vendredi 1 août 2008

Interview du maître Li jianyu (deuxième partie)

Dans son fameux traité, le maître Wang xiangzhai critique sévèrement l'orientation prise de son temps par les écoles comme le taijiquan ou le baguazhang. Sur quoi se fondait-il pour tenir ces propos ?

Mon maître a réuni tous ces arts en un. Il en a tiré l'essence et les principes. Il a prouvé par les combats qu'il a remporté dans toute la Chine le bien fondé de cette synthèse. Le baguazhang et le taijiquan manquent de spontanéïté. L'habitude est une inertie, on perd la liberté, donc la spontanéïté. En yiquan, une personne entrainée fonctionne comme une hélice. On ne voit extérieurement aucun mouvement mais si l'on tente de rentrer, on est projeté. Cela ne fait pas appel à la conscience.





Le maître Li jianyu enseigne le tuishou à Paris lors d'un stage






Quelle différence y-at-il entre le dachengquan et le yiquan et qu'en pensait le fondateur, maître Wang xiangzhai ?

An fond, il n'y a pas de différence. Chez maître Wang xiangzhai, il n'y avait qu'un problème de percéption de la réelle signification et du sens profond des idéogrammes. (NDLR : Dacheng, "le grand accomplissement" est un terme taoïste qui désigne le stade suprème de réalisation de l'individu...) Je crains des querelles politiques sous couvert de différence de nom qui ne se réfèrent pas au problèmes d'interprétation posés par les idéogrammes. En fait, il n'y a pas de différence, il suffit d'être humble...





Fuhuzhuang, la posture de "maintenir le tigre", par le maître Li jianyu




Les occidentaux se tournent de plus en plus vers l'art magnifique créé par votre maître. Pensez-vous que le yiquan va encore se développer à l'avenir ?

Différents aspects intéressent les occidentaux mais ils ignorent tout de l'histoire. Ils risquent de faire de la vulgaire boxe s'ils ne remplissent pas le shéma de travail fixé par maître Wang xiangzhai. Au début, il est cependant difficile de savoir ce qu'est le yiquan. Sa découverte dépend de l'intelligence des personnes et de la relation entre étudiants et maîtres. C'est seulement après de longues années de pratique (10, 20, 30 ans) que l'on peut ressentir les principes du yiquan. L'avenir de cet art en occident dépendra par conséquent de la capacité des occidentaux à maîtriser le yiquan. C'est une question de patience...




L'auteur en compagnie du maître Li jianyu à Pékin en novembre 2004