mardi 6 mai 2008

La vie d'un grand maître : Wang peisheng (troisième partie)

Un jour, quelqu'un se présenta au temple Taimiao et, après avoir projeté plusieurs personnes en tuishou, il demanda à faire tuishou avec Yang yuting en personne. Celui-ci était très différent de Wang maozhai : très courtois, il ne souhaitait jamais humilier qui que ce soit dans ses actes. En faisant le tuishou avec le visiteur, il eut plusieurs fois l'avantage mais ne poussa pas ses techniques jusqu'à projeter son opposant après l'avoir mis en déséquilibre, se contentant d'arrêter son mouvement dès qu'il sentait avoir le dessus. Celui-ci, ne s'en rendi même pas compte et fini par prendre l'avantage sur Yang yuting, le faisant reculer. Le jeune Wang, voyant cela, demanda à prendre la place de son maître et projeta alors son opposant 7 fois d'affilées contre un mur avant que son maître ne lui ordonne d'arrêter.




Wang peisheng démontre les principes du tuishou






L'inconnu revint le lendemain, il voulait faire combattre avec le jeune Wang car il n'avait rien compris de ce qui lui était arrivé la veille. Ce jour là, wang peisheng le projetta si violemment au sol que l'inconnu en perdit connaissance. Wang maozhai était alors présent et assista à la scène. A la suite de cela il demanda à parler au jeune peisheng et lui annonça que désormais il pourrait venir tous les soirs à sa demeure pour pratiquer directement avec lui. Cette attitude était extrêmement rare à l'époque car les grand maîtres n'osait pas intervenir dans l'enseignement de leur disciples-maitre.

Wang peisheng pu donc s'entrainer et pratiquer tuishou quotidiennement avec le grand maître Wang maozhai qui, comme il travaillait alors dans le commerce des pierres, s'entrainait souvent sur son lieu de travail. Il pratiquait le tuishou sur une pierre qu'il avait tant poli à force de se tenir dessus qu'elle était glissance comme une patinoire. Wang peisheng confia plus tard que cet exercice était très difficile et que rien que se tenir debout, immobile, sur cette piere demandait beaucoup d'efforts. Il pu croiser les mains avec le grand maître pendant huit années. Il demarra à cette époque l'étude du taijiquan avec un autre disciple de Quan you, le maître Guo fen.

Tant d'effort et de travail finirent par ammener Wang maozhai à autoriser le jeune peisheng à enseigner. Il avait alors 18 ans et fut considéré comme un des plus jeune maître de l'art martial en Chine.






Wang peisheng, baguazhang






Le jeune Wang ne cessa jamais d'apprendre toujours et encore plus sur l'art martial. A partir de l'age de quinze ans, il avait démarré l'étude de deux autres écoles du baguazhang, celle de Cheng tinghua et celle de Liu dekuan, ainsi que le tongbeiquan, le bajiquan, le xingyiquan avec Han muxia et la lutte chinoise. Parallèlement à cela il étudia la culture traditionnelle en suivant l'enseignement de maîtres du Taoïsme, du Confuciannisme et du Bouddhisme.

Han muxia, de qui il reçu l'enseignement en xingyiquan et baguazhang, était le meilleur disciple de Zhang zhaodong. Certains dirent de son gongfu qu'il était même suppérieur à celui de Zhang. Le haut niveau de Wang peisheng lui permit de recevoir des instructions précises et avancées que les élèves du maître n'ont sûrement pas reçu eux-même.

Dans les années 50, il créa avec d'autres maîtres une association pour y enseigner l'art martial. A cette époque, Wang xiangzhai, le fondateur du dachengquan lui dit un jour : "Peisheng, je garde toujours ton nom brodé dans la manche de ma veste." Cette remarque était en référence à la célèbre oeuvre littéraire des "trois royaumes" dans laquelle Caocao, roi des Wei, ayant entendu la féroce réputation de Zhang fei, demande à tous ses généraux de broder son nom dans leur manche. Ils pourront ainsi se souvenir de quel adversaire dangereux il est, s'ils venaient à le croiser un jour au combat.

En 1953, Wang peisheng fini de concrétiser un travail important : la création de la forme de style Wu en 37 mouvements. A cette époque, il enseignait à l'école suppérieure de l'industrie de Pékin. Certains universitaires et étudiants se plaignaient souvent que la forme traditionnelle soit trop longue à exécuter. En 40 minutes, il leur était impossible de réaliser entièrement ne fut-ce qu'un enchainement. C'est ce qui donna l'idée à maître Wang de créer sa forme de 37 postures. La première chose qu'il fit fut de supprimer les répétitions d'une même technique dans la forme, ce qui amena à 37 postures. Ensuite il arrangea l'enchainement de ces techniques de façon à ce que la forme débute par des mouvements simples en allant vers de plus complexes et pour revenir à des techniques simples et relaxantes à la fin du Taolu.




