vendredi 3 août 2012

Témoignage sur Wang xiangzhai : Guo guizhi

Guo guizhi est un des derniers maîtres de Yiquan / Dachengquan de sa génération à venir régulièrement en France afin d'y enseigner. Depuis maintenant 15 ans, il oeuvre à la diffusion de cet art en occident et viendra une nouvelle fois dans notre pays au printemps prochain afin d'y animer une série de stage à Paris, Lyon et Marseille. L'année dernière, lors d'une cérémonie organisée par ses nombreux élèves pour célébrer ses 80 ans, le maître a prononcé un discourt dans lequel il a évoqué sa rencontre avec le fondateur du Yiquan et s'est permis d'apporter des précisions sur l'histoire de cette école. En voici une traduction (Traduit du chinois par Laurent Chircop Reyes, disciple de Guo guizhi) :

« A la fin de la dynastie Qing (1644-1911), le niveau (gongfu) de Monsieur Wang Xiangzhai était déjà excellent, à cette époque il exerçait en qualité de chef instructeur de l’armée. Son nom et sa réputation d’entraineur d’arts martiaux résonnait alors du Nord au Sud du pays. Monsieur Wang n’était pas de Beijing, il venait de la province du Hebei, c’était aussi une personne d’origine sociale modeste, je tiens à ce que chacun d’entre-nous connaissent bien l’histoire et les origines de notre pratique. Dans les années 20 lorsque Monsieur Wang était à Shanghai, il a rebaptisé sa pratique « Yiquan ». Une vingtaine d’années plus tard, soit dans les années 40, il décida de retourner dans le Hebei et de se rendre ensuite à Beijing afin de diffuser et promouvoir son art. De quelle façon ? Chaque dimanche il ouvra les portes de sa maison à tous les pratiquants de n’importe quelle région dans le but de venir échanger avec lui sur les arts martiaux. Monsieur Wang n’avait alors jamais perdu une seule rencontre, de nombreux experts Japonais pratiquant le karaté, le kendo et le judo s’était également mesurés à Wang xiangzhai. Au travers de tous ses échanges victorieux, plusieurs riches personnalités de l’époque, dont principalement quatre personnes, dont Monsieur Zhang Bi faisait parti, proposèrent alors à Monsieur Wang que désormais sa boxe ne s’appellera plus « Yiquan » mais « Dachengquan ». Je voudrais que tout le monde soit bien clair avec cette partie de l’histoire [ …] Ce n’est pas Wang xiangzhai lui-même qui décida de prendre cette appellation, mais les nombreux pratiquants gravitant autour de lui. Cette appellation fut grandement favorable au développement de la pratique de Monsieur Wang à cette époque, dont sa pratique se différenciait des autres pratiquants du fait de l’importance accordée à l’entrainement du zhanzhuang. Particularité qu’il avait hérité de son Maître Guo Yunsheng, et dont le niveau de gongfu atteint grâce au zhanzhuang lui permis dès la fin des Qing d’entrer en tant que chef instructeur de l’armée […].


Le maître Yu yongnian enseignant à un groupe d'élève 


Aujourd’hui je fête mes 80 ans, et je souhaite rappeler à tout le monde comment j’en suis venu à pratiquer le Dachengquan. Certains de mes vieux camarades dans la salle s’en rappellent, à l’époque nous travaillons très dur dans le transport du charbon, je suis alors tombé gravement malade, à la limite d’être mort de fatigue, j’en vomissais du sang. Il n’y avait alors aucun moyen de guérir. C’est là que j’ai été envoyé  à l’hôpital de Beidaihe, où j’ai fait la rencontre du Professeur Yu Yongnian, à l’époque il était vraiment puissant, bien évidemment je ne le valais pas. Il a commencé de m’enseigner la méthode curative du Dachengquan, à ce moment là je ne pratiquais déjà plus le Taijiquan, Xingyiquan, ni le Shaolinquan. Ce n’était alors plus dans une optique martiale que je m’entrainais, mais pour recouvrir la santé.


