lundi 18 janvier 2010

Yiquan et réflexes conditionnés



Les textes "Yiquan / dachengquan duanshou shuyao" (Exposé sommaire sur la façon de contrer en yiquan / dachengquan) et "Yiquan / dachengquan shiyong zhi fangfa" (Méthode pratique du yiquan / dachengquan) tardivement publiés et attribués au maître fondateur Wang xiangzhai sont assez contesté en Chine par les différents experts de cette boxe. Même si l'authenticité de ces deux textes n'est pas véritablement reconnue par la plupart des experts et maîtres du Yiquan vivant aujourd'hui, les explications contenues dans le premier de ces deux écrits sont très intéressantes et particulièrement révélatrice d'un auteur qui maîtrisait son sujet, ainsi que le vocabulaire pour en expliquer les mécanismes. Sachant que la plupart des écrits de Wang xiangzhai furent réalisés par ses proches disciples ou avec l'aide de ceux-ci, nous ne tiendrons donc que peu de rigueur quant à la peu probable authenticité de ces exposés. En voici un court extrait (traduction personnelle) :



"Le Duanshou (NDT : sorte de "défense offensive" ou façon de "rentrer dans l'adversaire pour le contrer") est la science de l’utilisation d’une énergie spontanée, sans avoir préalablement établit de méthode.


Le mouvement et la stabilité respectent tout deux certains principes et règles qui ne sont ni partiels, ni localises, utilisés souvent par d'autres écoles et d’autres courants de boxe. Ces principes et règles, précis et profonds, sont « simples en apparence mais compliqués en contenu ». C'est la raison pour laquelle on qualifie le Yiquan / Dachengquan de savoir faire très approfondi qui suit un chemin très banal.


J'ai déjà beaucoup parlé dans d'autres écrits des principes et règles du Yiquan / Dachengquan, je voudrais insister dans ce livre sur un point important qui est la méthode de « ne pas avoir de méthode ». Il s’agit de la théorie taoïste du « Sans agir, il n y a rien que l’on ne puisse réaliser » (Wu wei, wu bu wei). On retrouve également ici l’adage Bouddhiste qui dit : « En réalité, toutes les méthodes sont contenues dans le vide ». Ainsi, cette technique du combat n'emprunte jamais de méthode.


Pourtant, cette façon de faire, sans méthode, peut être considéré comme une méthode en soi. En l’appliquant, les résultats sont forts différents des habituelles attaques brouillons et autres combats chaotiques car la technique de combat du Yiquan / Dachengquan provient d’une spontanéité, issue des réflexes naturels. Cette spontanéité puise sa force dans certains principes fondamentaux ainsi que dans un entraînement des capacités liées aux émotions, le tout couplé à la subtilité des mouvements. Cette spontanéité du mouvement qui respecte des règles est, en réalité, une faculté physiologique du réflexe conditionné. Dans tout mouvement formé inconsciemment, gestes non artificiels donc naturels comme l'allaitement d'un bébé, il existe des règles. Un geste artificiel est le résultat d'une méthode partielle et un geste inconscient, d'une faculté de réflexe.








Différents "réflexes primaires" constatés chez le nouveau-né






Toutes les écoles doivent, volontairement ou involontairement, respecter le principe de diminuer au maximum notre dépense d'énergie tout en augmentant notre rendement au combat. Durant l'entraînement quotidien à l'énergie spontanée, moins il y a de techniques et meilleurs sont les résultats. Les techniques doivent être peu nombreuses mais limpides et globales. La simplicité dans la forme se marie avec la complexité dans l’intention. Quand cet entraînement atteint un certain niveau, on peut alors se concentrer sur une ou deux façons d'attaquer puis développer notre habilité dans ces techniques jusqu’à ce qu’elles deviennent des réflexes spontanés. Elles deviennent alors comme l'allaitement d'un bébé ou la fabrication de la soie par les vers au printemps.


Si ce but est atteint, on est naturellement dépourvu d'hésitation face à l'adversaire, réalisant alors ce qui est intentionnellement irréalisable et atteignant le but sans y accorder d'attention."


Ainsi, ce texte explique la démarche dans la transmission du maître fondateur de "ne pas enseigner de techniques" mais plutôt de former le corps à certains réflexes conditionnés par le travail d'assimilation de "principes physiologiques" tels que l'apprentissage des différentes directions de force (6 au total) pouvant être combinées à volonté et librement. Les techniques seront donc librement créées au moment voulu et sans faire appel à la réflexion d'après les capacités à produire la force naturelle, laquelle sera acquise par le zhanzhuang et les trois shili que sont avant-arrière, haut-bas et ouverture-fermeture...









Différents shili et différentes façons possibles de les exprimer





Un autre point important, mis en avant dans cet exposé, est le travail des émotions et de leur contrôle / couplage à certaines attitudes physiques et physiologiques, véritable travail de construction de réflexe conditionné. Ce travail doit permettre de "retourner à l'état naturel" (énergie du ciel antérieur / xiantianqi) et engendrer des réflexes de défense issue du principe de survie de la nature. Cette fonction naturelle de survie, "l'homme debout" l'a oublié de part la vie "confortable" qu'il mène dans la société et ne se révèle, en général, que pour certaine personne et que dans des situations extrêmes, la reléguant donc entièrement au domaine de l'hypothétique, fait inacceptable pour un pratiquant de l'art martial...