samedi 15 mars 2008

La vie de wang xiangzhai (2eme partie)


En 1918, Wang xiangzhai a 33 ans. En raison des troubles politiques qui sévissent à la capitale, l’enseignement de son habilité martiale doit s’arrêter provisoirement. Monsieur Wang s’en va alors dans le sud pour continuer son étude, rechercher des maîtres réputés et rencontrer des personnalités du monde de l’art martial.

Le but de son voyage est d’approfondir ses connaissances en sortant la boxe de l’obscurité qui l’entoure.

Il commence son périple par le mont Song (Songshan) dans la province du Henan et se rend au monastère de Shaolin afin d’y rencontrer le bonze Zhang henglin. Henglin y était alors connu sous le nom de « Trésor de la montagne tranquille » (Zhengshan zhi bao) et il était le détenteur de la transmission du Xinyiba (école du contrôle de l’esprit et de l’intention). Wang resta habiter au monastère Shaolin pendant quelques mois. Des échanges de point de vue avec henglin le firent changer d’avis quant à la conception de ses acquis.





Le moine Shi dejian pratique le Xinyiba d'une manière particulière...




Apres cela, Wang continua son périple et se dirigea vers le Hunan où il rendit une « visite de courtoisie » au grand maître de xinyi qui vivait à Hengyang, monsieur Xie tiefu.

A cette époque, monsieur Xie avait déjà 50 ans et ses capacités étaient nombreuses et extraordinaires. Les personnes capables de discuter de l'art martial avec lui étaient extrêmement peu nombreuses et beaucoup de gens pensaient qu’il était fou pour cette raison.

Wang n’arrivait pas à le vaincre tant en combat à mains nues qu’avec armes. Et, lorsqu’il voulut reprendre la route, rouge de honte, Xie lui dit : « Vous avez l’intention de revenir dans 3 ans n’est-ce-pas ? Je pense qu’il serait plus utile pour vous de rester ici quelque temps, afin de mettre nos connaissances en commun dans l’approfondissement de l’art. Vous n’auriez pas à en être embarrassé. Je suis âgé, toute ma vie durant j’ai rencontré d’excellents combattants, et malgré tout je n’en ai jamais rencontré un qui ait vos capacités. Je vous prie de rester, devenons amis en oubliant la différence d’âge. » (En Chine l’aîné prend une position supérieure. Ici, Xie prit Wang comme ami et non comme disciple, ce qui ôta tout rapport d’âge.)

Wang, épargnant les rapports de maître à disciple fut content de rester et demeura avec Xie pendant quelques années. A partir de ce moment, L’art de Wang xiangzhai devint vraiment supérieur et ce sont ces années qui lui ont permis plus tard de jeter les bases du Yiquan.
Lorsque Wang quitta le Hunan, monsieur Xie s’exprima à lui en ces termes : « Je ne me prononcerai pas sur votre niveau au sud du Changjiang, mais je pense qu’il n’y a personne au nord qui puisse rivaliser avec vous. »
Xie l’accompagna à la frontière du Hubei ou ils se séparèrent dans une grande émotion.


Ce n’est qu’en 1940 qu’un homme d’âge moyen arriva à Beijing à la recherche de Wang xiangzhai. Il commença par demander où il pouvait rencontrer une personne qui s’entraînait au zhanzhuang. Et c’est ainsi qu’il arriva jusqu’au domicile de Yao zongxun. Cette personne s’était présentée comme le neveu de Xie tiefu et, sur les dernières volontés de son oncle, il s’était rendu dans le nord à la recherche de Wang xiangzhai afin de savoir s’il avait une descendance ou non. Il disait que Xie, toute sa vie durant n’avait pas eu de descendance et trouvait cela regrettable. Il s’empressa de demander à Yao de lui montrer zhanzhuang, shili et fali.
Le neveu de Xie s’exclama alors : « Monsieur Yao est meilleur que moi, mon oncle doit sûrement être consolé, là où il est, de se savoir une des sources de cette transmission. »


En 1923, Wang xiangzhai a 38 ans, il continue son périple vers le Fujian où il cherche à rencontrer monsieur Fang yizhuang. Monsieur Fang était transmetteur du courant xinyi venant de Shaolin du sud (monastère du Fujian), il excellait également dans le hequan (boxe de la grue) et était d’une stature particulièrement imposante.
Il accueillit Wang très respectueusement, discutant avec lui de l’art martial et de sa théorie.
Au combat, sur dix assauts, Wang n’en remportait que quatre. Maître Fang dit : « Je remporte six victoires mais je gagne à chaque fois de justesse, marquant au dernier moment. Vos projections sont vraiment nettes et précises. Bien que n’ayant été défait, je ne peux pas admettre qu’il s’agisse de victoires. »

1925, Wang xiangzhai a 40 ans, en raison des problèmes politiques qui eurent lieu à cette époque (mouvement du 30 mai à Shanghai), il quitta le Fujian et retourna plus au nord.

