jeudi 27 mars 2008

Hommage à Wang xuanjie

Dachengquan est un terme qui peut être traduit de différentes façons :

Bien que l'expression Dacheng (grande réalisation) désigne le stade ultime de la réalisation de soi dans la tradition Taoiste, elle peut également être interprété au sens de "grande compilation" (cheng : réaliser, transformer, créer).

C'est à ce sens que faisait référence le maître Wang xuanjie lorsqu'il employait ce terme à l'inverse de la plupart des enseignants de son époque qui avaient préféré revenir au terme Yiquan.

Les techniques de combats (dancaoshou) furent également classées d'une manière particulière dans son enseignement, les rattachant au écoles dont elles étaient issus. On retrouve ainsi les coups de poing des cinq éléments du Xingyiquan (wuxingquan), les trois paumes antiques du Baguazhang (laosanzhang), ainsi que 5 formes animales (le dragon, le tigre, le léopard, la grue et le serpent), probablement issus du Xinyimen.



Wang xuanjie dans les années 60



Bien que la plupart de ces techniques soient également pratiquées par d'autres experts du Yiquan, elles portent alors des noms différents faisant plutot référence au type de frappe et à sa direction. Cette façon "moderne" de nommer les techniques viendrait de Yao zongxun et aurait pour origine un rapprochement de l'enseignement qu'il avait reçu de wang xiangzhai avec la boxe anglaise.


Wang xuanjie en posture d'écarter les nuages



Il est difficile de savoir ce que le fondateur du Yiquan a véritablement enseigné pour la simple raison que la plupart de ses disciples ont pratiqué avec Yao zongxun, celui-ci ayant dirigé l'enseignement de Wang xiangzhai pendant de nombreuses années pour l'aspect martial. Les disciples de la génération précédant Yao, comme les frère Han ou bien Zhang changxin avaient également d'autres pratiques qui vinrent influencer leur yiquan. Par exemple, Han xingqiao et Zhang changxin devinrent tout deux disciples de Wu yihui, avec lequel ils étudièrent parallèlement le xinyiliuhebafa. De plus, ils furent des pratiquant de Xingyiquan et de boxe anglaise pour le cas de Zhang changxin.



Wang xuanjie étudia avec différents professeurs. Il commença la pratique des arts martiaux avec la boxe tantui (jambe ressort) puis vint à la lutte chinoise pour laquelle il avait des dispositions certaines. Il fit, par la suite, la connaissance de Li yongzong, un des meilleurs disciples de Wang xiangzhai de l'époque. Il apprit également avec Yang demao un autre disciple de Wang xiangzhai réputé pour ses grandes capacités en tuishou. Finalement, il suivit l'enseignement de Yao zongxun, une personne qu'il garda en haute estime jusqu'à la fin de sa vie. Wang xuanjie étudia en outre sous la direction de Wang xiangzhai dans les années cinquante, lorsque celui-ci enseignait au parc zhongshan.




Quelques techniques de duanshou démontrées par Wang xuanjie




Une des grandes qualités du maître Wang xuanjie fut sa capacité à mettre en application sa technique à travers sa maîtrise du duanshou. Son enseignement passait avant tout par le développement de la force intégrale acquise grace à la posture hunyuanzhuang. Il enseignait dans sa maison de qianban bijie, une ruelle du quartier ouest de Pékin. Un lieu chargé d'histoire et qui a vu défiler de nombreuses personnalités des arts martiaux chinois ainsi que du monde entier.





Wang xuanjie démontre son art


Il décèda en 2000, des suites d'une complication à une opération chirurgicale. Je l'avais rencontré chez lui quelques mois auparavant et en garde un souvenir marqué...






mardi 25 mars 2008

Simple et double appui en tuishou


L'enseignement de Wang xiangzhai se structura sous sa forme actuelle vers la fin des années 30. Il se présente désormais en une succession de 7 étapes d'apprentissage, appelée "les sept portes". L'exercice de "pousser avec les mains" (Tuishou), également connu sous le nom de "pétrir avec les mains" (Roushou) constitue une de ces 7 étapes.

Celle-ci est particulièrement importante pour le pratiquant désireux d'améliorer ses capacités au combat :

Il s'agit d'apprendre par cet exercice à gérer les différentes forces adverses en utilisant les principes acquis précedemment. Autrefois, Tuishou était appelé "Tingjing", ce qui pourrait être traduit par " être à l'écoute des potentiels de force" (écouter le jing).



Wang xuanjie dans l'exercice du "Tingjing"




On retrouve dans le Dachengquan deux formes d'exercice pour pousser avec les mains :

- Avec deux mains (shuangtuishou / tuishou double)
- Avec une main (dantuishou / tuishou simple)

Ces deux exercices correspondent à deux entrainements à des situations bien différentes :

S'entrainer au Shuangtuishou correspond à la situation de gérer les potentiels de force adverses lorsque l'on se retrouve dans sa garde. Concretement, cela permet d'apprendre à "rentrer" dans l'adversaire. Pour ceci, on doit apprendre à dévier les différentes forces qu'il exerce sur nous grace aux déplacements, sans perdre notre force intégrale et en étant à l'écoute de ses erreurs.

Le Xingyiquan est un style qui est particulièrement porté sur cette stratégie et c'est une des raisons pour laquelle les pratiquants de yiquan affectionnent cet exercice tout particulièrement.





Yao zongxun et Li jianyu pratiquent le shuangtuishou





Le dantuishou est encore plus important car il permet de s'entrainer de la même manière mais lorsque l'on est à l'extérieur de la garde adverse. L'idée étant alors de contourner sa force, de "passer sur un coté" (donc d'esquiver), ce qui est particulièrement conseillé lorsque l'on se trouve en face d'une personne dont le potentiel de force est beaucoup plus grand que le notre (adversaire d'un gros gabari).


Une des écoles qui prone le plus ce type de stratégie est le baguazhang, le simple changement de paume relève techniquement du dantuishou.



Yu hongkun et michèle Ribert, dans l'exercice du dantuishou



Le contrôle de la force adverse se fait au travers de la maîtrise de son propre équilibre (ou enracinement), tout en sachant faire perdre le sien à son opposant. Dans la théorie du yiquan, cette maîtrise passe par une compréhension physique des notions de simple et double appui : le pratiquant sachant garder un simple appui en permanence pourra rester connecté avec le sol tout en etant mobile. Et cette mobilité lui permettra de s'adapter à la situation, c'est à dire à conserver un positionnement correcte par rapport aux angles selon lesquel s'exerce la force adverse...