Wang peisheng, taijiquan






Il continua d'expérimenter cette nouvelle forme en l'enseignant et pensait même pouvoir être encore plus efficace en réduisant encore le nombre de postures, se limitant à seulement quelques unes. Il avait analysé la façon d'enseigner des anciens et en avait déduit que c'était par la répétition sans fin de l'enchainement que les élèves devaient finir par avoir la sensation correcte, les maîtres n'expliquant pratiquement rien en détail. Cette méthode ne permet d'acquérir le véritable gongfu qu'aux disciples les plus sensitifs et intuitifs. Pour les autres, des dixaines d'années de pratiques ne donnaient parfois aucun résultat. Donc, maître Wang peisheng, en plus de diminuer le nombre de mouvement, enseigna de manière très précise la façon de les exécuter : les directions, les angles et tous les petits détails étaient livrés. Ensuite, il utilisa la terminologie du liuhebafa pour expliquer chaque technique. Et, finalement, il donna des explications précises sur l'utilisation du shen, du yi et du qi dans chaque technique et enseigna comment les enchainer correctement de façon à ne pas disperser l'energie lors des changements. Après des années de recherches et de travail, il enseigna sa nouvelle forme publiquement.





Partie de la forme des 37 postures du stule Wu





Les années qui suivirent l'arrivée des communiste au pouvoir furent difficiles. Souvent, la sécurité ne tenait qu'à peu de chose, comme la sympathie du responsable locale du partit, qui représentait l'autorité de l'organe politique central.

Wang peisheng eu, à cette époque, l'opportunité de créer un contact avec un personnage important des arts martiaux qui était bien placé au gouvernement. Mais l'attachement que maître Wang avait pour les valeurs traditionnelles firent de cet officiel un enemi à vie plutôt qu'un alié. Cette personne, qui pratiquait le Xingyiquan, rendit visite à Wang peisheng au début des années 50 dans son école de Huitong. Elle avait une haute opinion d'elle même et voulait discuter avec lui des véritables capacités aux combat. Au début de l'échange, Wang peisheng ne se permit pas de répliquer, au regard de la haute fonction de son invité, et se contenta de se défendre, ce qui ne fut pas pour plaire à l'officiel qui attendait un combat réel. Finalement Wang peisheng ne se retint plus et projeta plusieurs fois l'homme, le rejetant même hors de l'école à un moment de leur échange. Ils se rendirent alors à la maison d'un autre expert chez qui Wang domina son adversaire encore plusieurs fois. Il avait humilié cette personne en public. A partir de ce moment et pour les trente années qui suivirent, Wang peisehng fut mis à l'écart. Il ne pu rien publier et son nom ou sa photo n'apparurent dans aucune revue. Cette personne garda une dent contre lui jusqu'à la fin de sa vie et parla même à son successeur de Wang comme d'une mauvaise personne qu'il fallait surveiller. Ce n'était encore rien comparé à ce qui allait suivre...

Dans les années 60, années difficiles de l'histoire de la Chine et de son gouvernement communiste, un élève de Wang peisheng fut suspecté d'être anti-révolutionnaire pour des propos qu'il avait tenu. Une perquisition chez lui fit découvrire un journal dans lequel il écrivait ses pensées librement. Il y imaginait un gouvernement dans lequel son maître occuperait un poste important, ce qui suffit pour le faire arrêter lui et les autres experts mentionnés. Wang peisheng fut condamné à 5 ans de prison qui devinrent en fait 17 années de détention...







(A suivre)

Les origines du Taijiquan

Le texte qui suit a été écrit d'après le livre de Douglas Wile "Les classiques du Taiji oubliés de la dernière dynastie Qing" (Lost t'ai-chi classics from the late ch'ing dynasty, State university of New york press, 1996). Cet ouvrage expose les recherches du professeur Wile sur les origines du taijiquan et nottamment au regard du texte écrit par Li yiyu, neveu de Wu yuxiang (fondateur du style Wu / Hao de taijiquan) et de celui de Chang naizhou, qui pourrait être le lien manquant dans la généalogie de cette boxe.

Point particulièrement intéressant de ces recherches, le lien avec les personnages légendaires auxquels sont attribué les origines du taijiquan et qui n'est sans relation avec la séparation moderne en familles interne et externe de boxe chinoise.

Introduction
L'école de taijiquan du courant de Yongnian, disctrict d'origine de la famille Yang, démarre avec Yang luchan, personnage qui aurait fait son apprentissage à Chenjiagou auprès de la famille Chen.






