lundi 29 décembre 2014

Histoire de l'art martial : L'antiquité (suite)

L'étymologie du caractère wu (武)est très souvent interprété de manière "erronée" et ce en raison d'un célèbre passage du shuowen jiezi, ouvrage considéré comme un des plus ancien dictionnaire chinois. Le passage en question est une citation faisant référence à un événement de l'histoire :
"Le roi Zhuang du royaume de Chu dit : l'empereur Wu termina son œuvre lorsqu'il rangeât les armes (les hallebardes), c'est pourquoi on utilise "arrêter" (déposer) et "hallebardes" pour écrire le caractère "guerre" (wu)."


De cette citation, a été extrait la dernière phrase qui a, en fait, un double sens. Selon le shuowen jiezi, le caractère wu (martial / guerre) prend tout son sens dans l'idée de "déposer les armes" (arrêter, stopper - hallebarde) qui serait l'ethymologie du caractère. En réalité, il faut noter un détail important de cette citation : Wu (武 / martial, guerre) est le nom du premier empereur des Zhou dont parle ce passage. Cette explication sert, en fait, a justifier le nom de l'empereur Wu (wudi) et son œuvre en minimisant le caractère guerrier qui pourrait lui être attribué. Car l'empereur "martial" (Wudi) su, en effet, prendre le pouvoir par
 les armes en combattant les Shang mais, en revanche, fonda son règne sur une conduite juste de l'empire et non sur des guerres incessantes...



Le caractère 武 dans sa forme dite "jiaguwen"



Si l'on met à part cette interprétation du roi Zhuang des Chu, la plupart des spécialistes actuels des caractères anciens (jiaguwen) s'accordent à dire que le caractère Wu / 武, est composé du pied (signification première de 止, qui veut également dire "arrêter, stopper) et de la hallebarde "ge" (戈), symbole de l'arme par excellence, et qu'il signifie  donc : aller, marcher / avec une hallebarde, une arme. Car le caractère wu existe dès l'apparition dès cette première forme d'écriture en Chine, que l'on appelle Jiaguwen et qui signifie "idéogrammes gravés sur omoplates de mouton et carapace de tortue". Ces objet rituels étaient ensuite jeté au feu et présentés au Shaman (wu / 巫) qui en interprétait les dessins formés par les craquelures dans une forme de divination.





Démonstration du Shoubo moderne créé par Yuan zumou sur la base de la lutte chinoise et ainsi nommé en référence à la discipline de l'antiquité aujourd'hui disparue




Pendant cette dynastie Han, la lutte est bien différenciée de la boxe qui est évoquée sous plusieurs noms. On écrit également sur cette forme d'affrontement, la lutte, qui sert aussi bien au champs de bataille qu'en compétition. Les annales des han citent un livre "shoubo" en 6 chapitres, dans sa bibliographie. Ce livre a disparu mais demeure le plus vieil écrit sur l'art martial à main nue. A cette époque, on parle également en utilisant l'expression : 空手入白刀 (kongshou rubaidao / affronter des lames aiguisées à main nue) ou bien 空拳入白刀 (kongquan ru baidao / affronter des lames aiguisées à poing nue).






Les 20 préceptes du karate, calligraphiés par Gichin Funakoshi




Nous pouvons noter ici, en aparté, que cette expression datant de la dynastie Han (206 av JC - 220) est probablement la référence littéraire utilisée par le célèbre Gichin Funakoshi, considéré comme le "père" du Karate japonais, afin de justifier le changement de caractère de Tote (唐手 / la main des Tang) en Karate (空手 / La main vide). Car le maître Funakoshi était reconnu comme un grand connaisseur des classiques chinois, qu'il n'avait de cesse d'étudier. On peut, par ailleurs, retrouver cette idée "d'affronter des lames à main nue" dans le 15e de ses "20 préceptes du karate" (karate nijukun) : "Les mains et les pieds sont comme des épées".