En chemin, il rencontra à Huainan l’expert Huang muqiao de qui il apprit le jianwu (formes libres). Maître Wang a décrit cette pratique en ces mots : « Le corps bouge comme le flux et le reflux des vagues, l’intention permet de déployer la force comme si elle était immergée. Tel un dragon nageant ou une cigogne qui joue dans l’eau, se tourner et se retourner à l’instar d’un serpent effrayé. ».
En lisant ces phrases, on peut comprendre que monsieur Huang avait un niveau de pratique peu banal.
Ce niveau exceptionnel, il l’avait obtenu dans la pratique du xinyimen dont il était, lui aussi un grand monsieur.




Le maître Li jianyu exécute la forme de la grue du jianwu




Ainsi Wang xiangzhai pratique cette « danse martiale » : Surgir comme le dragon porté par une vague, s’abaisser tel un léopard embusqué dans un épais brouillard, reculer tel un serpent effrayé pour avancer tel un chaton…en étant souple comme si on n’avait pas d’ossature.

Monsieur Wang xiangzhai a donc voyagé dans le sud pendant quelques années, ce qui eut pour bénéfice, non seulement d’approfondir soigneusement ses connaissances dans l’art de la boxe, mais également de franchir la barrière qui permet d’accéder à un niveau hors du commun.
Parmi les disciples de Wang, peu nombreux sont ceux qui apprirent le jianwu. L’un des tous premiers et probablement le plus connu est Han xingqiao.
A chaque fois que le maître retrouvait ses amis pour discuter de l’art, il demandait à monsieur Han d’exécuter le jianwu pour illustrer ses propos.






Han xingqiao, exécutant son jianwu à plus de 80 ans



C’est cette année (1925), que Wang retourna sur son lieu de naissance et s’arrêta sur le tombeau de son premier maître Guo yunshen, afin de lui faire construire une plaque commémorative.
C’est cette même année que, vivant à Bejing, il reçut une lettre de Zhang zhaodong (éminent expert du xingyibaguazhang) qui vivait à Tianjin.
Cette lettre lui expliquait qu’il n’y avait pas d’école enseignant sérieusement l’art à Tianjin, les salaires étaient très bas et les élèves n’y apprenaient que des inepties.
Un centre d’entraînement une fois fondé, ils pourraient s’occuper des étudiants pour leur apporter du nouveau. On ne parlerait alors plus de travers sur la boxe aussi limitée à Tianjin.
Wang fit immédiatement ses bagages et se rendit au wuguan (salle d’entraînement) de Tianjin.
Wang connaissait le directeur de l’association qui s’appelait Xue et était un élève de Li zhenbang, le petit fils de Li luoneng (le maître de Guo yunshen). Selon la tradition, monsieur Xue était donc un « neveu » pour Wang xiangzhai et Zhang zhaodong (qui avait étudié avec Liu qilan, un autre disciple de Li luoneng).


Zhang zhaodong, disciple de Dong haichuan et de Liu qilan, fondateur du Xingyibaguazhang (photo : Xiaozhang)