Si, à un moment donné, le pratiquant se retrouve en double appui, il lui sera alors impossible "d'évacuer" la pression de la force que son opposant exerce sur lui et il perdra alors son équilibre.


Yang shaogeng, disciple de Wang xiangzhai, en shuangtuishou




L'exercice du Tuishou est donc un exercice d'entraînement à l'équilibre (ou "enracinement"). Perdre son équilibre n'est pas une fin en soi, mais lors d'un affrontement, celui qui perd son équilibre se met en grand danger : s'il est touché à ce moment, il en subira de grands dommages. D'où l'idée de parvenir à garder son équilibre tout en faisant perdre le sien à son adversaire.


Pour completer cet exercice, les techniques pratiquées en Yiquan sont toutes basées sur l'idée de simultanéité de l'attaque et de la défense : Lorsque l'on frappe, on accroche systématiquement avec l'autre main de façon à briser l'équilibre adverse au moment ou il sera touché.




Wang shangwen et jean-luc Lesueur en dantuishou, puis démontrant quelques techniques de frappes en shuangtuishou




La notion de simple et double appui étendu à toutes les parties du corps s'acquiert, entre autre, par l'exercice de déplacement. Lors de mocabu, qui signifie se "déplacer en friction", il faut imaginer les frottements de l'air sur tout le corps et tacher de conserver des sensations équilibrés et agréables. Dans un même temps, le déplacement du poid du corps se fait d'un kua (plis de l'aine) à l'autre.




Le shuangtuishou en posture statique constitue le début de l'apprentissage aux notions de simple et double appui



Le tuishou est dans la suite logique des autres "exercices" du dachengquan : On apprend à sentir la force naturelle par le zhanzhuang, on apprend à l'utiliser avec le shili, à se déplacer avec par mocabu et lorsqu'on a appris à l'exterioriser des deux manières que sont fali et fasheng (à l'extérieur et à l'intérieur du corps), on peut apprendre à sentir celle de son adversaire ainsi que comment la gérer, ce qui doit être fait au moyen de tout l'apprentissage précédent...



vendredi 21 mars 2008

Dachengquan et longévité

Alors que l'instigateur du Dachengquan avait toujours insisté sur l'importance de cultiver son "patrimoine santé" (yangsheng), dont il considérait qu'il s'agissait d'une des trois raisons de pratiquer l'art martial, on peut constater aujourd'hui le fruit de son enseignement sur sa succession.

Parmis ses disciples proches, la liste des personnes encore de ce monde est difficile à établir, néanmoins on peut toujours citer Wang yufang, Li jianyu ainsi que Mi jingke et Zhao huafang agés respectivement de 83, 86, 95 et 93 ans.

Certains élève de Wang xiangzhai ont quittés ce monde à des ages avancés, comme Han xiangqiao, en 2004 à l'age de 96 ans ainsi que Ning dazhuang à 99 ans, Ma jiliang à 90 ans, Zhang changxin à 88 ans et Yuan jingqing à 102 ans...



Madame Mi jingke, posture maodun à plus de 90 ans





Qu'ils furent disciples de Wang xingzhai pour l'art martial ou pour l'art de cultiver sa santé, tous enseignèrent de la même façon :

Les postures du zhanzhuanggong les plus simples sont abordées dans un premier temps. Elles permettent d'apprendre à travailler sur les différentes sensations et à développer le jing dit "du ciel antérieur". C'est à dire développer une force naturelle, générée par l'ensemble du corps en coordination avec le système nerveux.

Cette première étape est, avec celle du shili, la plus importante pour les personnes souhaitant cultiver leur santé.



Ning dazhuang, disciple de wang xiangzhai, décéda à l'age de 99 ans





Certains disciples de Wang xiangzhai se sont concentré essentiellement sur l'aspect thérapeutique du yiquan. C'est le cas pour sa fille Wang yufang qui developpa un enchainement de 12 formes d'exercices, basés sur les effets du shili et du fali, à pratiquer en plus du zhanzhuang et dont les bénéfices sur la santé sont certains.




Wang yufang exécute différents shili



La recherche de la longévité était une préocupation majeure des écoles de pratique du souffle d'inspiration Taoiste. Dans la version chinoise de l'alchimie, l'élaboration de "l'élixir de longue vie" ne passe pas par la découverte de la pierre philosophale, mais par la transformation du "cinabre interne" (dantian signifie en chinois "champs de cinabre"). On peut simplifier l'explication sur ces pratiques en disant qu'elles consistent en la recherche d'un "retour au ciel antérieur". C'est à dire le retour au fonctionnement physiologique du corps humain en mode embryonaire !!!

La pratique du zhanzhuang, bien que n'étant pas une pratique de l'alchimie taoiste, consiste également en un travail sur "le retour au ciel antérieur", ce qui pourrait être une explication à la longévité de certains pratiquants de Yiquan.



Ma jiliang, disciple de Wang xiangzhai, décédé à l'age de 90 ans



D'un point de vue plus scientifique, disons plutot que le travail postural permet d'entretenir les différents muscles et tendons sans les abimer par une pratique violente, donc en étant praticable à tout age.

Qu'il permet également une activation de la circulation sanguine et une stimulation des différents systèmes nerveux.

En outre, de par le type de posture adopté, un étirement des différents segments de la colonne vertébrale provoque un allègement des pressions exercées sur les disques et les nerfs spinaux, dont l'action se répercute sur tous les organes internes. Lesquels subissent un massage par la monté et descente du diaphragme, ce qui fera à nouveau circuler le sang résiduel y stagnant habituellement.

Et, finalement, la recherche de "l'oublie de soi" permet la production d'onde alpha par le cerveau.

Rien de vraiment extraordinaire en fin de compte...

mercredi 19 mars 2008

Extrait du texte "les bénéfices de la pratique de la boxe"


"Xiquan yi de" est un des publications de Wang xiangzhai. Il fut aidé dans la rédaction de ce texte par la colaboration de deux de ses disciples : Sun wenqing et Li jianyu.