Pendant la dynastie Song, les démonstration d'arts martiaux se développent encore et se diversifient. Lin boguan estime que c'est à cette époque que sont véritablement apparue les différenciations en écoles. Dans la première partie de l'époque Song, l'art martial fut largement diffusé et enseigné dans les campagnes afin de renforcer la résistance aux attaques des peuples nomades aux frontières Nord. Il fallait que les techniques soient limitées en nombre et simple à retenir afin qu'elles puissent être diffusé au plus grand nombre. Il était préférable de connaître quelques techniques simples et de les répéter avec puissance, rapidité et précision et d'être capable de les utiliser face a quelqu'un plutôt que d'apprendre un éventail important de techniques compliquées. Mais, avec le développement des performances et des représentations d'arts martiaux, l'idée de se démarquer des autres commença à apparaître. Il fallait donner une représentation qui soit distrayante et qui sorte du lot. Ainsi, différentes écoles de représentation commencèrent à voir le jour et les techniques se multiplièrent en se diversifiant.



lundi 17 novembre 2014

Hommage à mon maître

Maître, cela va bientôt faire un an que vous avez disparu, nous laissant sans nouvelle. Nous tous, vos disciples et élèves, chinois et français, avons été très attristé par votre disparition. Nous aurions voulu pouvoir vous dire au revoir et vous témoigner une dernière fois notre affection mais le sort en a décidé autrement.

A partir de maintenant, nous continuerons tous, j'en suis sûr, de suivre les enseignements que vous nous avez prodigué dans nos souvenirs. Vous faites désormais parti de cette immense mémoire collective dans laquelle les pratiquants d'arts martiaux puisent tous les jours. Ainsi, vous continuez de participer à la transmission de ce savoir ancien et rare, parfois jalousement gardé par certains, dont vous avez su être un grand représentant. Vous nous avez transmis votre enseignement avec enthousiasme et joie de vivre, nous rappelant sans cesse que l'art de cultiver la vie (Yangsheng), c'était aussi cela, tout simplement.

Je me souviens de la manière dont vous avez su m'accueillir à Pékin lorsque, âgé d'une vingtaine d'année, je m'y suis rendu pour la première fois. Je me souviens de tous les bons moments partagés en votre compagnie durant les 15 ans qui ont suivi...












J'espère que vous chevauchez aujourd'hui ces dragons qui vous fascinaient tant...

Votre élève

Emmanuel / 康平




vendredi 14 novembre 2014

Stage en Chine

"Wang xiangzhai de quanxue" organise tous les ans un séjour d'entrainement de 15 jours en Chine. 

Au programme du prochain séjour, prévu en été 2016 : 

Environ 10 jours de pratique dirigée par le maître Wang shangwen, disciple de Wang xuanjie, à Datong, dans la province du Shanxi. 

Pendant ces 10 jours, 2 à 3 sessions de pratique quotidienne de 2 à 3 heures chacune, sous la direction du maître et aux cotés de ses disciples chinois. Les entrainements sont axés sur la pratique martiale et ont lieu, en général, en plein air.





Entrainements avec le maître Wang shangwen, en 2009 et en 2014

































Ces séjours en Chine sont l'occasion d'aborder les techniques de poings sur place et en déplacements dynamiques, les tuishou simple et double, qui sont pratiqués avec les disciples chinois du maître, la marche circulaire du Baguazhang mais également d'approfondir
 des bases du Yiquan - Dachengquan (zhanzhuang, shili, zoubu...) et, surtout, de recevoir un enseignement oral sur les principes essentielles de l'art martial chinois traditionnel.