Monsieur Xue avait déjà entendu parler de Wang et le connaissait de réputation, mais ne l’avait jamais rencontré. Et, donc, lorsque Wang entra dans le wuguan, il lui demanda d’une façon hautaine : « Quelle boxe es-tu venu apprendre ? »
Wang répondit : « J’ai entendu, il y a bien longtemps, que le maître Xue, grâce à sa forme du dragon, avait fait trembler Tianjin de sa réputation. Me l’enseigneriez-vous ? »
Monsieur Xue, sans plus réfléchir à ce que Wang venait de dire, avança sa main d’un air inconsistant, tout en s’asseyant.
Wang leva sa main et para celle de Xue en un éclair, ce qui eu pour effet de le déséquilibrer et de le projeter au sol.
Monsieur Xue, dont le niveau était déjà excellent, considéra silencieusement cet homme de corpulence chétive et de petite taille, qui était très élégant et surtout, impressionnant de par son calme. Cette personne venait pourtant de bouger avec une rapidité foudroyante. Xue renonça immédiatement au combat, ayant compris qu’il s’agissait de quelqu’un d’exceptionnel.
Avant même d’être parvenu à se relever il s’exclama à haute voix : « Oncle Wang ! ». Puis il s’adressa aux disciples qui étaient présents et leur dit : « Cette personne est celle dont je vous ai souvent parlé : Maître Wang xiangzhai. Venez vite tous lui faire le koutou ! » (prosternation traditionnelle ou l’on frappe trois fois la tête au sol face à la personne, en signe de reconnaissance).
Xue fit, par la suite les présentations entre Wang et Li jinglin (grand expert du baguazhang).
Wang xiangzhai resta quelques temps à Tianjin pour y enseigner l’art de la boxe.




Sur cette photo, Zhao daoxin (debout, troisiéme en partant de la gauche)
Assis (g à d) : Zhang zhaohua, Shang yunxiang, Zhang zhaodong et Wang xiangzhai.




1929, Wang xiangzhai a 44 ans. Sur l’invitation des messieurs Li jinglin et Zhang zhijiang, il accompagnera le célèbre Zhang zhaodong aux troisièmes championnats nationaux d’arts martiaux à Hangzhou, pour y arbitrer les combats. Il avait également promis à un de ses amis, monsieur Qian yantang d’aller le voir à Shanghai, ce qu’il fit par la même occasion.
Lorsque Wang arriva à Shanghai, monsieur Qian organisa un banquet en son honneur. Et, comme il désirait connaître la dextérité de son ami, Qian demanda à Wang s’il pouvait tester son jing (tuishou est également appelé tingjing, "écouter le jing").
Wang, bien que plus âgé que Qian, ne se permit pas de considérer ce dernier autrement qu’avec humilité. Qian insista fortement jusqu’à ce que Wang lui réponde finalement : « Lorsqu’un maître demande à son frère de voir à quel point son travail à été bénéfique, celui-ci l’invite à s’asseoir dans le canapé qui se trouve derrière lui. »
Bien que n’ayant pas bien compris le message, Qian eut un petit sourire aux lèvres. Il avança alors en étendant un poing et Wang l’intercepta d’une paume extrêmement décontractée, invitant ainsi Qian à revenir en position arrière pour y mettre plus de puissance.
Wang encaissa alors le coup et, accompagnant le mouvement en un éclair, projeta Qian en arrière, celui-ci se retrouvant finalement assis sur le canapé précédemment désigné.
Maître Qian, saisissant la main de son ami pour se relever lui dit alors : « Je n’aurais pas cru, ces dix dernières années, qu’il y eut encore un maître avec un pareil niveau. Il y a donc encore quelqu’un pouvant transmettre l’habilité des anciens maîtres au combat. Cela me rend à la fois nostalgique et heureux. »
Il s’empressa alors d’inviter l’expert à s’installer dans sa maison. Puis il organisa un banquet auquel de nombreuses personnalités des arts martiaux de Shanghai furent conviées.
Pour l’occasion Zhang changxin fit partie des invités. Il admirait Wang et demanda à Qian yantang de faire les présentations afin de pouvoir devenir son disciple. Qian écrivit alors un vers dans un style magnifique, digne d’être publié dans le journal de Shanghai : « Les murs de l’homme supérieur font 3 mètres de haut, mais l’homme de vertu escalade le temple et entre dans la salle. »
C’est également à ce moment que Wang fit la connaissance de monsieur Wu yihui « la montagne de fer » .


Monsieur Wu était un très grand nom de l’école du Xinyiliuhe (six coordinations du cœur et de l’esprit), avec qui Wang établit littéralement un pacte d’amitié et d’entraide.




Wu yihui, "la montagne de fer", maître du Xinyiliuhebafa




Maître Wang dit un jour : « En Chine, j’ai vu et appris beaucoup de choses, j’ai rendu visite à des milliers d’experts. Mais, pour ce qui est de transmettre véritablement une école, je n’ai rencontré que deux personnes et demi qui aient compté pour moi : Xie tiefu du Hunan, Fang yizhuang du Fujian et Wu yihui de Shanghai. (La "demi personne" est sans doute Fang yizhuang, avec qui Wang xiangzhai passa peu de temps).





A suivre...