samedi 6 septembre 2008

L'art martial traditionnel et le combat libre


L'art martial traditionnel est souvent défini comme étant un art du combat. Et cette définition n'est pas tout à fait fausse si l'on s'en tiens à l'éthymologie de l'expression "art martial" (art : talent ; martial : guerrier).

Cela étant dit, techniquement, une confusion est souvent faite entre le combat et l'auto-défense : L'auto-défense, ou self-défense, est l'art de savoir se protéger et est uniquement constitué de techniques de défense. Le combat, lui, est un affrontement librement consenti par les deux opposants et comporte donc des techniques d'attaques aussi bien que de défense, ainsi que des feintes...

L'art martial traditionnel est essentiellement tournée vers l'auto-défense. Les pratiquants désirant entreprendre une préparation au combat doivent donc :

- Développer leur habilités par des exercices supplémentaires (nottamment des exercices cardio-respiratoire).

- S'apprêter à être vaincu.

Or, les différentes écoles traditionnelles enseignent un art de défense et non un art de combat. Historiquement, en Chine, seule la lutte permettait un affrontement librement consenti.

La sévère critique qu'avait faite Zhao daoxin, disciple de Zhang zhaodong et de Wang xiangzhai, ancien compétiteur du championnat de Chine de Leitai, sur l'inéfficacité des arts martiaux chinois au combat est plutot fondée puisque ce type de combat ne peut exister que dans sa forme compétitive. L'art traditionnel n'étant pas un art sportif, donc pas un art de compétition, il lui est difficile de s'y adapter. Les premiers élèves du fondateur du yiquan avaient quasiement tous un bagage sportif martial et beaucoup furent des compétiteurs : Zhang changxin et Bu enfu furent des champions de boxe anglaise (en plus d'un champion de Chine de lutte chinoise en ce qui concerne Bu enfu).






Bu enfu, enseignant la boxe anglaise





Zhao daoxin, quand à lui, excellait dans de nombreux sports et avait participé, avec Gao zhendong et Zhang entong, au "premier championnat de chine de l'art national" en combat. Ce tournoi s'était déroulé dans des règles similaires à ce que l'on trouve de nos jours en MMA, combat au sol hormis...






Zhao daoxin pratiquant le mouvement xiazhang du bagua






Le monde qui sépare les arts tournés vers le combat de compétition des arts traditionnels est vaste. Les objectifs de la pratique sont également différents. L'école traditionnelle insistent souvent sur la préservation de la santé et l'entretien de la forme physique sur la durée d'une vie. Cette idée est issue des origines historiques des arts traditionnels : La survie des militaires sur un champs de bataille. De cet objectif est resté l'idée de survie puis l'idée de préservation.

Les arts de compétitions sont tournés vers un objectif précis, à une date précise, dans un cadre précis et n'ont que faire de la préservation sur le long terme.









Mr Sayama, un des personnages à l'origine du MMA (créateur du shootfighting), en visite au wuguan de Wong shunleung en 1985, notez le fossé qui sépare les deux artistes martiaux





Dans son interview, Zhao daoxin préconise une pratique du combat régulière. Celle-ci doit permettre de garder la tête froide et de ne pas s'éloigner de la réalité du combat, les pratiquant de traditionnel de longue dâte se croyant souvent invincible alors qu'il ne se mesure jamais à personne...









Un expert japonais de jiujitsu ayant défié, pour 5000 dollards, n'importe quel combattant de MMA s'est vu infliger une sévère punition





Certains des premiers élèves de Wang xiangzhai parlent de "combat réel" (shizhan) dans leurs ouvrages écrits. C'est le cas de Dou shiming, disciple du fondateur et auteur de nombreux textes.
Dans son texte intitulé "shizhan" (combat réel / véritable), bien que la définissant comme la partie la plus importante de la pratique après les bases, il ne parle que de notions théoriques de distance et d'utilisation de la force du corps entier. Il cite les techniques utilisées en yiquan comme le coup de poing direct (zhiquan), le coup de poing en remontant (zuanquan) et le martèlement vers le bas (zaiquan) et les décrit en détails. Expliquant que le force doit être droite avec une forme courbe, que les directions opposées doivent se compléter dans l'action en tirant et poussant simultanément, il ne semble pas parler d'entraînement au combat mais plutot d'auto-défense...






Dou shiming, disciple de Wang xiangzhai, en jijizhuang




Est-il donc possible d'introduire une pratique du combat constructive dans la pratique du yiquan ou des arts traditionnels ?

Les règles mises en placent pour structurer les combats prennent souvent un ascendant sur la pratique technique et orientent la forme afin de la favoriser vers la compétition. On peut voir, par exemple, de nos jours des gardes de pratiquants de MMA radicalement différentes des gardes de boxe anglaise, qui ne sont, finallement, utilent qu'avec le port des gants.



Entraînement du champion de MMA randy Couture à plus de 40 ans


L'évolution de la pratique étant en rapport avec la motivation à l'origine de celle-ci, les combats quasi-libres que l'on peut voir en MMA sont, certe, très proche de l'affrontement réel, mais dans quelles conditions ? Un combat à un contre un sur une surface plane et délimité, sans limite de temps, doit certainement constituer une situation probable de la vie courante mais les professionnels de la sécurité savent très bien que dans la rue un énnemi n'est jamais seul et qu'un passage au sol, s'il est envisageable, ne doit pas s'éterniser sous peine d'entraîner de graves mises en danger...

Finalement, l'essentiel de la pratique est d'y trouver son compte et d'y prendre plaisir, chacun ayant des objectifs différents !