Parc naturel et temple Taoïste de la région du Zhejiang












Plusieurs visite de sites culturels et historiques sont proposés durant le séjour afin que les participants puissent connaitre un peu mieux la culture chinoise. En général, le séjour se termine par un passage de 4 jours à Pékin, capitale historique et culturelle de la Chine, et permet de découvrir les parcs ses plus célèbres ainsi que quelques lieux emblématiques de l'histoire de la Chine (Grande muraille, temple du ciel...). L'hébergement à Pékin a lieu dans une ancienne cour carrée traditionnelle rénovée en guesthouse, située dans les ruelles (Hutong) de la vieille ville. Le groupe peut ainsi continuer à pratiquer le matin dans la cour de l'hôtel et dans les parcs où ont pratiqué jadis les plus grands maîtres du Yiquan - Dachengquan...






Hébergement à Pékin, une "cour carrée" dans les ruelles de la vieille ville






Le prix du stage est d'environ 2200 euros pour un séjour de 15 jours, prix qui comprend le billet d'avion aller-retour au départ de Paris, l'hébergement et tous les repas sur place, les entrainements avec le maître, tous les déplacements en Chine ainsi que la traduction et les services de votre accompagnateur. 


    

Pour plus de renseignements, n'hésitez pas à me contacter par téléphone ou par mail.

Emmanuel

emmanuel.agletiner@gmail.com
tel : 07 60 79 26 00



mardi 20 mai 2014

Séjour d'entrainement en Chine 2014

Tout juste de retour de Chine, "Wang xiangzhai de quanxue" vous livre ses impressions encore toutes fraiches du séjour d'entrainement auprès du maître Wang shangwen, auquel 6 pratiquants ont pu participer cette année :

Cela fait 10 ans cette année que le maître Wang shangwen m'accorde son amitié et sa confiance et le temps que nous avons pu partager ensemble lors de ce dernier séjour d'entrainement en Chine a encore renforcé notre relation.


2004 - 2014 : 10 ans d'amitié 


Après les 11 heures de vol du direct Paris - Shanghai, un minibus nous attendait à 5h00 du matin à l'aéroport pour nous emmener à Changshan, un comté de la banlieue de Quzhou, province du Zhejiang.
Dans le décor somptueux d'un immense parc au beau milieu des montagnes du zhejiang nous attendaient nos hôtes chinois : Le maître Wang shangwen et ses disciples les plus proches, que nous connaissons maintenant tous très bien pour avoir partagé de nombreuses heures de pratiques lors des précédents séjours.

Les retrouvailles ont été chaleureuse puisque cela faisait 4 ans que nous ne nous étions pas revu.

Les participants ont pu alors découvrir l'hôtel dans lequel nous avons été logé : le superbes chambres au décor traditionnel de l'unique hôtel du parc, d'un calme propice à la méditation le soir venu et à l'entrainement au petit matin...





Le parc Dongminghu à Changshan et son hôtel


Le temps de nous remettre du décalage horaire et le charme du lieu opérait : Le lendemain matin, nous étions déjà tous levé dès 6h00 pour pratiquer dans ce décor splendide dont le Qi était presque palpable.

Comme a son habitude le maître Wang shangwen a su partager ses connaissances tant sur le plan pratique que théorique lors des 2 sessions d'entrainement quotidiennes, ainsi que pendant le temps libre, lors des nombreuses discussions que nous avons pu avoir ensemble et auquel tous les participants ont pu assister...

Les progrès furent visible de jours en jours et tous les aspects de la pratiques furent abordé. Ainsi le groupe de pratiquants français a pu étudier les différentes méthodes d'entrainement personnalisées par Wang shangwen, les techniques propres à l'enseignement de feu Wang xuanjie ainsi que les exercices conventionnels du Yiquan / Dachengquan (zhanzhuang, shili, mocabu, shisheng, tuishou) et même certaines techniques de Yangsheng et des massages en utilisant l'intention (yinian).







