvait se trouver l'ermite faisait, en fait, partie d'un plan sous couverture bien plus important destiné à localiser l'empereur déchu Jianwen, qui avait été victime d'un coup d'état mené par Chengzu. Ni l'empereur Jianwen, ni Zhang sanfeng ne furent jamais trouvé mais, au final, l'empereur Yingzong (8e empereur de la dynastie) fit canoniser le fantomatique Zhang en 1459. Tout au long de cette partie très concrète de la légende de Zhang sanfeng, il n'est fait aucune mention d'une quelconque relation entre Zhang et les arts martiaux. Ce vide de référence aux arts martiaux est très significatif puisqu'il était courant d'inclure ce genre d'information dans les biographies des histoires dynastiques."

Ainsi, le personnage de Zhang sanfeng semble bel et bien n'être qu'un mythe populaire. Son association aux arts martiaux apparaitra, d'ailleurs, bien plus tard dans l'histoire puisque ce n'est qu'en 1669, sous les Qing, que sera publié "L'épitaphe à Wang zhengnan" (王征南墓誌銘), première référence à Zhang sanfeng en tant que maître de l'art martial. Ce texte, qui fait remonter la paternité d'une "boxe de la famille interne" (Neijiaquan) à l'immortel taoïste fut écrit par un lettré du nom de Huang zongxi, qui fut sérieusement engagé dans la résistance à l'envahisseur mandchou (La dynastie Qing fut une dynastie non-chinoise). Ce texte est aujourd'hui considéré comme un discourt aux métaphores, explicites pour l'époque, destinées à attiser le sentiment de rébellion contre l'envahisseur Qing.



Un des nombreux escalier de pierre du mont Wudang



Dans son ouvrage "Le wudangshan, Histoire des mythes fondateurs" (ouvrage qui a servi de base à cette série d'articles), Pierre-henry De Bruyn, chercheur au CNRS, nous donne plus de détails sur ce type d'association d'idée :

"Le profond désir de la population chinoise, dominée par les mandchous Qing, de restaurer la dynastie chinoise des Ming, a certainement contribué de façon décisive à rapprocher la tradition des arts martiaux chinois de celle de Wudangshan et inversement. La dimension profondément patriotique, tant du Wudangshan que de la pratique des arts martiaux en chine, à aidé à ce qu'un ensemble de  récits et de légendes s'efforcent à rapprocher l'un de l'autre ce lieu et cette tradition. L'aspect très patriotique sous-jacent à la pratique chinoise des arts martiaux sous les Qing entre dans la même logique que celle qui, en son temps sous les Yuan, a conduit à la montée en gloire du Wudangshan : Si le Wudangshan a acquis du prestige sous les Yuan tandis que le Taijiquan est né sous les Qing, tous deux se sont cependant développés surtout parce qu'ils se sont révélés être des instruments utiles aux chinois pour les aider à résister aux influences étrangères."  



Une des nombreuses vues des chemins vers les sommets de Wudangshan



Donc, l'association du mont Wudang avec les arts martiaux via l'existence de Zhang sanfeng n'est fondée que sur des malentendus liés aux aléas de l'histoire. En revanche, c'est une autre personnalité symbolique du taoïsme, représentation d'une divinité ancienne qui pourrait être à l'origine de ce lien. Les montagne de Wudang (Wudangshan / Les montagnes du guerrier réalisé) tirant leur nom de la divinité taoïste Xuanwu (le guerrier sombre), laquelle prendra, plus tard, le nom de Zhenwu (le véritable guerrier) et qui fut peut être une adaptation chinoise du dieu indien Mahâkala.
Cette divinité représentait la part sombre et mystérieuse (Yin) de la nature et qui, chez l'homme, se traduit parfois par un potentiel destructeur, combatif.

Ce potentiel, s'il est correctement maîtrisé, est la source d'une énergie guerrière redoutable...


vendredi 15 mars 2013

Le mont Wudang, mythes et légendes (2ème partie)

Comme nous l'avons vu dans le précédent article, les temples de Wudangshan furent érigés par l'empereur Yongle des Ming afin de vénérer la divinité Xuanwu, "le guerrier sombre".

