mercredi 27 août 2008

Interview de Zhao daoxin (derniere partie)

Si l'on parlait maintenant des méthodes d'entrainement ?

Nos professeurs aiment chercher des techniques différentes et "garder des secrets" dans leur techniques. Mais, en fait, là ou il peut y avoir de grandes differences et ou l'on pourrait vraiment poser des secrets, c'est dans la méthode d'entrainement. La vraie applicabilité au combat vient de la méthode d'entrainement et les méthodes d'entrainement traditionnelles sont peu applicables. Il faut beaucoup de temps, et même apres de nombreuses années, vous n'êtes même pas sûr de pouvoir utiliser vos habilités dans un combat réel. L'entrainement est une science complexe mettant en jeu de nombreuses disciplines. La simple répétition du même exercice pendant des dixaines d'années n'est pas suffisant. Je n'en dirai pas plus sur ce sujet, en revanche je vais preciser quelques malaises.

Premièrement, il y a une lacune entre entraînement et application. Quel-que-soit le style, il y a un manque d'entrainement au combat : Quelle école traditionnelle passe la plupart de son temps à s'entraîner au combat ? (NDLR : aucune) Les professeurs de traditionnel font deux erreurs : Premièrement, ils disent que l'entrainement au combat ne doit être abordé qu'à la fin du processus d'apprentissage. Deuxièmement, ils pensent que lorsqu'on est devenu fort en tuishou, ou dans un autre exercice avec partenaire assimilé au combat, cela signifie que l'on a développe des capacités pour le combat. Bien sûr, il est difficile d'introduire le combat dans l'entrainement quotidien. Ceux qui pratiquent l'art martial dans leur temps de loisir ne souhaitent pas aller au travail le lendemain avec le visage enflé et une jambe abimée. Mais si l'on veut parvenir à un haut niveau de pratique, il faut passer par là. Dès le debut, il faudrait s'entrainer comme si l'on allait devoir combattre.

La seconde lacune se trouve dans la relation entre fatigue et intensité de la pratique. Les professeurs de traditionnel parlent de s'entrainer plusieurs heures par jour, ce qui consiste en une pratique longue mais peu intensive. Les muscles et les tendons ne sont pas sollicités d'une manière nécessaire au combat. Ces professeurs détestent utiliser des équipements modernes et ne demanderont pas à d'autres pratiquants de s'entrainer avec eux. Ils préferent s'entrainer dans des endroits sombres, à répéter les mêmes mouvements et à cogiter sur de nouvelles théories.

Il y a également encore une lacune dans la relation entre théorie et pratique, entre la technique et les caractéristiques physiques personnelles, entre ce qui est pratiqué au grand publique et en porte fermée. Et ce ne sont que quelques exemples...






Zhao daoxin, en compagnie de Yao chengguan








Nous parlions de l'art martial en general. Pourriez vous maintenant nous parler de certaines écoles en particulier ?

Commencons par le xingyiquan et le baguazhang...

D'abord le xingyiquan : Dans les années 20 et les années 30, il y avait beaucoup de représentants de cette école parmis les vainqueurs du tournois de Leitai. Mais de nos jours, le xingyiquan n'est plus aussi puissant. Les raisons de ce déclin, en plus de tous les problèmes communs aux arts martiaux chinois en général, sont que cette école, normalement basée sur l'harmonie - unité présente de nombreux aspects pour lesquels il existe un manque à cette soit disant harmonie.

Par exemple, il y a un manque d'harmonie entre technique et force. Les techniques de frappe du xingyiquan sont générées par la force de poussée. Le poing ou la paume vont essentiellement pousser l'adversaire et créer des dommages plus ou moins importants. Mais ces techniques ne devraient pas permettre de repousser l'adversaire lors des tuishou. En fait, on dirait que les pratiquants de xingyiquan ont du mal à faire leur choix entre techniques pour le tuishou ou pour le sanshou.

Egalement, un manque d'harmonie entre forme et intention. Tout le monde parle de forme et d'intention, disant que tout deux sont important, mais en fait la plupart de ces personnes s'enferment dans un de ces deux extrêmes...

Il y a également un manque d'harmonie entre techniques de combat et exercices.
On aime à comparer le xingyiquan avec la boxe occidentale et, à la fois, c'est une comparaison qui effraie. Les gens pensent que le "truc" chinois doit rester pur. Alors, lorsqu'il y a des similarités, même par coïncidence, ils préfèrent s'en débarasser. Mon avis est que, dans les méthodes d'entrainement aussi bien que dans les compétitions, le xingyiquan devrait apprendre de la boxe occidentale.




Zhang zhaodong et ses disciples, au milieu :
Zhao daoxin
Est - ce - que la création du xingyibagua (style créé par Zhang zhaodong, le maître de Zhao daoxin) fut le résultat d'une tentative de complémentarité entre ces deux boxes, le baguazhang pouvant peut-être combler les lacunes du xingyi ?

Le fait que ces deux écoles essaient de se compléter mutuellement fut un résultat des contacts amicaux qu'entretenaient Dong haichuan et Guo yunshen ainsi que leurs élèves respectifs. Ensuite, Zhang Zhankui (Zhang zhaodong) essaya de les lier dans un système commun. Mais les faiblesses du xingyiquan ne peuvent être comblées par le bagua. Le baguazhang possède, lui même, de nombreuses lacunes, qui ne peuvent être comblées par le xingyi. Le Baguazhang est entouré d'un voile mystérieux qui empêche d'y voir clair. De l'extérieur, il semble complexe et mystérieux. La plupart des éléments constituant ce voile proviennent de légendes sur Dong haichuan et ses élèves. Ensuite, vient l'utilisation systématique et pourtant non nécessaire de la théorie des 8 trigrammes dans l'enseignement. Les maîtres de cette écoles parlent tous du livre des changements (yijing) mais aucun n'est capable de citer ne serait ce qu'un lien manifeste entre cette boxe et ce classique. Un troisième aspect de ce voile est la non distinction entre exercices basiques et combat. Même les professeurs de cette école doivent réfléchir à "comment utiliser tel ou tel changement" ou bien "comment bouger autour de l'adversaire en utilisant la marche tangnibu" ou encore "comment faire pour se retrouver dans le dos de l'adversaire" , tout cela n'étant que pensées illusoires. Et même après avoir passé tous les aspects de ce voile, les pratiquants ne font qu'étendre leurs bras et tournent autour, comme le ferait un patineur débutant, faisant parfois des rotations extrêmes en guise de changement. Cette boxe n'est donc qu'un mélange de légendes, de vieilles écritures saintes et de techniques étranges.







