mardi 25 mars 2008

Simple et double appui en tuishou


L'enseignement de Wang xiangzhai se structura sous sa forme actuelle vers la fin des années 30. Il se présente désormais en une succession de 7 étapes d'apprentissage, appelée "les sept portes". L'exercice de "pousser avec les mains" (Tuishou), également connu sous le nom de "pétrir avec les mains" (Roushou) constitue une de ces 7 étapes.

Celle-ci est particulièrement importante pour le pratiquant désireux d'améliorer ses capacités au combat :

Il s'agit d'apprendre par cet exercice à gérer les différentes forces adverses en utilisant les principes acquis précedemment. Autrefois, Tuishou était appelé "Tingjing", ce qui pourrait être traduit par " être à l'écoute des potentiels de force" (écouter le jing).



Wang xuanjie dans l'exercice du "Tingjing"




On retrouve dans le Dachengquan deux formes d'exercice pour pousser avec les mains :

- Avec deux mains (shuangtuishou / tuishou double)
- Avec une main (dantuishou / tuishou simple)

Ces deux exercices correspondent à deux entrainements à des situations bien différentes :

S'entrainer au Shuangtuishou correspond à la situation de gérer les potentiels de force adverses lorsque l'on se retrouve dans sa garde. Concretement, cela permet d'apprendre à "rentrer" dans l'adversaire. Pour ceci, on doit apprendre à dévier les différentes forces qu'il exerce sur nous grace aux déplacements, sans perdre notre force intégrale et en étant à l'écoute de ses erreurs.

Le Xingyiquan est un style qui est particulièrement porté sur cette stratégie et c'est une des raisons pour laquelle les pratiquants de yiquan affectionnent cet exercice tout particulièrement.





Yao zongxun et Li jianyu pratiquent le shuangtuishou





Le dantuishou est encore plus important car il permet de s'entrainer de la même manière mais lorsque l'on est à l'extérieur de la garde adverse. L'idée étant alors de contourner sa force, de "passer sur un coté" (donc d'esquiver), ce qui est particulièrement conseillé lorsque l'on se trouve en face d'une personne dont le potentiel de force est beaucoup plus grand que le notre (adversaire d'un gros gabari).


Une des écoles qui prone le plus ce type de stratégie est le baguazhang, le simple changement de paume relève techniquement du dantuishou.



Yu hongkun et michèle Ribert, dans l'exercice du dantuishou



Le contrôle de la force adverse se fait au travers de la maîtrise de son propre équilibre (ou enracinement), tout en sachant faire perdre le sien à son opposant. Dans la théorie du yiquan, cette maîtrise passe par une compréhension physique des notions de simple et double appui : le pratiquant sachant garder un simple appui en permanence pourra rester connecté avec le sol tout en etant mobile. Et cette mobilité lui permettra de s'adapter à la situation, c'est à dire à conserver un positionnement correcte par rapport aux angles selon lesquel s'exerce la force adverse...

Si, à un moment donné, le pratiquant se retrouve en double appui, il lui sera alors impossible "d'évacuer" la pression de la force que son opposant exerce sur lui et il perdra alors son équilibre.


Yang shaogeng, disciple de Wang xiangzhai, en shuangtuishou




L'exercice du Tuishou est donc un exercice d'entraînement à l'équilibre (ou "enracinement"). Perdre son équilibre n'est pas une fin en soi, mais lors d'un affrontement, celui qui perd son équilibre se met en grand danger : s'il est touché à ce moment, il en subira de grands dommages. D'où l'idée de parvenir à garder son équilibre tout en faisant perdre le sien à son adversaire.


Pour completer cet exercice, les techniques pratiquées en Yiquan sont toutes basées sur l'idée de simultanéité de l'attaque et de la défense : Lorsque l'on frappe, on accroche systématiquement avec l'autre main de façon à briser l'équilibre adverse au moment ou il sera touché.




Wang shangwen et jean-luc Lesueur en dantuishou, puis démontrant quelques techniques de frappes en shuangtuishou




La notion de simple et double appui étendu à toutes les parties du corps s'acquiert, entre autre, par l'exercice de déplacement. Lors de mocabu, qui signifie se "déplacer en friction", il faut imaginer les frottements de l'air sur tout le corps et tacher de conserver des sensations équilibrés et agréables. Dans un même temps, le déplacement du poid du corps se fait d'un kua (plis de l'aine) à l'autre.




Le shuangtuishou en posture statique constitue le début de l'apprentissage aux notions de simple et double appui



Le tuishou est dans la suite logique des autres "exercices" du dachengquan : On apprend à sentir la force naturelle par le zhanzhuang, on apprend à l'utiliser avec le shili, à se déplacer avec par mocabu et lorsqu'on a appris à l'exterioriser des deux manières que sont fali et fasheng (à l'extérieur et à l'intérieur du corps), on peut apprendre à sentir celle de son adversaire ainsi que comment la gérer, ce qui doit être fait au moyen de tout l'apprentissage précédent...