Posture chengbaozhuang par Guo guizhi


Concernant le niveau dans l’art de la boxe, et là je souhaiterai m’exprimer clairement à ce sujet, ce n’est pas une affaire de dire simplement qui est bon ou qui ne l’est pas, le niveau provient de l’entrainement, celui qui s’entraine atteindra un haut niveau. A mes débuts avec le professeur Yu à Beidaihe, je n’étais pas bon du tout. Après une courte période de pratique, j’invitais les autres élèves à faire tuishou avec moi,  et aucun ne pouvait plus me bouger ! Le professeur Yu m’a alors surnommé celui qui a « 800 livres (400kg ndlr) de force ». Cependant, cette réputation m’a apporté pas mal d’ennuis à l’époque. En effet, en quittant Beidaihe et de retour à Beijing, le professeur Yu a écrit une lettre à l’attention de Monsieur Wang Xiangzhai « j’ai ici un élève très doué, il souhaiterai apprendre l’art de la boxe, j’espère que vous accepterez sa venue. Il a une force exceptionnelle de 800 livres. » Bien sûr ce n’était qu'un surnom pour me recommander à Wang xiangzhai, je n’avais pas autant de force ! Je suis alors allé voir Monsieur Wang avec la lettre de recommandation, ce dernier à son grand étonnement a lu « 800 livres de force ? ». Cela l’a rendu plus furieux contre moi qu’autre chose ! Il m’a dit alors « C’est toi qui a une force de 800 livres ? Viens, on fait un petit match tous les deux ! » Je lui ai répondu « D’accord ! » J’étais bien plus grand que lui de taille, mais je ne connaissais pas la situation, je n’avais aucune idée de son niveau, je lui ai donc juste demandé de me montrer un peu. Il se déploya ainsi pour pousser, il avait de la force devant, derrière, à gauche à droite : les six forces ! Je me suis dit « Je n’ai encore jamais vu un gongfu pareil ». J’aimais beaucoup Monsieur Wang, il m’appréciait bien également, car j’avais le courage d’affronter, j’avais l’esprit des pratiquants d’arts martiaux […] Un peu plus tard, Wang xiangzhai m’a présenté à Chang zhilang et Wang xuanjie, nous pratiquions alors tous les trois au parc sous sa direction. Il y avait énormément de monde qui pratiquait la méthode curative à cette époque, avec notamment Li jianyu en charge d’enseigner à ces personnes. Il y a avait alors deux voies de développement, martial et santé, cependant à cette époque il évitait d’appeler cela l’art de la boxe […]. J’ai étudié sur une période relativement courte avec Monsieur Wang. L’année 1963, il décéda, il n’avait que 78 ans […].


Guo guizhi et Chang zhilang démonstrant le Tuishou dans les années 80 à Datong 

En définitive, c’est grâce à l’entrainement au Dachengquan que j’ai pu renforcer et entretenir ma santé, aujourd’hui j’ai 80 ans, je suis encore en pleine forme et mes mouvements sont plutôt pas mal, vous ne trouvez pas ? Tout cela je le dois au Dachengquan, sans quoi je ne serais pas là aujourd’hui.  Il y a un point sur lequel il faut faire très attention, le pivot central de l’étude de cet art de la boxe n’est pas seulement de pouvoir frapper des gens, mais surtout de rester en bonne santé, et d’entretenir le corps pour la longévité. Selon la maladie que vous avez la pratique peut vous aider à guérir complètement.


 Guo guizhi mettant en application sur Laurent différents types de forces


Wang Xiangzhai nous à légué son enseignement du « nourrir le principe vital » (Yangsheng), c’est le point sur lequel il nous faut insister. Le but premier de l’art martial est celui de nourrir le principal vital, et non celui de frapper. Frapper ? Qui est-ce qui a besoin de se battre tous les jours ? […] Une personne que je n’oublierai jamais c’est le professeur Yu, c’est lui qui m’a présenté à Monsieur Wang Xiangzhai. En 1963, il m’a présenté à Monsieur Yao Zongxun, j’ai suivi l’enseignement de ce dernier pendant 20 ans. Durant les périodes difficiles du pays, je me rendais chaque mois chez Monsieur Yao pour l’aider financièrement par des dons, car la vie était dur à cette époque. Cela a duré dix ans, et ça fait partie de l’histoire du Dachengquan de Datong, de mon parcours […] Et j’en profite aujourd’hui pour m’expliquer sur le fait que certains de mes vieux élèves de Datong sont en conflit avec moi.


Les débuts d'enseignant du maître Guo guizhi à Datong : Zhanzhuang  dans un parc


Aujourd’hui l’époque a bien changée, mais avant les années 70, la pratique des arts martiaux n’était pas vu d’un bon œil dans le pays, parce que je n’osais pas enseigner j’avais alors instauré une règle pour ceux qui voulaient s’entrainer avec moi : premièrement ne pas l’enseigner aux autres ; deuxièmement ne pas faire payer les gens ; troisièmement ne pas se battre. Ces gens là ne m’ont pas écouté, aujourd’hui encore nous avons des différends. Mais parmi ceux qui sont restés mes élèves beaucoup sont devenus des grands pratiquants reconnus, dont certains ont un excellent niveau de combat sanshou dans la région. C’est donc aussi grâce à tous ces gens de qualités ainsi que des pratiquants de mon village natale que le Dachengquan a pu bénéficier d’un si bon développement dans la région […]Dans l’avenir il y aura encore d’autre réunion pour que le développement de notre pratique continue. A l’époque nous ne pouvions que difficilement dispenser cette pratique, et aujourd’hui nous sommes la seule association de dachengquan de toute la province du Shanxi […] Et je finirai ce discours sur l’importance du respect que l’on doit porter envers ses parents, que mes disciples m’estiment j’en suis très heureux, mais souvenez-vous, respectez toujours vos parents […].

Pour plus de renseignement sur la venue de Guo guizhi en France, veuillez contacter Joël Issartial par mail à l'adresse lestatous@gmail.com