Souvent rapproché du Taoïste Zhang sanfeng et associé à la création de l'école interne de boxe ou du taijiquan, le mont Wudang représente aujourd'hui le haut lieu spirituel de l'art martial chinois taoïste, en opposition au mont Song, où Shaolin représente le haut lieu de l'art martial Bouddhiste.


Représentation de Xuanwu




L'attribution de la création du Taijiquan à l'immortel taoïste Zhang sanfeng,"Zhang des trois pics", (également appelé "Zhang le débraillé"/ Zhang lata) est, en fait, une pure invention destinée à rapprocher cette boxe d'une tradition proprement chinoise et représentant l'enseignement des sages fondateurs de la Chine mythologique. Cette idée fut ensuite reprise par Huang zongxi, un confucéen engagé dans la lutte anti-Qing, à des fin de propagande. Il fut le premier à parler d'un enseignement "de la famille de l'intérieur" (neijia) initialisé par Zhang sanfeng du mont Wudang, en l'opposant à un enseignement "de la famille extérieure" (waijia) représenté par Shaolin (Shaolin représentait alors un enseignement venu de l'extérieur, l'Inde). Cette propagande avait pour but de mobiliser la résistance chinoise (Ming) contre l'envahisseur Mandchou (Qing).

En revanche, si le mont Wudang n'est pas le lieu d'origine du Taijiquan et que la séparation entre boxes internes et externes est née d'une mauvaise interprétation d'un texte au langage codé, ce haut lieu spirituel n'en demeure pas moins lié à l'art martial, ne serait-ce que de par son nom, Wudang / 武当 : le guerrier réalisé.

Assimilé au Nord dans les 4 orients, la représentation animal de Xuanwu est l'entrelacement d'un serpent et d'une tortue. Cette "double nature" animale met en avant son aspect complexe et bipolaire qui n'est pas sans évoquer la double culture du xing et du ming cher aux alchimistes taoïstes. C'est la seule des représentations animales à avoir cette "double nature", les autres animaux éraldiques chinois étant le Tigre blanc (Ouest), le Dragon vert (Est) et le Phénix rouge (Sud).




Les 4 animaux éraldiques chinois



Les attribues de ces deux animaux, ici combinés, sont assez explicites : la tortue représente l'aspect caché et renfermé des choses ainsi que la protection vers l'extérieure (carapace) alors que le serpent représente les pulsions bestiales primitives ainsi que l'élan vers le ciel.

Une légende sur Xuanwu en fait un immortel taoïste qui se serait établi au mont Wudang et s'y serait élevé vers le ciel à la fin de son existence.
Les historiens actuels voit en lui une représentation sinisée de la divinité Indienne Mahakâla, un avatar de Shiva, du fait de la similarité dans la signification de leur nom. Mahakâla signifiant le "grand sombre" (maha : grand, kâla : sombre) et de leur association au Nord.



Représentation de Mahakâla, le grand sombre, assis sur sa bipolarité



Le caractère Xuan (玄) a une grande importance dans la cosmogonie taoïste. Il est utilisé comme un adjectif dont la signification (sombre, obscure, mystérieux) relève, non pas de l'idée d'un élément occulté ou tenu secret, mais bien d'un aspect enfoui, révélé mais mystérieux. C'est l'ANIMA du docteur Jung, l'âme corporel (Po) de l'homme qui s'exprime la nuit par des rêves incompréhensibles pour l'intellect et qui assimile instinctivement le langage de la symbolique...


Adjectif qualificatif, son superlatif est Tai (太: le plus...). On retrouve Xuanwu sous le nom de Xuantian shangdi (玄天上帝) L'empereur d'en haut du ciel mystérieux ou bien Zhenwu dadi (真武大帝) le grand empereur guerrier véritable. On le nomme également Beidi (北帝), l'empereur du Nord.