Zhang zhaodong, fondateur du xingyibaguazhang






Le taijiquan attire de nombreuses personnes de par sa théorie ainsi que ses bénéfices sur la santé. Mais nombreux sont ceux qui doutent qu'une méthode aussi douce et lente puisse fonctionner contre la force explosive.



Le regard du néophite n'est pas encore biaise, sa première impression est donc souvent la bonne. Le taijiquan possede sa propre facon de mesurer le niveau en tuishou, pourquoi donc ne pas s'en contenter ? Tous les arts martiaux ne se peuvent pas être éfficace en combat réel. Je me souviens qu'a l'epoque de la premiere république en Chine, les experts de taijiquan expliquaient que la raison pour laquelle les pratiquants de taiji ne pouvaient montrer leur habilités au combat était que cet art est trop profond et qu'il est donc difficile d'en maitriser tous les aspects. Etait-ce une sorte d'excuse ou bien une simple constatation ? La théorie du taiji est formidable et pourrait être un modèle pour les autres écoles. L'idee principale étant la relation entre le yin et le yang : Vous voulez être dur ? Alors commencez par être aussi souple que possible, car la souplesse extrême devient dure. Vous voulez etre rapide ? Alors commencez par la lenteur. Cette philosophie, qui dit que les extrêmes se transforment en leurs opposés est attirante pour de nombreuses personnes mais quelqu'un l'a-t-il seulement testé ? La reponse est non et si vous saviez ce que ces maîtres, soit disant capables d'émettre la force, pratiquent en secret, vous comprendriez de quoi je veux parler.




Donc, vous voulez dire en quelques sortes que les jeunes gens qui veulent développer des habilités au combat sont, en fait, embrouillés par les concepts du taijiquan. Dans ce cas, alors, peut-etre que la boxe de shaolin est plus sincère ? Elle pratique et entraine à la dureté, la vitesse, la force en utilisant pieds et mains. Beaucoup pensent que les moines de shaolin sont les "derniers maitres du combat véritable"...



Des généraux de la dynastie Ming se rendirent au temple de shaolin avec une telle opinion et en revinrent tres déçu. De nos jours, beaucoup de jeunes gens quittent l'ecole pour aller apprendre à shaolin et la même chose se produit : leur foi se retrouve réduite en cendre. Ils arrivent là-bas avec la volonté de développer d'incroyables capacités au combat, inaccessible aux gens normaux. Mais, en réalité, ils n'apprennent que des trucs d'accrobate. Les methodes d'entrainement qu'ils y apprennent sont depassées et inaptées à développer de véritables capacités au combat. Casser des pierres, tenir en équilibre sur un doigt et encaisser des coups sont des trucs de démonstration qui, additionnés de quelques autres trucs d'illusionniste, enchanteront un publique de spectateur. Le "nouveau wushu" de Ma liang (Ma liang fut, en 1918, auteur du livre "les nouveaux arts martiaux chinois") et le wushu moderne, malgrés ce qu'en pensent les representants des systemes traditionnels, sont basés sur la boxe de Shaolin. De ce que j'ai en memoire, dans les annees 20 et 30, ces "derniers maîtres du combat véritable" n'ont cessé de perdre aux tournois de Leitai et s'enfuyaient alors comme des rats.


Et que pensez-vous des systèmes du sud de la Chine ?

Lorsque l'on observe les systèmes du sud, on peut constater qu'ils ont leurs caracteristiques propres. Mais je ne peux en dire beaucoup, ne les ayant pas étudié moi même. La seule chose que je souhaiterais dire est que d'après ce que j'en ai vu aux tournois de la fin des annees 20, "le vent du sud ne vous donne pas froid dans le dos"...


Pourriez-vous, finalement, nous parler de l'art que vous avez vous-même créé ?

Mon "truc" a pour origine erreurs et défaites. Lorsque j'étais jeune, j'aimais combattre contre les experts renommés. Je n'avais aucun respect pour eux et lorsque je les battais, je n'avais aucun égard pour les points forts qu'ils maîtrisaient. Ce qui a, non seulement, empêché tout échange de connaissance mais en plus blessé mes opposants (dans leur ego). Et, comme je maintenais fermement des vues différentes et opposées à ce qui était communément admis sur l'art martial chinois, j'ai gardé mes distances avec le milieu des arts martiaux. Aujourd'hui encore, les gens disent de moi que je suis un excentrique borné.










Démonstration de xinhuizhang par Yang fukui







Au début, j'ai créé le xinhuizhang afin d'expliquer la facon traditionnelle d'émettre la force mais, en fait, il ne s'agit finalement que d'une forme qui ne peut être considerée comme une façon concrète d'améliorer les habilités au combat. Ce n'est qu'aujourd'hui que je commence un travail de synthèse des differentes méthodes d'entrainement et méthodes de combat dont j'ai tiré bénéfice, pensant les inclure dans le xinhuizhang. Mais la facon de s'affronter sur la scène internationale est en constante évolution, donc mon "truc" est constamment dépassé par d'autres. Si je ne travaille pas à son amélioration permanente, il ne progressera jamais. Dernièrement, je m'interroge beaucoup sur une facon correcte pour le xinhuizhang d'emmettre une force explosive avec les jambes, ce problème reste irrésolu pour le moment. J'espère que les plus jeunes que moi n'hésiterons pas à me critiquer.

mardi 26 août 2008

Interview de Zhao daoxin

Le texte qui suit est la traduction en francais d'une interview realisee par Huang jitao sur la personne de Zhao daoxin, probablement dans les annees 80. Ne possedant pas l'original, le texte qui suit a ete compose a partir de la traduction du chinois vers l'anglais d'andrzej Kalisz. Selon monsieur Kalisz, ceci ne constitue qu'un court extrait de l'interview, qui fut realisee en plusieurs jours...



Selon vous, le wushu traditionnel n'aurait aucune valeure en combat reel ?