Ce texte nous présente, dans une réfléxion moderne et sensé, le lien étroit qu'entretiennent art martial et Santé. Il apporte, en outre, de nombreux détails pouvant servir à la pratique. En voici un extrait :



Il existe une phrase célèbre qui dit: « Avec une bonne santé, on peut réaliser de grande choses ». En d’autres termes, si vous êtes en bonne santé, vous pourrez vivre longtemps et vous réaliser dans de grandes causes.

La santé est extrêmement importante et dépend d’une constante activité au travers d’exercices appropriés. Afin de savoir si un exercice est bon pour la santé ou non, il est nécessaire de faire quelques recherches ainsi que de les tester d’un point de vue pratique.
Comment accomplir un test ?
Avant d’entreprendre une pratique il faudrait procéder à des analyses scientifiques : L’état du cœur devrait être vérifié ainsi que la pression sanguine, les pulsations cardiaques, la respiration, la quantité de globules rouges et de globules blancs présents dans l’organisme. Après avoir pratiqué quelques temps, il faudrait refaire ces même tests. Ceux-ci déterminerons véritablement si les exercices physiques pratiqués sont correctes ou non. Une bonne méthode d’exercices physiques est en accord avec les principes naturels de fonctionnement du corps humain. Seul ce type de méthode est bénéfique pour la santé.

Des exercices appropriés peuvent modifier le métabolisme des cellules du corps humain ainsi que des organes de manière positive. Ils peuvent améliorer le fonctionnement du système respiratoire et du système vasculaire ainsi que le métabolisme humain en général. En d’autres termes, on peut dire qu’ils activent l’organisme humain dans son intégralité. En terme de croissance, ils aideront au développement et renforceront le corps et les différents organes. Pour ce qui concerne les personnes d’age mûre, ces exercices devraient les aider à resté mince et en bonne santé. S’ils ne sont pas pratiqué assez intensément, les résultats ne se montreront pas, mais s’ils sont trop intensifs, ils endommageront le corps et seront source de maladies.




Wang yufang, fille de Wang xiangzhai, pratiquant le shili




Dans les formes classiques d’exercices, on peut déjà constater des difficultés respiratoires et une accélération cardiaque avant que le corps n’ait manifesté une quelconque fatigue. L’exercice doit donc être arrêté à ce moment de façon à laisser le cœur se reposer et la respiration revenir à la normale.

La science du combat chinois use d’une méthode différente. Il s’agit d’exercer les muscles et le système vasculaire. On peut dire qu’on exerce toute les cellules du corps. Le principe consiste en la stimulation simultanée de tous les types de cellules et d’organes dans un même temps. Même si pendant l’exercice les muscles sont fatigués, le pouls est normal et la respiration est naturelle. Après l’exercice, on sent que la respiration est plus aisée et l’on se sent mieux qu’avant. Il s’agit d’un effort graduel, sans accélération cardiaque. Le résultat est un renforcement du corps en gardant une bonne santé. Il n’y a, alors, plus les limites imposées par l’age ou le sexe. Et, parce qu’il n’y a pas d’enchaînement complexe de mouvements, le système nerveux n’est pas agressé et l’on obtient un relâchement des tensions internes, ce qui permet un repos mental. Ceci constitue un des éléments qui fait que l’entraînement à l’art du combat est différent d’autres formes d’exercices.




Zhu yaoting, disciple de Wang xiangzhai




Cependant, lors de la pratique du Zhanzhuang, il faut rester dans certaines positions et à ce moment les tissus et cellules musculaires travaillent. Ce type de travail est particulièrement bénéfique pour le développement des cellules et pour le travail du système vasculaire. Tout le corps et ses organes sont activés. Les organes sont tous stimulés sans danger d’une accélération cardiaque trop importante. Ceci n’a rien à voir avec un mouvement externe. Il est nécessaire de bien comprendre que dans l’art du combat « les grands mouvements ne sont pas meilleurs que les petits mouvements, que les petits mouvements ne sont pas meilleurs que l’immobilité. Le mouvement qui se fait en restant immobile est en perpétuelle naissance et n’a ni début ni fin. »

On peut dire que c’est une branche très spécifique des sciences chinoises, qui n’est connue nul part ailleurs. Mais, jusqu’à présent aucune attention particulière n’était portée à ce genre d’exercice. Et ce n’est pas quelque chose que les gens pourraient comprendre par leur propre expérience. Si l’on pense que des exercices aussi simple en position statique ne permet pas de développer la force et d’entretenir la santé, on fait alors preuve d’une lacune dans ses connaissances. En fait, non seulement ces exercices renforce le corps en un temps très court mais, en outre, ils aident à la guérison de nombreuses maladies chroniques qui sont difficiles à traiter avec des médicaments. Ils sont donc très valables d’un point de vue thérapeutique et prophylactique. C’est une méthode qui ne va pas à l’encontre de la physiologie.




Pratiquer le zhanzhuanggong dans un environnement agréable apaise l'esprit ainsi que les tensions qu'il exerce sur le corps






En ce qui concerne les formes classiques d’exercices, la plupart d’entre elles sont trop intenses, elles affectent le cœur ou bien se concentre sur une partie spécifique du corps. Ainsi, lorsque des personnes qui ont des problèmes de santé ne font pas d’exercice, ils recouvrent souvent la santé. Si, au contraire, ils commencent à faire de l’exercice, non seulement ça ne les aide pas à se remettre mais, souvent, cela aggrave leurs problèmes. Il y a, actuellement, un manque dans le domaine de la recherche sur les pratiques sportives. C’est sûrement une raison à la situation actuelle. Dans le passé, il y eu véritablement de nombreux maîtres de l’art martial qui y laissèrent leur santé, à force d’employer des méthodes inappropriées. La raison à cela est qu’ils usaient de méthodes qui n’étaient pas conformes aux exigences de la physiologie. Tout le monde devrait savoir qu’une science ne s’enferme pas dans de vieilles méthodes, son but est encore moins de préserver les erreurs que contenaient ces vieilles méthodes. La science est basée sur un développement par l’expérimentation. Une méthode doit être constamment développée par l’évaluation des principes au travers de la pratique. Cela doit être pris très au sérieux. Il est nécessaire de bien réfléchir. C’est la même relation qu’entre la lecture d’un livre théorique et l’action qui en découle.