Entrainements dans le parc



Les 10 jours passés en compagnie de nos amis chinois ont donc filé à la vitesse de l'éclair et ce fut avec beaucoup d'émotion que nous firent nos adieux au groupe chinois. Au départ de Changshan le 10 mai au matin, nous avons filé vers la ville de Jinhua où nous avons pu visiter le monastère taoïste Huang daxian, manger un repas végétarien au réfectoire de moines et passer une dernière journée avec notre grand ami Jiangnan, disciple de Wang shangwen, avant de prendre l'avion le lendemain matin à destination de Pékin pour nos 4 derniers jours en Chine.




Notre équipe franco-chinoise au complet


Logé dans les hutong de la vieille ville Est (dongcheng) de Pékin, nous avons pu visiter les parcs les plus célèbres de la ville et rencontrer des pratiquants de divers horizons (Baguazhang, Taijiquan...). Une sortie sur la grande muraille fut également grandement appréciée du fait de la splendide météo dont nous avons pu bénéficier. Notre dernière journée à Pékin fut la plus surprenante puisque nous avons eu l'occasion de rencontrer, par hasard dans un parc, un ancien élève du maître Yao zongxun ainsi qu'un élève du maître de Bagua Zhu baozheng. Nous avons ensuite été reçu très cordialement au Wuguan du maître Yao chengrong. Celui-ci nous a donné une superbe démonstration mettant en valeur les capacités de son fils Yao yue et nous a raconté son expérience de l'école de Wang xiangzhai lors d'un repas partagé avec lui, son fils et ses élèves. Les participants ont donc pu écouter le témoignage de Yao chengrong, fils du célèbre maître Yao zongxun, et lui poser de nombreuses questions auxquelles il a répondu ouvertement.



Les ruelles (Hutong) du quartier Dongcheng de Pékin


Sortie sur la grande muraille à Mutianyu



Démonstration de Yao chengrong avec son fils Yao yue



Avant de nous séparer, le maître Yao chengrong a souligné le fait que Yiquan et Dachengquan n'était qu'une seule et même école et qu'il était important que tous les pratiquants entretiennent une relation cordiale afin de progresser ensemble dans une seule et même direction. Il m'a, de ce fait, encouragé dans mon action de rapprochement des différents courants de l'école de Wang xiangzhai et m'a apporté son soutien dans ma démarche.

Ce séjour fut donc une occasion pour les participants d'étudier sous la direction d'un grand maître de l'art martial traditionnel chinois mais également d'entrevoir les différents aspects de la culture chinoise dont cet art est issu. De plus, en cette année anniversaire célébrant les 50 ans des relation Franco-Chinoise, notre groupe de pratiquant a grandement contribué au rapprochement entre nos 2 pays.




Toutes les photos contenues dans cet article sont la propriété d'emmanuel Agletiner.

samedi 19 avril 2014

Histoire de l'art martial : L'antiquité

L'art martial chinois de l'antiquité n'est pas comparable à l'idée que nous en avons aujourd'hui. De toutes les écoles qui ont traversé les âges jusqu'à nos jours, même les plus anciennes, les plus "traditionnelles", ne remontent pas plus loin qu'à la fin de la dynastie Ming (1368 - 1644) alors que les première traces du Wushu, littéralement "l'art de la guerre", remontent au prémices de la civilisation chinoise, la dynastie Shang (env 1600 - 1045 av JC).

Le terme le plus communément utilisé aujourd'hui en Chine pour désigner l'art martial est Wushu (武术). Un terme plus ancien, dont l'idée est similaire, est Wuyi (武艺). Ces deux expressions désigne une idée commune : l'art, l'aptitude, le talent dans la guerre.
Le premier caractère de cette expression, 武 (wu), existe dès les premières formes d'écriture en Chine, les jiaguwen ("écritures sur carapaces et os", utilisées pour la divination sous les Shang).
L'idée qu'il exprime est très claire : la partie supérieure du caractère représente une hallebarde "Ge" (戈) qui fut l'arme emblématique des premières dynasties chinoises. La partie inférieure du caractère représente un pied (止) dont la signification est d'avancer, d'aller vers l'avant, de marcher.
La signification de ce caractère étant donc "de marcher en avant avec une hallebarde".


