Les déplacements
Dans un combat l’affrontement avec les forces adverses se déroule dans un espace infini, l’adversaire étant libre de se déplacer comme il l’entend. Il est donc nécessaire de pouvoir nous déplacer aussi librement que lui.
L’étude des déplacements sous entend que nous conservions notre alignement, puis, que nous puissions produire les différentes forces du Shili au sein de celui-ci.
Les déplacements s’apprennent donc en deux temps : Tout d’abords le déplacement simple du corps sans mouvement des bras. Puis, la pratique du Shili tout en se déplaçant.
La difficulté de l’exercice du déplacement réside dans le fait qu’il faille alternativement se retrouver en équilibre sur une jambe puis sur l’autre tout en conservant un potentiel de mouvement maximum. Lorsque nous sommes en équilibre sur une jambe, la connexion entre le bas et le haut du corps est particulièrement difficile à conserver et, donc, la force de réaction à la pesanteur n’est plus aussi facilement exploitable.
Si cette force de réaction ne « passe » pas dans le haut du corps pendant le déplacement, nous avons alors l’impression de flotter ou bien nous sommes obligé de fournir un gros effort pour garder notre stabilité.
En revanche, en « asseyant » notre tronc sur notre jambe dans l’alignement de celle ci, on peut retrouver notre équilibre sans effort. De cette façon, le bassin prend appui directement sur l’extrémité de l’os de la jambe et on retrouve l’utilisation des muscles du maintient postural.
Dans ce type d’entraînement, la répartition du poids du corps sur les jambe est extrêmement importante : Entièrement porté sur une seule jambe, l’équilibre est délicat et, bien que l’alignement osseux permette de bien gérer la pesanteur, il est difficile de transmettre cette force jusque dans les autres parties du corps. Si, au contraire, le poids est également réparti sur les deux jambes, le centre de gravité se trouve « à cheval » entre deux déplacements et toute prise d’initiative sera précédée d’un appel, brisant ainsi la spontanéité de l’action (cette spontanéité se caractérise par une simultanéité de l’action physique et psychique). Ainsi, tout déplacement doit intégrer les caractéristiques physiologiques des postures de combat : Le poids du corps est essentiellement porté sur une jambe et l’autre jambe vient la soutenir dans l’expression de la force et quand à sa direction.

Le travail du déplacement permet d’utiliser la force globale, celle qui met en jeu l’ensemble de la masse du corps, quelle que soit sa direction.
Lorsqu’un pratiquant a réalisé ce travail, il possède les bases permettant l’étude du combat.
Le combat
Il s’agit alors d’être capable d’utiliser toutes les qualités que nous avons développé auparavant d’un point de vue physiologique en se plaçant dans un état psychologique particulier.
En effet, l’entraînement de base comprend un important travail de l’esprit dont le but est de réveiller nos instincts naturels de défense.
Tous les animaux sont dotés d’un instinct de défense. Chez l’homme, il est dirigé par le paléo-cortex, la partie la plus primaire du cerveau, également nommé « cerveau reptilien ». C’est ce système moteur central qui gère, également, notre maintient postural, par son action sur certaines fibres musculaires.

L’homme a, de par son évolution, développé une utilisation prioritaire d’autres zones du cerveau. Le résultat est que l’homme « moderne » n’arrive pas, dans la plupart des cas, à utiliser ses capacités naturelles de défense en temps voulus.
On cite souvent le cas d’une femme paralysée par la peur face à un animal féroce et qui, si cet animal s’empare de son enfant, sera capable de le combattre, voir de le vaincre.
L’explication à ce type de situation est l’exploitation de nos capacités spirituelles (de l’esprit).
L’esprit met en jeu l’utilisation de différents systèmes nerveux qui suggèrent des réponses différentes à un même stimuli.
Souvent, le conditionnement de l’être humain par la vie moderne empêche la bonne réponse de s’exprimer d’elle-même.
En cherchant, lors de l’entraînement, à se repositionner dans un certain état d’esprit, on suggère un retour à cet instinct naturel de survie, que l’on pourra alors exploiter dans certaines situations.
Le système nerveux
Ce type d’entraînement stimulerait, en outre, le système nerveux végétatif qui contrôle, sans faire appel à notre volonté, toutes nos fonctions de survie ainsi que le fonctionnement de nos organes vitaux. C’est, par exemple, ce système qui régule nos battements cardiaques et donc notre flux sanguin, c’est également sous contrôle de ce système nerveux que s’ouvre et se referment les pores de notre peau pour réguler notre chaleur interne.
En nous plaçant mentalement dans certaines situations, nous allons « réapprendre » à l’utiliser comme il le convient.
Lorsqu’ils sont attaqués ou bien menacés, les animaux hérissent leurs poils car leur système nerveux, sollicité à l’extrême, ordonne la contraction des muscles pilo-moteurs. Chez l’homme moderne, cette réaction a été remplacé par la contraction de certains muscles créant ainsi des blocages qui l’empêcheront de s’exprimer naturellement : c’est le stress.
Par certains exercices de l’imagination comme « hérisser les poils alors que l’on est encerclé par des ennemis », le système nerveux est sollicité de façon à retrouver ses fonctions primaires de défense.
Le stress est une des causes majeure aux malaises de la vie moderne. Son processus de fonctionnement implique bien une interaction entre l’esprit et le corps mais celle-ci n’est absolument pas maîtrisée par l’homme du vingt un unième siècle.
Lorsque le système nerveux est sollicité d’une manière inhabituelle, le corps ressent cela comme une agression et sa réaction primaire est une contraction musculaire. Le corps contracté ne peut plus s’exprimer librement et, dans le cadre du combat, cette réaction devient particulièrement dérangeante. La décontraction musculaire et la relaxation du corps ont donc une interaction sur le système nerveux. L’esprit est alors plus apte à traiter une information, car plus disponible.
La relaxation des différents groupes musculaires présent dans le corps humains permet, en outre, une plus grande rapidité d’action, que celle-ci soit volontaire ou réflexe.
L’entraînement de l’esprit met donc en jeu un grand nombre de points importants ayant une incidence jusque sur des plans physiques de l’action.
C’est ce type d’entraînement qui fait la différence dans un combat entre deux boxeurs, lorsque l’on assiste à la victoire d’un athlète qui, visiblement, est moins bon technicien. Un proverbe ancien dit : « Lorsque deux adversaires se retrouvent contre un mur, le plus courageux l’emportera ». La technique rentre alors en jeux pour une part moins importante que l’état d’esprit. Et, donc, l’entraînement de l’esprit doit prendre une place au moins aussi importante que l’entraînement technique.
Les six harmonies
Les six harmonies constituent la condition à une réalisation dans la pratique. Elles sont, d’un point de vue théorique, à l’origine de nombreuses écoles de boxe. Wang xiangzhai les avaient approfondis par l’étude du Xinyiliuhequan ainsi que par les échanges techniques qu’il eut avec l’école Liuhebafa de Wu yihui.
Elles sont divisées en « trois harmonies externes » et « trois harmonies internes ».
Dans son ouvrage « Les véritables principes duYiquan » (Yiquan zhenggui), Wang xiangzhai en donne une définition :
« Le cœur est coordonné avec l’intention, l’intention est coordonnée avec l’énergie, l’énergie avec la force. Ceci constitue les trois harmonies internes.
Les mains sont coordonnés avec les pieds, les coudes avec les genoux, les épaules avec les hanches. Ceci constitue les trois harmonies externes. »
Ces six harmonies représentent un "condensé" de toutes les explications scientifiques citées plus haut...