Donc, les exercices ne doivent pas être trop intenses. En allant plus loin, on peut dire que la plupart des exercices qui sont populaires de nos jours , ont été créé pour un publique jeune uniquement. Les besoins des personnes d’age moyen et avancé sont négligés. Pourtant, ce sont bien les personnes âgées de quarante ans et plus qui se chargent des grandes tâches de la société, et ce, parce qu’elles ont de profondes connaissances ainsi qu’une grande expérience. Négliger leur besoin en activité physique signifie négliger leur santé. C’est une grande perte pour la nation !
Ce que j’appelle grands principes au sein d’exercices représentent, en fait, le calme, le respect, le réalisme au sein de l’exercice. Un esprit plus évolué devrait résulter de la pratique de ces exercices. Pour une personne qui a un minimum d’expérience et de connaissances, il apparaît comme évident qu’une mauvaise respiration, qui cause une accélération cardiaque ainsi qu’une tension du diaphragme, doit être banni. Pour ce qui est des personnes de plus de soixante ans, la recherche d’une amélioration de la santé devient une préoccupation bien supérieure à la recherche d’une haute réalisation dans l’art martial.

Il existe trois raisons majeures pour aborder l’étude de l’art martial :

- Entretenir sa condition physique.
- L’auto défense.
- Le plaisir d’apprendre, d’étudier les lois de la nature.

Entretenir sa santé est simple. Il suffit de se relaxer, de chercher à se sentir bien, naturel, léger, sans trop forcer, comme lorsque l’on commence à s’endormir ; imaginer que l’on flotte dans les airs ou dans l’eau – Ceci constitue les recommandations les plus essentielles. Si l’on cherche à faire quelque chose de plus, ça n’a pour effet que de dissiper l’esprit et donc ce n’est qu’une perte de temps. Si, par contre, on cherche à faire un exercice très intense, ça n’a pour effet que d’abîmer la santé.

Une fois que le corps est en bonne santé, on peut aborder l’ auto défense. Ce que l’on nomme auto défense signifie que lorsque l’on est attaqué, « On utilise ses poing et ses pieds » pour résoudre le problème. Son plus haut niveau de maîtrise est difficile à décrire avec des mots. Mais, en tous cas, l’auto défense est en étroite relation avec la santé. Car, avant l’agilité, la puissance et la technique, il faut d’abord avoir une bonne santé. Si l’on cherche à développer la puissance, il ne faut pas utiliser la force. User de la force musculaire empêche un bon développement de la puissance. Pour rendre le corps et les bras agiles, ainsi que les mouvements fluides, la meilleure méthode est le non-mouvement. Lorsque l’on trouve la méthode ennuyeuse ou énervante, on peut passer à des petits mouvements. Mais, au sein de ces mouvements, il est important de « continuer le mouvement lorsque l’on veut l’arrêter et s’arrêter lorsque l’on veut continuer ». En d’autres termes, « Il doit y avoir une volonté de créer le mouvement mais sans rechercher de résultat ».



Li jianyu, posture de "dompter le dragon" à plus de 75 ans





La signification est que le mouvement doit être fait avec beaucoup d’intensité en esprit, mais sans être particulièrement visible de l’extérieur. Il ne faut pas « faire » un mouvement. Lorsque l’on « fait » un mouvement, on peut dire que « rechercher la forme disperse la puissance. Sans forme, la puissance est accumulée ». Ainsi, plus le mouvement est lent, meilleur il est. De cette manière, il est possible de s’améliorer et d’avoir une meilleur compréhension du fonctionnement de son propre corps, jusque dans ses cellules et parties les plus méconnues. Il ne faut pas exécuter l’exercice de manière superficielle, sans y prêter attention. C’est la condition de base pour apprendre un mouvement. Si l’on recherche uniquement la beauté extérieure de mouvements rapides, non seulement, il n’y aura pas de résultat probant mais, de plus, aucune progression ne sera à envisager.

En termes de méthodes et techniques pour vaincre un adversaire, il ne faudrait pas utiliser de techniques préétablies. Si l’on use de techniques créées artificiellement, la faculté naturelle de s’adapter aux changements les plus divers est totalement perdue.



Wang yufang, entourée de Li jianyu et de Sun wenqing, les disciples de son père ayant collaboré à la rédaction de ce texte




Ce genre d’exercice est très facile à apprendre. Rien qu’en le voyant faire, on peut déjà en connaître les grandes lignes. Les résultats viennent aussi très rapidement. Mais il ne faut pas trop « forcer » mentalement ou physiquement. De la sorte, on peut développer de bonnes habitudes, utiles dans la vie courante car permettant d’agir de manière plus efficace. Cet exercice est bon pour le corps et pour l’esprit. En revanche, en recherchant des mouvements complexes ainsi que la force, on n’obtiendra aucun résultat.

Bien que ces exercices soient très simples, de nombreuses personnes les trouvent de plus en plus difficile au fur et à mesure qu’elles les pratiquent. Bien que ces personnes soient assidus, elles ne parviennent pas à distinguer le blanc du noir. Il faut savoir que, dans la nature, on place souvent la norme dans ce qui est hors du commun. Pourtant, en cherchant à sortir du commun, on fait fausse route.

lundi 10 mars 2008

L'école Yiquan / Dachengquan et ses représentants

On peut constater certaines "querelles" au sein de l'école Yiquan / dachengquan, notamment en ce qui concerne la légitimité de l'enseignement de tel maître ou tel expert...

En effet, dans le Yiquan, tout comme dans les autres courants de l'art martial chinois, l'enseignement diffère quelque peu selon le maître. Ce qui engendre parfois des incompréhensions et des mésententes entre écoles. En réalité, ces différences sont fondées sur l'interprétation et l'expérience personnelle de chaque enseignant et rend la pratique d'autant plus interessante.


Dénomination

Dans un texte intitulé « Critique des points essentiels sur l’origine du Dachengquan », Dou shiming, disciple de Wang xiangzhai, nous expose la situation quant à la descendance de son défunt maître :

« On peut distinguer trois styles de boxe différents en forme et en appellation issus de l’enseignement de Wang xiangzhai :

- Le Yiquan diffusé par Wang xiangzhai pendant les années 1920, appelé « Yiquan ancien ».
- Le Dachengquan, enseignement de Wang xiangzhai a partir des années 1930.
- Le Yiquan transmis par Yao zongxun, appelé « Yiquan contemporain ».

