lundi 3 mars 2008

Yanshengzhuang, l'arbre pour le bien être

Wang xiangzhai :

« Au moment de l’entraînement, d’abord chasser tous ses soucis puis chercher un endroit convenable. Calmer l’esprit et arrêter toutes pensées, se tenir debout calmement, le corps droit, les deux pieds séparés de la largeur des épaules, toutes articulations légèrement fléchies. L’intérieur est éveillé mais l’extérieur est vide. Lever très lentement les deux bras sans dépasser les sourcils mais sans être plus bas que le nombril. Les bras décrivent un demi-cercle et les aisselles sont libres. Les deux bras se retrouvant dans une attitude de tirer à soi sans être trop près du corps et, à la fois, poussent vers l’extérieur sans dépasser une once d’excès.
Les bras vont, ensuite, rester dans cette sphère de force et changent sans arrêt le mouvement, alternant entre tirer et pousser.
Ne pas être tatillon sur la posture, à savoir si elle est bonne ou non, simple ou compliquée. Vérifier constamment que l’on ressent la force à l’intérieur et à l’extérieur du corps. Surveiller que la posture ne devienne quand même pas banale, mais sans qu’elle n’ait un caractère extraordinaire. Faire attention à ce que la tête soit comme suspendue à un fil, à ce que tout le corps soit plongé dans une boue épaisse dont l’effet serait de mêler les forces de tension et de relaxation. Regarder attentivement droit devant soi. Au fur et à mesure des jours et des mois qui défilent, le niveau progresse. »


Mi jingke, disciple de Wang xiangzhai, à l'age de 95 ans.



La relaxation

Pour obtenir de véritable résultats dans la pratique du zhanzhuang, et cela est également valable pour l’art martial, un relâchement correcte du corps est nécessaire.
C’est une des grandes conditions pour une amélioration de l’état du pratiquant, lorsque l’aspect santé est recherché.
Wang Xiangzhai nous en livre les grandes lignes :


« Le travail de la relaxation dans le Zhanzhuang peut être fait selon diverses méthodes.
En voici quelques unes :

- Sourire sans vraiment sourire, uriner sans vraiment uriner.
Cette méthode permet de relâcher, de détendre tout le corps.

- Relâcher mentalement depuis le sommet de la tête jusqu’en bas du corps.
Tête, nuque, épaules, bras, poignets, mains, dos puis ventre, hanches, jambes et pieds.
Tout cela doit être fait en un enchaînement continu.
Pour éviter les disharmonies dans le relâchement, il est nécessaire de débuter par une méthode détaillée et précise. Après l’avoir pratiqué suffisamment longtemps, il sera possible d’utiliser avec efficacité les méthodes décrites précédemment.





Zhang changxin, disciple de Wang xiangzhai, dans la posture "envelopper-porter" (chengbao zhuang)




Méthode détaillée de relaxation :

Commencer par la partie arrière de la tête et la nuque puis les épaules, l’arrière des bras, les mains (s’il est trop difficile de porter son attention sur les deux bras à la fois, on s’efforcera de les relâcher l’un après l’autre). Passer ensuite au dos en commençant par les omoplates puis la partie lombaire, les hanches, l’arrière des cuisses, les mollets, les plantes de pieds.
Refaire cet enchaînement trois à cinq fois puis passer à la suite.
Partir de la tête (sommet), les yeux, les pommettes, la bouche, le cou, les épaules et recommencer plusieurs fois cet enchaînement en s’arrêtant aux épaules. Continuer avec les épaules, le devant des bras, les poignets, les mains, la poitrine, le ventre, le devant des deux jambes, le dessus des deux pieds, les plantes des pieds.
Recommencer trois à cinq fois, puis vérifier à nouveau certaines parties du corps en fonction de vos sensations (haut-bas ou bien droite-gauche).
Ce genre d’exercice de relaxation peut être considéré comme la base des exercices du Yi lors du zhanzhuang.
Pour toutes les personnes pratiquants le zhanzhuang et quel que soit le trouble de santé s’il y en a un, il est nécessaire de commencer par étudier la relaxation correcte.
C’est seulement après que l’on pourra étudier toutes les autres intentions. »


Les intentions

Il existe de nombreuse intentions différentes et applicables à la pratique du yanshengzhuang, le principes de base étant de rechercher le bien être et la relaxation.