Si l'on s'en réfère à l'idée de l'âme corporelle exprimée plus haut, on parle alors d'instincts primitifs qui sont liés aux pulsions et dans lesquelles nous pouvons classer l'instinct de survie. Cet instinct, facilement observable chez les animaux, l'est beaucoup moins chez l'homme. Il n'en demeure pas moins la plus grande force que l'être humain puisse utiliser pour combattre...



vendredi 22 février 2013

Témoignage sur Zhao daoxin : Yu guoquan

Le texte qui suit s'intitule "En souvenir de Zhao daoxin. Sincères évocations d’un enseignement que  je reçus pendant plus de dix ans." Il a été remarquablement traduit du chinois par Laurent Chircop-Reyes, disciple de Guo guizhi, et nous donne un témoignage (rare) sur le niveau de Zhao daoxin, qui fut un des premiers élèves et ami de Wang xiangzhai. Vous pourrez trouver d'autre textes traduits par Laurent sur son blog : http://lau-traductions.overblog.com/


"J’ai commencé la pratique du xingyiquan (形意拳) en 1964 sous la direction de Monsieur Liu xuerui, dans le même temps j’ai pu faire la connaissance de son disciple Monsieur Chen shifen, auprès duquel je reçus ma véritable initiation. En 1966, alors que je pratiquais le tuishou avec Monsieur Chen au stade de sport du jardin du Peuple à Tianjin, je fis la connaissance de Monsieur Ao shipeng, disciple de Monsieur Wang xiangzhai, fondateur du yiquan. Monsieur Ao avait une profonde connaissance du yiquan, et mettait particulièrement l’accent sur la mise en pratique de celui-ci. De plus, durant les leçons qu’il dispensait, il avait cette faculté de pouvoir, de manière claire et pertinente, exprimer par des mots la théorie de cette boxe et ainsi de combiner à merveille explications théoriques et mises en applications des principes.


Quand Monsieur Ao démontrait le tuishou avec moi, il me faisait littéralement décoller les pieds du sol avec son fali. Chen Shifen qui assista aux démonstrations fut complètement sous admiration quant à l’habileté d’Ao shipeng.


Yu guoquan en posture fuhuzhuang


Par la suite, Monsieur Ao m’amena régulièrement dans différents parcs de Tianjin afin d’aller s’imprégner de ce qu’il y avait de bien chez les pratiquants d’autres écoles, leur demandant souvent conseils et absorbant les qualités de chacun. Ce fut ainsi riche en expérience d’échanges réels comme de rencontres en tuishou que d’être sous la tutelle de Monsieur Ao. Grâce à ce dernier, je fus également introduis auprès de Monsieur Yao zongxun, qui par chance se rendait régulièrement sur Tianjin afin de rendre visite et procurer conseils à Monsieur Li wentao, lequel tirait aussi beaucoup des enseignements de Monsieur Yao. Quelques années plus tard, je fis la rencontre de Cui ruibin, disciple de Monsieur Yao, et de Yao chengguang (fils de Monsieur Yao). Nous étions comme frères et je reçus de leur part une aide immense dans la pratique.

Durant l’année 1975 je fus introduis, via Monsieur Qiu et Monsieur Ao, à Monsieur Zhao daoxin. Ce jour-là, accompagné de Guo jiming, un autre disciple de Monsieur Qiu, nous avons rencontré Monsieur Zhao au parc Shuishang à Tianjin. Lorsque j’aperçus Monsieur Zhao pour la première fois, se tenait debout devant moi un septuagénaire atteint d’une thrombophlébite cérébrale, s’appuyant sur une seule jambe canne à la main. Vue de l’extérieure qu’elle ressemblance y’avait-il avec un pratiquant d’arts martiaux ? L’image que je me faisais de Monsieur Zhao au travers ce que j’avais pu entendre dire était à des années lumières de la réalité. Et de me poser la question : « au vu de son état général est-il toujours en mesure de boxer ? »  Monsieur Zhao de me dire, comme s’il lisait dans mes pensées : « Guoquan, ça te dit qu’on essaye un peu tous les deux ? Rentre comme tu le sens ! ». Après avoir entendu cela je m’inquiétais vraiment de savoir si ce vieil homme à l’allure frêle en face de moi serait capable d’encaisser mes coups. Cependant, ma curiosité me poussa tout de même à essayer un coup et je décidai donc à attaquer Zhao daoxin au buste. Au moment où je touchai son corps, ce dernier se mit à vibrer en de « micro-mouvements », j’eu alors la sensation de prendre comme une violente décharge électrique ou encore de percuter une sorte de ventilateur tournant à pleine vitesse. Je fus balancé en arrière. J’ai vu des étoiles puis un voile noire encre devant mes yeux, un mal au cœur et des nausées s’ensuivirent… J’ai mis pas moins de trois minutes pour revenir à moi et mes sous-vêtements étaient trempés de sueur froide. D’après Guo jiming qui assista à la scène, j’avais le teint pâle et vide. Ainsi, profondément marqué par Monsieur Zhao et son remarquable niveau, me voilà engagé sur le chemin de l’étude du xinhuizhang.