Pour le premier style, il s’agit de l’enseignement que Wang xiangzhai avait reçu de Guo yunshen. Cet enseignement était constitué des grands principes du Xinyiquan sous une forme pédagogique particulière (zhanzhuanggong).
Le second style représente le mûrissement de l’éducation martiale qu’avait reçu Wang xiangzhai. C’est une méthode d’enseignement : Les sept portes (zhanzhuang, shili, zoubu, fali, shisheng, tuishou, shizhan).
Le dernier style représente l’enseignement issu de Yao zongxun, fondé sur la méthode du Dachengquan (les sept portes), mais incluant ses apports personnels. »


Yao zongxun, posture de "tenir un bébé"


Actuellement, on peut remarquer que certains disciples de Yao zongxun utilisent le terme Dachengquan pour désigner la boxe qu’ils pratiquent (Guo guizhi, notamment). A l’inverse, certains disciples de Wang xiangzhai autres que Yao zongxun (Wang yufang, sa propre fille, Li jianyu, Yang shaogang...) utilisent le nom de Yiquan.

Historiquement, c’est un journaliste, admirateur et ami de Wang xiangzhai, du nom de Zhang yuheng (surnommé Zhangbi) qui avait écrit un article dans lequel il nommait la boxe de Wang Dachengquan, le mot Dacheng désignant dans le taoïsme un stade ultime de réalisation.
Le sens philosophique de certains caractères ayant parfois une portée très étendue, Wang xiangzhai avait, lui même, adopté le terme Dacheng plus par obligation que par volonté personnelle.
Vers la fin de sa vie, il parlait de « l’étude de la boxe » et, pour désigner son école, usait de l’expression « la boxe que nous pratiquons » ( women lianxi de quan). Cette expression fut longtemps reprise par la plupart de ses élèves jusqu’au jour ou fut créée la première association pour le développement de la boxe de Wang xiangzhai, dans les années 80. Monsieur Yao zongxun en fut désigné président et choisit alors de reprendre l’appellation Yiquan, ne pouvant pas nommer cette association « l’association pour le développement de la boxe que nous pratiquons » !


Disciples de la première génération au premier rang, de gauche à droite : Yang shaogeng, Dou shiming, Wang yuxiang, Si tuzhuang, Yao zongxun et Zhang zhong ainsi que Han sihuan, deuxième rang deuxième à droite.


En revanche, certains disciples ont souhaité utiliser le nom de Dacheng par respect pour leur maître, en mémoire de son haut niveau de réalisation. C’est également pourquoi le Yiquan est souvent désigné comme l’école de Yao zongxun, bien qu’il s’agisse, en fait, du nom adopté par la plupart des anciens disciples ayant adhéré à la première organisation officielle...

En outre, le lien qu’entretient le terme Yiquan avec l’école Xinyiliuhequan est sûrement une des causes qui engage certains experts à utiliser l’expression Dachengquan. La boxe de Wang xiangzhai étant basée sur des principes universelles, qui sont utilisés dans la plupart des écoles de l’art martial chinois traditionnel !


Guerre de clans

Pour la deuxième génération des disciples de Wang xiangzhai, deux écoles s'opposent tout particulièrement en Chine : Celle de Yao zongxun et celle de Wang xuanjie.

- Yao zongxun fut considéré comme le successeur de Wang xiangzhai après la mort de celui-ci. Il forma de nombreuses personnes, y compris du vivant de son maître. Il fit sa prosternation (koutou : façon traditionnelle de s'engager comme disciple) au fondateur du yiquan en même temps que son premier maître Hong lianshun (expert de xingyiquan et de Baguazhang). Celui-ci amena, d'ailleurs, tous ses élèves à se prosterner devant Wang xiangzhai (parmis eux se trouvaient également Li yongzong et Dou shiming). Il admirait Wang au point de lui présenter de nombreux autres pratiquants (dont Li jianyu). Yao zongxun fut tout d'abord formé par Han xingqiao, un de ses "grand frères". L'école de Yao utilise la dénomination Yiquan.

- Wang xuanjie est considéré par ses élèves comme le successeur de Wang xiangzhai et comme un disciple de la deuxième génération par les autres car il fut disicple de Li yongzong puis de Yang demao et de Yao zongxun. Il suivait également l'enseignement de Wang xiangzhai lorsque celui-ci enseignait au parc Zhongshan, dans les années cinquante. Très charismatique et anti-conformiste, il fut désigné par de nombreux experts chinois et étrangers comme "Le porte drapeau du Dachengquan" en raison de son très haut niveau de réalisation. Il reçu la visite de nombreux experts d'arts martiaux voulant tester son gongfu après qu'un article lui fut consacré dans le Times. Tous repartir convaincu et la plupart devinrent ses élèves. L'école Wang xuanjie utilise la dénomination Dachengquan.

Ces querelles de successions, profondemment affligeantes, sont encore d'actualité. Elles sont d'autant plus ridicules que Wang xiangzhai eut des dixaines de disciples directs et que chacun d'entre eux transmis ce qu'il avait reçu, c'est à dire sa propre compréhension.


Yu yongnian, Chang zhilang, Wang yufang, Wang xuanjie et Guo guizhi;
réunis à Datong pour le développement du Yiquan / Dachengquan !


En France

Nous avons eu la chance de pouvoir rencontrer de grands experts et enseignants sur notre territoire : Le maître Li jianyu, disciple de la première génération, fut un des premiers à venir sur les invitations de Shigeru Uemura, puis plusieurs années de suite, sur celles de Jean-luc Lessueur. Wang yufang, fille du fondateur, fit également le voyage depuis Pékin ainsi que Yu yongnian et Guo guizhi. Puis ce fut Cui ruibing et Wang shangwen qui vinrent enseigner leur connaissances...


Li jianyu, lors d'un stage en France


Malgrés tout des divergences demeurent et les échanges entre pratiquants issus des différents courants sont rares...

La venue prochaine du maître Guo guizhi me donne envie aujourd'hui de lancer un appel aux pratiquants de l'école de Wang xiangzhai, qu'ils nomment leur boxe Yiquan ou Dachengquan :

Oublions les querelles et profitons de cette occasion pour nous réunir et échanger nos expériences, tout en profitant de l'enseignement d'un grand expert !

