mercredi 16 septembre 2009

Témoignage sur Wang xiangzhai : Li jianyu (deuxième partie)


Suite de l'extrait du livre "Shenyiquan, yangshengong", du maître Li jianyu : La fille de Li jianyu nous parle de l'apprentissage de son père avec Wang xiangzhai...

Selon les dires de mon père, Wang xiangzhai était extrêmement exigeant vis à vis de ses disciples. Certains d'entre eux se faisaient parfois même insulter par le maître. A ceux qui ne comprenaient rien à son enseignement et pesistaient dans l'erreur, il disait, furieux : "Tu as déjà vu une vache grimper à un arbre ? Et bien cette vache, c'est toi ! "

A un autre disciple, particulièrement maladroit, il avait dit, très en colère : " Tu sais labourer un terrain ? "

Le disciple : "oui, maître."

Et maître Wang xiangzhai : " Et bien rentre chez toi et laboure donc ton terrain ! Je suis fatigué d'enseigner à un tel imbecile."






Photo du groupe d'élèves de Wang xiangzhai prise en 1946, Li jianyu au 2e rang, 2e en partant de la gauche. Wang xiangzhai au centre avec la nonne bouddhiste, maître Qianxiao, à sa droite.





Il y a un célèbre adage du gongfu qui dit "Ce n'est pas le disciple qui choisi le maître mais le maître qui choisi son disciple". Et bien cette phrase est entièrement vraie. Ce n'est pas facile de se faire remarquer par son maître. Le yiquan n'est pas comme les autres écoles de boxe chinoise, il n'y a pas d'enchainements de beaux mouvements impressionants et distractifs. Si il n'y a pas eu un temps véritablement consacré au travail de base du zhanzhuang, il n'y aura aucun moyen de connaitre "La forme relaché et l'intention tendu" (xing song, yi jin) que l'on trouve au sein de la véritable voie de l'art martial ainsi que la réaction de "n'importe quel point sur le corps devient comme un ressort" (quanshen wudian bu tanheng) que cela produit. Ainsi, apprendre cette boxe est véritablement difficile, il faut être capable de développer cette volonté d'encaisser sans broncher (en chinois : manger amer) lors de l'apprentissage et surtout, ne pas être pressé d'atteindre les résultats recherchés. Pour celui qui manque d'intelligence, les mystères de cette voie seront difficiles à percer, c'est pourquoi celui qui pratique cette boxe doit impérativement avoir à la fois "l'esprit simple de l'idiot et l'intelligence de l'homme supérieur" (chihan de jingshen, chaoren de zhihui). Ce qui revient à dire que pour percer dans l'art, il faut être capable d'encaisser le pire du pire, être mu d'une extrême tenacité et avoir l'intelligent nécessaire à la compréhension. En somme, une personne très complète.





Le maître Li jianyu à l'age de 73 ans, shili en déplacement




Au tout début de son apprentissage, mon père vit qu'il y avait parfois des élèves avancés souhaitant entrainer les nouveaux, ce qui était en fait un pretexte pour les utiliser comme cible. Il avait bien vite compris ce jeux et ne se laissait pas faire. Un jour, Wang xiangzhai vit cela et dit alors à tout le groupe : " Qui d'autre veut encore l'ennuyer ? Viens mon garçon, je vais t'apprendre à te servir des deux mains à la fois, rentres avec moi à la maison." A partir de ce jour, les railleries furent terminées et mon père allait régulièrement "manger à la cantine" chez son maître.




Li jianyu et son maître Wang xiangzhai, instigateur du Yiquan/Dachengquan, en 1958 à Pékin




Pendant son apprentissage, mon père n'a jamais oublié la notion de "droiture martiale" (wude). Il respectait son maître et ses ainés comme s'ils étaient ses propres parents. Lorsque Wang xiangzhai eu la soixantaine, il tomba gravement malade alors qu'il vivait à Tianjin. En apprenant cette nouvelle, mon père commença à penser à son maître avec le coeur gros. Finallement, il pris sa bicyclette et fonça vers Tianjin, effectuant le chemin qui les séparait d'une traite, pédalant pendant 6 heures d'affilées. Affaibli par la maladie, Wang xiangzhai pris la main de mon père dans la sienne et lui murmura qu'il devait continuer à pratiquer le yiquan, le diffuser et le représenter, en ajoutant que le principal était le yangshen, et que le combat était son complément (yangshen wei zhu, jiji wei fu). Puis il lui dit qu'il devait chercher à comprendre les subtilités et la profondeur de cette voie et que le gongfu ne devait pas se perdre.


Célèbre artiste peintre en Chine, le maître Li jianyu vit encore aujourd'hui à Pékin. Disciple de Wang xiangzhai pendant plus de 20 ans, il est agé de 86 ans cette année et continue à pratiquer le yiquan en mettant un point d'honneur à respecter ce que son maître lui a enseigné : "Principalement le yangshen, le combat étant en complément"...