mardi 11 mars 2008

Les origines du Yiquan et du Dachengquan

D’ou vient le Yiquan ?
Si l’on s’en tient aux différentes biographies de Wang xiangzhai, on apprend que son niveau exceptionnel lui venait de son apprentissage auprès de Guo yunshen, maître du Xingyiquan mais également des diverses rencontres qu’il avait faites lors de son voyage d’approfondissement. Les trois maîtres qu’il tenait le plus en respect étaient Xie tiefu, Fang yizhuang ainsi que Wu yihui (en plus de son premier maître).
Xie tiefu était réputé pour son niveau de compréhension exceptionnel, qu’il avait acquis par la pratique de nombreux styles (Wudang et Xinyimen), Wang xiangzhai resta à ses côtés pendant plusieurs années.
Fang yizhuang était expert du Xinyimen ainsi que de nombreux courants de Shaolin du sud, il était particulièrement réputé pour le Hequan (boxe de la grue).
Wu yihui était, quant à lui, réputé pour son liuhebafa mais avait étudié depuis son enfance la plupart des grandes écoles. Sa renommée lui venait de son haut niveau de connaissance.
Il semblerait que Wang xiangzhai, lors de son voyage d’approfondissement, ait cherché à rencontrer des experts de Xinyiliuhequan. Le trajet de ce voyage ressemble à un retour aux sources du Xingyiquan : Le Bonze Henglin était réputé pour son Xinyiba de shaolin, Xie tiefu ainsi que Fang yizhuang et Huang muqiao étaient tous expert en Xinyiliuhequan…
Cependant, la pratique du Zhanzhuang constitue le pilier de l’enseignement du Yiquan. Or, Wang xiangzhai l’avait essentiellement appris auprès de son premier maître.

Wang xiangzhai, successeur de Guo yunshen ?

Selon les sources , les opinions sur la descendance de Wang xiangzhai divergent.
De nombreux historiens des arts martiaux contestent le fait que Wang soit considéré comme le successeur de Guo yunshen et vont même jusqu’à douter du fait qu’il ait pu être un de ses élèves.
En effet, Guo yunshen serait mort en 1898 et, à cette époque, Wang n’avait que 13 ans. En revanche, il aurait continué à s’entrainer dans l’école de Guo jusqu’à l’age de 18 ans…
Il est peu probable qu’un enfant de 13 ans puisse hériter de la succession d’un des plus grands expert de l’époque. Cependant, Wang xiangzhai n’avait appris que la pratique du Zhanzhuang sous la direction de Guo yunshen. A cette époque, celui-ci était vieux et infirme et avait beaucoup de mal à se déplacer. Sentant sa mort proche, son enseignement fut très différent de celui que reçurent ses premiers disciples. De plus, il est intéressant de prendre en compte le fait qu’un corps jeune s’ouvre plus facilement aux subtilités de l’énergie interne (neiqi), car les aléas de la vie créent des blocages et des nœuds musculaires qu’un enfant ignore : L’énergie du ciel postérieur (houtianqi) n’a pas encore totalement chassé celle du ciel antérieur (xiantianqi) propre aux nourrissons. Guo yunshen aurait obligé Wang à rester immobile des heures durant.




La stèle du tombeau de Guo yunshen


La plaque commémorative ornant la tombe de Guo aurait été fait graver par Wang xiangzhai, son ancien disciple, après que celui-ci ait effectué son voyage d’approfondissement. Sur celle-ci il n’est fait mention que du Yiquan sans parler du Xingyiquan. Cette plaque désigne Guo yunshen comme un grand maître de l’art de la boxe, qui avait hérité de la transmission du Yiquan.
Quant à la question de succession de l’école de Guo yunshen, il est à prendre en compte le fait que Wang xiangzhai ne s’est jamais présenté comme étant l’héritier de cette école. Il affirma seulement avoir reçu l’enseignement de Guo yunshen dans son enfance. Et que celui-ci l’avait profondément marqué. Il est, d’ailleurs, assez rare dans l’histoire de l’art martial chinois qu’un successeur unique soit désigné par son maître avant sa mort. Souvent, le maître laisse entendre sa préférence pour un disciple mais les « documents officiels » de type « Menkyo », comme on les trouve dans les écoles japonaises, n’existent pas en Chine.

Histoire ou mythe ?