Guo guizhi, tout d'abord disciple de Yu yongnian, commença son étude du Yiquan pour améliorer sa santé qui était déficiente. Il profita, par la suite de l'enseignement de nombreux disciples de Wang xiangzhai, entre autres Chang zhilang et Yao zongxun...


Guo guizhi, enseignant Zaichui lors d'une des ses venues en France


Le stage animé par Guo guizhi aura lieu à la maison du Taiji, 57 rue Jules Ferry à Bagnolet, le 29 et 30 mars.

dimanche 9 mars 2008

Les principes du Hequan dans le Yiquan

Pendant les échanges que Wang xiangzhai eut avec des maîtres de Hequan, il aurait appris et assimilé certains des principes chers au Yiquan, notamment le principe du Zong.

L'expression« Zong » vient d'un dialecte de la région du Fujian (d'ou le Hequan est originaire). Ce caractère représente le mouvement qu'effectue un chien lorsqu'il veut chasser l’eau de son poil après un bain.

C’est un des principes fondamentaux du Hequan.

Les animaux comme le chien, le tigre ou le léopard utilisent ce mouvement. L’homme, quand à lui, perd le contrôle de cette faculté progressivement, à mesure qu’il grandit. Et, même lorsqu'il tremble de froid ou lorsqu'il éjecte la sueur dégoulinant de son visage par temps chaud, il se contracte et se raidit au lieu de garder le tronc relaché. Les animaux, eux, savent secouer leur corps sans se raidir.
Lorsqu'un expert maîtrise cette force du Zong, toute force qui l’agresse est rejeté inconsciemment. L'adversaire éprouve alors la sensation de recevoir une décharge électrique. Un maître de très haut niveau ne reçoit jamais de coup en laissant son adversaire indemne. S’il est frappé, il se produit une réaction de soubressaut mu par la force globale de son corps.
On peut parfois lire des histoires de grands maîtres dont les agresseurs se blessaient le poignet en les frappant, ce ne sont pas des mythes...

Il existe de subtiles différences entre le jing du corps total, comme en Xingyiquan ou en Taijiquan, et le Zongjing. La plupart des écoles mettent l’accent sur l'accumulation et le relâchement de la force. Dans une situation de combat, accumuler la force peut être comparé à bander un arc et relâcher la force à décocher une flèche. Cela demande un relâchement complet du corps comme préparation et une soudaine tension de tous les groupes musculaires et tendineux durant la phase de sortie de la force. Avec le principe du Zong, le corps est rempli comme un ballon après que les muscles aient été relâchés et que le corps tout entier soit connecté. C’est comme une arbalète tendue pendant le combat. Elle lâchera sa flêche au moment opportun. Cela ne nécessite pas l’accumulation avant la sortie de la force (en deux phases). La différence peut être vue de cette façon : L’un tend l’arc pour lâcher la flèche, l’autre n’a qu’à presser la détente. Une autre manière de se représenter la différence tient dans ce que la plupart des écoles font sortir la force comme un boulet de canon. La force part dans la direction choisie à partir du centre du corps. Quand un chien s’ébroue, ce n’est pas dans une direction que l’eau est éjectée, mais dans toutes les directions, comme quand une bombe explose.
Le principe du Zong est plus facile à assimiler lorsqu'on a déjà maîtrisé la force totale (force du corps uni) . Ca l'est beaucoup moins lorsqu'on n'a pas cette base indispensable.






Fali sur le coté, tout le corps projète la force

La force résonante


Madame Fang qiniang ainsi que les autres maîtres qui ont créé le Hequan, l'ont fait après avoir observé le mouvement des grues. Comme les maîtres des autres écoles, ils ont pris leur inspiration dans le maniement des armes, plus particulièrement l’escrime et le tir à l’arc en ce qui concerne le Hequan. Pour illustrer certains de leur propos, les maîtres du Hequan utilisent l’image du Guanghu (un instrument chinois proche du violon) :

Après un spectacle, le musicien doit relâcher les cordes de son instrument avant de l’accrocher au mur, puis les retendre correctement avant son prochain concert. Cette action est crucial car si les cordes sont trop molles, il ne pourra en tirer aucune note et si elles sont trop tendues, elles casseront.

Engager un combat est comme tendre une arbalète ou accorder les cordes d’un violon : ce n’est qu’à ces conditions qu’on peut lâcher une flêche ou jouer de la musique.

De même, le combat en Yiquan exige que " trop mou, il faut se tendre un peu ; trop dur, il faut se détendre. Mais, il ne faut jamais être trop dur ou mou". Les concepts de doux et de dur sont évidents dans l’esprit des gens, mais il faut beaucoup de temps pour vraiment les comprendre et les assimiler.

Trop souple, on est mou.

Trop dur, on est lent et crispé.

Il est impératif de bien comprendre cette relation avant de s’entraîner au Fali.

La force résonante fait référence à la vibration que l’on peut observer sur les membres des pratiquants avancés à chaque fois qu’ils font appel à leur puissance. - En Yiquan, on peut patfois observer ces tremblements lors de la pratique du shili. Ils sont en réalité la résultante d'une mise en tension du Yi (l'intention) en gardant les muscles volontaires relachés. - De nos jours, certaines personnes font délibérément trembler leurs bras durant la pratique. Peut être ont-ils vu ce phénomène et essayent-ils de l’imiter…





Le maitre de hequan huang xinxiang, on peut voir les tremblements caractéristiques de la force résonante lors de sa forme



En réalité, "ces tremblements viennent naturellement, même si on essaye d’y résister, comme une flèche qui jaillit d’un arc". Il n’est pas dans l’intention de l’archer de faire vibrer la corde de son arc : même après que l’arc se soit détendu, la corde vibre encore. C’est la même chose quand la flèche atteint sa cible : elle vibre d’elle-même. C’est le signe d’une grande force de pénétration. C’est ce que les gens pensaient lorsqu'ils disaient du Bengquan de Guo yunshen qu'il était "comme une flèche".


Parce que les grands maîtres de Hequan ou de Yiquan utilisent le Zongjing comme force fondamentale, ils doivent pouvoir attaquer de n’importe quelle position...