Démonstration de la forme de Xinhuzhang



Durant mon parcours de plus de dix ans sous la direction de Monsieur Zhao, je pus non seulement pleinement ressentir toute la finesse de sa technicité raffinée et sans fioriture, mais également sont extrême méticulosité dans l’enseignement, durant lequel il ne se lassait jamais d’instruire,  me corrigeant chaque mouvement sans  laisser passer le moindre petit détail. Nous éclairâmes nos connaissances sur les principes philosophiques de la boxe à la lumière de ses exemples et de ses explications toujours claires et précises, et ce de la théorie jusqu’à l’application de chaque technique. Monsieur Zhao m’a toujours porté une grande attention, même lorsqu’il vivait dans les plaines lointaines de Mongolie Intérieure, il me demandait régulièrement de lui envoyer des lettres afin de lui faire part des fruits que j’eus récolté de mon entrainement, puis me répondit à son tour en me donnant quelques instructions. Chaque lettre que je reçus de Monsieur Zhao m’apporta un gain inestimable dans ma pratique.


Le style de boxe de Monsieur Zhao était vraiment unique en son genre. Une boxe naturelle et élégante, enveloppée d’une forme majestueuse et d’une vigueur sans limite. Je me suis souviens qu’une fois chez Monsieur Qiu Zhihe, Monsieur Zhao fit une démonstration de A à Z de la forme du xinhuizhang. Monsieur Qiu habitait une maison de style ancien à deux étages d’une superficie de 40 mètres carrés et dont les pièces étaient revêtues d’un plancher. Lorsqu’il exécutait sa forme, la taille guidait les hanches lesquels déclenchèrent l’impulsion pour bouger le corps dans une allure rapide et légère, tantôt comme la brise souffle sur les saules pleureurs sans pour autant en faire bouger les feuilles, tantôt comme un énorme coup de tonnerre. On aurait dit qu’il n’était plus lui-même, comme un Immortel (Xianrenêtres fantastiques, divinités dotées de pouvoirs surnaturels appartenant aux croyances traditionnelles chinoises NDRL) en train de danser et doté d’un regard effrayant. Le voyant se mouvoir de la sorte, il était impossible de se rendre compte qu’il s’agissait en réalité d’une personne malade atteinte d’une  thrombophlébite et ne pouvant utiliser qu’une jambe. Le plancher, mais aussi la table, le service à thé, ainsi que les cadres au mur tout se mettait à trembler sous la puissance des gestes de Monsieur Zhao, secouant ainsi presque la maison entière. Il acheva la forme d’une traite, harmonisant divinement forme (xing形), souffle (qi气), intention (yi意) et force (li / 力), principes caractéristiques d’un très haut niveau dans l’art martial. Il donnait ainsi l’impression d’être à la fois un guerrier fort et vigoureux tout en étant capable d’exprimer avec aisance grâce et beauté.
Le xinhuizhang, l’art que créa Monsieur Zhao durant ses dernières années, ainsi que les deux premiers caractères 心会 (Xinhui)  l’expriment, ne sont autre que l’effort, la concrétisation et l’aboutissement de toute une vie de recherche et d’expérimentation. Le sens de xinhui est celui de « ressentir / guider avec le cœur / esprit » (en chinois, le caractère 心 signifie le cœur mais peut également exprimer l’esprit ou l’intention NDLR). En d’autres termes, cela signifie que la boxe du pratiquant doit être animé par l’intention et le ressenti intérieur afin qu’elle puisse s’exprimer de la manière la plus naturelle possible. Monsieur Zhao exigeait de ses disciples qu’ils appliquent ce principe durant chaque entrainement, afin que ces derniers développent des qualités caractéristiques du xinhuizhang telles que la coordination, l’unité corporelle, l’explosivité etc. Lorsque nous dinions ensemble le xinhuizhang était au cœur de chaque conversation. Je me souviens d’une fois, lorsque nous étions tous les deux à table, il se mit à me parler de la technique « canglong guihai » (le dragon vert de l’est retourne à l’océan – le dragon vert est un des quatre groupes représentant les loges lunaires en astronomie chinoise NDLR), il était assis sur un petit tabouret en bois, soudain il se mit à faire vibrer ses bras, on pouvait entendre le claquement de ses os et tendons ainsi que le bruit sec sur le sol du tabouret en bois sur lequel il était assis. Rien que le fait d’être assis en face de lui me fit trembler de frayeur. Il fallait vraiment voir le corps uni et l’explosivité de Monsieur Zhao lorsqu’il bougeait.


