Les textes qui vont être diffusés sous le titre "la vie de Wang xiangzhai", sont issus d'une biographie, écrite par deux de ses disciples - Wang yuxiang et Yu yongnian - et que j'ai entierement traduit du chinois il y a environ 7 ans (Aucun magazine d'arts martiaux n'en avaient alors voulu... ) Elle a été largement diffusé en Chine par le biais de différents ouvrages et on peut aujourd'hui en trouver plusieurs traductions en anglais sur le net. Je me suis, pour ma part, contenté de rester le plus proche possible du texte original et mes commentaires se trouve entre parenthèses...
Wang xiangzhai, est né le 24 novembre 1885 dans le district de Shen, province du Henan, dans le village de campagne des Wei. Nibao fut son prénom de naissance, également appelé yuseng, il utilisera le pseudonyme de xiangzhai ainsi que celui du "vieil homme plein de contradiction" (maodun laoren : pour sa peinture et ses calligraphies).
Le district de Shen fut florissant pour l’art martial. De nombreux experts et écoles y virent le jour, comme dans le Hebei, par exemple, d’où est natif l’instigateur du Xingyiquan : monsieur Li luoneng. Ou bien encore, monsieur Cheng tinghua du Baguazhang ainsi que nombreux disciples et élèves de cette école de boxe.
Li luoneng ainsi que ses disciples Liu qilan et Guo yunshen étaient tous du district de Shen.

Cheng tinghua, un des premiers disciples de Dong haichuan
Guo yunshen se fit connaître du grand public par son coup de poing bengquan en demi pas (On disait de lui qu' "Avec son bengquan en demi pas, il renverse la terre entière"/ banbu bengquan da yu tianxia wu dishou)
Les Guo étaient une famille d’éleveurs de chevaux, voisins du village des Wei. Les familles Guo et Wang avaient toujours eu des relations. Et le jeune Wang en vint à apprendre le Xingyiquan auprès du maître. Comme il était très maigre et maladif, ses parents craignaient qu’il ne vive pas très vieux et ils l’envoyèrent donc chez Guo yunshen étudier la boxe afin d’améliorer sa santé. Celui-ci, du fait de son âge avancé et parce qu’il avait un pied blessé, n’aurait jusqu’alors jamais pris xiangzhai comme disciple. Mais leur rencontre se fit à un moment où Guo était très seul et pensait beaucoup à sa mort à venir. C’est avec l’aide de sa famille ainsi que de leur ami Zhao leting, qu’il se fit vivement recommander au maître. Ainsi, Guo se vit dans l’obligation d’approuver et permit alors au jeune xiangzhai de rester chez lui.
A l’âge de 8 ans, xiangzhai est un garçon intelligent et s’entraîne avec application. Guo yunshen l’aime comme son fils, il l’élève et l’instruit tout en apprenant de cet échange.
A la fin de sa vie, Guo a l’habitude de se tenir assis sur son lit, jambes croisées, mains jointes à enseigner ainsi l’art au jeune Wang. Celui-ci se trouve debout au pieds du lit et exécute le travail de la transformation du jing par le zhanzhuang sous les instructions de son maître. Au petit matin en hiver, aussitôt levé, Guo commence par contrôler le degré d’humidité des traces de pieds laissées par le travail de l’élève. Si ce n’est pas suffisant par rapport à ses objectifs très sévères, xiangzhai doit s’entraîner encore plus, jusqu’à ce que l’humidité soit abondante. Alors seulement Wang peut se reposer. Il semblerait que Guo fut extrêmement exigeant ces dernières années de sa vie.
Guo yunshen (assis à droite) en visite au wuguan de Che yizhai (assis à gauche)
Il ne restait pas grand chose que Guo eut pu enseigner à Wang pour faire de lui un homme d’une instruction martiale exceptionnelle. Mais, bien qu’ayant étudié auprès de Guo depuis plusieurs années, il n’en avait tout de même pas assez vu pour supporter le poids d’une succession. Cela dit, Guo yunshen disait jadis : « Tout le monde peut apprendre et tout le monde peut transmettre. »
Guo yunshen avait enseigné à tous ses élèves la méthode conventionnelle du xingyiquan, celle que l’on transmet par les formes (Taolu), mais Wang xiangzhai n’avait, lui, pas suivi cet enseignement. Il avait appris les Taolu en épiant son maître ainsi que ses aînés. Lorsque Guo s’en aperçut, il lui dit en le grondant : « Alors que je t’enseigne le pur jade précieux, tu n’écoutes pas et à la place tu vas chercher la vieille terre. Quel enseignement comptes-tu tirer d’elle ? »
Wang avait tout de même étudié ainsi deux aspects de l’école. Et pour approfondir encore il ne lui restait plus qu’à étudier la véritable moelle du xinyiquan (xinyimen, boxe du cœur-esprit), troisième aspect de l’école. Il fut le seul à entreprendre ce travail de retour à la source.
A Baoding en 1898, le directeur de la compagnie d’escorte locale (milice privée), qui était un ancien élève de Guo yunshen, commençait à avoir des ennuis car la réputation de sa compagnie était en baisse. Il demanda alors à son ancien maître de lui accorder une grande faveur : Il fallait lui déléguer quelqu’un afin d’enseigner à sa milice. Si on apprenait que le grand Guo yunshen avait envoyé un instructeur, sa réputation serait rapidement rehaussée. Guo, en raison de son vieil âge refusa d’y aller, mais son ancien élève insistant lourdement, Il envoya finalement Wang avec une lettre d’introduction en poche sur la route de Baoding. Le directeur de la compagnie refuserait probablement en voyant le jeune âge de xiangzhai.