Le pratiquants de styles traditionnels disent du wushu moderne que l'on voit dans les instituts d'etat qu'ils ne sont que des formes esthetiques. Mai cela ne veut pas dirent non plus qu'eux même possedent un veritable gongfu. Le wushu moderne neglige le combat alors que le traditionnel ne fait qu'en parler, ce qui ne signifie pas qu'il possede cette habilite. Le wushu traditionnel ainsi que le moderne sont essentiellement bases sur des formes d'entrainement. De plus, ils contiennent tout deux de nombreux gestes symboliques ou rituels n'ayant absolument aucune relation avec le combat. Si l'on parle de l'entrainement, ils utilisent toujours de vieilles methodes inefficaces. Theoriquement, ces methodes devraient permettre de developper des capacites pratiques mais en realite elles ne sont que des sortes de prieres, des facons de developper la patience et surtout beaucoup d'efforts inutiles. Je ne sais pas combien de dixaine de millier de personnes pratiquent le wushu traditionnel en Chine, mais en tout cas, de tous ces gens, je n'en connait aucun qui soit capable de prouver ses habilites au combat sur la scene international.

Pourtant, du temps ou les experts etrangers venaient sans cesse en Chine, les maitres chinois de cette epoque les ont vaincu de nombreuses fois...

S'il y a autant d'histoires sur les maitres chinois mettant les etrangers en defaite, pouquoi n'en entend-on alors parler que de notre cote ? Peut etre que les etrangers ne souhaite pas parler de leurs defaites, mais d'un autre cote, combien de chinois ont ete vaincu et n'en ont rien dit parcequ'ils avaient ete humilie ? Dans tous les cas nous ne connaissons pas la proportion de victoires et de defaites...
Si Wusong avait vaincu un chat au lieu d'un tigre, il n'y aurait alors plus aucune raison de louer son nom des sciecles durant.
D'abord, quel genre d'adversaires etaient ces etrangers, vaincu par nos maitres chinois ? Mon professeur (Zhang zhaodong) rencontra un "lutteur" russe, j'ai moi même rencontre un boxeur danois. D'autres amis vecurent des experiences similaires. Mais, bien souvent, nos adversaires furent vaincu des la premiere action, il n'y eu donc pas de combat a proprement parler. Les arts martiaux chinois n'ont, en fait, pas rencontre de veritables tigres. Dans ces temps la, il etait facile de devenir celebre juste en battant un etranger, mais il ne s'agissait, en fait, pas de veritables experts.



Photo de groupe : Wang xiangzhai, Zhang zhaodong et Shang yunxiang (assis, de droite a gauche) ainsi que Zhao daoxin (3e debout en partant de la gauche)



Pourriez vous nous donner votre opinion et votre vision des arts martiaux chinois ?

Nous n'avons pas suffisament de temps pour cela. Je ne ferais donc que soulignier quelques points essentiels au lieu de parler en termes generaux. Et puisque tout le monde ne fait que de parler des points forts, je prefererai me concentrer sur les points faibles.

Pourriez vous, tout d'abord, nous dire ce que vous pensez de la division entre interne et externe, ainsi que sur les divisions geographiques ?

Si nous souhaitons que l'art martial chinois se developpe, nous devons rejeter ce type de division. Cela ne veut pas dire qu'elles n'ont aucun sens, mais elles n'expriment que des facons differentes de se demontrer et sont sans rapport avec les differentes facons de combattre. Les divisions dans l'art martial devraient etre basees sur les formes qu'il revet au combat, pas sur les facons de s'entrainer et ne devraient pas etre fondees sur une escroquerie. Elles devraient exprimer le corps humain et permettre de developper les techniques et non les rendre sectaire et gorgees de centaines et milliers d'annees de coutumes. Les divisions entre ecoles de Shaolin, Wudang, Emei et Zhongnan ne font qu'exprimer un fait historique : la communication etait difficile en ces temps anciens. Mais ces temps sont revolus. La division entre interne et externe fut creee par des lettres qui etaient fascines par les ecoles qu'ils pratiquaient, ils ont donc commence a les appeler "ecoles interne" (neijia), des auteurs talentueux en ont, alors, fait des descriptions complexes. D'ailleurs, personne n'a jamais parle de soi en tant que representant de l'ecole externe. En fait, au combat reel, il n'y a plus de style ou d'ecole.

Pourtant, la division entre interne et externe represente bien la division entre arts souples et durs...

Cette division est encore plus confuse. La plupart du temps elle n'est utilisee que par ceux qui souhaite critiquer les autres ecoles, mais lorsqu'ils parlent de leur propre ecole, ils disent alors que "le dur et le souple se completent" et que "l'interne et l'externe sont entraines simultanement". Ils affirment ainsi etre les seuls a maintenir l'equilibre entre souplesse et durete et que les autres s'enferment trop dans l'un ou l'autre.





Autre photo de groupe : Zhao daoxin (2e en partant de la droite) entre ses deux maîtres (Wang xiangzhai a droite et Zhang zhaodong a gauche)





Mais les concepts d'interne / externe, souplesse / durete, ont au moins permis de developper des theories sophistiquees sur des concepts d'entrainement interne, comme le yi - qi - jing ?

Les concepts de "Yi - qi - li"," jing - qi - shen" relatifs aux methodes d'entrainement sont difficiles a exprimer dans le language courant. On pourrait en parler comme d'une utilisation de l'auto suggestion afin d'induire des sensations de bien etre et de force. Il y a, de nos jours, de nouveaux concepts au moins tout aussi utiles et plus efficaces dans leur utilisation pratique.


Quels sont les defaults de l'art martial chinois si l'on en reste au point de vue d'une methode de combat ?

Il y a beaucoup de defaults et de tabous. En plus de ceux qui sont communs aux differentes ecoles de l'art martial chinois, il y en a d'autres plus specifiques a certaines ecoles. Par exemple, tout le monde craint que son ecole ressemble a une autre et essaye donc de lui donner une apparence differente. Si vous dites a quelqu'un pratiquant le baguazhang que ses mouvements ressemblent a du taijiquan, il acceptera difficilement votre opinion. Si vous dites a quelqu'un pratiquant le xingyiquan que vous y avez remarque des similarites avec la boxe occidentale, il le prendra tres mal. Mais, en fait, les differences entre les styles se trouvent plus dans les mouvements rituels que dans la facon de combattre. De plus, ces gestes rituels ne sont utiles que pour la demonstration ou les rencontres, au combat ils sont stupides et sans aucune utilite.
Il existe egalement un tabou sur les chuttes. Dans les challenges, il existait une regle officieuse disant que si l'on touchait le sol avec n'importe quelle partie du corps, on avait perdu ! Au sud, il ont cree la posture du cavalier, au nord celle du pilier. Dans plusieurs ecoles, des postures basses et centrees ont ete creees, mais que valent vraiment ces positions stables ? Si on suit le principe qui dit que "lorsqu'on leve une jambe, la moitie du corps est vide" , on perd alors de nombreuses d'opportunites de frapper efficacement avec les pieds ou les genoux. Et la force generee par la perte d'equilibre n'est pas non plus utilisee de maniere consciente. Parler constamment de "ne pas perdre l'equilibre" empeche le developpement de mouvements agiles du corps et d'un jeu de jambe rapide. Ce que l'on rejete dans les arts martiaux chinois est exactement ce qui a le plus de valeur aux yeux des arts martiaux de la scene international. Les arts martiaux chinois sont des arts de vieillards. La vieillesse est regarde comme la saintete, l'autorite, la connaissance profonde. Mais en realite, pour un vieillard il est difficile de lever la jambe et chaque chutte peut lui etre fatale. Finalement, cette faiblesse des vieux maitres devint, dans le processus d'apprentissage, le tabou de "ne pas perdre l'equilibre". Pourtant, le combat n'est pas limite aux competitions de shuaijiao ! Dans la plupart des cas, perdre l'equilibre ou chutter n'est pas tres grave, surtout s'il en resulte une opportunite de porter une action efficace a l'adversaire.



