Monsieur Chen yan est le fils ainé de Chen zhihao, lui même disciple de Wang xiangzhai. Il a étudié sous la direction de son père ainsi que celle de Yao zongxun et a eu le privilège de suivre quelques cours du fondateur, lorsque celui-ci enseignait au parc Zhongshan dans les années 50. je l'ai rencontré il y a quelques années à Pékin chez le maître Wang yufang et sa vision du yiquan ainsi que son parcourt m'a poussé à en savoir plus de ce personnage fort sympathique. J'ai donc eu le plaisir d'un entretien privé avec lui au cour duquel il a bien voulu me livrer ses réflexions personnelles sur l'art de Wang xiangzhai :
La pratique du yiquan met en cause trois types de capacités :
- Les capacités primaires - Les capacités résultant de l'apprentissage - Les capacités "surhumaines" ou "instinct de survi"
Ces capacités sont le résultat d'une combinaison entre :
- Jingshen => les manifestations de l'esprit - Yigan => L'utilisation du "sixième sens" - Ziranli => La force naturelle, de tout le corps
Les capacités considérées comme "surhumaines" liées à l'instinct de survie mobilisent le sixième sens. Par sixième sens, il faut comprendre un moyen d'obtenir des informations qui ne sont liées à aucun des 5 sens. Ou plutôt, une sublimation des cinq autres sens unis au plus haut point et donc portés à leur paroxysme.
Ces capacités sont intimement liées à l'entraînement du Yi (l'intention).
Ainsi se justifie le terme Yiquan, choisi par Yao zongxun pour nommer officiellement la boxe de son maître dans les années 80, alors qu'il avait été désigné pour en représenter la première association.
Travail du sixième sens
Le yi est constamment sollicité dans cette boxe. Il faut utiliser l'intention pour trouver la bonne position des bras dans la posture, par exemple. Trop éloignés du corps, les bras n'ont pas la force pour pousser. Trop proche du corps, ils ne peuvent plus tirer efficacement...
La force hunyuan, elle, est constituées de 4 forces : - Cheng => pousser / appuyer - Bao => porter / embrasser - Ning => vriller - Guo => envelopper
Lors du Tuishou (Tingjing, écouter le jing adverse), si l'on respecte un équilibre de ces 4 forces en écoutant le jing adverse, une ouverture sera créée au moment où un de ces 4 jing sera en proportion inférieure chez lui, entrainant un déséquilibre de toute sa structure.
Pratique du jijizhuang dit "chengbao ningguo"
Monsieur Chen yan a surtout retenu de l'enseignement de Wang xiangzhai la possibilité de faire évoluer les différentes intentions en fonction du niveau du pratiquant, afin d'avancer encore et toujours dans la pratique.
L'auteur en compagnie de Monsieur Chen yan à Pékin en 2004
Dans son fameux traité, le maître Wang xiangzhai critique sévèrement l'orientation prise de son temps par les écoles comme le taijiquan ou le baguazhang. Sur quoi se fondait-il pour tenir ces propos ?
Mon maître a réuni tous ces arts en un. Il en a tiré l'essence et les principes. Il a prouvé par les combats qu'il a remporté dans toute la Chine le bien fondé de cette synthèse. Le baguazhang et le taijiquan manquent de spontanéïté. L'habitude est une inertie, on perd la liberté, donc la spontanéïté. En yiquan, une personne entrainée fonctionne comme une hélice. On ne voit extérieurement aucun mouvement mais si l'on tente de rentrer, on est projeté. Cela ne fait pas appel à la conscience.
Le maître Li jianyu enseigne le tuishou à Paris lors d'un stage
Quelle différence y-at-il entre le dachengquan et le yiquan et qu'en pensait le fondateur, maître Wang xiangzhai ?