On ne peut chercher à savoir d’où vient le Yiquan sans prendre en compte les explications de Wang xiangzhai en personne. Dans son ouvrage « Véritables principes du Yiquan » (Yiquan zhenggui), il explique les racines de la boxe qu’il pratique en ces termes : « Damo (bodhidharma) est venu à l’est, puis il a commencé à prendre des disciples et à leur enseigner comment exercer leur corps ainsi que l’observation de la nature et des animaux. Il mit finalement au point la méthode de « purifier la moelle et transformer les muscles en tendons » (xisuiyijinfa), qui fut à l’origine du Xinyiquan également appelé Yiquan. »

La boxe qu’enseignait Wang xiangzhai à l’époque était donc le Xinyiquan. D’ailleurs tous ses disciples reconnaissent que son enseignement fut très différent dans les années 1920, période à laquelle il écrivit ce premier ouvrage, par rapport à celui qu’il propagea vers la fin de sa vie.

Il existe un texte ancien (environ 1750) relatant déjà l’existence d’une école nommée Yiquan : Dans la « préface à la boxe des six harmonies » (Liuhequanxu), on peut lire : « Yuefei…lorsqu’il était enfant, apprit l’art martial d’un maître qui avait de très grandes connaissances et devint expert dans le maniement de la lance. Il créa une méthode de boxe qu’il nomma Yiquan et l’enseigna à ses officiers. Cette méthode merveilleuse et ingénieuse était sans précédents. Après sa mort, durant les dynasties Jin, Yuan et Qing, cet art fut rarement vue. Le maître Ji, appelé Ji jike et également connu sous le nom de Ji longfeng, partit dans les montagnes de Zhongnan pour y rencontrer des enseignants érudits. C’est là qu’il reçut le manuel de boxe du roi Wumu (Yuefei) ».

Il existe une autre histoire, qui raconte que Dai longbang aurait eu un second maître du nom de Niu xixian. Celui descendrait de Niu gao, qui fut un officier de Yuefei et qui lui aurait transmit la boxe Yiquan dont parle le Liuhequanxu !

Cette boxe mythique de Yuefei, les maîtres du Xingyi et du Xinyiliuhe en parle depuis des générations. Cao jiwu aurait déjà légué à la postérité un texte appelé « le résumé sur les dix principes du Yiquan »(Yiquan shifa zhaiyao). Dans ce texte, il parle des trois sections, des quatre extrémités, des cinq formes…et attribue la création de cette école à Yuefei.
Ma xueli laissa également un texte y faisant référence. Dans son « Prologue sur l’origine du Yiquan »(Yiquan yuanxu), il cite également Yuefei comme créateur du Yiquan et parle essentiellement des six harmonies (Liuhe).
Le plus récent texte faisant référence au Yiquan qui ne soit pas de Wang xiangzhai fut écrit par Li cunyi. Celui-ci avait étudié sous la direction de Liu qilan et de Guoyunshen. Dans « L’essentiel sur les Cinq éléments dans la boxe Yiquan de Yue »(Yueming Yiquan wuxing qingyi), Li cunyi ne parle pourtant que de Xingyiquan.

Ainsi, la légende du Yiquan de Yuefei a été transmise de générations en générations. Les principes qui régissent cette forme de boxe auraient été diffusés essentiellement de manière orale et l’application de ces principes au sein de l’école Xinyi ou Xingyi regrouperait ces deux écoles en une seule. Les différences techniques entre ces deux boxes pourraient être attribué à Li luoneng. Cet expert aurait adapté la boxe Xinyi à sa façon, peut être parce qu’il n’avait pas étudié l’intégralité de l’école ou peut être pour la simplifier ou encore peut être par soucis de cacher la forme au grand publique. Cette dernière hypothèse semble la plus probable étant donné que Li luoneng acceptait des élèves de tout horizons, chose rare à cette époque ou les maîtres n’enseignaient qu’à des membres de leur famille ou proches.




Représentation du général Yue fei




Guo yunshen fut le disciple de Li luoneng et hérita de ses son art. L’enseignement de Guo fut très différent selon les différentes périodes de sa vie et le jeune xiangzhai fut un de ses derniers disciple. On peut donc supposer que, sentant ses derniers jours proches, il soit allé à l’essentiel pour former son élève, d’un point de vue technique. Mais le fait que le maître et l’élève aient vécu ensemble pendant plusieurs années laisse également entendre que Wang xiangzhai fut instruit sur les origines de l’école.


Naissance du Dachengquan

Dans les années 20, Wang xiangzhai avait commencé par enseigner le Xinyi par les principes et non par la forme. Il utilisa alors les théories anciennes que personne ne savait expliquer car perdue ou "gardée secrète", les "3 poings antiques" (lao sanquan), les énergies du tigre et du dragon "long hu erqi"... Il prônait un entraînement tourné vers l’acquisition de la véritable force interne en abolissant les tao et les méthodes préétablies.

