lundi 17 mars 2008

La vie de Wang xiangzhai (3eme partie)

Wang xiangzhai séjourna quelques temps à Shanghai pour y enseigner. Durant cette période, il fut défié de nombreuses fois mais ne perdit aucun combat.




Wang xiangzhai, dans les années 30



Cette même année, un champion international de boxe anglaise poids léger, de nationalité hongroise, se trouvait à Shanghai pour superviser l’enseignement de cette discipline en Chine (Shanghai était la destination de prédilection des étrangers en Chine en raison de ses magnifiques quartiers coloniaux dans les concessions.).
Cette personne avait déclaré publiquement que l’art chinois de la boxe n’avait aucune valeur effective au combat.
Aucun expert n’avait osé proposer un combat. Wang prit alors l’initiative et proposa une rencontre.
Le jour venu, à peine les deux hommes s’étaient-ils trouvés face à face que le hongrois fut étendu sur le sol, inanimé. L’action n’avait pas même duré une fraction de seconde.


Imre Harangi (a gauche) lors de sa victoire aux jeux olympiques de Berlin face à Nikolai Stepulov.



Après son retour en Angleterre, il fit paraître dans le « London times » un article intitulé : « Les art martiaux que j’ai rencontrés en Chine. ». Il y racontait sa défaite face à Wang xiangzhai en ces termes : « J’ai eu l’impression de recevoir une décharge électrique ! » cette sensation l’avait profondément marqué (Après diverses recherches, ce témoignage n'aurait toujours pas été retrouvé. Cet article a t-il vraiment été publié ?)

En 1930, Wang a 45 ans, il vit à Shanghai.
Gao zhendong, Zhao daoxin, Zhang entong, les frères Han (xingqiao et xingyuan) - Toutes ces personnes avaient participé aux championnats de Chine de boxe - , ainsi que le double champion de shuaijiao (lutte chinoise) Bu enfu, vont tous devenir disciples de Wang.
Les frères Han, passeront par l’intermédiaire de leur père Hanyou pour être présentés au maître, monsieur Hanyou étant un élève de Li cunyi (disciple de Liu qilan et frère juré de Zhang zhaodong), il était donc de la même ligné que Wang.




Le milieu Shanghaien des arts martiaux vers 1930 : A l'extrême gauche Yang chenfu puis Sun lutang, Liu baichuan, Li jinglin et Du xinwu (du Ziranmen)



A partir de cette période, il distingua Zhao daoxin et You pengxi pour enseigner à sa place lorsqu’il partait en voyage. Ceux ci agissant sous son autorité pour transmettre l’art.


Zhao daoxin (photos du haut) et You pengxi (photo du bas)


A cette époque, Han xingqiao, Zhao daoxin, Zhang changxin et Gao zhendong sont appelés « Les quatre grands disciples de fer ».
Zhang changxin remporta les championnats de boxe de Shanghai, qui étaient ouverts au public.
Zhao daoxin, de son côté, arriva à la troisième place aux championnats de Chine de wushu en combat (sanshou).


De droite à gauche : Wang xiangzhai, Zhao daoxin, Zhang zhaodong. Deuxième en partant de la gauche : Gao zhendong




Celui ci, alors qu’il avait un poste d’enseignant de wushu à l’institut supérieur de fiscalité de Shanghai, reçut un jour la visite de monsieur Anderson qui dirigeait une compagnie d’escorte. Lors du combat, il fut projeté comme un cerf-volant dont la corde aurait cassé. Monsieur Anderson s’écria alors : « C’est l’art des démons! ».

C’est aussi à cette époque que la banque Mo de Shanghai entendit parler de la maîtrise incroyable de l’art de la boxe de Wang xiangzhai. Elle voulut investir de l’argent en lui proposant de monter une équipe de démonstration et de la faire partir à l’étranger afin de révéler le véritable art chinois de la boxe. Ceci, dans le but de réparer l’humiliation faite à la Chine, car les étrangers (japonais) la qualifiait de « nation malade de l’Asie ».
Malheureusement, l’événement politique du 18 septembre 1931 (invasion de la Mandchourie par les japonais) modifièrent ces projets qui ne purent avoir de suite.