Lorsque Wang arriva, il entra dans la cour où étaient alignées de nombreuses armes sur des râteliers. Il sortit alors une perche afin de la soupeser. Un employé qui l'avait vu partit rapidement en informer son patron. Celui-ci avait toujours été très à cheval sur le réglement, et si quelqu’un pénétrait à l’intérieur de sa maison et touchait une de ses armes, c’est que cette personne venait sûrement le provoquer en duel. Il alla donc à la rencontre de Wang et, alors qu’il s’apprêtait à frapper le poignet du jeune homme tout en vociférant : « Les enfants n’ont pas le droit de toucher !», le jeune xiangzhai, surpris, bougea imperceptiblement son bras, ce qui projeta le directeur à plusieurs mètres. Lorsque celui-ci s’écroula au sol, il dit, effrayé, : « Très bon, très bon ! Ca, c’est le véritable gongfu qu’enseigne mon professeur. », « Jeune maître apprenti, vous pouvez baisser votre garde. Restez ici et enseignez nous ! ».
Après cette frayeur, le directeur de la compagnie d’escorte su que Wang avait un niveau hors du commun et, considérant que c’était la raison pour laquelle Guo l’avait envoyé, il changea donc son avis en l’invitant à rester. C’est à partir de cet épisode de sa vie que Wang xiangzhai va véritablement se constituer une renommée.
De retour chez lui, xiangzhai fit part de cet événement à son maître. Guo inclina sa tête, tout en grattant sa barbe, un sourire aux lèvres et dit : « Ils n’ont pas pratiqués zhanzhuanggong, comment espèrent-ils acquérir une telle force ? ».
A la fin de sa vie, Wang xiangzhai disait souvent à ses disciples : « A partir de ce moment seulement, j’ai réalisé à quel point mon travail avait été bénéfique, j’ai compris la force interne que produisait zhanzhuanggong. ».
C’est l’année des 18 ans de xiangzhai que son maître quittait le monde des vivants (Selon d'autres sources, Guo yunshen serait mort en 1898, soit l'année des 13 ans du jeune xianzhai). Après cet événement, le jeune Wang s’entraîna encore plus assidûment. Tous les matin, il se levait aux aurores, emmenait avec lui de l’eau et des céréales, puis allait s’entraîner dans les bois en dehors du village. Il n’en revenait qu’à la tombée de la nuit.
Apres quelques années à ce rythme, son niveau progressa encore énormément.
1907, Wang xiangzhai a 22 ans. Il vit à la capitale (qui était Beijing à cette époque), où il s’est engagé dans l’armée. D’abord simple soldat, il a, parmi ses corvées, le transport de l’eau, du bois de chauffage ainsi que certains petits travaux de bricolage. Parce qu’il est jeune et de bonne compagnie, Wang est très apprécié des autres soldats, avec qui il partage souvent les temps de repos en se faisant des plaisanteries.
Un jour, alors que Wang transporte de l’eau à l’aide d’une perche, un soldat vient tenter de lui faire un croche pied par derrière pour plaisanter. La scène se déroula en fait ainsi : Wang continua à marcher droit devant lui à la même vitesse et pas même une goutte d’eau ne tomba de ses seaux. En revanche, le soldat se retrouva à terre, les yeux écarquillés et une foule de militaire se rassembla autour de lui, stupéfaits.
Parmi les officiers qui assistèrent à cette scène, l’un convoqua xiangzhai pour le questionner. Wang répondit qu’il avait étudié la boxe depuis son enfance avec Guo yunshen, ce qui provoqua l’admiration de cette personne.
Il promit d’ailleurs sa fille Wu suzhen à Wang en mariage. Cette personne, qui avait passé avec succès les examens d’officier militaire était un descendant du célèbre général Wu sangui (célèbre pour avoir resisté à l'invasion mandchous).
Après son mariage, Wang xiangzhai s’adonna à la lecture, à la calligraphie et à la poésie. C’est la raison pour laquelle, bien que n’ayant pas étudié ou appris à lire dans son enfance, il fut, plus tard, remarquablement cultivé.
Sa femme, Wu suzhen aimait également l’art martial et était très forte pour le Xingyiquan. L’épouse du défunt Guo yunshen dit à son propos : « suzhen a très bien appris avec nibao (xiangzhai), en effet, de vous tous (disciples de Guo) c’est son gongfu qui ressemble le plus à celui de votre maître. » De leur union naquirent la fille aînée de Wang xiangzhai (Wang yuzhen), sa deuxième fille (Wang yufang) ainsi que son premier fils (daozhuang).

Xi quan yi de (les bénéfices de l'étude de la boxe),
calligraphié et signé par Wang xiangzhai
A Linqing, dans la province du Shandong, il y avait un maître de l’art martial nommé Zhou ziyan. Autrefois, sa famille était une des grandes familles de la préfecture de Linqing. Etant fou de l’art martial depuis son enfance, il avait dilapidé la fortune de sa famille dans l’étude de la boxe. Il admirait Wang et sa réputation et vint à Beijing (Pékin) spécialement pour l’affronter. Après un premier voyage à la capitale, il fut défait et repartit immédiatement. L’année suivante, il fut à nouveau vaincu ; la troisième fois, il supplia humblement Wang xiangzhai de le prendre pour élève. Zhou s’adressa alors à lui en ces termes : « Je souhaite devenir votre élève, car même celui qui sait a d’abord étudié. »
Cette anecdote est connue dans le milieu de la boxe chinoise sous le nom de « Zhou ziyan entre dans la famille de Wang après trois défaites. » Il fut un des tout premiers élèves de Wang xiangzhai à Beijing.
A suivre...