An fond, il n'y a pas de différence. Chez maître Wang xiangzhai, il n'y avait qu'un problème de percéption de la réelle signification et du sens profond des idéogrammes. (NDLR : Dacheng, "le grand accomplissement" est un terme taoïste qui désigne le stade suprème de réalisation de l'individu...) Je crains des querelles politiques sous couvert de différence de nom qui ne se réfèrent pas au problèmes d'interprétation posés par les idéogrammes. En fait, il n'y a pas de différence, il suffit d'être humble...
Fuhuzhuang, la posture de "maintenir le tigre", par le maître Li jianyu
Les occidentaux se tournent de plus en plus vers l'art magnifique créé par votre maître. Pensez-vous que le yiquan va encore se développer à l'avenir ?
Différents aspects intéressent les occidentaux mais ils ignorent tout de l'histoire. Ils risquent de faire de la vulgaire boxe s'ils ne remplissent pas le shéma de travail fixé par maître Wang xiangzhai. Au début, il est cependant difficile de savoir ce qu'est le yiquan. Sa découverte dépend de l'intelligence des personnes et de la relation entre étudiants et maîtres. C'est seulement après de longues années de pratique (10, 20, 30 ans) que l'on peut ressentir les principes du yiquan. L'avenir de cet art en occident dépendra par conséquent de la capacité des occidentaux à maîtriser le yiquan. C'est une question de patience...
L'auteur en compagnie du maître Li jianyu à Pékin en novembre 2004
Ceci est la transcription d'une partie de l'interview réalisée par le magasine ARTS ET COMBATS en 1995, lors de la première venue du maître Li jianyu en France. Les propos du maître avaient été recueillis par François Song.
Maître Li jianyu, puvez vous nous parler de vos début dans le wushu ?
Je suis né en 1924. Très intéressé par la pratique des wushu, j'ai commencé dès l'age de six ans à fréquenter une école d'arts martiaux à Daxing, dans la banlieue de Pékin. Le nom de mon premier maître était Tang fengting et il pratiquait le Xingyiquan.
A quelle occasion rencontrez-vous le maître-fondateur, le fameux Wang xiangzhai ?
Lorsque j'avais 18 ans, j'ai rencontré un maître d'arts martiaux nommé Hong lianshun dans un parc. Il avait environ 50 ans et avait été le premier professeur de Yao zongxun. Il était très impressionant car il cassait des pierres avec ses mains grâce à son énergie interne et il avait beaucoup de gongfu. Il me dit que son art n'était rien à coté de celui du maître Wang xiangzhai. Celui-ci l'avait battu lors d'un défi et il trouvait maintenant son art bien superficiel. Il conseillait à tous ses élèves d'étudier auprès de maître Wang xiangzhai et décida également de m'introduire auprès de ce maître. C'était en 1943. Celui-ci fut très heureux de me prendre comme élève. j'étais petit, très motivé et très sincère. Il appréciait aussi de rencontrer une personne de religion musulmane. J'étais en effet le seul élève dans ce cas. A cette époque maître Wang était agé d'environ 58 ans.
Li jianyu en compagnie de son maître Wang xiangzhai, le fondateur du yiquan
Quelle impression vous fit -il ?
Il était très calme, très élégant. En le voyant comme cela, il était bien difficile de s'imaginer que c'était un pratiquant de boxe chinoise. Mais tout changeait lorsqu'il prenait une posture où se mettait en position de combat. Il devenait très rapidement impressionnant et le restait pendant un très court moment. C'était suffisant pour terminer le combat. J'étais souvent invité chez lui. Il parlait de philosophie et des problèmes important de la vie. De temps en temps, je passais la nuit chez mon maître. Il ne s'agissait pas seulement d'entraînement physique quotidien. Il voulait que je possède une vision correcte du monde en voyant les choses sous des angles différents. Le théories philosophique étaient abordées. Le problème n'était pas seulement d'être fort physiquement. Il parlait de force physique et de force. Parfois il faut stocker cette force, parfois cette force doit devenir explosive. Dans son enseignement, le principe, c'était d'être souple, habile, léger à l'extérieur, tandis qu'à l'intérieur on était puissant et rapide.