Zhao daoxin, fini troisieme au premier championnat de Chine de combat




mercredi 20 août 2008

About Wang xiangzhai's teaching

It is difficult to know what Wang xiangzhai did really teach for the following reason : Most of his disciples did receive an education with Yao zongxun or had already a long experience of different schools of the chinese martial art.
It seems that the simplest way to perceive Wang xiangzhai's yiquan is by trying to understand the numerous comments and writtings he left to us.


In his interview by the people's daily, the master did express himself in those words, rough for the wushu community, that reveilled us the differents researches he made on the origin of the chinese boxing. Those researches pushed him to his famous trip around China and are probably the roots of his later teaching.




"To extend" (qiba) for beeing "one with the universe"






In this interview, the journalist is asking about the relashionship, numerous according to Wang xiangzhai's saying, between opera and martial art. The answer is the following (personnal translation) :

"In the ancient time, opera had ben created in order to educate the population. All martial art moves that are seen in opera find their origin in the way of boxing. At the beginning of the boxing, it was a practice called "qiba" (to raise up, to extend). This gongfu was a sort of shili consisting in the search of the force by the repartition of the bodyweight between the two legs and the right positionning of the head. By unifying the body in this practice, it was possible to extend it until to be "one with the universe". This gongfu was called qiba ( 起拔 ) and we can find it in nowerdays opera but mistakenly called qiba ( 起霸 / to extend for domination). It consist, then, in the searching of the right personnality of a caracter (the caracter's yi). By watching the postures and theories that are resulting from this practice, we can feel that without beeing very far away from the goal, they didn't reach it as well. They contain the original roots but did derive and they are, now, nothing else but esthetic postures created in the way to please the eyes of the rich spectator : They are a complete creation. There it goes today with the boxing practitionners : All are able to take different kind of stances but no one does really posses a real balance ability in their application. In fact, There are a lot of old horses but few young foal. All of this became fake distraction. And even in this way of doing, some will never acomplish anything. So how would they even more have any idea of the deep satisfaction that the way of boxing can bring to them ?"





Beijing opera (jingju) extracts from a representation of "The three kingdoms"






Later, in the same interview, he is expressing himself about the art of health preservation (yangshen) in those words :

"In fact, the keys to the health preservation are simple. Our deep human nature pushes us to simpleness and free of any restriction moves. The extention of natural instincts is its basis. Every day, in the fresh air of the morning, without any fixed method, simply bend all your body joints, consider the emptiness around you, move simply and freely. Feel the energy of the blood circulation in your body and in a meanwhile, be aware of the natural forces that are exerced on the outer part of your body. This is called : The spirit (shen) is as if swimming.

The body and the spirit are natural and confortable. Not only free and without any limit, they will progressivly extend to finaly be one with the universe."



The spirit is "as if swimming" by Wang xiangzhai





So, Wang xiangzhai's teaching, often presented in his most complex or martial aspect, had simpleness and natural for basis.

lundi 18 août 2008

L'enseignement de Wang xiangzhai


Comme nous l'avons déjà évoqué précedemment, il est difficile de savoir ce que le maître-fondateur a véritablement enseigné pour la raison que plupart de ses disciples reçurent également un enseignement de Yao zongxun ou bien avaient déjà de nombreuses années de pratique dans d'autres écoles de l'art martial chinois.

Il semblerait alors qu'un des seuls moyens d'entrevoir le yiquan laissé par le maître Wang xiangzhai à la postérité est d'essayer de comprendre les nombreux commentaires écrits qu'il nous a légué.




"S'étendre" (qiba) pour le faire qu'un avec la nature






Dans son interview au quotidien du peuple, le maître s'exprimait en des termes, durs pour les autres pratiquants de son époque, mais qui révélaient certaines de ses nombreuses recherches sur les origines de l'art martial. Ce sont ces recherches qui l'avaient poussé à entreprendre son célèbre "voyage de perfectionnement" à travers toute la Chine et qui l'avaient, certainement, ammené à composer son enseignement.

Dans cette interview, le journaliste lui pose une question relative aux relations, nombreuses selon Wang xiangzhai, qu'entretiennent opéra et art martial et sa réponse est la suivante :


"Auparavant, l'opéra fut créé pour éduquer les foules. Tous les mouvements martiaux que l'on y trouve ont pour origine la voie de la boxe. Or, à l'origine de la boxe, il y avait une pratique appelée "qiba" (s'élever, s'étendre vers le haut). Ce gongfu était une sorte de shili dont la pratique consistait à chercher la force par le port de la tête ainsi que la répartition correcte du poid du corps entre les deux jambes. En unifiant le corps de la sorte, on finissait par l'étendre jusqu'à le rendre "un avec l'univers". Anciennement appelée qiba ( 起拔 ),on retrouve cette pratique dans l'opéra actuel, mais appelée par erreur qiba ( 起霸 / s'étendre pour dominer) . Elle consiste à chercher la personnalité du caractère (le yi du personnage). En regardant les postures et la théorie qui en résultent, on sent bien que sans être vraiment loin du but, elles ne l'ont pas atteind pour autant. Elles ont en elle la racine originelle mais ont dérivé et ne sont plus que des postures esthétiques déstinées à divertir l'oeil du riche spectateur : elles ont été créée de toute pièce. Il en va de même aujourd'hui chez les pratiquants de boxe : Tous sont capables de se mettre dans toutes sortes de posture mais aucun ne possède de véritable équilibre dans leur utilisation. En fait, il y a beaucoup de vieux chevaux mais peu de jeunes poulains. Tout cela n'est devenu qu'une distraction contrefaite. Et, quand bien même dans ce domaine, certains n'arriveront jamais à rien, comment pourraient-ils, de ce fait, entrevoir la satisfaction profonde qu'apporte la voie de la boxe ?"