*Ce texte est tiré d'un article paru dans un magazine d'arts martiaux Taiwanais

jeudi 6 mars 2008

La technique de Wang xiangzhai

Ces deux témoignages décrivent différentes observations du Fali de Wang xiangzhai. L’une par un de ses élèves, l’autre par ses petits fils. Les descriptions sont particulièrement intéressantes :


Kenichi Sawaï

Kenichi Sawai (1903 - 1988) fut l’unique disciple étranger de monsieur Wang xiangzhai. On retrouve souvent dans les ouvrages de Sawai, ainsi que dans ceux de ses propres élèves, de nombreuses références à Wang xiangzhai.
On peut constater que Sawai, et c’est également vrai aujourd’hui pour ses élèves, s’exprimait souvent sur l’utilisation des poignets dans le Taikiken.
Ceci a un sens : A maintes reprises, Wang xiangzhai a donné des instructions sur l’utilisation des poignets et notamment de leur face interne.


Kenichi Sawai, disciple de Wang xiangzhai et créateur du Taikiken


Monsieur Sawai en parle ainsi :

« Wang xiangzhai utilisait systématiquement la partie intérieure de ses poignets pour crocheter les bras de ses adversaires, lorsqu’on l’attaquait. Il les rejetait alors en arrière, comme éjecté par un ressort. On aurait dit qu’il « avalait » les coups de poing adverses puis qu’il les « recrachait ».
Lorsque l’on vivait cette expérience, il était difficile d’expliquer ce que l’on avait ressenti, l’action semblait relever de l’intervention divine. Si, par la suite, on cherchait à ne plus se faire crocheter…on se retrouvait alors ballotté vers le haut ou vers le bas, mais c’était toujours en utilisant cette force ressort dont le contact se faisait avec les poignets. En général, c’était avec la partie intérieure des poignets qu’il « cueillait » les attaques adverses. Il utilisait aussi la partie externe des poignets lorsqu’il retournait son mouvement de façon à projeter (les mains tournées vers l’extérieur, de façon à « rentrer » dans l’intention de l’adversaire) ou à toucher (les mains tournées de façon à suivre l’intention adverse).


Peu de gens sont capable d’utiliser cette partie interne des poignets pour attaquer, comme le faisait Wang xiangzhai. La plupart des artistes martiaux ne savent, d’ailleurs, même pas utiliser cette partie du corps. Lorsqu’ils utilisent la partie supérieure ou inférieure des poignets, l’intérieur ou l’extérieur, c’est afin de bloquer une attaque. En terme de sensations, il est difficile de comprendre comment absorber le coup de poing adverse de cette manière. »




video

"Absorber rejeter" démontré par Han xingyuan




Grand père Wang

« En 1962, lorsque grand mère décéda, grand père en fut extrêmement triste. Il fut alors véritablement incapable de prendre soin de lui. C’est à ce moment que le responsable de l’institut de médecine chinoise de la province du Hebei lui proposa un travail. Une assistante était également désignée pour mettre en ordre ses notes sur le yiquan et le zhanzhuang ainsi que pour l’aider dans ses besoins quotidiens.

Malheureusement, pour différentes raisons, grand père tomba gravement malade. Nous le primes alors à la maison avec nous. Nous eûmes à ce moment la chance de recevoir quelques enseignements de lui. Mais, parce que nous n’étions pas capable d’apprécier la profondeur de son enseignement, nous ne fumes pas très sérieux dans notre étude et pratique, et celles ci ne furent donc pas très bénéfiques. Grand père en était très triste. Lorsque j’y repense, je regrette vraiment de ne pas avoir été capable de saisir une telle opportunité. Nous étions alors, moi et mon frère, âgés de 14 et 16 ans. Quand grand père se sentait un peu mieux, il nous donnait des leçons. Une après midi, après avoir pratiqué zhanzhuang, nous commençâmes à pratiquer tuishou. Nous n’étions jamais capable de faire cet exercice correctement. Et, comme nous avions entendu dire que grand père faisait « voler les gens », nous lui demandâmes : « Pourquoi est ce que nous sommes incapable d’en faire autant ? »

Grand père était assis sur le sofa, il bougea légèrement, leva son bras, qu’il présenta avec le poignet légèrement plié et les doigts tendus. Puis, il me demanda de pousser son bras. Regardant sa silhouette svelte et sachant qu’il était faible parce que malade, je n’osai pas user de trop de force. Grand père sourit et dit : « Stupide gamin ! Utilise plus de force, n’ait pas peur ! » Je commençai alors à pousser plus fort, mais j’étais toujours incapable de plier son bras. Soudain, j’y mis toute ma force. J’eus l’impression d’être dans un ascenseur qui se met en marche soudainement. Mon corps s’éleva et fut projeté en arrière, heurtant le mur, puis je retombais sur le sol. Grand père se mit à rire. Moi et mon jeune frère étions vraiment surpris. Notre vieux grand père malade avait une telle puissance ! Assis sur le sol, je me mit à rire également. Maman vint depuis la cuisine pour voir ce qu’il se passait. Voyant grand père heureux, elle en versa quelque larmes de joie. Grand père sentit probablement qu’il était encore plein d’énergie et qu’il pourrait guérir. »




Yao zongxun, en Fali vers l'avant.


mardi 4 mars 2008

L'enseignement de Guo yunshen

L’enseignement théorique de Guo yunshen reposait sur les « trois vérités » (san li), les « trois capacités » (san gong) et les « trois méthodes » (san fa) ainsi que sur la notion de simple et double appui lors de la pratique de la posture Santishi.

Posture santishi


Les « trois vérités » représentent trois étapes d’un même principe :

Entraîner l’essence (le Jing) pour la transformer en souffle vital (Qi), entraîner le souffle vital pour le transformer en énergie spirituelle (Shen) et entraîner cette énergie spirituelle pour la ramener au vide (Xu).

Les « trois capacités », sont trois niveau de Gongfu (maîtrise) :

1 - Transformer les os (Yi gu) afin de rendre la structure corporelle plus solide : Rendre les os solides comme le fer ou la pierre pour que le corps soit lourd et inébranlable comme le mont Taishan.

2 – Transformer les tendons (Yi jing) en les étirant, suivant le précepte « d’avoir des muscle long pour développer plus de force ». Cette transformation doit rendre les muscles « long et élastique ».

