mercredi 9 février 2011

Interview de Guo guizhi

L'interview qui suit fut publiée dans le magazine "Karate bushido" du mois de fevrier 2002. Elle fut réalisée par Gérard Bonnefoy. Je me suis permis de la remanier quelque peu pour corriger certaines expressions chinoises qui ne me semblaient pas convenir dans leur traduction en francais.

Guo guizhi a fait son apprentissage avec le maître Yu yongnian, puis avec Yao zongxun, Chang zhilang et d'autres disciples du fondateur du yiquan. Il a également pu, à l'instar de Wang xuanjie, suivre les leçons que Wang xiangzhai donnait en personne au parc Zhongshan dans les années 50.

Ce maître du Yiquan / Dachengquan animera une nouvelle série de stage en France cette année. A cette occasion, je serai son interprète lors du stage qu'il donnera à Lyon les 2 et 3 avril et à Paris les 30 avril et 1er mai...


Question :

Avez-vous connu le fondateur du Dachengquan, maître Wang xiangzhai ?

Me Guo guizhi :

Oui. Je voulais emprunter la voie du combat. J'ai donc été recommandé au maître Yao (Yao zongxun) et, plus tard, j'ai pu connaître le fondateur. Ses démonstration étaient impressionnantes, il avait le corps comme un bloc. Un jour, il frappa du pied un belvédère dans un parc : Le belvédère vibra et tout le sol parut être ébranlé

Question :

Le dachengquan est-il un art martial ou une méthode thérapeutique ?

Me Guo guizhi :

Les deux. On doit développer la santé avant d'aborder le martial. Les deux sont liés.

Question :

Quelle est la base du Dachengquan ?

Me Guo guizhi :

Il y a sept exercices de base. Les « postures de l'arbre » (zhanzhuang), pour la santé puis martiales; les déplacements en « pas glissé » (mocabu); les « essaies de force » (shili); la pratique du son Ah ou « essaie du son » (shisheng); expulser la force (fali); les poussée de mains (tuishou) et le combat (sanshou).



Le maître Guo guizhi en posture jijizhuang



Question :

Pouvez-vous nous décrire le processus d'expulser la force (fali) ?

Me Guo guizhi :

D'abord, on passe du yangshengzhuang (zhanzhuang pour la santé) au jijizhuang (zhanzhuang martiale). Puis vient l'essaie de force (shili). Par un travail bref de tension - détente des tendons, on doit pouvoir ressentir la force s'extérioriser dans chacune des six directions : haut-bas, avant-arrière, droite-gauche. Dans le mouvement, le corps doit bouger dans son intégralité. C'est ainsi que l'on arrive à expulser la force (fali). Le but de cet exercice est de cultiver une force de ressort à travers le corps entier. Cette notion est subtile et difficile à saisir. C'est le song – jing (tension – détente, deux mots qui, lorsqu'ils sont prononcés ensemble, signifient « élasticité »). Cette notion permet d'accomplir des actions concrètes avec des mouvements presque imperceptibles.





Le maître Guo guizhi dans un enchainement libre



Question :

Quelles sont les conditions pour maîtriser cette « expulsion de force » (fali) ?

Me Guo guizhi :

Il faut agir par étapes. Quel que soit le mouvement, le corps doit bouger dans son intégralité, ce qui va permettre, dans le combat, de mener des actions rapides avec peu de mouvements. A la fin de chaque mouvement, les tendons sont contractés pour expulser la force dans l'une des six directions en gardant le corps unifié. A ce stade, on doit pouvoir mobiliser plusieurs sortes de force. Il y a cinq tendons essentiels à utiliser lors du fali : Ceux qui sont derrière la nuque, Ceux qui vont des aisselles au bas des cotes et ceux qui sont derrière la jambe.

Question :

Que pensez-vous des méthodes de durcissement du corps ?

Me Guo guizhi :

Elles sont inutiles et nuisibles pour la santé.

Question :

Et l'entrainement au sac de frappe ?

Me Guo guizhi :

Nous l'utilisons pour appliquer les cinq formes de coup de poing. C'est utile, à condition d'avoir maitrisé ces cinq techniques au préalable.

Question :

Y a t-il des enchainements codifiés en Dachengquan ?

Me Guo guizhi :

Non, il n'y a pas de formes préétablies. L'essentiel est de savoir contrôler l'adversaire ou le déséquilibrer. Le travail de visualisation, de sensation et de l'esprit font partie de la méthode interne. Le yi (intention) se traduit par volonté et esprit.

Question :

Parlez-nous des poussées de main (Tuishou) et du combat (sanshou)

Me Guo guizhi :

Le tuishou, c'est un peu comme un jeux, beaucoup plus lent que le combat. Mais il est essentiel pour comprendre les applications, les points de contacts et l'expulsion de force dans les six directions. Dans le combat, on entre en contact tout de suite : l'expulsion de force (fali) suit instantanément le contact, que ce soit par un coup, une poussée, un crochetage... Le processus est rapide mais similaire à celui du tuishou.




Le maitre Guo guizhi avec son fils dans l'exercice du dantuishou




Question :

Y a t-il des points communs entre le dachengquan et le taijiquan ?

Me Guo guizhi :

La santé ! Je suis venu, moi même, à la pratique du yiquan à cause de problème d'estomac. Le zhanzhuang est vraiment efficace, mais sa pratique est très différente du qigong tel qu'on le connait en Chine.

Question :

En combien de temps un débutant peut-il avoir des résultats ?

Me Guo guizhi :

On doit d'abord pratiquer les postures de santé. Mais les gens en bonne forme physique peuvent directement aborder l'aspect combat. Au bout de trois mois on peut constater de grands changements mais il faut un an pour avoir de bons résultats, à condition de s'exercer correctement, de persévérer et de suivre un bon instructeur. Le temps moyen pour rester dans une posture dépend de l'état physique de l'élève. Je dirais vingt minutes pour les plus faibles et jusqu'à deux heures par jour pour les autres.

Question :

Avez vous souvent gagné lors de vos combats en Chine ?

Me Guo guizhi :

(Sans répondre, il me regarde en souriant : On me fait savoir qu'il n'a jamais perdu un combat)





Guo guizhi enseigne le tuishou à ses élèves francais en Chine




Question :

Y a t-il un style de boxe chinois que vous craignez particulièrement ?

Me Guo guizhi :

C'est une question délicate.

(Visiblement, Me Guo ne souhaite pas entrer dans des considérations de bas étage sur tel ou tel style. Il me salue, sans se départir de son éternel sourire.)