Yang luchan, le père du taijiquan de Yongnian






Excepté le taijiquan de la famille Chen, tous les courants de taijiquan sont issu de Yang luchan, l'unique autre école pouvant faire remonter ses origines au clan Chen étant celle de Wu yuxiang. Ce personnage aurait appris auprès de Yang luchan et de Chen qingping, membre du clan des Chen installé au village de Zhaobao. Wu yuxiang créa sa propre école de taijiquan, il fut également un des professeur de Yang banhou, l'oncle des frères Yang (chenfu et shaohou). Son neveux, Li yiyu enseigna à Hao weizhen qui créa le style Hao de taiji.

La généalogie du taijiquan diffusé par les membres de la famille Yang fait remonter les origines de cette boxe à Zhang sanfeng, ermite taoïste légendaire et aux monts Wudang...


Les recherches de Douglas Wile (traduction)
D'après les premières sentences de la "brève introduction au Taijiquan" de Li yiyu, qui établi que "Nul ne sait qui est le créateur du Taijiquan", l'historien Xu zhen, dans son ouvrage "Recherches sur les vérités de l'histoire du taijiquan" ( 太级拳考信绿, Hong-kong, 1936 ) en conclu que l'origine de l'association de Zhang sanfeng avec le taijiquan doit provenir de pratiquants de l'école de la famille Yang et ne daterait pas d'avant le reigne de l'empereur Guang xu (1875 - 1904) de la dynastie Qing. L'historien Tang hao, lui, attribuait cette association à Wu yuxiang (créateur du style Wu ou Hao) lui même, en raison des témoignages laissés par ses petits fils allant dans ce sens. Les petits fils de Wu yuxiang ont très bien pu être influencé par l'école Yang, qui avançait cette théorie de Zhang sanfeng créateur du Taijiquan. Mais si ce n'est pas le cas, comment leur grand-père aurait-il pu obtenir cette information de Yang luchan, qui vécu tout de même plusieurs années au village du clan Chen et où Zhang sanfeng n'est jamais cité dans la généalogie de la boxe taiji ?




Représentation de Wu yuxiang






Dans l'hypothèse ou Wu yuxiang avança déjà cette théorie de son vivant, une autre question encore plus fondamentale se pose : Où a-t-il trouvé cette idée de "Zhang sanfeng, maître de l'art martial" ?

Une réponse plausible est qu'il aurait emprunté et modifié l'idée que Huang zongxi avance dans son "épitaphe à Wang zhengnan". Celui -ci y trace l'origine de la "boxe de la famille interne" et remonte jusqu'à Zhang sanfeng. D'autres "coïncidences" pourrait appuyer cette idée, nottamment la présence d'un certain Wang zong dans la généalogie de la boxe de la famille interne, dont les caractères ne sont pas sans évoquer l'autre créateur mythique du taijiquan : Wang zongyue, auteur présumé du "traité du taijiquan", texte découvert par... Wu yuxiang !








video

Tuishou par Hao shaoru, petit-fils de Hao weizhen qui fut disciple de Li yiyu





Huang zongxi (1610 - 1645) était un personnage majeure de la résistance anti-mandchou. Son texte "l'épitaphe à Wang zhengnan" (wang zhengnan mu zhiming) ainsi que celui de son fils Huang baijia "méthode de boxe de la famille interne" (neijiaquan fa) furent très probablement des moyens d'exprimer leur sentiment patriotique d'une manière caché en cette période de forte repression.

L'arbre généalogique qu'il donne de leur "boxe de la famille interne" remonte même jusqu'au dieu de la guerre Xuan wu (!!!), incluant l'hermite taoïste Zhang sanfeng pour arriver au personnage de Wang zhengnan.

Le fait qu'un autre fameux texte "L'oeuvre complète de Zhang sanfeng" fut écrit pendant la période de chaos se situant entre les guerres de l'opium et la revolte Taiping et que l'auteur de celui-ci était un membre d'une société secrète taoïste, laisse présumer que ce personnage constitue une référence à la tradition chinoise, une sorte d'icone.






Représentation de Zhang sanfeng







Dans l'hypothèse que le "traité du taijiquan" attribué à Wang zongyue aurait été écrit par Wu yuxiang en personne, le nom de Wang zongyue devient particulièrement interessant à analyser puisqu'il n'est sans rappeler celui du patriotique général Yue fei : Wang (le roi) zong (l'ancètre) yue (le même caractère que celui de yue fei). Yue fei est placé à l'origine d'autres généalogies de boxe chinoise, nottamment le xinyiquan, Il est souvent nommé Yue wumu wang (wumu étant un titre posthume "vénérable brave" et wang signifiant le roi).