En 1935, Wang xiangzhai à 50 ans.
Il emmène avec lui Bu enfu, Zhang entong, Han xingqiao habiter dans le nord. Il séjourne quelques temps à Tianjin puis s’en retourne dans le district de Shen, afin d’approfondir encore l’enseignement de ses disciples et de perfectionner leur maîtrise.
Selon les souvenirs de Zhang entong, lorsqu’il furent dans le district de Shen, l’entraînement fut extrêmement difficile : Maître Wang avait des exigences très sévères vis à vis de lui, si bien qu’après la pratique du zhanzhuang, il ressentait une douleur insupportable dans tout son corps. Ce fut difficile au point que l’idée de s’enfuir lui traversa l’esprit un moment.
En été, après la sieste de l’après-midi (la chaleur de l’après-midi est insupportable l’été en Chine, car très humide), chacun emportait avec lui un coq, puis le groupe allait sous un grand arbre en dehors du village, s’y asseyait et observait les combats entre ces coq afin de bien saisir le sens de « déployer ses ailes et s’étendre vers le ciel dans une attitude combative ».
Puis, tous pratiquaient les techniques de déplacement (mocabu).

Zhang entong, en 1950, rencontra le champion de Chine de shuaijiao (lutte chinoise), catégorie poids lourd : Zhang kuiyuan (il luttait en catégorie + de 95 kg).
Zhang kuiyuan était très grand et robuste. Il avait, dans les bras, la force de plusieurs hommes . Ses mains et ses pieds étaient de taille considérable.
Zhang entong, quant à lui, était de taille et de corpulence assez petite.
Après la rencontre entre ces deux hommes, Zhang kuiyuan fut, sans rancune, sincèrement convaincu.
Il comprit, à ce moment, que la puissance développée en yiquan était incomparable à la force employée habituellement. Il partit donc à Beijing afin de présenter ses respects à Wang xiangzhai. Lorsqu’il arriva dans sa maison, voyant Wang, il s’agenouilla convenablement et se frappa la tête sur le sol en signe de respect. Après cela, ayant expliqué la raison de sa venue, il entra dans l’école, parmi les disciples de Wang xiangzhai.

En 1937, Wang xiangzhai a 52 ans. Il se rend à Beijing sur l’invitation des messieurs Zhang bi (de son vrai nom Zhang yuheng) et Qi zhenlin et y reste pour s’y fixer. Là, il enseigne à une classe de l’institut des sports Sicun, diffuse le yiquan et commence la rédaction d’un ouvrage s’appuyant sur son expérience.

A cette époque, le très réputé Hong lianshun (deuxième génération après Zhang zhaodong), commence à réunir quelques disciples. Hong est de constitution très robuste et de grande taille, il a la force de plusieurs hommes et arrive à briser une brique neuve avec la paume de sa main.
Il entendit parler de Wang xiangzhai et entreprit le voyage afin de le rencontrer une première fois dans l’idée de lui proposer un combat…que Wang accepta avec le sourire!
Hong attaqua avec le tranchant de sa main et Wang, dans le même temps, leva son bras, expulsant l’énergie d’un bref fali. Cela suffit à projeter Hong sur le canapé qui se trouvait derrière lui. Celui-ci, étendu sur le sofa, regarda Wang d’un air ébahi, ne comprenant pas ce qui avait bien pu l’éjecter de la sorte.
Wang lui dit alors : « Maintenant que tu ne crains plus la défaite, relève-toi ! Essayons à nouveau que je te renvoie au même endroit ! »
Hong n’eut alors plus autant confiance en lui, il essayait seulement d’esquiver Wang de façon à ne pas se retrouver sur le sofa.
Il racontera plus tard à ses élèves : « A cet instant, je n’avais plus en tête qu’une préoccupation : Que sa technique m’envoie n’importe où pourvu que ce ne soit pas sur ce canapé ! ».
Pourtant Wang, bougeant ses deux mains en un éclair et se déplaçant d’une manière très précise, contraint Hong à prendre une position qui lui permit, avec le bon timing, de l’envoyer à nouveau sur le sofa d’un fali surprenant.
Cette fois, la violence du fali avait brisé les deux grosses poutres horizontales qui se trouvaient sous le canapé.