En voici quelques unes des plus courantes:

- Ecouter au loin : Commencez par écouter ce qui se trouve tout près. Puis écoutez de plus en plus loin au fur et à mesure de l’entraînement, jusqu’à ce que vous arriviez à écouter des sons subtils venants de très loin. Il faut écouter avec attention sans pour autant se fixer sur un son en particulier.

- La cascade : Imaginez que vous êtes sous une cascade d’eau dont la température est agréable. Sentez l’eau qui s’écoule de votre tête à vos pieds. Vous pouvez également écouter attentivement le bruit imaginaire de l’eau qui coule à vos pieds.

- Le bas du corps immergé : Imaginez que la partie inférieure de votre corps se trouve immergée dans de l’eau à température agréable. Concentrez vous sur vos sensations.

- Les racines qui poussent : Imaginez que vous êtes un pin centenaire, que vos deux pieds s’enfoncent dans le sol comme des racines profondes. Aucune tempête ne vous déracinera.


Mise en pratique du yanshengzhuang

Selon Wang xiangzhai :
« Il y a trois étapes dans la pratique du zhanzhuang pour la santé :

Première étape
On commence par la pratique des postures les plus simples (postures avec bras en position basse). Il est important de bien se concentrer sur la relaxation. Faire attention à être « décontracté mais pas mou, ferme mais pas tendu. ».
Le travail du Yi est essentiellement axé sur la relaxation, par exemple : la cascade d’eau chaude. On peut s’entraîner jusqu’à trente minutes mais il ne faut pas forcer.
Peut être qu’à ce niveau de pratique, des sensations comme des douleurs aux épaules et aux genoux ou bien certaines courbatures peuvent survenir. Il faut, malgré cela, éviter de perdre confiance et persister à pratiquer. Certaines sensations agréables peuvent également survenir : des sensations de joie, d’avoir l’esprit posé ou bien une augmentation de l’appétit…
Cette étape dure à peu près trois mois.

Deuxième étape
Lorsque toutes les petites sensations désagréables ont disparu, lorsqu’il n’y a plus que des réactions positives, une sensation de force tranquille et agréable se manifeste. Après avoir pratiqué les exercices basiques du Yi, on peut commencer à lâcher prise et à ressentir les mouvements subtils qui se manifestent à l’intérieur de notre corps.
Les troubles de santé commence alors à s’améliorer. La confiance en soi se développe, provoquant des changements positifs sur l’esprit. A ce moment, des postures plus complexes comme « supporter les nuages » ou « séparer les eaux » peuvent être abordées.
On peut alors pratiquer deux, trois postures pendant une séance et varier avec trois postures supplémentaires.
Cette étape dure environ six mois.

Troisième étape
C’est l’étape ou l’on oriente sa pratique en fonction de ses trouble de santé.
Les postures sont à pratiquer ainsi :
- Maladies neurologiques : posture dite « porter-soulever », ainsi que les postures en position couché.
- Hypertension artérielle : « porter-soulever », « tenir un arbre », « appuyer en position assise ».
- Maladies cardiaques : « s’appuyer contre un arbre », « les mains qui flottent sur l’eau ».
- Maladies hépatiques : « tenir son ventre », « le chaos primordial ».
- Maladies pulmonaires : « porter-soulever », « soutenir les nuages ».
- Maladies rénales : « tenir son ventre », « soutenir, bras en cercle », « séparer les eaux ».
- Maladies digestives : « tenir son ventre », « appuyer en position assise ».
- Hémiplégie : « appuyer en position assise », « les mains qui flottent sur l’eau », « porter-soulever ».
- Rhumatismes articulaires : « Les mains qui flottent sur l’eau », « séparer les eaux ».



Han xingyuan, disciple de Wang xiangzhai, dans diverses postures de zhanzhuang.