武, gravure Jiaguwen




  武, gravure sur bronze


Une erreur souvent commise par des pratiquants non sinisant étant d'interpréter la clef du pied (止) par l'idée d'arrêter, de stopper, un sens dérivé qui apparaitra bien plus tard dans l'histoire.
Or, cette idée, si elle permet d'apporter au caractère une interprétation plus philosophique : "arrêter une hallebarde",  dans le sens "d'éteindre tout conflit",  n'est pas conforme à l'explication donnée par le shuowenjiezi, le plus ancien dictionnaire chinois.  L'idée initiale du caractère wu étant bien celle de soldats qui avancent sur le champs de bataille avec une hallebarde à la main...



Pointe de hallebarde "Ge" (戈) datant des Zhou de l'ouest (1046 - 771 av JC)


La pratique de l'art martial à main nue occupa une place de moindre importance dans l'histoire et ne prit son importance que très récemment.
Les raisons à cela sont plus qu'évidentes : les techniques à mains nues ne sont quasiment d'aucune utilité pour un militaire (c'est encore le cas de nos jours). Dès les premiers conflits dans l'histoire de l'humanité, l'être humain, toute civilisation confondues, utilisa tous les outils qu'il avait en sa possession pour arriver à ses fins. Et même désarmé sur un champs de bataille, l'art à main nue était sans aucune utilité face à un ou plusieurs adversaires vêtus de lourde armure qu'il était déjà difficile à transpercer avec une lance...

Quoi qu'il en soit, on trouve des traces écrites permettant d'attester d'une pratique à main nue déjà bien évoluée dès l'époque des royaumes combattants (481 - 221 av JC). La plus ancienne expression connue évoquant l'art martial étant, d'ailleurs, "Jiji" (技击) "dextérité dans la boxe" (Xunzi, 313 - 238 av JC), une expression qui sera reprise par le maître Wang xiangzhai pour désigner l'aspect martial de son enseignement.

Les pratiques à main nue de l'antiquité dont on a des traces écrites sont essentiellement des pratiques sportives ou destinés à démontrer les aptitudes d'une personne. Les jeux de force, la lutte et le pugilat (la "boxe") sont utilisés pour se mesurer à un autre sans s'infliger de blessures trop sévères (sauf accident).



Vase tripode en bronze



Le jeux de force le plus célèbre, sous les Zhou (1045 - 256 av JC) étant le levé de vase tripode. Tout en bronze, ils pouvaient peser jusqu'à 800 Kg !
La lutte, quand à elle, fait partie des trois grandes épreuves de compétition, avec l'archerie et la conduite de char.

Pour ce qui est de la boxe, le shoubo (手搏) que l'on peut traduire par "frappes avec les mains", il n'existe pas de description des méthodes d'entrainements qui lui sont dédiés mais certains textes permettent de deviner que cet art fut développé à un haut niveau de pratique par certains. Le premier texte à faire mention de cette pratique, le commentaire de Gongyang des annales printemps et automne relate un incident survenu en 682 av JC : "Zichang wan, un officiel du Duc de Min des Song frappa le Duc à la machoire. Le Duc perdit plusieurs dents et mourut. Sa nuque avait été brisée par la frappe."

Le peu de trace écrites dédiés à la pratique à main nue permettent tout de même de savoir que cet art était déjà bien développé en Chine dès l'antiquité et que les techniques qu'elle véhiculait étaient dévastatrices...







dimanche 5 janvier 2014

Force de contradiction


Il est un principe sous-jacent à la pratique du yiquan / dachengquan qui s'avère être une composante fondamentale de la pratique dans l'art martial à main nue. La force "zheng" (zhengli / 争力)ou force de contradiction / d'opposition est le pendant de la force dite "du corps uni" (zhengti liliang / 整体力量). Ces deux forces se complètent telle deux principes opposés complémentaires et peuvent être rassemblées, de ce fait, comme le sont le vide et le plein, le lourd et le léger, le dur et le souple (couple yinyang)...