Opéra de Pékin (jingju) extrait d'une représentation des "trois royaumes"







Plus tard dans la même entrevue, le maître s'exprime sur l'art de la santé (yangshen) en ces termes :

"En réalité, les clefs de la préservation de la santé sont simples. La nature humaine profonde nous pousse vers la simplicité et les mouvements libres de toute restriction. L'extension de l'instinct naturel en est la base. Tous les jours, dans l'air frais du matin, sans aucune méthode, pliez légèrement et simplement toutes les articulations, considérez le vide qui vous entoure, bougez simplement et librement. Ressentez l'énergie du flux sanguin à l'intérieur de votre corps et, en dans un même temps, prenez conscience des forces naturelles qui s'exercent sur l'extérieur de tout votre corps. C'est ce que l'on appelle : l'esprit (shen) est comme s'il nageait.
Le corps et l'esprit sont naturels et comfortables. Non seulement libre et sans entraves, ils vont progressivement finir par s'étendre pour ne faire plus qu'un avec la nature."





L'esprit est comme s'il nageait, par Wang xiangzhai




Ainsi, l'enseignement de Wang xiangzhai, souvent exposé sous son aspect des plus martial et complexe, avait pour racine la simplicité et le naturel.


samedi 16 août 2008

Hunyuanli, la force à plusieurs facettes

La plupart des écoles de l'art martial chinois utilisent un vocabulaire commun pour évoquer la théorie qui les animent. La tradition chinoise est à l'origine de ce vocabulaire et puise souvent ses racines dans le taoïsme.

C'est, d'ailleurs, le cas pour un concept important souvent évoqué dans la théorie et pour l'enseignement du yiquan : hunyuanli. Cette expression puise ses origines sémantiques dans la tradition ancienne chinoise et reste connectée aux pratiques taoïstes.

Pour ce qui est de l'art martial, hunyuanli n'est pas une idée propre au yiquan. On retrouve cette idée dans le xingyiquan, bien sur, mais également dans le taijiquan et dans d'autres écoles chinoises.




Le maître Feng zhiqiang, fondateur du Xingyi hunyuan taijiquan




En revanche, Wang xiangzhai accordait une importance toute particulère à ce principe de force :

« Tout ce que j’ai appris en une quarantaine d’années de pratique tend vers l’idée que les différentes formes de force proviennent toutes de l’extension du « chaos primordial » (Hunyuan) couplé à la façon de nourrir le principe vital par la méthode de l’oublie de soi, et ne peuvent être obtenues qu’ainsi. » (traduction personnelle)



Hunyuanli, exprimée dans la posture d'écarter les nuages, par Han sihuang, disciple de Wang xiangzhai




Cette traduction de hunyuan, "le chao primordial" est juste dans ce texte mais on retrouve parfois cette même expression dans une graphie différente qui ne peut plus se traduire de cette façon. Tour à tour, les textes historiques parlant de la théorie de l'art martial utilisent l'expression hunyuan sous 2 graphie distinctes :

- 混原 : le chao primordial ou origine mélangé

- 浑圆 : entièrement rond


L'existence de deux graphies pour un seul concept est chose courante dans la tradition dont la transmission était essentiellement assurée de manière orale...

On peut expliquer ces différents aspects d'une même idée par le fait que les maîtres de l'histoire ont enseigné ce qu'ils avaient compris de la théorie, leur propre interprétation des concepts qui leur étaient montrés et cités oralement.

Cette pratique de diffusion orale des théories dans la tradition chinoise représente un véritable jeux de piste, ou jeux d'énigme tel qu'on les retrouve dans les traditions ésotériques en occident.

Donc, hunyuanli, peut signifier la force du chao primordiale et, à la fois, la force entièrement ronde.






Forme ronde (hunyuan) dans la posture, bien visible sous cet angle






Ces deux "descriptions" d'une même force correspondant à ses aspects interne et externe (intérieur et extérieur, spirituel et corporel) :


- Le chao primordial représente l'image clef qui doit servir à trouver la bonne "intériorisation" de la force. Celle-ci n'est pas encore définie et peut s'exprimer de différentes manières, mais existe d'hors et déjà.


- La rondeur intégrale (force entièrement ronde) est l'image qui permet de trouver l'équilibre des forces répartie sur la totalité du corps, son expression extérieure.






Force entièrement ronde dans ce coup de poing "zuanquan" de yao zongxun




Ainsi, les deux expressions, employées tour à tour selon les textes, sont justes. Elles ne représentent que deux facettes d'un même principe, qui pourra être découvert par la pratique et la recherche en sensation...




vendredi 15 août 2008

Interview of master Li jianyu (second part)


On what, exactly, was based the teaching of master Wang xiangzhai ?

It was essentially based on 3 exercices :
- Zhanzhuang, basic stances for the training of body and mind.
- Shili, movement to test the force.
- The walking, principles of moving

The first exercice was the only to be practiced for, at least, three years. Then, the two others were aded and could be practiced with different levels of conscience, because without awakening, it's impossible to practice Yiquan. Patience and will are requiered. Then, he was teaching the sound, the fali, the tuishou with one arm and with two and then was coming the training of combat. It is a patern of training that absolutly need to be followed. Anyway, it's impossible to pass over this process, the "little things" are important. My master was insisting a lot on the details : How to hold a brush for the calligraphy, what is the right position for the little finger, the hand in zhanzhuang...

Boxing, beneath wild appearance, is based on refined theories wich have thousand years of experience. The deeper you go, the more you become conscious of the infinity. This "space to time" paradox become concrete in yiquan through the outside apparent immobility and softness runed by an inside high speed explosion. Master and students are looking in the same direction together and because of this, the relationship they have is different than the one a teacher have with his students. They are searching for the way that they are going to build together. The perfect comprehension of the relationship between the three fonctions wich are conception, intention and action is necessary to practice yiquan effectivly.






xianglongzhuang by master Li jianyu







In his famous treatise, master Wang xiangzhai is roughly criticizing the orientation that schools like taijiquan and baguazhang were taking in that time. On what were build those critics ?