Dancaoshou, les techniques du Yiquan
















































































Photos : combinaison pizhang/zuanquan


DAN : Simple, unique.
CAO : exercer, pratiquer.
SHOU : la / les mains.


Les techniques du Yiquan sont issues de la très grande expérience en combat du maître Wang Xiangzhai. Ces techniques, élaboré par le fondateur du Yiquan sur la base de différentes écoles de boxe, furent retenues pour leur simplicité et leur efficacité réelle.
Wang Xiangzhai nous en fait ainsi l’introduction :

« Depuis la naissance du Dachengquan, j'ai imaginé et inventé certaines méthodes d'attaque suivant les caractéristiques de la structure physiologique humaine et suivant les principes de la bio-mécanique du sport. Après la mise en œuvre de ces méthodes, moi et mes amis auprès desquels j’ai fait mes recherches, avons remarqué que certaines étaient très efficaces alors que d'autres l’étaient moins. Nous avons donc gardé celles qui étaient applicables au combat et abandonné celles qui n’étaient pas vraiment utilisables ou moins efficaces. »
Ces techniques ont pour maître-mot la simplicité.
Pour les élaborer, le fondateur du yiquan entreprit un véritable travail de retour à la source pour de nombreuses écoles de l’art martial chinois. Ces techniques sont issues du Xinyi et Xingyiquan, du Baguazhang, du Hequan, du Taijiquan, Xiangxingquan…
Voici quelques unes des techniques Dancaoshou les plus couramment pratiquées en Yiquan :


Zhiquan - coup de poing direct
En partant de la posture de zhanzhuang « bouclier et lance », fermer les poing en « cœur de coq » (le poing est fermé et la première phalange de l’index ressort légèrement). Puis exécuter un fali vers l’avant, en transférant le poids du corps alternativement sur l’avant et sur l’arrière. Un poing frappe pendant que l’autre décrit un léger cercle vers le haut et vers l’avant devant le visage. Les deux avant-bras donnent la direction à la force et le bras arrière exécute un fali vers l’arrière pendant que l’autre sort vers l’avant. Cette technique répond au principe de « la forme courbe avec une force droite », c’est pourquoi il s’appelle zhiquan, littéralement « le coup de poing en ligne droite ». (En photo : Wang bingkui, disicple de Wang xiangzhai.)


Zuanquan - coup de poing en remontant
Un poing frappe en remontant, pendant que l’autre tire vers l’extérieur transversalement. Le bras qui tire exécute un fali vers l’arrière et le haut pendant que l’autre sort vers l’avant. Le mouvement se fait alternativement vers l’avant et vers l’arrière. Cette technique est issue du Xinyiquan.

Bengquan - coup de poing direct
Cette technique vient du Xingyiquan. Elle peut se pratiquer de deux façons : en frappe au corps, tel que pratiqué en Xingyiquan, ou en frappe au visage, qui ressemble alors plus au coup de poing du Yongchunquan (wingchun). Un bras frappe droit devant avec le poing vertical (poing lune) pendant que l’autre tire vers notre centre. Le bras qui frappe passe par dessous celui qui tire. Littéralement, Bengquan signifie « le poing qui s’étend ».

Zaiquan - coup de poing descendant
Le poing frappe en descendant de la hauteur du visage à celle du plexus pendant que l’autre main vient en parade vers l’extérieur à hauteur de poitrine. La frappe vient toucher l’adversaire au plexus, et la parade extérieure le fait « s’embrocher » sur ce coup de poing. Cette technique s’appelle également zaichui, « marteler vers le bas ».

Juanquan – coup de poing sur les cotés
La force est ronde et un bras tire pendant que l’autre frappe. La technique est proche du crochet mais développe plus l’idée d’envelopper. La frappe peut se faire avec le poing ou tout autre partie de l’avant bras. Elle vise essentiellement une cible haute (gorge, tête, sternum)

Pizhang - tranchant descendant
Les mains décrivent un peu le même mouvement que dans « la vague sur le rocher » (shili haut-bas) mais alternativement à droite et à gauche et avec le tranchant de la main dirigé vers le bas. Le mouvement d’absorption remonte le long du flanc jusque derrière la tête avec le bras bien arrondi vers l’intérieur puis se déplie et s’abat d’un coup. Ce mouvement est une variante de la technique piquan du Xingyiquan.