3 – Nettoyer la moelle (Xi sui) consiste en « clarifier l’intérieur (l’esprit) pour le rendre vide ». Il s’agit d’harmoniser l’esprit et d’apprendre à se servir de l’intention (Yi ) pour accéder à l’énergie spirituelle (Shen).

Han xingqiao, disciple de Wang xiangzhai, en posture chengbao




Les « trois méthodes » sont trois méthodes d’entraînement. On entraîne trois énergies distinctes (trois jing).

1 - L’énergie de compréhension (Ming jing) correspond à l’énergie dure, c’est l’étape de « transformation des os » et du passage de l’essence au souffle vital. A ce stade, le Qi du ciel postérieur (houtian qi) prend le dessus sur le Qi du ciel antérieur (xiantian qi ). (Le souffle du ciel antérieur étant celui qui anime tout être humain à sa naissance. A partir de cette naissance, le souffle du ciel postérieur prend le dessus et l’homme va en se raidissant et durcissant jusqu’à sa mort.)
Historiquement, les techniques de « retour au souffle du ciel antérieur » ont été élaboré par Damo. Celui ci avait créé la méthode de « transformation des tendons et de purification de la moelle » (Yi jing xi sui fa) dont le but était de renforcer le corps en lui rendant l’aspect et le mode de fonctionnement qu’il avait à sa naissance. Pendant la dynastie des Song, Yue wumu (Yue fei) développa cette méthode pour l’utiliser sur le plan martial en y ajoutant la transformation des os (Yi gu).

2 – L’énergie dissimulée (An jing) correspond à l’énergie souple. C’est l’étape « d’entraîner le Qi pour le transformer en Shen » et c’est également l’étape de « transformation des tendons ». On peut dire qu’à ce stade, on active « la grande circulation céleste » par opposition au stade précédent ou on démarre la « petite circulation céleste ». Ce stade d’entraînement passe par l’unification du haut et du bas du corps, des pieds et des mains.

3 – L’énergie de changement (Hua jing) correspond au « retour du Shen au vide » ainsi qu’à l’étape de « purification de la moelle ». On parvient à cette étape en allant à l’extrême limite de la souplesse .Le canon de la boxe (Quanjing) dit de cette étape : « La boxe sans boxe, l’intention sans intention ; sans intention on parvient à la véritable intention » .

Les notions de simple et double appui (Danzhong, Shuangzhong) dans la pratique de la posture des trois ensembles (Santishi) :

Guo yunshen disait : « Le Xingyiquan commence par la pratique de la posture Santishi, les pieds doivent être en simple appui, ils ne doivent en aucun cas être en double appui. » Une posture en simple appui implique qu’un pied soit toujours vide et l’autre plein. Donc, pour la posture Santishi, le poids doit reposer sur la jambe arrière, qui est la « jambe pleine ». De cette façon, la possibilité d’être mobile et « vivant » est toujours conservée. Autrement, l’ensemble du corps en déplacement est plus dur que souple et les changements sont difficilement possible.



La pratique du tuishou en déplacement permet de s'exercer à conserver une posture en simple appui tout en controlant la force adverse


L’ensemble de ce texte soulige les points importants enseignés par le maître Guo yunshen. On y retrouve bien les grands principes développés plus tard par Wang xiangzhai dans son enseignement personnel ainsi que quelques points historiques cités dans ses divers ouvrages, à savoir :


1 – Unification du corps couplée au travail de l’intention.
2 – Recherche de l’intention sans intention (retour de l’intention au vide).
3 - Notions de simples et double appui dans la posture.
4 – Origine du Yiquan / Xinyiquan / Xingyiquan attribuée aux pratiques de Damo et Yuefei.



Les informations contenu dans la première partie de ce texte sont issu des enseignements oraux de monsieur Chen yuncong (93 ans), de monsieur Zhu fengli (78 ans) et de monsieur Wu yonglin, tous trois issus de la filiation du grand maître Gui ting. Monsieur Gui ting, transmetteur de l’enseignement du grand maître Guo yunshen (1855 – 1932), a donné à ses disciples des informations très précises sur la théorie du Xingyiquan.

Yiquan et méditation

Le Dachengquan n’est pas une simple méthode de boxe, son entraînement prend appui sur des pratiques spirituelles.

Wang xuanjie l’expliquait d’ailleurs en ces termes : « Chan quan bu er » : La méditation et la boxe sont une seule et même chose !


Wang xuanjie, en posture jijizhuang


Dans son ouvrage « Dachengquan shiyong xueshuo » (Théorie pragmatique du Dachengquan), Mi jingke (disciple de Wang xiangzhai) donne quelques indications sur l’utilisation de l’esprit et de l’intention lors des postures :


« Que l’on pratique avec les yeux ouverts ou fermés, il faut impérativement « concentrer son esprit et fixer son intention », c’est là l’unique condition à laquelle ce travail portera des fruits.


Wang xiangzhai, dans son « Traité du Dachengquan » (Dachengquanlun) dit à propos de la force :

« Tout ce que j’ai appris en une quarantaine d’années de pratique tend vers l’idée que les différentes formes de force proviennent toutes de l’extension du « chaos primordial » (Hunyuan) couplé à la façon de nourrir le principe vital par la méthode de l’oublie de soi, et ne peuvent être obtenues qu’ainsi. »

Si, lors de la pratique des différentes postures de Zhanzhuang, on n’atteint pas la quiétude (jing) par la concentration de l’esprit (méditation), si l’on n’arrive pas au stade de « l’oublie de soi », est il vraiment possible de se libérer de ses réflexes conditionnés ?
C’est la raison pour laquelle certaines personnes ne parviennent pas à développer la moindre force par leur entraînement. La clé est de concentrer son esprit et fixer son intention, c’est l’étape la plus importante dans la base de l’entraînement… »

« …Il faut s’entraîner en fixant son regard au loin, sur l’horizon, jusqu’au moment ou l’on arrive à « regarder sans voir ». A ce moment on comprendra que plus aucune méthode n’est nécessaire, qu’il suffit de concentrer son esprit. »



Mi jingke, en méditation assise



Mi jingke, dans un autre article, parle de l’influence du Bouddhisme Chan dans le Dachengquan. Elle y évoque, alors, la « contemplation avec le corps uni » (zhengti guan) qui doit être pratiquée jusqu’au stade de l’oublie de soi…