lundi 30 mars 2009

Interview de Cui ruibin (2ème partie)


Q : Vous venez d'évoquer des différences entre l'enseignement de Li yongliang et Yao zongxun, pouvez-vous nous donner des précisions ?

CRB : Lorsque maître Yao commença à m'enseigner Chengbaozhuang (NDLR : porter - envelopper, la posture classique de l'arbre), il nota que je ne tenais pas mes mains correctement. Son enseignement était très précis, jusque dans la position exacte de chaque doigt dans la posture. Lorsque je rentrais à la maison, je pratiquais la posture aussi longtemps que je le pouvais jusqu'à ce que je trouve la sensation correcte, allant parfois jusqu'à passer des heures dans la posture. Lorsque j'avais trouvé la sensation, je l'annonçais à maître Yao et il passait alors à l'étape suivante. Apprendre de cette façon permet vraiment d'améliorer son gongfu. De nos jours, il y a beaucoup de personnes qui enseignent le yiquan mais pratiquement tous enseignent la même chose. La différence entre ce qu'enseignait maître Yao et ce qu'enseignent ces gens était dans les détails. Je pense que ces détails sont vraiment très important parceque ce sont eux qui ont une action sur les changements ayant lieu à l'intérieur du corps. Prenez l'exemple de la recherche de puissance (qiujin) : Lorsque j'étudiais avec Mr Li, on nous disait juste d'imaginer que l'on enveloppait et secouait un arbre. Avec maître Yao, en revanche, il y avait différents degrés dans cette pratique. D'abord, il fallait imaginer que l'on tirait l'arbre dans les 6 directions. Ensuite, on passait au travail de tirer l'arbre mais sans pouvoir le bouger. Encore après, lorsque l'on avait réussi à trouver ces sensations, il fallait imaginer que c'était l'arbre qui nous tirait. Et puis après, lorsque l'on se faisait tirer par l'arbre, pourquoi ne pas imaginer que l'on répondait à chaque fois en le tirant également. Plus tard, j'ai compris que cette façon d'enseigner la recherche de puissance est, en fait, une méthode pour entrainer les reflexes.





Le maître Yao zongxun en chengbaozhuang



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Q : Dans le yiquan, le zhanzhuang ne sert pas uniquement à trouver la force, il y a beaucoup d'autres choses dans cette pratique. Est-ce que toutes ces choses ont véritablement une connection avec le combat réel ?

CRB : D'après mon expérience (et d'après l'enseignement de Me Yao), les sensations et habilités que l'on developpe au travers du zhanzhuang doivent être transposés au shili et au combat réel. Prenez, par exemple, "Jingshen fangda" (étendre son esprit) : ce n'est pas bon si vous êtes capable d'avoir cette sensation dans le zhanzhuang mais pas dans les shili ou dans le combat. Le zhanzhuang, c'est essayer de controler les mouvements interieurs alors que l'extérieur est immobile. Lorsque vos membres bougent (dans le shili), êtes vous capable de maintenir ces sensations, de projeter la même force ? Et qu'en est-il de lorsque vous êtes en situation de combat réel ? Le contraire est également vrai : C'est uniquement lorsque vous pouvez maintenir ces sensations dans le combat que vous approchez des conditions de la danse "jianwu".





Le maître Yao zongxun pratiquant la danse "Jianwu"




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Q : le yiquan est un art assez orienté vers le combat, quand avez-vous eu un premier apperçu des capacités de Monsieur Yao en combat ?

CRB : Comme j'avais d'abord étudié la lutte (shuaijiao) et la boxe et que j'avais été élève de Li yongliang pendant 4 ans, j'avais de bonne bases en tuishou et en combat (sparring) avant de commencer avec maître Yao. Après avoir débuté sous sa direction, tous ce que nous pratiquions était zhanzhuang, shili et les déplacements. On ne faisait jamais de sparring, alors j'ai voulu tester maître Yao. Un jour, je suis venu chez lui avec une paire de gants de boxe. Dès qu'il les a vu, il m'a dit que si je voulais le l'attaquer, les gants n'étaient pas nécéssaire et que je pouvais y aller sans retenu. Quand il m'a dit ça, j'ai pensé : "Et si je le blesse ? Ca ne serait pas très respectueux ! " Quoi qu'il en soit, je l'ai attaqué en y mettant 80 % de ce que j'avais.

Q : Etait-ce en situation de tuishou ?

CRB : Non, j'ai pris un peu de distance, j'ai feinté 2 ou 3 fois et puis j'ai attaqué. Maître yao a utilisé sa main la plus en avant pour bloquer ma garde. Lorsque sa main fut connectée avec mon poing, j'ai soudain senti comme le ciel s'assombrir (il était 3 heure de l'après-midi à ce moment). Mon esprit s'est complètement vidé. Après un moment, le soleil est revenu. Et ce n'est que lorsque "la lumière est revenue" que j'ai réalisé qu'il m'avait frappé. C'était comme lorsque l'on appuie soudainement de toute ses forces sur les freins d'une voiture : Tout ce qu'il y a dans la voiture est projeté vers l'avant et on a comme un "voile noir".




Le maître Yao zongxun démontrant zhanzhuang, shili et mocabu






Q : Pendant la période ou vous lui rendiez visite à la campagne, avez-vous discuté avec monsieur Yao d'autres sujets que l'art martial ?

CRB : Maître Yao parlait également de sa vie et de son expérience, depuis son enfance jusqu'à ce qu'il ait été envoyé à Changping. Il parlait également de la façon dont il en était venu à apprendre le yiquan sous la direction de Wang xiangzhai. Il disait que lorsque Wang xiangzhai enseignait, il expliquait les différentes forces au sein d'une posture puis la faisait pratiquer à ses élèves sans donner trop de détails. C'était un personnage assez étrange selon ses dires : Si vous trouviez les sensations justes dans une posture, il vous réprimandait en trouvant les points sur lesquels votre posture était encore incorrecte. Si votre posture était "vide", il tournait les talons et s'en allait sans vous dire un mot ! Bien sur, ça créait des incompréhensions de la part de certains de ses élèves : Ceux qui étaient bon pensaient avoir fait quelque chose de mal et ceux qui étaient loin d'avoir les bases pensaient faire correctement l'exercice. Evidemment, ce n'était pas juste mais dans l'esprit de Wang xiangzhai, seul ceux qui montrait des signes de compréhension valaient la peine d'être réprimander !
Durant cette période, maître Yao avait pour habitude d'éviter Wang xiangzhai lorsqu'il pratiquait. Si le maître Wang était dans la cours principale, maître Yao allait dans l'arrière-cour pour pratiquer et vice-versa.




A suivre...