Yezhang - coup de paume remontant
Il s’agit d’exécuter un mouvement proche du shili « le drapeau dans le vent » mais alternativement à droite et à gauche et avec la paume légèrement incliné vers le haut. Dans un même temps, l’autre main exécute une parade vers le haut et l’extérieur. A l’origine, cette frappe doit venir toucher l’adversaire aux flancs, c’est pourquoi cette technique s’appelle Yezhang, littéralement « la paume qui frappe les aisselles ». (En photo : Yezhang par Yao zongxun)

Tazhang - coup de paume descendant
La frappe se fait avec la paume vers l’extérieur, les doigts dirigés vers le bas, le coude légèrement vers le haut. Une main frappe pendant que l’autre tire au dessus de la tête, paume vers le ciel, ou vers l’arrière, paume vers le sol. Le corps doit aller à l’opposé de la paume qui frappe (mouvement de contradiction). Cette paume tire sa puissance d’un enracinement soudain que l’on obtient en « plongeant » brusquement sa posture dans un kua (plis de l’aine). D’où le nom de cette technique qui signifie littéralement « la paume qui frappe en s’effondrant ». (En photo : Tazhang exécutée par Wang xuanjie).

Xiaozhang - tranchant horizontal
Cette technique est une frappe du tranchant sur les cotés (fali sur un coté). La frappe se fait horizontalement. La force est similaire à celle du coup de poing Juanquan, mais ici c’est la partie extérieure du bras qui frappe. Ce n’est pas seulement le tranchant de la main qui est engagé, n’importe quelle partie du bras peut toucher l’adversaire et l’autre bras vient en renfort sous le coude du premier. Le nom de cette technique veut dire littéralement « la paume qui hache ».

Shexing - pique des doigts
Cette technique vise les yeux ou la gorge de l’adversaire. La force est la même que celle utilisée pour le coup de poing direct (zhiquan). Une main pare à l’extérieur du bras de l’adversaire pendant que l’autre vient se glisser par en dessous, les doigts tendus en direction de la cible. Cette technique s’apparente à l’attaque d’un serpent qui se déploie soudainement pour mordre, d’où son nom de « forme du serpent » (shexing).

Shuang pizhang - double tranchant de paume
Cette technique est à utiliser pour déséquilibrer l’adversaire en arrière. Les deux paumes viennent crocheter en même temps ses avant-bras de façon à l’attirer brutalement à soi puis, sans perdre le contact de ses bras, la force est renvoyée en un mouvement circulaire semblable à « la vague sur le rocher ». Lors du renvoie, les avant-bras ou le dos des mains vont heurter la poitrine ou la tête de l’adversaire, de façon à l’éjecter vers l’arrière en lui faisant perdre son équilibre.

Concrètement, plusieurs de ces techniques ne diffèrent que dans la manière de toucher l’adversaire : Zhiquan et shexing sont, en fait, une seule et même technique. L’une s’exécute poing fermée et l’autre avec le bout des doigts.
De même, zuanquan et yezhang utilisent une direction de force similaire. Le fait que le premier coup se donne avec le poing lui donne plus une idée de percer, alors que la paume utilisée pour la seconde technique rend le mouvement plus rond.
Zaiquan et tazhang sont des techniques très similaires dans la direction de la frappe. Mais l’une s’exécute poing fermé et part de très haut pour s’abattre subitement, alors que tazhang est une paume qui vise une cible basse…

Wang xiangzhai a particulièrement insisté sur le fait que les techniques n’avaient pas d’intérêt à être pratiquées dans un but précis. Il était nécessaire, selon lui, que l’esprit soit suffisamment libre lors d’un combat, ce afin que le corps puisse s’exprimer sans réflexion, de manière spontanée. D’ou l’important travail sur l’intention, couplé à une mise au repos de l’esprit et à une activité corporelle globale (zhanzhuanggong) pratiqué dans le yiquan.