Le maître Wang xiangzhai était devenu, de son vivant, un homme de légende. Avez-vous assisté à l'une de ces prouesses qui ont fait sa réputation ?
Un boxeur célèbre provoquait sans cesse maître Wang xiangzhai. Finalement, ce dernier accepta le défi et demanda à son adversaire de choisir le type de combat, à mains nues ou avec arme. Celui-ci, très excité, commença à vitupérer et insulter le maître tout en se mettant à la recherche d'une arme. Le maître Wang restait parfaitement impassible, se grattant l'oreille, insensible aux menace de son adversaire. Devant une telle attitude, il lui dit finalement : "Je ne peux gardre mon calme comme vous. Je me sens déjà perdant, je renonce au combat."
Le maître Li jianyu, shili en déplacement.
Sur quoi reposait exactement l'enseignement du maître wang xiangzhai ?
Il était essentiellement basé sur 3 exercices : - Le zhanzhuang, postures de base pour la préparation physique et l'intention. - Le shili, mouvement pour tester la force. - La marche, principes de déplacement. Le premier exercice était le seul qui était pratiqué pendant au moins trois années. Ensuite, on ajoutait les deux autres qui pouvaient être pratiqué avec différents états de conscience, car sans éveil, il n'est pas possible de pratiquer le yiquan. Il faut de la patience et de la volonté. Puis, il faisait travailler le son, le fali, le tuishou à un bras puis à deux et enfin le combat. C'est un schéma d'entraînement qui doit absoluement être respecté. De toutes façons, on ne peut pas sauter ce processus, les "petites choses" sont importantes.
Extrait d'une vidéo de li jianyu produite aux Etats-unis.
Mon maître insistait beaucoup sur les détails : Comment tenir une brosse pour la calligraphie, comment positionner les doigts, la main dans le zhanzhuang... La boxe, sous des apparences sauvages, s'appuie paradoxalement sur des théories très raffinées qui ont des milliers d'annés d'expérience. Plus vous avancez, plus vous prenez conscience de l'infini. Ce paradoxe espace - temps est concrétisé en yiquan par un aspect extérieur d'apparente immobilité et de douceur assuré par une grande vitesse d'explosion intérieure. Maître et élèves regardent ensemble dans la même direction. En cela, leur relation diffère de celle du professeur à ses étudiants. Ils cherchent le chemin qu'ils vont construire ensemble. La parfaite compréhension des relations entre les trois fonctions que sont conception, intention et action est indispensable pour pratiquer efficacement le yiquan.
...Pendant mes années sous la direction de You pengxi, j'avais un entrainement quotidien avec lui le matin, j'ai appris d'autres aspects du yiquan et du qigong. En fait, pour résumer, avec maître Guo lianyin, c'était essentiellement du taijiquan, du bagua et un peu de xingyi. Avec maître Han xingyuan, c'était 95 % de xingyi et avec maître You pengxi, c'était 10 % de xingyi et puis du qigong et de l'émission de force (fajing). Malheureusement et par la plus triste des coincidences, mes trois maîtres sont décédés la même année, en 1984. L'un en février, l'autre en avril et le troisième en juillet. Je n'ai donc pas pu étudier très longtemps avec You pengxi.
Docteur You pengxi, disciple de Wang xiangzhai, aux Etats-unis
Une autre chose que j'ignorais et que j'ai appris plus tard était que mes trois maîtres étaient frères de pratique : Tous les trois avaient été disciple de Wang xiangzhai...
...Je me souviens qu'au tout début de ma pratique, un jour, alors que je sortais du studio ou nous nous entrainions, je me heurtais par mégarde contre maître Guo qui venais vers moi. Je lui suis rentré dedans et là, BAM ! Je me suis retrouvé 3 mètres en arrière. Je me suis dit que ce vieil homme était bien costaud, j'avais eu l'impression de heurter un roc. A l'époque, je débutais et je n'avais pas compris que cela venait du neigong. J'avais eu l'impression de rebondir comme un ballon de basket. Plus tard, j'ai ressenti la même chose lorsque maître Han me projetait.
