« Au moment de l’entraînement, d’abord chasser tous ses soucis puis chercher un endroit convenable. Calmer l’esprit et arrêter toutes pensées, se tenir debout calmement, le corps droit, les deux pieds séparés de la largeur des épaules, toutes articulations légèrement fléchies. L’intérieur est éveillé mais l’extérieur est vide. Lever très lentement les deux bras sans dépasser les sourcils mais sans être plus bas que le nombril. Les bras décrivent un demi-cercle et les aisselles sont libres. Les deux bras se retrouvant dans une attitude de tirer à soi sans être trop près du corps et, à la fois, poussent vers l’extérieur sans dépasser une once d’excès.
Les bras vont, ensuite, rester dans cette sphère de force et changent sans arrêt le mouvement, alternant entre tirer et pousser.
Ne pas être tatillon sur la posture, à savoir si elle est bonne ou non, simple ou compliquée. Vérifier constamment que l’on ressent la force à l’intérieur et à l’extérieur du corps. Surveiller que la posture ne devienne quand même pas banale, mais sans qu’elle n’ait un caractère extraordinaire. Faire attention à ce que la tête soit comme suspendue à un fil, à ce que tout le corps soit plongé dans une boue épaisse dont l’effet serait de mêler les forces de tension et de relaxation. Regarder attentivement droit devant soi. Au fur et à mesure des jours et des mois qui défilent, le niveau progresse. »
Mi jingke, disciple de Wang xiangzhai, à l'age de 95 ans.
La relaxation
Pour obtenir de véritable résultats dans la pratique du zhanzhuang, et cela est également valable pour l’art martial, un relâchement correcte du corps est nécessaire.
C’est une des grandes conditions pour une amélioration de l’état du pratiquant, lorsque l’aspect santé est recherché.
Wang Xiangzhai nous en livre les grandes lignes :
« Le travail de la relaxation dans le Zhanzhuang peut être fait selon diverses méthodes.
En voici quelques unes :
- Sourire sans vraiment sourire, uriner sans vraiment uriner.
Cette méthode permet de relâcher, de détendre tout le corps.
- Relâcher mentalement depuis le sommet de la tête jusqu’en bas du corps.
Tête, nuque, épaules, bras, poignets, mains, dos puis ventre, hanches, jambes et pieds.
Tout cela doit être fait en un enchaînement continu.
Pour éviter les disharmonies dans le relâchement, il est nécessaire de débuter par une méthode détaillée et précise. Après l’avoir pratiqué suffisamment longtemps, il sera possible d’utiliser avec efficacité les méthodes décrites précédemment.
Zhang changxin, disciple de Wang xiangzhai, dans la posture "envelopper-porter" (chengbao zhuang)
Méthode détaillée de relaxation :
Commencer par la partie arrière de la tête et la nuque puis les épaules, l’arrière des bras, les mains (s’il est trop difficile de porter son attention sur les deux bras à la fois, on s’efforcera de les relâcher l’un après l’autre). Passer ensuite au dos en commençant par les omoplates puis la partie lombaire, les hanches, l’arrière des cuisses, les mollets, les plantes de pieds.
Refaire cet enchaînement trois à cinq fois puis passer à la suite.
Partir de la tête (sommet), les yeux, les pommettes, la bouche, le cou, les épaules et recommencer plusieurs fois cet enchaînement en s’arrêtant aux épaules. Continuer avec les épaules, le devant des bras, les poignets, les mains, la poitrine, le ventre, le devant des deux jambes, le dessus des deux pieds, les plantes des pieds.
Recommencer trois à cinq fois, puis vérifier à nouveau certaines parties du corps en fonction de vos sensations (haut-bas ou bien droite-gauche).
Ce genre d’exercice de relaxation peut être considéré comme la base des exercices du Yi lors du zhanzhuang.
Pour toutes les personnes pratiquants le zhanzhuang et quel que soit le trouble de santé s’il y en a un, il est nécessaire de commencer par étudier la relaxation correcte.