Hong lianshun, expert de xingyiquan et de baguazhang




Tel était le niveau de Wang xiangzhai : Il désignait un endroit et il arrivait ensuite, d’une frappe, à envoyer la personne à l’endroit précédemment cité.
Cette façon exceptionnelle de désigner d’abord le lieu et de frapper ensuite était comparable à l’exercice de tir sur cible. Mais lorsque l’on pratique du tir à l’arc ou au fusil, la cible est, en général, une cible morte ou bien on a le temps de viser et de préparer son tir. Avec un être vivant qui connaît vos intentions et qui peut user de toutes sortes de stratagèmes pour ne pas se laisser faire…
On peut dire qu’un tel niveau dans l’art de la boxe est un rêve lointain pour beaucoup de personnes.
Wang xiangzhai disait à ses élèves : « Les principes de la frappe du dachengquan sont : Peu importe que l’on soit centré sur l’adversaire ou pas, ce qui compte c’est d’être stable. Lorsque l’on frappe, en yiquan, cela doit procurer à la personne qui a reçu le coup une sensation agréable, qu’elle ait l’impression de n’avoir jamais rien ressenti de semblable auparavant, allant jusqu’à vous prier de la frapper à nouveau afin de goûter encore cette saveur étrange. »
Qui peut croire que des frappes répétées procurent des sensations agréables ?
Quel genre d’imbécile chercherait volontairement à se faire frapper à plusieurs reprises ?
C’est pourtant la description fidèle du niveau atteint par Wang xiangzhai : Il arrivait à contrôler la direction et la force de ses fali d’une manière extrêmement précise. Si bien qu’en libérant brutalement sa force interne, il tuait d’un coup. Par contre, s’il libérait une force légère, il laissait son adversaire ébloui, non sans une certaine douleur.

Monsieur Hong se prosterna à ses pieds, insista pour que Wang accepte son hospitalité afin de débuter l’étude sous sa direction. Il amènera à Wang xiangzhai la totalité de ses élèves et leur fera faire le koutou afin que ceux-ci étudient également le zhanzhuang du yiquan.
Parmi ses nouveaux élèves, son futur grand disciple Yao zongxun, mais également Dou shiming, qui deviendra célèbre pour avoir infligé une défaite au maître de lance du seigneur de la guerre de Beijing (Fu shuangyin).
Ainsi que d’autres non moins célèbres, comme Li yongzong (le premier professeur de Wang xuanjie), qui vaincra un boxeur italien…


Wang xiangzhai disait souvent : « Si l’un d’entre vous a l’intention de m’attaquer, le mieux est de ne rien me dire et de le faire dans mon dos, par surprise, afin de tester ma réaction. »

Il y avait, parmi les élèves de Wang, Li bogui, qui pratiquait le taijiquan depuis de nombreuses années ainsi que le zhanzhuanggong depuis peu. Cet homme, qui avait une force exceptionnelle, mesurait un mètre quatre vingts, pesait cent kilos et, de plus, possédait une vrai force interne de par son entraînement.
Un jour Li bogui mit les paroles du maître à exécution.
Alors qu’il était en train de passer le balai, il se trouva dans le dos de Wang et l’idée d’attaquer par surprise vint à son esprit.
Ayant lancé son attaque et alors qu’il était sur le point de toucher sa cible, Li vit distinctement la tête, les bras, les jambes puis tout le corps de Wang faire demi-tour et se retrouver dans une posture stable de jijizhuang juste en face de lui. Il fut alors éjecté violemment, se retrouvant allongé sur un lit, derrière lui. Tout ceci s’était déroulé en une fraction de seconde !




A suivre...