Le maître Zhao daoxin démontrant sa boxe à la fin de sa vie


Le xinhuizhang est le résumé de toute une vie de recherche dans l’art martial. Etant donné que je fus l’élève de Monsieur Zhao daoxin, je tenais à faire partager à tous les lecteurs ce précieux héritage."

Texte traduit du chinois par Laurent Chircop-Reyes

dimanche 20 janvier 2013

Le mont Wudang, mythes et légendes (1ère partie)

Le mont Wudang (Wudangshan) est aujourd'hui connu des pratiquants du monde entier. Considéré en Chine comme un haut lieux historique pour la pratique des arts martiaux, il est souvent associé au Taoïste Zhang sanfeng et à la création de la boxe Taiji (Taijiquan) voir même de l'école interne de boxe (Neijiaquan). En occident, Wudangshan est connu comme "le berceau des arts martiaux internes chinois"...



Magnifique démonstration par Ismet Himmet et ses élèves à Wudangshan



Si la relation entre le mont Song (Songshan), où se trouve le monastère Bouddhiste de Shaolin, et certaines école de boxe est très claire, il n'en est pas de même pour le Wudangshan, dont certains Sinologues ont déjà prouvé qu'il n'avait, en fait, aucun lien avec la création du Taijiquan ou d'une quelconque boxe.
La tradition étant très souvent à l'origine de la création des mythes populaires, nous sommes alors en droit de nous demander quelle est la relation qui unit véritablement l'art martial chinois et ce lieu de pèlerinage Taoïste ?

Plutôt qu'une montagne, Wudangshan est, en fait, un ensemble montagneux situé au nord-est de la région du Hubei. Il accueille plusieurs temples taoïstes dont la construction remonte, pour la certains, au quinzième siècle. Les premières mentions historiques faites à propos de Wudangshan datent du 5ème siècle et en parle comme d'un lieu de retraite fréquenté des taoïstes et célèbre pour la grande variété de plantes médicinales que l'on peut y trouver. Mais c'est sous les Tang que Wudangshan fini par devenir un lieux important dans la géographie sacrée de la Chine.



Le précipice du sud ou "précipice du ciel pourpre" (紫霄岩)



Le nom "Wudang" (武当 / le guerrier réalisé) fait référence à la divinité Taoïste Xuanwu (玄武 / le guerrier sombre) et c'est l'empereur Yongle des Ming qui ordonna la construction des temples à cet endroit, déjà célèbre pour les taoïstes, afin d'y vénérer cette divinité.

Xuanwu, comme la plupart des divinités du panthéon taoïste est la représentation personnifiée d'une force de la nature, d'un principe originel, d'une force spirituelle.
Dans le zodiaque il représente les "sept maisons astrales du nord", la grande ourse  (Beidou).
Dans les 4 orients, il est le Nord et donc l'élément Eau, la "couleur" noire associée à l'élément Yin, aux essences corporelles et aux pulsions primaires, à l'aspect sombre et mystérieux de la nature. Il est représenté sous sa forme animal par une tortue et un serpent entrelacé.




Une statue de Xuanwu trouvée à Wudangshan et datant de l'époque Yongle des Ming (Musée provincial du Hubei)


Le terme Xuan (玄 / Sombre, obscure, mystérieux, occulte) est récurent dans le Taoïsme pour désigner l'aspect Yin, obscure, de l'univers. On le retrouve dans la mythologie chinoise et le Taoïsme primitif dans l'évocation de Xuannü, déesse guerrière ou de Xuanpin, la "femelle mystérieuse" évoqué par Laozi.

Il semblerait que le taoïsme primitif ait accordé une place toute importante à ce principe mystérieux à ne pas confondre avec le courant taoïste dit "Xuanxue" ou "étude du mystère", lequel n'est autre que le néo-taoïsme dans sa forme philosophico-religieuse.





A suivre...