vendredi 15 mars 2013

Le mont Wudang, mythes et légendes (2ème partie)

Comme nous l'avons vu dans le précédent article, les temples de Wudangshan furent érigés par l'empereur Yongle des Ming afin de vénérer la divinité Xuanwu, "le guerrier sombre".

Souvent rapproché du Taoïste Zhang sanfeng et associé à la création de l'école interne de boxe ou du taijiquan, le mont Wudang représente aujourd'hui le haut lieu spirituel de l'art martial chinois taoïste, en opposition au mont Song, où Shaolin représente le haut lieu de l'art martial Bouddhiste.


Représentation de Xuanwu




L'attribution de la création du Taijiquan à l'immortel taoïste Zhang sanfeng,"Zhang des trois pics", (également appelé "Zhang le débraillé"/ Zhang lata) est, en fait, une pure invention destinée à rapprocher cette boxe d'une tradition proprement chinoise et représentant l'enseignement des sages fondateurs de la Chine mythologique. Cette idée fut ensuite reprise par Huang zongxi, un confucéen engagé dans la lutte anti-Qing, à des fin de propagande. Il fut le premier à parler d'un enseignement "de la famille de l'intérieur" (neijia) initialisé par Zhang sanfeng du mont Wudang, en l'opposant à un enseignement "de la famille extérieure" (waijia) représenté par Shaolin (Shaolin représentait alors un enseignement venu de l'extérieur, l'Inde). Cette propagande avait pour but de mobiliser la résistance chinoise (Ming) contre l'envahisseur Mandchou (Qing).

En revanche, si le mont Wudang n'est pas le lieu d'origine du Taijiquan et que la séparation entre boxes internes et externes est née d'une mauvaise interprétation d'un texte au langage codé, ce haut lieu spirituel n'en demeure pas moins lié à l'art martial, ne serait-ce que de par son nom, Wudang / 武当 : le guerrier réalisé.

Assimilé au Nord dans les 4 orients, la représentation animal de Xuanwu est l'entrelacement d'un serpent et d'une tortue. Cette "double nature" animale met en avant son aspect complexe et bipolaire qui n'est pas sans évoquer la double culture du xing et du ming cher aux alchimistes taoïstes. C'est la seule des représentations animales à avoir cette "double nature", les autres animaux éraldiques chinois étant le Tigre blanc (Ouest), le Dragon vert (Est) et le Phénix rouge (Sud).




Les 4 animaux éraldiques chinois



Les attribues de ces deux animaux, ici combinés, sont assez explicites : la tortue représente l'aspect caché et renfermé des choses ainsi que la protection vers l'extérieure (carapace) alors que le serpent représente les pulsions bestiales primitives ainsi que l'élan vers le ciel.

Une légende sur Xuanwu en fait un immortel taoïste qui se serait établi au mont Wudang et s'y serait élevé vers le ciel à la fin de son existence.
Les historiens actuels voit en lui une représentation sinisée de la divinité Indienne Mahakâla, un avatar de Shiva, du fait de la similarité dans la signification de leur nom. Mahakâla signifiant le "grand sombre" (maha : grand, kâla : sombre) et de leur association au Nord.



Représentation de Mahakâla, le grand sombre, assis sur sa bipolarité



Le caractère Xuan (玄) a une grande importance dans la cosmogonie taoïste. Il est utilisé comme un adjectif dont la signification (sombre, obscure, mystérieux) relève, non pas de l'idée d'un élément occulté ou tenu secret, mais bien d'un aspect enfoui, révélé mais mystérieux. C'est l'ANIMA du docteur Jung, l'âme corporel (Po) de l'homme qui s'exprime la nuit par des rêves incompréhensibles pour l'intellect et qui assimile instinctivement le langage de la symbolique...


Adjectif qualificatif, son superlatif est Tai (太: le plus...). On retrouve Xuanwu sous le nom de Xuantian shangdi (玄天上帝) L'empereur d'en haut du ciel mystérieux ou bien Zhenwu dadi (真武大帝) le grand empereur guerrier véritable. On le nomme également Beidi (北帝), l'empereur du Nord.


Si l'on s'en réfère à l'idée de l'âme corporelle exprimée plus haut, on parle alors d'instincts primitifs qui sont liés aux pulsions et dans lesquelles nous pouvons classer l'instinct de survie. Cet instinct, facilement observable chez les animaux, l'est beaucoup moins chez l'homme. Il n'en demeure pas moins la plus grande force que l'être humain puisse utiliser pour combattre...