mardi 4 mars 2008

L'enseignement de Guo yunshen

L’enseignement théorique de Guo yunshen reposait sur les « trois vérités » (san li), les « trois capacités » (san gong) et les « trois méthodes » (san fa) ainsi que sur la notion de simple et double appui lors de la pratique de la posture Santishi.

Posture santishi


Les « trois vérités » représentent trois étapes d’un même principe :

Entraîner l’essence (le Jing) pour la transformer en souffle vital (Qi), entraîner le souffle vital pour le transformer en énergie spirituelle (Shen) et entraîner cette énergie spirituelle pour la ramener au vide (Xu).

Les « trois capacités », sont trois niveau de Gongfu (maîtrise) :

1 - Transformer les os (Yi gu) afin de rendre la structure corporelle plus solide : Rendre les os solides comme le fer ou la pierre pour que le corps soit lourd et inébranlable comme le mont Taishan.

2 – Transformer les tendons (Yi jing) en les étirant, suivant le précepte « d’avoir des muscle long pour développer plus de force ». Cette transformation doit rendre les muscles « long et élastique ».

3 – Nettoyer la moelle (Xi sui) consiste en « clarifier l’intérieur (l’esprit) pour le rendre vide ». Il s’agit d’harmoniser l’esprit et d’apprendre à se servir de l’intention (Yi ) pour accéder à l’énergie spirituelle (Shen).

Han xingqiao, disciple de Wang xiangzhai, en posture chengbao




Les « trois méthodes » sont trois méthodes d’entraînement. On entraîne trois énergies distinctes (trois jing).

1 - L’énergie de compréhension (Ming jing) correspond à l’énergie dure, c’est l’étape de « transformation des os » et du passage de l’essence au souffle vital. A ce stade, le Qi du ciel postérieur (houtian qi) prend le dessus sur le Qi du ciel antérieur (xiantian qi ). (Le souffle du ciel antérieur étant celui qui anime tout être humain à sa naissance. A partir de cette naissance, le souffle du ciel postérieur prend le dessus et l’homme va en se raidissant et durcissant jusqu’à sa mort.)
Historiquement, les techniques de « retour au souffle du ciel antérieur » ont été élaboré par Damo. Celui ci avait créé la méthode de « transformation des tendons et de purification de la moelle » (Yi jing xi sui fa) dont le but était de renforcer le corps en lui rendant l’aspect et le mode de fonctionnement qu’il avait à sa naissance. Pendant la dynastie des Song, Yue wumu (Yue fei) développa cette méthode pour l’utiliser sur le plan martial en y ajoutant la transformation des os (Yi gu).

2 – L’énergie dissimulée (An jing) correspond à l’énergie souple. C’est l’étape « d’entraîner le Qi pour le transformer en Shen » et c’est également l’étape de « transformation des tendons ». On peut dire qu’à ce stade, on active « la grande circulation céleste » par opposition au stade précédent ou on démarre la « petite circulation céleste ». Ce stade d’entraînement passe par l’unification du haut et du bas du corps, des pieds et des mains.

3 – L’énergie de changement (Hua jing) correspond au « retour du Shen au vide » ainsi qu’à l’étape de « purification de la moelle ». On parvient à cette étape en allant à l’extrême limite de la souplesse .Le canon de la boxe (Quanjing) dit de cette étape : « La boxe sans boxe, l’intention sans intention ; sans intention on parvient à la véritable intention » .

Les notions de simple et double appui (Danzhong, Shuangzhong) dans la pratique de la posture des trois ensembles (Santishi) :

Guo yunshen disait : « Le Xingyiquan commence par la pratique de la posture Santishi, les pieds doivent être en simple appui, ils ne doivent en aucun cas être en double appui. » Une posture en simple appui implique qu’un pied soit toujours vide et l’autre plein. Donc, pour la posture Santishi, le poids doit reposer sur la jambe arrière, qui est la « jambe pleine ». De cette façon, la possibilité d’être mobile et « vivant » est toujours conservée. Autrement, l’ensemble du corps en déplacement est plus dur que souple et les changements sont difficilement possible.



La pratique du tuishou en déplacement permet de s'exercer à conserver une posture en simple appui tout en controlant la force adverse


L’ensemble de ce texte soulige les points importants enseignés par le maître Guo yunshen. On y retrouve bien les grands principes développés plus tard par Wang xiangzhai dans son enseignement personnel ainsi que quelques points historiques cités dans ses divers ouvrages, à savoir :


1 – Unification du corps couplée au travail de l’intention.
2 – Recherche de l’intention sans intention (retour de l’intention au vide).
3 - Notions de simples et double appui dans la posture.
4 – Origine du Yiquan / Xinyiquan / Xingyiquan attribuée aux pratiques de Damo et Yuefei.



Les informations contenu dans la première partie de ce texte sont issu des enseignements oraux de monsieur Chen yuncong (93 ans), de monsieur Zhu fengli (78 ans) et de monsieur Wu yonglin, tous trois issus de la filiation du grand maître Gui ting. Monsieur Gui ting, transmetteur de l’enseignement du grand maître Guo yunshen (1855 – 1932), a donné à ses disciples des informations très précises sur la théorie du Xingyiquan.

Yiquan et méditation

Le Dachengquan n’est pas une simple méthode de boxe, son entraînement prend appui sur des pratiques spirituelles.


Wang xuanjie l’expliquait d’ailleurs en ces termes : « Chan quan bu er » : La méditation et la boxe sont une seule et même chose !


Wang xuanjie, en posture jijizhuang

Dans son ouvrage « Dachengquan shiyong xueshuo » (Théorie pragmatique du Dachengquan), Mi jingke (disciple de Wang xiangzhai) donne quelques indications sur l’utilisation de l’esprit et de l’intention lors des postures :

« Que l’on pratique avec les yeux ouverts ou fermés, il faut impérativement « concentrer son esprit et fixer son intention », c’est là l’unique condition à laquelle ce travail portera des fruits.


Wang xiangzhai, dans son « Traité du Dachengquan » (Dachengquanlun) dit à propos de la force :

« Tout ce que j’ai appris en une quarantaine d’années de pratique tend vers l’idée que les différentes formes de force proviennent toutes de l’extension du « chaos primordial » (Hunyuan) couplé à la façon de nourrir le principe vital par la méthode de l’oublie de soi, et ne peuvent être obtenues qu’ainsi. »

Si, lors de la pratique des différentes postures de Zhanzhuang, on n’atteint pas la quiétude (jing) par la concentration de l’esprit (méditation), si l’on n’arrive pas au stade de « l’oublie de soi », est il vraiment possible de se libérer de ses réflexes conditionnés ?
C’est la raison pour laquelle certaines personnes ne parviennent pas à développer la moindre force par leur entraînement. La clé est de concentrer son esprit et fixer son intention, c’est l’étape la plus importante dans la base de l’entraînement… »

« …Il faut s’entraîner en fixant son regard au loin, sur l’horizon, jusqu’au moment ou l’on arrive à « regarder sans voir ». A ce moment on comprendra que plus aucune méthode n’est nécessaire, qu’il suffit de concentrer son esprit. »





Mi jingke, en méditation assise


Mi jingke, dans un autre article, parle de l’influence du Bouddhisme Chan dans le Dachengquan. Elle y évoque, alors, la « contemplation avec le corps uni » (zhengti guan) qui doit être pratiquée jusqu’au stade de l’oublie de soi…