My master did melt those arts in one. He did catch their essence and principles. He prooved by all the fights he did win in all China the good of his synthesis. Baguazhang and taijiquan have a lake of spontaneity. The habit is an inertia that make you loose the freedom and then the spontaneity. In yiquan, a well trained man works like a helix : from the outside you can't see any moove but if you try to get in, you are thrown away. It is not conscious.





Li jianyu and his master Wang xiangzhai






What difference is it between dachengquan and yiquan and what did the founder, master Wang xiangzhai, think about it ?

Actually, there is no difference. For master Wang xiangzhai, it was only a problem of perception of the real signification and deep meaning of the caracters (NB : Dacheng, the "great achievement" is a taoïst expression wich represent the ultimate state of realization of a human being.) I am affraid that politic battles, wich have nothing to see with the interpretation of the caracters, are going on about the two names. In fact, there is no difference, the important thing is to stay humble...








Short trailer of an american video introducing li jianyu's teaching







Westerner are more and more interested by the magnificient art that your master did create. Do you think that the yiquan is going to developp more in the future ?

Different aspects are interesting to the westerners but they don't know much about the history. They are going to do ordinary boxing if they don't follow the pattern fixed by master Wang xiangzhai. But it is true that it is difficult to know what is yiquan in the beginning. Its discovery depend on the intelligence of the sudent and on the relationship between students and master. It is only after long years of practice (10, 20, 30 years) that it becomes possible to feel the principles of yiquan. The future of this art in the west will, then, depend on the capacity westerners have to master it. It is a question of patience...




Master Li jianyu and me in 2004, Beijing





jeudi 14 août 2008

Interview of master Li jianyu (first part)

This interview was published by the french magazine "ART ET COMBAT" in 1995 after master Li jianyu first trip to France, the questions had being asked by françois Song. I did the translation in english...



Master Li jianyu, can you please talk to us about your beginning in the Wushu ?

I was born in 1924. Very interested in the practice of the wushu, I did already start to practice at 6 years old in a martial art school in Daxing, in the surbub of Beijing. The name of my first master was Tang fengting and he did practice Xingyiquan.

When did you meet your master, the famous Wang xiangzhai ?

When I was 18 years old, I met a martial art master named Hong lianshun in a parc. He was about 50 years old and had been the first teacher of Yao zongxun. He was very impressive because he could break stones with bare hands using his internal energie and he had a lot of gongfu. He told me that his art was nothing compared to Wang xiangzhai's one. This last had beaten him in a fight and now he felt his art was very superficial. He was advising all his student to study with master Wang xiangzhai and decided to introduce me to him as well. It was in 1943; This one was very happy to take me as a new student. I was short, very motivated and sincere. He did also appreciate to meet someone from the muslim religion. I was the only student to be muslim. At that time, Wang xiangzhai was around 58 years old.







Wang xiangzhai and his students, young Li jianyu is second from the left





What impression did he make on you ?

Well, he was very calm, very elegant. When you were seeing him, it was very difficult to imagine him practicing chinese boxing. It was a complete change as soon as he was taking a stance or a fighting position. He was then becoming very impressive in a minute and for a short time wich was, in general, long enough to finish the fight !
I was often invited to his home. He was talking about philosophy and important problems of life. From time to time, I was staying for the night. It was not only about daily physical training. He wanted me to have a right vision of the world by trying to see things through different angles. Philosophical theories were often discussed.The problem wasn't only to be physicaly strong. He talked about physical force and about force. Sometimes you have to keep this force, sometimes this force has to become explosive. In his teaching, the rule was to be soft, nifty and light outside while powerful and fast inside.


The master Wang xiangzhai had become a man of legend during his lifetime. Did you witness one of the feat that made his reputation to be ?

A famous boxer was always provoking master Wang xiangzhai. Finally, master Wang did accept the challenge and asked his opponent to choose the kind of fight he liked, with bare hands or weapons. This one, very nervous, did start to insult the master while looking for a weapon. Master Wang stayed completely unblinking, just scratching his ear, unaffected by the threat of his adversary. Seeing such an attitude, the man finally said : " I can't keep my calm like you. I feel I did already loose the fight, I give up."





Shili and walking by master Li jianyu







On what, exactly, was based the teaching of master Wang xiangzhai ?

It was essentially based on 3 exercices :
- Zhanzhuang, basic stances for the training of body and mind.
- Shili, movement to test the force.
- The walking, principles of moving
The first exercice was the only to be practiced for, at least, three years. Then, the two others were aded and could be practiced with differents levels of conscience, because without awakening, it's impossible to practice Yiquan. Patience and will are requiered. Then, he was teaching the sound, the fali, the tuishou with one arm and with two and then was coming the training of combat. It is a patern of training that absolutly need to be followed. Anyway, it's impossible to pass over this process, the "little things" are important. My master was insisting a lot on the details : How to hold a brush for the calligraphy, what is the right position for the little finger, the hand in zhanzhuang...






Fuhuzhuang by master Li jianyu








To be continued...

mercredi 6 août 2008

Gros plan technique : pizhang

Parmis les techniques que l'on pourrait dire "caractéristiques" du yiquan, nous avons déjà évoqué, précédemment, le martèlement vers le bas (zaichi).

Nous allons maintenant aborder une autre technique : le pizhang (paume qui tranche), également nommée danpiquan (technique de simple tranchant).

L'origine du pizhang se trouve, bien évidemment, dans la boxe xingyi et correspond à l'élément métal. Toutefois, la façon de pratiquer cette même technique en yiquan est quelque peu différente et possède ses propres caractéristiques.

Certains experts enseignent deux formes de tranchant vertical (le tranchant horizontal étant une forme bien différente, issu du baguazhang : xiaozhang / la paume qui coupe). Ces deux formes se nomment alors dan piquan et shuang piquan, soit la forme simple et double du tranchant. La forme simple se présente sous la forme d'attaque et défense simultanée, en attaquant alternativement main droite et main gauche. La forme double correspond à une attaque / défense groupée des deux mains.







Shi fengqi, disciple de Yang demao, en shuangpiquan






Le danpiquan, ou pizhang, est une technique redoutable aussi bien en attaque qu'en défense. La direction de sa force est relativement simple et les cibles qu'elle vient naturellement rencontrer sont sensibles (sommet du crane, nez, sternum, clavicules...)







Pizhang, par le défunt maître Wang xuanjie







Dans le livre "Yiquan duanshou shuyao yi shiyong zhanfa", Wang xiangzhai décrit cette technique de cette façon (traduction personnelle) :

"Piquan (le poing qui fend) est utilisable en Fali ou en réception à une force adverse. Cette méthode utilise la force de séparation.

