samedi 23 octobre 2010

L'épée et le souffle vital



L'épée a toujours été un objet de fascination, quelle que soit la culture ou la période de l'histoire à laquelle on l'attache. D'un objet pratique, tout d'abord destiné à la guerre, elle a pu évoluer au cours des différentes périodes de l'histoire vers un objet symbolique ou même sacré due, en partie, à l'incroyable complexité que constitue sa fabrication.

La forge revêt un caractère magique et les secrets de la fabrication d'une lame allaient parfois jusqu'à la lier au sang bien avant son utilisation : Certains mythes prétendent que les lames de fer brulantes étaient plongées dans des animaux sacrifiés pour les refroidir. Un rituel faisant, ainsi, naître la lame dans le sang.
Ce mythe, s'il a existé, pourrait être expliqué par un procédé chimique : En la faisant tremper dans du sang, la lame se chargerait en carbone et donnerait ainsi de l’acier...






Reproduction d'une épée de la dynastie Tang par les forges Hanwei



Sans nous égarer dans des superstitions, on peut affirmer que les confréries de forgerons ont donné naissance à plusieurs sectes et courant spirituels. L'analogie entre la fabrication des lames et le symbole de la création étant évidente : La maîtrise des nombreux éléments primaires (feu, eau, terre, bois, métal, air) nécessaire à ce procédé de fabrication avait tout un sens à des époques où la symbolique était la base des pratiques religieuses.
Ainsi, dans les différents courants alchimiques d'orient et d'extrême orient, la fabrication des métaux et leur transformation sont mis en parallèle avec un chemin spirituel bien précis.





Reportage (première partie) en anglais sur la fabrication des épées en Chine



La pratique de l'épée, quand à elle, fut la première dans l'histoire de la Chine à être exprimé à l'écrit avec un vocabulaire propre aux pratiques spirituelles :

Selon le professeur Meir Shahar, Docteur en Langues et civilisations chinoise de l'université d'Harvard, c'est l'utilisation de la symbolique de l'épée, récurante chez les Taoïstes qui pourrait être à l'origine d'une incorporation des techniques du souffle vital (Daoyin) dans l'escrime dès le premier siècle de notre ère. Celle-ci est mise en évidence par un texte datant du deuxième siècle de notre ère et intitulé "Les annales de la période printemps-automne des royaumes Wu et Yue" (Wu Yue chunqiu) dans lequel un épéiste accompli est invité par le roi de Yue à venir lui enseigner l'escrime. Les explications relatives au maniement de l'épée sont alors données par l'escrimeur en utilisant le vocabulaire propre au Daoyin :

"L'art de l'épée est extrêmement subtil et élusif. Ses principes sont particulièrement secrets et profonds. Le Dao possède ses portes d'entrée et de sortie, son yin et son yang. Ouvrez les portes d'entrée et fermez les portes de sorties, le yin décline et le yang s'élève. Lorsque l'on pratique l'art du combat face à face, il faut concentrer son esprit à l'intérieur et donner l'impression de relaxation à l'extérieur. Vous devez ressembler à une modeste femme et frapper comme un tigre féroce. Lorsque vous prenez différentes postures, régulez votre Qi en bougeant systématiquement avec l'esprit (Shen). Votre supériorité technique doit être aussi évidente que le soleil et aussi frappante qu'un lièvre en fuite. Votre adversaire doit mettre toute sa fougue à poursuivre votre forme et à prendre votre hombre en chasse, ce qui implique que votre image doit se trouver entre le rêve et la réalité. Votre respiration doit aller librement de l'intérieur à l'extérieur sans jamais n'être retenue. Que vous soyez en corps à corps avec votre adversaire dans des forces horizontales ou verticales, dans le sens ou à l'encontre du mouvement, n'attaquez jamais de face. La maîtrise de cet art doit permettre à une personne d'en affronter cent et à cent personnes d'en affronter mille. Si votre majesté veut en avoir un aperçu, je peux lui en faire une démonstration pour sa gouverne."



De nos jours, si l'épée chinoise n'a plus le caractère fabuleux et mystique qui lui était autrefois attribué - Les prêtres taoïstes prêtaient à leur lames des pouvoir magiques, les considérant comme des incarnations des dragons - On en retrouve symboliquement l'évocation dans certains gestes rituels. "L'épée magique" est un "mudra" (forme de main symbolique) encore utilisé dans certains rites taoïstes et dont la fonction est de "trancher" ou de "pointer".



Le mudra Pran, l'épée magique du taoïsme



Dans la culture indienne, que l'on retrouve dans l'hindouisme et le bouddhisme, ce mudra est appelé "Pran" et il a pour effet un équilibrage des hémisphères droite et gauche du cerveau, contribuant à un équilibre général de la personne et à une bonne santé mentale...