La majeure partie de cet enseignement reposait déjà sur la pratique des postures statiques (zhanzhuang), qu'il "revela" au grand publique et dont les noms évoquaient des principes anciens et légendaires (ziwu, fuhu, duli...). Il nomma alors son enseignement Yiquan, en référence aux origines de son école.



Wang xiangzhai, se reposant après une leçon



Mais l'école de Wang xiangzhai pris véritablement son essor dans les années 30. Il se détacha alors complètement de "sa filiation" car son nom était devenu réputé dans tous le pays, au même titre que celui de son maître. Son enseignement, toujours basé sur le zhanzhuang, fut librement teinté des rencontres qu'il avait faites avec de grands maîtres et experts de différentes écoles. Ses premiers grands disciples arrivèrent à cette époque : Gao zhendong, Zhao daoxin, Zhang entong, les frères Han (xingqiao et xingyuan) - Toutes ces personnes avaient participé aux championnats de Chine de boxe - , ainsi que le double champion de shuaijiao (lutte chinoise) Bu enfu, vont tous devenir disciples de Wang.




Bu enfu, champion de Chine de shuai jiao, enseignant la boxe



Les frères Han, passeront par l’intermédiaire de leur père Hanyou pour être présentés au maître, monsieur Hanyou étant un élève de Li cunyi (disciple de Liu qilan), il était donc de la même ligné que Wang.
A partir de cette période, il distingua Zhao daoxin et You pengxi pour enseigner à sa place lorsqu’il partait en voyage. Ceux ci agissant sous son autorité pour transmettre l’art.
A cette époque, Han xingqiao, Zhao daoxin, Zhang changxin et Gao zhendong sont appelés « Les quatre grands disciples de fer ».
Zhang changxin remporta les championnats de boxe de Shanghai, qui étaient ouverts au public.
Zhao daoxin, de son côté, arriva à la troisième place aux championnats de Chine de wushu en combat (sanshou)...




Zhao daoxin dans les années 30


En 1937, Hong lianshun ainsi que tous ses élèves rejoignirent l'école de Wang xiangzhai...



Hong lianshun



En 1939, le maître enseignait dans un parc des ruelles de jingyu (jingyu hutong), dans le quartier dongcheng de Pékin. Mais les étudiants de la classe de combat étaient devenus trop nombreux et le cour fut déplacé jusqu’aux ruelles de dayang yiping dans le quartier de dongdan. Plus tard, il sera encore déplacé aux ruelles de gongxian à dongsi.
Wang était alors devenu le véritable porte-parole de l’art martial chinois et il fit paraître dans le journal quotidien de l’époque une déclaration publique : "Il serait très honoré de recevoir dans sa maison de gongxian, toutes les personnalités de la boxe chinoise qui souhaiteraient lui proposer leur point de vue et leurs conseils afin qu’ils puissent faire avancer conjointement le développement de l’art chinois du combat."

Des personnalités de nombreuses écoles et de nombreux styles réputés se déplacèrent alors pour lui rendre visite.
Zhou ziyan, Hong lianshun, Han xingqiao ainsi que Yao zongxun étaient, tous les quatre, spécialement désignés pour relever les défis, au cas ou l’un des visiteurs aurait voulu combattre.
Dans ce cas, l’invité devait d’abord battre un de ces disciples pour pouvoir affronter Wang.

Yao zongxun, dans ses jeunes années


C'est à ce moment que l'école de Wang xiangzhai fut désigné comme une nouvelle école de boxe ayant vu le jour à Beijing. En effet, monsieur Zhang yuheng l’avait nommé dachengquan, le sens étant : La boxe qui fait la synthèse de l’art martial chinois.
Wang xiangzhai fut dans une position où il lui était difficile de refuser cette appellation. Le nom de dachengquan est donc parvenu jusqu’à nos jours indépendemment de sa volonté et ne fut pas de son initiative.

Il disait souvent : « L’étude de la boxe n’a pas de limite, comment put-elle avoir un accomplissement suprême ? » (Aboutissement, grand accomplissement étant, par ailleurs, un autre sens du mot dacheng).
Dans le manuscrit qui est à l’origine du « Traité du dachengquan » (dachengquanlun), il y avait un passage qui définissait l’art ainsi : « Plongeant ses racines dans le passé mais sans origine précise. »

Dans son livre « Points essentiels de la voie de la boxe », qu’il avait écrit bien avant, il dit dans sa première phrase : « Les racines de la boxe qui se trouvent dans nos cœurs ont pour nom grand accomplissement. »

Cette phrase est, en quelque sorte, l’origine du dachengquan, que certains appellent à nouveau yiquan depuis les années 80...