mardi 18 mars 2008

La vie de Wang xiangzhai (4eme partie)



En 1939, Wang xiangzhai a 54 ans.
Il enseigne dans un parc des ruelles de jingyu (jingyu hutong), dans le quartier dongcheng de Beijing. Les étudiants de la classe de combat étant devenus trop nombreux, le cour est déplacé jusqu’aux ruelles de dayang yiping dans le quartier de dongdan. Plus tard, il sera encore déplacé aux ruelles de gongxian à dongsi.



Wang xiangzhai et quelques élèves, début des années 40




Wang est devenu le véritable porte-parole de l’art martial chinois et, il fait paraître dans le journal quotidien de l’époque une déclaration publique : Il serait très honoré de recevoir dans sa maison de gongxian, toutes les personnalités de la boxe chinoise qui souhaiteraient lui proposer leur point de vue et leurs conseils afin qu’ils puissent faire avancer conjointement le développement de l’art chinois du combat.
Des personnalités de nombreuses écoles et de nombreux styles réputés se déplacèrent alors pour lui rendre visite.
Zhou ziyan, Hong lianshun, Han xingqiao ainsi que Yao zongxun étaient, tous les quatre, spécialement désignés pour relever les défis, au cas ou l’un des visiteurs aurait voulu combattre.
Dans ce cas, l’invité devait d’abord battre un de ces disciples pour pouvoir affronter Wang.
On peut faire remarquer que, de tous ceux qui vinrent chez Wang, aucun ne repartit sans être convaincu de ses arguments !


Extrait de l'interview de Wang xiangzhai




C’est à cette époque que le yiquan fut désigné comme une nouvelle école de boxe ayant vu le jour à Beijing. En effet, monsieur Zhang yuheng l’avait nommé dachengquan, le sens étant : La boxe qui fait la synthèse de l’art martial chinois.
A ce moment, Wang xiangzhai fut dans une position où il lui était difficile de refuser cette appellation. Le nom de dachengquan est donc parvenu jusqu’à nos jours indépendemment de sa volonté et ne fut pas de son initiative.
Il disait souvent : « L’étude de la boxe n’a pas de limite, comment put-elle avoir un accomplissement suprême ? » (Aboutissement, grand accomplissement étant, par ailleurs, un autre sens du mot dacheng).
Dans le manuscrit qui est à l’origine du « Traité du dachengquan » (dachengquanlun), il y avait un passage qui définissait l’art ainsi : « Plongeant ses racines dans le passé mais sans origine précise. »
Dans son livre « Points essentiels de la voie de la boxe », qu’il avait écrit bien avant, il dit dans sa première phrase : « Les racines de la boxe qui se trouvent dans nos cœurs ont pour nom grand accomplissement. ».
Cette phrase est, en quelque sorte, l’origine du yiquan, également appelé dachengquan.
Les premières ébauches du « Traité du dachengquan » ont vu le jour en 1929, sur les fondations de « La véritable voie du yiquan » (publié à Hongkong en 1983). Ce livre avait pour but d’exposer clairement la théorie de la boxe et de révéler publiquement au monde des arts martiaux la transmission, jusqu’alors secrète, du zhanzhuanggong. Il y énuméra également les erreurs commises en général, ainsi que leurs origines et expliqua pourquoi les taolu (formes codifiées) ainsi que les méthodes étaient nuisibles. Il y prônait un entraînement tourné vers l’acquisition de la véritable force interne en abolissant les tao et les méthodes préétablies.




L'article de Zhang bi nommant la boxe de Wang xiangzhai "Dachengquan"


En 1940, Wang xiangzhai a 55 ans.
A Tokyo, le Japon a organisé une grande compétition d’arts martiaux d’Asie. La Chine y est invitée et c’est Wu tianxi qui, en relation avec le nouveau gouvernement de Nanjing (Nankin), se chargera de demander expressément à Wang xiangzhai d’y représenter le « pays du milieu » (Le gouvernement de Nanjing fut le gouvernement des collaborateurs sous l’occupation japonaise). Finalement Nanjing choisira un certain Ma liang pour être à la tête de la délégation. Wang ayant prétexté une maladie pour s’y soustraire, tout en proposant à Wu tianxi d’inviter préalablement l’équipe japonaise en Chine afin de les rencontrer et d’échanger leur expérience avec celle des chinois.
Après cet événement, l’expert de judo kenichi Sawai ainsi que d’autres (Watanabe, Hino, Harada…) vinrent successivement rendre visite à Wang xiangzhai afin de comparer leurs arts au combat.
Aucun ne repartit au Japon sans être convaincu.


