jeudi 3 juillet 2008

Un maître de Pékin : Shi fengqi


Les experts de dachengquan qui enseignent en Chine sont nombreux et, à l'opposé des maîtres connus et réputés, on peut parfois rencontrer là-bas d'autres maîtres, beaucoup plus discrets.

Shi fengqi fait resoluement partie de la deuxième catégorie.

Ce monsieur, qui débuta son apprentissage du yiquan sous la direction de Yang demao (lui même disciple de Wang xiangzhai) à l'age de 19 ans, en a, aujourd'hui, plus de 70 et enseigne dans un minuscule parc au nord de Pékin.




Yang demao, disciple de Wang xiangzhai, en fuhuzhuang







Yang demao était célèbre parmis tous les disciples de Wang xiangzhai pour ses capacités en tuishou. A l'instar de Wang peisheng, il fut disciple du grand maître Wang maozhai pour le Taijiquan de l'école de Wu quanyou. Cette école, également connue en Europe sous le nom de Wudang taijiquan, enseigne de nombreuses formes de tuishou et les experts de ce style sont d'ailleurs réputés pour leur maîtrise de cet exercice.










Démonstration de tuishou par Zhai weichuan du style Wu de taijiquan







Lorsque j'ai rencontré Shi fengqi il donnait la leçon hebdomadaire à son unique élève du moment, un jeune israélien. Dans un coin du petit parc de Rendingshu, près du 3em périphérique nord de Pékin, Yossi s'entrainait au jijizhuang sous le regard de son maître, assis sur banc à quelques mètres de là. Après m'être présenté, j'ai pu avoir un entretient avec Shi fengqi, qui interrompi notre conversation au bout d'une heure afin de signaler à son élève, jusqu'alors immobile, qu'il était temps de commencer les mouvements lents !






Yossi levi, en dulizhuang







L'enseignement de Shi fengqi consiste en un minimum d'une heure de zhanzhuang sans intérruption pour débuter. Ce n'est qu'après quelques temps de ce type de pratique qu'il enseigne shili puis mocabu à ses élèves. Ensuite viens la pratique des cinq éléments du xingyi et du tuishou.

Rester une heure immobile est une pratique souvent exigé par un maître à son nouveau disciple pour tester sa volonter d'apprendre, voir s'il est capable de "manger amer" (chi ku, en chinois, signifie "endurer"). Cette période de l'apprentissage est d'autant plus utile que l'exercice de base est considéré comme le plus important de tous...







Shi fengqi, disciple de Yang demao, en hunyuanzhuang et jijizhuang






On retrouve dans l'enseignement de Shi fengqi des éléments communs à l'école de Wang xuanjie comme les cinq éléments du xingyiquan et la pratique de hunyuanzhuang comme posture de base. Les deux anciens disciples de Yang demao entretenaient, d'ailleurs, d'excellentes relations.

Ce jour là, pendant que yossi pratiquait lentement les cinq éléments du xingyiquan, son maître me parla des maîtres du passé, de Guo yunshen et de son bengquan dévastateur, qui faisait littéralement voler ses opposants; de Li luoneng, qui avait tout appri en espionant les élèves de Dai longbang avant d'être accepté comme disciple alors qu'il n'était qu'un vulgaire serveur, bref, d'un niveau de gongfu et de détermination qui n'existe plus de nos jours...






Shi fengqi et son élève Yossi Levi au parc Rendingshu après une leçon







Cette détermination, est une des composante de l'intention requise au combat réel. Wang xiangzhai disait d'ailleurs dans le dachengquan lun (traité du dachengquan), que les qualités d'un bon combattant étaient : résolution, courage, cruauté, prudence, fermeté et précision.