samedi 25 octobre 2008

La forme du corps et l'intention du coeur

Dans le yiquan, l'accent est mis sur l'apprentissage et l'utilisation de la force. Celle-ci est issue d'une utilisation correcte du corps et de l'esprit. Le pratiquant passe par un long travail d'introspection qui doit lui permettre de trouver le mouvement juste ainsi que l'esprit juste. Cette introspection ou "recherche en sensation" passe par le développement d'une certaine sensibilité et de l'intuition. Elle était anciennement traduite par le terme "xinyi" (l'expression du coeur).




Li qingshan, du xinyiliuhequan, démontrant comment encaisser les coups par le corps uni




La boxe xinyi, ou xinyiliuhequan, fut l'école sur laquelle s'appuya Li luoneng pour fonder son xingyiquan. Certains pensent qu'il changea les caractères en "forme et intention" par une erreur d'interprétation due au fort accent du Shanxi de ses maîtres. Mais lorsque l'on regarde de plus près les éléments techniques de ces deux boxes, on s'apperçoit que le xingyiquan est une version épurée du xinyiquan. Li luoneng n'avait probablement pas eu la possibilité de recevoir une transmission complète de cette boxe : ses maîtres l'enseignaient essentiellement à leur clan et avaient fait une exception à son égard.

En revanche le sens du terme "xingyi" (forme et intention) évoque un principe fondamental utilisé en yiquan : L'interaction du corps et de l'esprit. L'idée du xingyiquan étant de "rechercher la forme par l'intention et trouver l'intention par la forme juste"...

Ce principe d'interaction corps-esprit est celui qui permit de mettre en place tout le protocole thérapeutique des postures de l'arbre (zhanzhuanggong). Il est également un des principes fondamental et fondateur de la médecine traditionnelle chinoise. Car si l'on sait que l'état d'esprit a des répercussions sur le corps physique, on ignore souvent que le positionnement du corps influence également l'esprit.




Points "shu" d'accupuncture, les points ayant une action directe sur les organes internes





Les ostéopathes et chiropracteurs expérimentés savent, eux aussi, que la posturologie permet d'agir sur les différents organes par l'intermédiaire de la colonne vertébrale à laquelle ils sont reliés (chaque organe est "accroché" à la colonne vertébrale par l'intermédiaire de petites "poches"). Et que ces mêmes organes physiques, lorsqu'ils sont en tensions, influences les humeurs de différentes manières...

Ces deux domaines d'actions du pratiquant que sont le corps et l'esprit sont traditionnellement nommé en Chine travail "externe" et "interne" (waigong / neigong). Ces deux champs d'actions existent dans toute école traditionnelle de l'art martial chinoise et à chaque étapes de l'apprentissage.

Les techniques propres à une écoles relèvent de la forme du corps d'un pratiquant. Celle-ci est acquise par le travail des bases mais un apprentissage de ces techniques est nécessaire.

Les techniques de l'école xinyiliuhequan sont extrêmement nombreuses et variées alors que les techniques de l'école xingyiquan sont moins nombreuses, plus courtes et ramassées.



Applications de techniques du xingyiquan par Luo dexiu




Les techniques du yiquan proviendraient plutot de l'école xinyiliuhequan, Wang xiangzhai ayant effectué un travail de retour aux sources du xingyi qu'il tenait de son premier maître, le légendaire Guo yunshen.



Techniques et applications pratiques de l'école xinyiliuhequan



Parmis les autres experts de l'art martial avec lesquel il étudia se trouvaient plusieurs experts de xinyiliuhequan (entre autres). Et, dans son premier ouvrage (yiquan zhengui, les véritables principes du yiquan) Wang xiangzhai parle à cette époque du yiquan en expliquant qu'il est également nommé xinyiquan...

samedi 4 octobre 2008

Grands maitres de l'art martial chinois

Une facheuse tendance à considérer que les maîtres des générations antérieures détenaient des capacités qui ont aujourd'hui disparues amènent la plupart des pratiquants à les vénérer plus que les vivants. En revanche, il est fréquent que ces mêmes pratiquants, lorsqu'ils sont témoins du grand art de certains maîtres agés, ne sachent pas apprécier ce qu'ils voient.

Dans l'art martial chinois, la recherche de la force est une caractéristique constante. La force recherchée doit être facile à produire quelles que soit les conditions de santé, d'age ou de poid du pratiquant. Ainsi, une personne faible ou agée doit être toujours capable de la mettre en pratique. Cette recherche de la force a donnée naissance à un nombre inimaginable d'exercices dont le but est de comprendre comment la générer et la développer. Ces exercices sont les neigong propres à l'école étudiée. Ces neigong (littéralement "travail interne") sont différents en fonction des écoles de boxes, mettant ainsi l'accent sur un type de force plutot qu'un autre, ou bien cherchant à produire cette force dans des conditions particulières...



Le maître de Chengshi Baguazhang Tie lao démontre la force biomécanique à l'age de 94 ans





Des "exercices de contrôle" permettent de la tester à l'aide d'un partenaire, ce sont les fameux tuishou ou roushou. Ceux-ci n'ont d'autre but que de pouvoir tester si le pratiquant maîtrise correctement la force "non-musculaire" (c'est à dire non-partielle ) et est capable de la manipuler dans certaines situations.



Démonstration des différents tuishou de l'école Yang de taijiquan (diverses mises en situations) par le maître Lin mogen






La force utilisée dans l'art martial traditionnel est une force générée par la biomécanique mais également grace à des "techniques spirituels" (spirituel = de l'esprit). Celle-ci se caractérisent, pour la plupart du temps par des visualisations qui aident le pratiquant à manipuler la force. La sensibilité permettant la recherche du mouvement juste se trouvant dans le relâchement du corps et de l'esprit.




Mise en application de la force en simple appui par le maître de Taijiquan Wei shuren






Les principes généraux permettant la mobilisation et la manipulation de cette force sont les mêmes quelle-que-soit l'école puisqu'ils ne sont que la mise en pratique de connaissances physiologiques et mécaniques universelles. On retrouvera donc ces mêmes principes, parfois exprimés avec un vocabulaire différent, dans les différentes traditions martiales extrême orientales et occidentales.




Le maître Wang yongquan, disciple des maître Yang chenfu et Yang shaohou, démontrant quelques fali (fajin) à un age avancé





Le secret des vieux maîtres d'antans demeurait bel et bien dans la maîtrise de la force. Celle-ci leur permettait de garder intactes leurs capacités après un age avancé et est à l'origine des histoires extraordinnaires que l'on raconte encore sur eux de nos jours...