C’est seulement après que l’on pourra étudier toutes les autres intentions. »
Les intentions
Il existe de nombreuse intentions différentes et applicables à la pratique du yanshengzhuang, le principes de base étant de rechercher le bien être et la relaxation.
En voici quelques unes des plus courantes:
- Ecouter au loin : Commencez par écouter ce qui se trouve tout près. Puis écoutez de plus en plus loin au fur et à mesure de l’entraînement, jusqu’à ce que vous arriviez à écouter des sons subtils venants de très loin. Il faut écouter avec attention sans pour autant se fixer sur un son en particulier.
- La cascade : Imaginez que vous êtes sous une cascade d’eau dont la température est agréable. Sentez l’eau qui s’écoule de votre tête à vos pieds. Vous pouvez également écouter attentivement le bruit imaginaire de l’eau qui coule à vos pieds.
- Le bas du corps immergé : Imaginez que la partie inférieure de votre corps se trouve immergée dans de l’eau à température agréable. Concentrez vous sur vos sensations.
- Les racines qui poussent : Imaginez que vous êtes un pin centenaire, que vos deux pieds s’enfoncent dans le sol comme des racines profondes. Aucune tempête ne vous déracinera.
Mise en pratique du yanshengzhuang
Selon Wang xiangzhai :
« Il y a trois étapes dans la pratique du zhanzhuang pour la santé :
Première étape
On commence par la pratique des postures les plus simples (postures avec bras en position basse). Il est important de bien se concentrer sur la relaxation. Faire attention à être « décontracté mais pas mou, ferme mais pas tendu. ».
Le travail du Yi est essentiellement axé sur la relaxation, par exemple : la cascade d’eau chaude. On peut s’entraîner jusqu’à trente minutes mais il ne faut pas forcer.
Peut être qu’à ce niveau de pratique, des sensations comme des douleurs aux épaules et aux genoux ou bien certaines courbatures peuvent survenir. Il faut, malgré cela, éviter de perdre confiance et persister à pratiquer. Certaines sensations agréables peuvent également survenir : des sensations de joie, d’avoir l’esprit posé ou bien une augmentation de l’appétit…
Cette étape dure à peu près trois mois.
Deuxième étape
Lorsque toutes les petites sensations désagréables ont disparu, lorsqu’il n’y a plus que des réactions positives, une sensation de force tranquille et agréable se manifeste. Après avoir pratiqué les exercices basiques du Yi, on peut commencer à lâcher prise et à ressentir les mouvements subtils qui se manifestent à l’intérieur de notre corps.
Les troubles de santé commence alors à s’améliorer. La confiance en soi se développe, provoquant des changements positifs sur l’esprit. A ce moment, des postures plus complexes comme « supporter les nuages » ou « séparer les eaux » peuvent être abordées.
On peut alors pratiquer deux, trois postures pendant une séance et varier avec trois postures supplémentaires.
Cette étape dure environ six mois.
Troisième étape
C’est l’étape ou l’on oriente sa pratique en fonction de ses trouble de santé.
Les postures sont à pratiquer ainsi :
- Maladies neurologiques : posture dite « porter-soulever », ainsi que les postures en position couché.
- Hypertension artérielle : « porter-soulever », « tenir un arbre », « appuyer en position assise ».
- Maladies cardiaques : « s’appuyer contre un arbre », « les mains qui flottent sur l’eau ».
- Maladies hépatiques : « tenir son ventre », « le chaos primordial ».
- Maladies pulmonaires : « porter-soulever », « soutenir les nuages ».
- Maladies rénales : « tenir son ventre », « soutenir, bras en cercle », « séparer les eaux ».
- Maladies digestives : « tenir son ventre », « appuyer en position assise ».
- Hémiplégie : « appuyer en position assise », « les mains qui flottent sur l’eau », « porter-soulever ».
- Rhumatismes articulaires : « Les mains qui flottent sur l’eau », « séparer les eaux ».
Han xingyuan, disciple de Wang xiangzhai, dans diverses postures de zhanzhuang.