Kenichi Sawai, lorsqu’il vint pour la première fois rendre visite à Wang, celui-ci habitait alors dans le très beau « couloir des dix mille caractères » (à Zhongnanhai, l'équivalent chinois du palais de l'élysée), le trouva en train de balayer sa cour intérieure. Sawai entra dans cette même cour et demanda si monsieur Wang xiangzhai était là. On lui répondit qu’il s’était absenté, et Sawai demanda à rester chez lui pour patienter. Il posa alors à ce monsieur la question : « Et vous, connaissez- vous l’art de la boxe ? »
L’homme répondit : « Je connais quelques bribes. » Et Sawai : « Puis-je essayer de combattre avec vous ? »
Wang rétorqua : « Bien sûr ! »
Le japonais avança vers son adversaire dans une garde de jujutsu en essayant de saisir ses bras dans l’idée de le projeter. Au moment où il l’agrippa fermement, Wang leva ses deux bras simultanément, ce qui eut pour effet de plaquer Sawai au sol en une projection subtile.
Le japonais fut ébahi. Il venait de voir, l’espace d’un court instant, ce monsieur débordant d’énergie, le regard lumineux et d’une extraordinaire habilité, lui qui n’avait l’air de rien quelques minutes auparavant.
Il s’exclama alors : « Vous êtes Wang xiangzhai ! ». Et le visage de celui-ci s’anima d’un sourire.
Kenichi Sawai se releva, salua Wang en s’inclinant très bas et lui demanda : « Puis-je réessayer ? »
Et Wang : « Bien sûr ! ».


Le livre publié par Kenichi Sawai en 1976, présentant l'école qu'il avait créé : le Taikiken


Dans son livre « La boxe de la grande énergie (taikiken), une méthode de boxe chinoise pour le combat réel. » publié en 1976, Sawai raconte : « A cette époque, j’étais cinquième dan de judo, quatrième dan de kendo et d’iaido, j’étais jeune et fougueux, sûr de moi. J’ai saisi fermement les poignets de monsieur Wang afin de le projeter et ce fut moi qui allait au sol. Je l’ai alors ressaisi par sa manche droite et par le revers de sa robe de mon autre main, pensant lui porter un étranglement décisif. Monsieur Wang me demanda alors : « Vous avez bien saisi ? ».
A peine avais-je répondu oui que mes mains furent littéralement arrachées de sa robe, me projetant violemment. Je ne savais vraiment pas ce qui s’était produit, ni comment j’avais été éjecté de la sorte. Je lui ai demandé à revenir essayer avec mon sabre en bois (boken). Ce que je fis de nombreuses fois ! Le résultat fut, à chaque fois, une défaite pour moi. Ma sensation était toujours la même : mon rythme cardiaque s’accélérait comme si mon cœur avait été touché et une peur étrange m’envahissait involontairement. Bien évidemment, les frappes qu’il m’infligeait étaient légères, mais je ressentais à chaque fois une douleur vive, comme si j’avais reçu une décharge électrique. C’était une sensation étrange, un peu comme si j’étais foudroyé en plein cœur !
Il y avait vraiment quelque chose de spécifique, une puissance écrasante que je n’avais encore jamais pensé rencontrer, provoquant une sensation de peur tenace. Aujourd’hui encore, lorsque j’y repense, j’ai l’impression de revivre ces événements, tellement leur souvenir est imprimé en moi.
Ainsi donc, je voulu essayer de l’attaquer au sabre, avec lequel je n’avais jusqu’alors jamais connu la défaite.
J’empoignais mon boken et monsieur Wang tenait dans sa main une baguette assez courte dont il se servait pour corriger ses élèves. J’ai attaqué et combattu avec résolution en utilisant mon boken mais rien n’y a fait, je n’ai pas réussi a le toucher une seule fois.
A ce moment, Maître Wang m’a appris une chose : Que ce soit un sabre ou une simple baguette de bois, toute arme n’est que le prolongement du bras. »



Le maître Kenichi Sawai combattait contre de jeunes élèves karateka jusqu'à un age avancé




Hino était l’ambassadeur japonais en poste à beijing. Il était, par ailleurs, instructeur sixième dan de judo à la 1420e unité de combat des forces armées japonaises. Il convint d’un rendez-vous avec Wang xiangzhai dans le quartier xicheng, à l’adresse de Yao zongxun et c’est là que devait se dérouler le combat.
Hino avait à peine saisi les poignets de Wang qu’il fut projeté dans un arbre qui se trouvait au milieu de la cour.
Dans sa chute il tomba en syncope et, lorsqu’il reprit ses esprits il s’écria : « C’est incontestable ! ».
Après cet épisode, Hino verra de ses propres yeux ce « miracle » à travers une peinture et un poème de l’artiste Qi baishi (Celui-ci habitait la maison d’en face et regardait régulièrement les élèves de Wang s’entraîner depuis sa maison).



a suivre...