Supposons que l'adversaire avance une main et lance sa force. Juste avant qu’il ne m’atteigne, je lève ma main gauche et pare le milieu de son bras dans une force composée d'envelopper, de tirer, d’absorber et d’abaisser. Pour cela, je dois sortir mon pied gauche. Ensuite, ma main droite sort du dessus de mon bras gauche et attaque en fendant le visage de l'adversaire. La main et le pied doivent être coordonnés en un seul geste dans lequel le dos et les lombaires jouent un rôle important. A la sortie de mon pied gauche et de ma main gauche, tout le corps (de gauche à droite en passant par le dos et les lombaires) tourne et lance une force spirale qui longe mon bras gauche et atteint le corps de mon adversaire de manière à le déraciner. En même temps, mes deux bras forment un croisement qui bloque son bras droit. Je le fends avec la force explosive. Mon adversaire sera renversé. Ceci est la contre-attaque en avançant.

Si l'adversaire avance sa main droite et attaque tout en essayant de me donner un coup de pied, je recule mon pied gauche et la suite est similaire à la description précédente. Cette méthode est la conte-attaque en reculant.

Cette technique ne ressemble en aucun point au Piquan du Xingyi.

Dans la vie quotidienne, j'observe souvent des bagarres entre chipies qui se griffent le visage et la poitrine. Ces exécutions spontanées m'intéressent énormément. Un proverbe dit : « Lorsque tu frappes, ne frappe pas au visage». Ces deux idées sont à l'origine de la technique Piquan. Les gens qui lisent ceci vont se moquer de l'absurdité du Dachengquan : prendre comme exemple des bagarres entre femmes !

Cependant je considère que la pratique est le seul critère de jugement pour une technique : « Peu importe l’objet que j'ai en main pour te frapper, une théière ou un pot de chambre, à partir du moment ou je t'ai touché, il devient un arme formidable ! » ...

...Lors de l’entraînement quotidien, il faut alterner entre la gauche et la droite, entre l’avant et l’arrière. Que ce soit en avançant ou en reculant, il est toujours possible d’expulser une force homogène adéquate. En partant d’une forme déployée, il faut arriver progressivement à la diminuer afin de transcender les apparences. Il n’y a, alors, plus de forme mais l'esprit demeure... "






Pizhang en marche mocabu, puis sanjiaobu et en statique (légers fali)

lundi 4 août 2008

Une vision intéressante du Yiquan : Chen Yan

Monsieur Chen yan est le fils ainé de Chen zhihao, lui même disciple de Wang xiangzhai. Il a étudié sous la direction de son père ainsi que celle de Yao zongxun et a eu le privilège de suivre quelques cours du fondateur, lorsque celui-ci enseignait au parc Zhongshan dans les années 50.
je l'ai rencontré il y a quelques années à Pékin chez le maître Wang yufang et sa vision du yiquan ainsi que son parcourt m'a poussé à en savoir plus de ce personnage fort sympathique. J'ai donc eu le plaisir d'un entretien privé avec lui au cour duquel il a bien voulu me livrer ses réflexions personnelles sur l'art de Wang xiangzhai :




La pratique du yiquan met en cause trois types de capacités :

- Les capacités primaires
- Les capacités résultant de l'apprentissage
- Les capacités "surhumaines" ou "instinct de survi"

Ces capacités sont le résultat d'une combinaison entre :

- Jingshen => les manifestations de l'esprit
- Yigan => L'utilisation du "sixième sens"
- Ziranli => La force naturelle, de tout le corps

Les capacités considérées comme "surhumaines" liées à l'instinct de survie mobilisent le sixième sens. Par sixième sens, il faut comprendre un moyen d'obtenir des informations qui ne sont liées à aucun des 5 sens. Ou plutôt, une sublimation des cinq autres sens unis au plus haut point et donc portés à leur paroxysme.

Ces capacités sont intimement liées à l'entraînement du Yi (l'intention).

Ainsi se justifie le terme Yiquan, choisi par Yao zongxun pour nommer officiellement la boxe de son maître dans les années 80, alors qu'il avait été désigné pour en représenter la première association.





Travail du sixième sens





Le yi est constamment sollicité dans cette boxe. Il faut utiliser l'intention pour trouver la bonne position des bras dans la posture, par exemple. Trop éloignés du corps, les bras n'ont pas la force pour pousser. Trop proche du corps, ils ne peuvent plus tirer efficacement...


La force hunyuan, elle, est constituées de 4 forces :
- Cheng => pousser / appuyer
- Bao => porter / embrasser
- Ning => vriller
- Guo => envelopper

Lors du Tuishou (Tingjing, écouter le jing adverse), si l'on respecte un équilibre de ces 4 forces en écoutant le jing adverse, une ouverture sera créée au moment où un de ces 4 jing sera en proportion inférieure chez lui, entrainant un déséquilibre de toute sa structure.



Pratique du jijizhuang dit "chengbao ningguo"



Monsieur Chen yan a surtout retenu de l'enseignement de Wang xiangzhai la possibilité de faire évoluer les différentes intentions en fonction du niveau du pratiquant, afin d'avancer encore et toujours dans la pratique.



L'auteur en compagnie de Monsieur Chen yan à Pékin en 2004



samedi 2 août 2008

Les secrets des arts martiaux

Il est, parmis les légendes des arts martiaux et des arts en général, une idée fortement répandu et qui contribue à une mystification "négative" de ceux-ci : Il existerait des secrets, jalousement gardés par les maîtres pour n'être révélés qu'à certains disciples.
L'idée du "truc secret", du "petit plus" que personne ne doit savoir et qui n'est révélé qu'à certains élèves n'a pourtant aucun précédent dans l'histoire, si on l'examine plus en détail.

Si l'on prend comme exemple l'histoire d'un grand maître du passé, Li luoneng, cette mystification parrait alors bien dérisoire...







Représentation de Li luoneng







Li luoneng, très interessé par la pratique de l'art martial dès son plus jeune age, se serait rendu dans la province du Shanxi afin d'y rencontrer la famille Dai, dont il avait entendu parler. Il aurait fini par apprendre leur art, dont la transmission était pourtant réservé aux membres du clan uniquement. Certaines histoires le présentent comme un serviteur des Dai, qui aurait appris en épiant les pratiquants avant de devenir disciple de Dai longbang. Cette version nous parrait quelque peu romancé pour différentes raisons :

- Monsieur Li feifu, connu sous le pseudonyme de luoneng fut un commerçant et non un pauvre serviteur.