Le maître Yao chengrong, fils du maître Yao zongxun, nous explique certains aspects de cette force d'opposition dans un texte :

"L'essence de l'art martial, c'est la force intérieure. La force que l'on développe en pratiquant le zhanzhuang s'appelle "Hunyuanli", ce qui signifie "la force du corps uni". La clef qui permet d'obtenir cette force vient de l'utilisation de l'intention. On utilise la visualisation pour développer une force de contradiction ou "tension opposée" en dirigeant différentes parties de notre corps dans des directions opposées. On imagine également qu'il y a des connections entre notre corps et l'environnement extérieur. De cette manière, on pourra faire en sorte de faire bouger l'ensemble du corps dans son intégralité au même instant.

Si l'on a pratiqué zhanzhuang (posture statique) et shili (test de force) suffisamment longtemps et que l'on a développé des forces d'oppositions dans tous le corps, on a alors l'impression que des élastiques relient toutes les parties de notre corps et que notre corps est lui même comme un grand ressort. A ce moment de l'entrainement, si l'on imagine quelqu'un pousser une partie de notre corps, notre esprit va d'abords se tendre quelque peu puis notre force va se libérer depuis le centre de notre corps pour contrer la force qui nous est appliquée.




video
Travail de la force de réaction et tuishou par Wang shangwen et ses élèves



Un exercice de pratique à la force de réaction est alors le suivant :

Imaginer que l'on se tient debout sur un radeau de bambou en pleine mer dans une tempête. Le radeau est très instable, se soulevant d'avant en arrière et d'un coté à l'autre. Lorsque le radeau se soulève par l'avant, le poids de notre corps bouge vers l'avant pour contrebalancer le déséquilibre. Lorsque le radeau se soulève par l'arrière, le poids de notre corps bouge vers l'arrière. De même pour la droite et la gauche. Lorsque le radeau s'élève sur une vague, le poids de notre corps se soulève. Lorsque le radeau s'enfonce dans le creux dune vague, le poids de notre corps s'enfonce profondément dans le sol. Il faut bien utiliser l'intention pour réaliser cet exercice, les mouvements induits doivent être imperceptibles. Ces mouvements doivent être produit par nos seules jambes mais par l'ensemble du corps. Au début, il est souhaitable de suivre un schéma : haut - bas, droite - gauche, avant - arrière. Ensuite, on peut pratiquer avec des mouvements plus spontanés. De même, au début, le radeau doit bouger légèrement et lentement pour, par la suite, bouger rapidement et brusquement. Cet exercice a pour but de nous entrainer à affiner nos réactions pour leur permettre de s'adapter à différentes situations."

L'exercice proposé par le maître Yao chengrong n'est pas sans rappeler la méthode d'entrainement au zhanzhuang proposé par un autre disciple de Yao zongxun bien connu des pratiquants français : Guo guizhi.



Posture en simple appui par le maître Guo guizhi et ses élèves 



L'entrainement à la force ressort, ou force élastique (songjin) du maître Guo guizhi étant entièrement basée sur la pratique de cette force d'opposition (zhengli) selon les propres dires du maître.

La réunion des opposés se fait dans la tension mais cette tension n'a rien à voir avec une contraction volontaire des muscles (fibres musculaires rouge). Il s'agit plutôt d'étirer les segments articulaires de manière à provoquer une tension des partie tendineuse du muscle antagoniste, provoquant ainsi une "contraction involontaire" tendineuse. Cette façon de faire serait donc de l'ordre de la contraction dite "excentrique", à ne pas confondre avec une contraction isométrique qui, bien que semblable en apparence, donne des résultats très différents.



Pour plus de renseignements sur l'enseignement du maître Guo guizhi en France, vous pourrez contacter Joel Issartial à l'adresse suivante : lestatous@gmail.com