dimanche 8 mars 2009

L'épée chinoise (deuxième partie)

Li jinglin fut donc un des grands diffuseurs de l'épée de wudang au vingtième siècle. Le fait qu'il fut un des officiels du gouvernement à mettre en place la première académie nationale d'arts martiaux en Chine (zhongyang guoshuguan) le rendit d'autant plus célèbre et respecté.

Cette organisation vue le jour grace au travail de Zhang zhijiang qui était commandant du seigneur de la guerre Feng yuxiang. Celui-ci avait décidé, en 1927, de se rapprocher de Chang kai chek et de son partie nationaliste (Guo mingdang). Il envoya alors Zhang zhijiang à Nanjing (Nankin). Et celui-ci, passionné par l'art martial traditionnel et se liant d'amitié avec Li jinglin, arriva à convaincre Chang kai chek de l'utilité d'une telle organisation pour le nouvel état à l'avènement de son gouvernement nationaliste.





Huang yuanxiu et Chu guiting démontrant l'épée de Wudang






Cette organisation permis à plusieurs maîtres et experts de se rencontrer et d'échanger leur points de vue...

Li jinglin, de sa position de vice-président de l'association nationale des arts martiaux, forma de nombreux maîtres dont les célèbres Chu guiting et Huang yuanxiu.

Plusieurs écoles diffusent aujourd'hui cette épée de wudang comme partie intégrale de leur tradition, alors que l'association se fit dans les années 1930 ! La forme à l'épée du taijiquan de la famille Yang, par exemple, serait née du savoir faire de Yang chenfu et de l'enseignement de Li jinglin par l'intermédiaire de Fu zhensong, elle fut donc créée tardivement et ne faisait pas partie de la tradition familliale. Les formes à l'épée de la famille chen de Taiji virent le jour encore plus tardivement et furent créées par des disciples de Chen fake sur les mêmes bases.





L'enseignement de l'épée par Zheng manqing, disciple de Yang chenfu, aux USA





En outre, le zhongyang guoshuguan diffusa l'art martial traditionnel chinois et finança la publication de nombreux ouvrages comprenant, une grande nouveauté à l'époque, des photos !

Parmis les maîtres de l'époque ayant publié, Jiang rongqiao fut un des rares experts à présenter des ouvrages sur nombreuses écoles dont l'épée kunwu (kunwu jian) et l'épée qingping (qingping jian).




Jiang rongqiao dans son ouvrage "kunwu jian"





Jiang rongqiao avait, entre autre, étudié le xingyibaguazhang sous la direction de Zhang zhaodong. Il maîtisait également plusieurs écoles dont le mizongquan, le taijiquan et différentes armes...
Il s'était perfectionné à l'épée sous la direction de Li jinglin et celui-ci l'invita à l'association nationale comme directeur des programmes.





Jiang rongqiao démontrant l'épée qingping






Un autre grand maître de l'art martial épéiste au destin fabuleux et dont le nom est resté dans l'histoire est Wang ziping. Ce chinois Huimin (une éthnie musulmane) traversa toutes les périodes difficiles de l'histoire de la Chine d'une manière romanesque : Obligé de se cacher après avoir pris part à la révolte des boxers (sa tête avait été mise à prix), il finit par trouver refuge chez son ami Zhang zhijiang après diverses périgrinations, s'engageant à ses cotés en tant qu'aide de camps. Il fut ensuite nommé directeur adjoint de l'association nationale des arts martiaux de Nanjing, responsable pour la boxe shaolin, dont il maitrisait plusieurs écoles.



Après la prise de pouvoir des communiste, une position officielle lui fut proposée comme vice-président de la société nationale des arts martiaux et directeur de l'équipe nationale de démonstration.





Un film très rare d'une démonstartion de Wang ziping dans une forme d'épée à deux





Expert en Chaquan, bajiquan, piguaquan, xingyiquan, paoquan, taijiquan, hongquan, tantui, il créa sa propre école, l'épée qinglong (qinglong jian), en synthétisant plusieurs écoles chinoises avec des techniques d'escrime occidentales et japonaises.

Considéré comme un véritable héro national, Wang ziping quitta ce monde à l'age de 94 ans !



Le grand maître Wang ziping




L'escrime a probablement beaucoup influencé le développement des écoles de boxe ayant vu le jour après la chute des Ming, au 17e et 18e siècle. L'épée de wudang, par exemple, enseigne essentiellement 13 principes : fouetter (chou / 抽 ), porter (dai / 帶), soulever (ti / 提), parer (ge / 格), frapper (ji / 擊), piquer (ci / 刺), pointer (dian / 點), remonter le poignet (beng / 崩), faire des cercles (jiao / 攪), laver (xi / 洗), presser vers le bas (ya / 壓), intercepter (jie / 截), fendre vers le bas (pi / 劈).

Elle utilise également les principes du vide et du plein ainsi que les déplacements circulaires que l'on retrouve respectivement dans le taijiquan et le baguazhang.

L'historien des arts martiaux Kang gewu réfuta l'hypothétique lien entre Song weiyi et Dong haichuan dans leur apprentissage respectif. Le maître de Song weiyi n'aurait pas été un frère taoïste du maître de Dong haichuan mais Ma yuncheng. En revanche, le rapprochement entre l'école créée par Dong et l'épée pratiquée par Song pourrait être de l'ordre technique : l'art créé par Dong haichuan, aujourd'hui appelé baguazhang, pourrait être une pratique à mains nues des techniques et principes issue de l'escrime, couplés à une marche circulaire méditative taoïste...