- La légende du "serviteur qui apprend en épiant son maître" est courante en Chine, on la retrouve, entre autre, dans l'histoire de la transmission du taijiquan des Chen à Yang luchan, autre méconnaissance historique.






Représentation de Dai longbang






Li Luoneng est pratiquement toujours cité comme un disciple direct de Dai Longbang. Sun Lutang, dans son ouvrage intitulé « Véritable description du sens de la boxe », nous expose sa version de l’apprentissage de Li Luoneng :

« Monsieur Li Feifu, connu sous les nom de Nengran et de Luoneng, se rendit à Taigu, province du Shanxi, pour affaires. Il était passionné par l’art martial. A Taigu, il entendit parler de Dai Longbang, qui excellait dans l’art du Xingyiquan, et décida de lui rendre visite. Lorsque la rencontre eu lieu, Li fut surpris par les bonnes manières, très raffinées, de Dai. Ce qu’il ne comprenait pas venant d’une personne censée exceller dans l’art martial. Il décida alors de s’en aller. Ce n’est que plus tard que Li Luoneng devint disciple de Dai Longbang, après une cérémonie officielle d’acceptation. »

Les pratiquants actuels de la province du Shanxi considèrent Dai Wenxun, le second fils de Dai Longbang (Dai Erlü), comme le maître véritable de Li Luoneng. Cette version de l’histoire, plus envisageable d’un point de vue chronologique (Dai longbang serait mort en 1802 et Li luoneng serait né en 1803 !), nous est confirmé de manière écrite par le texte figurant sur la stèle funéraire du maître Che Yizhai, disciple de Li Luoneng ( Cette stèle est toujours visible dans la ville de Taigu, province du Shanxi) :

« L’art martial est l’art majeure de la Chine et se divise en école interne, externe et de Shaolin. Cet art fut florissant dans notre province sous les règnes des empereurs Xianfeng (1851 – 1861) et Tongzhi (1862 – 1874). Il était pratiqué par les disciples de Wang Changle et Dai Wenxun…Monsieur Dai, surnommé Er Lü, était du comté de Qi. Le Xinyi de la famille Dai, transmis au sein du clan Dai, appartient à la branche externe de Shaolin et fut transmis à l’extérieur de la famille à Li Luoneng. »




Stèle du tombeau de Che yizhai à Taigu






Sous ce nouveau regard, nous pouvons mettre en valeur deux informations essentielles :

- L'art fabuleux de Dai longbang ne fut pas transmis de manière directe à Li luoneng mais via l'intermédiaire de son second fils, dont le nom n'est pourtant pas resté dans l'histoire.
- Li luoneng n'a certainement pas épié les secrets de la famille Dai. Il a simplement reçu un enseignement de celle-ci et s'en est servi pour créer son école : le Xingyiquan.


En yiquan, on entend souvent que le zhanzhuanggong fut tenu secret pendant des générations. Alors que la posture Santishi du Xingyiquan et de "se tenir comme un singe" du Xinyiliuhequan ont toujours fait partie de l'enseignement classique...

Les postures jijizhuang n'étant bien qu'une version légèrement modifiée de santishi quand à la répartition des forces corporelles.




Yu hongkun, disciple de Wang xuanjie, dans la classique posture jijizhuang "d'écarter les nuages", très similaire à la posture santishi du xingyiquan






Pour être plus concis, nous affirmerons simplement que "le seul secret des arts martiaux est qu'il n'y a aucun secret".

Cette révélation étant le thème principal du dernier film d'animation de Dreamworks (Kungfu Panda, http://www.kungfupanda.fr/ ), même le néophyte de moins de 10 ans connait désormais cette vérité...


S'exprimant en d'autres termes, plus durs à l'égard du pratiquant mais tellement vrai, un célèbre maître de l'école Yongchunquan à Taiwan disait :

"Le seul secret des arts martiaux, c'est qu'il faut travailler dur. Ceux qui affirment détenir un secret qui leur a été enseigné en porte fermée sont des escrocs qui veulent soutirer de l'argent à leurs élèves ! "


vendredi 1 août 2008

Interview du maître Li jianyu (deuxième partie)

Dans son fameux traité, le maître Wang xiangzhai critique sévèrement l'orientation prise de son temps par les écoles comme le taijiquan ou le baguazhang. Sur quoi se fondait-il pour tenir ces propos ?

Mon maître a réuni tous ces arts en un. Il en a tiré l'essence et les principes. Il a prouvé par les combats qu'il a remporté dans toute la Chine le bien fondé de cette synthèse. Le baguazhang et le taijiquan manquent de spontanéïté. L'habitude est une inertie, on perd la liberté, donc la spontanéïté. En yiquan, une personne entrainée fonctionne comme une hélice. On ne voit extérieurement aucun mouvement mais si l'on tente de rentrer, on est projeté. Cela ne fait pas appel à la conscience.





Le maître Li jianyu enseigne le tuishou à Paris lors d'un stage






Quelle différence y-at-il entre le dachengquan et le yiquan et qu'en pensait le fondateur, maître Wang xiangzhai ?

An fond, il n'y a pas de différence. Chez maître Wang xiangzhai, il n'y avait qu'un problème de percéption de la réelle signification et du sens profond des idéogrammes. (NDLR : Dacheng, "le grand accomplissement" est un terme taoïste qui désigne le stade suprème de réalisation de l'individu...) Je crains des querelles politiques sous couvert de différence de nom qui ne se réfèrent pas au problèmes d'interprétation posés par les idéogrammes. En fait, il n'y a pas de différence, il suffit d'être humble...





Fuhuzhuang, la posture de "maintenir le tigre", par le maître Li jianyu




Les occidentaux se tournent de plus en plus vers l'art magnifique créé par votre maître. Pensez-vous que le yiquan va encore se développer à l'avenir ?

Différents aspects intéressent les occidentaux mais ils ignorent tout de l'histoire. Ils risquent de faire de la vulgaire boxe s'ils ne remplissent pas le shéma de travail fixé par maître Wang xiangzhai. Au début, il est cependant difficile de savoir ce qu'est le yiquan. Sa découverte dépend de l'intelligence des personnes et de la relation entre étudiants et maîtres. C'est seulement après de longues années de pratique (10, 20, 30 ans) que l'on peut ressentir les principes du yiquan. L'avenir de cet art en occident dépendra par conséquent de la capacité des occidentaux à maîtriser le yiquan. C'est une question de patience...




L'auteur en compagnie du maître Li jianyu à Pékin en novembre 2004