Guo lianyin, démontrant le baguazhang aux Etats-unis
Par rapport à l'enseignement du professeur You pengxi, je ne veux faire aucune comparaison avec mes deux autres maîtres. Mais, tout d'abord, il avait créé sa propre école, le kongjing. La première fois que je l'ai vu pratiquer, je me suis un peu demandé ce qu'il faisait. Il bougeait juste ses mains comme des vagues sans la toucher et madame You partait en arrière comme une balle qui rebondi. Au début de son enseignement, il ne s'agissait que de posture statiques quotidiennes pour faire descendre notre qi, puis il nous enseigna progressivement comment faire les fajing et comment rebondir comme un ballon de basket et s'éjectant de façon à ne pas partir en déséquilibre lorsque l'on était projeté, et ce, afin d'éviter de se faire mal en tombant à terre...
Démonstration de kongjing par Cheuk fung et ses élèves
...Lorsque l'on poussait professeur ou madame You, la plupart du temps, on sentait notre énergie s'en aller et on se sentait alors très affaibli. Mais parfois, lorsqu'on parvenait à les pousser, on se retrouvait soudainement dans les airs. La première fois que j'ai essayé de pousser madame You, elle était debout au bord d'une estrade d'un mètre de haut, je lui ai dit que j'allais la faire tomber de l'estrade en poussant et elle m'a répondu "pas grave, viens ! " Je me suis retrouvé face à un bloc et, finalement, lorsque je décidais d'y mettre toute mon énergie, je me suis fait projeter en arrière sans qu'elle n'ai bougé d'un pouce ! Et avec maître You, c'était pareil mais en beaucoup plus fort."
Henry Look, disciple de You pengxi, Han xingyuan et Guo lianyin
A la fin des années 60, en raison de problèmes de santé, henry Look décide de débuter la pratique du Taijiquan à San Fransisco. Américain d'origine chinoise, il a déjà rencontré beaucoup d'experts d'arts martiaux en Chine dans son enfance...
"Je cherchais un bon professeur de tajiquan et on me recommanda un vieux monsieur qui enseignait dans un parc de Chinatown. On l'appelait maître Guo, son nom était Guo lianyin. C'est comme ça que je suis arrivé à la pratique du Taiji, mais tout ce qui m'interessait à l'époque, c'était une pratique pour la santé. Je pense que j'ai eu beaucoup de chance de tomber sur maître Guo. J'entretenais de bonnes relations avec lui et, ainsi, il m'a enseigné plus que ce que j'étais capable d'apprendre pendant toute la période ou j'ai été son élève, qui dura tout de même sept années. Ensuite, pour des raisons personnelles, j'ai du arrêter la pratique et j'ai été surpris qu'il accèpte aussi simplement que j'arrête de suivre son enseignement. Il m'a donc laissé partir.
Guo lianyin, disciple de Wang xiangzhai, en jijizhuang
Bien évidemment, je ne savais pas grand chose de lui. Pendant cette période, maître Guo m'avait donné un petit apperçu de ce qu'est le Xingyi et le Bagua, en plus du Taiji. Mais c'était vraiment difficile d'apprendre avec lui car son enseignement était "à l'ancienne"... Tout ce que me disait maître Guo, c'était "fangsong yi dian" (encore plus détendu). Ce n'est que bien des années plus tard, lorsque maître Han xingyuan me proposa de m'expliquer tout ce que je ne comprenais pas, un soir ou il avait bu quelques verres, que j'ai compris l'étendu de ce que j'avais appris à ce moment. Ensuite, donc, j'ai pu étudier sous la direction de maître Han xingyuan, qui venait de temps à autre aux Etats unis. Je me rendais souvent au Japon pour mon travail à cette époque et, à chaque fois que j'y allais, je m'arrangeais pour rendre visite à maître Han à Hong Kong. Donc, je ne l'ai finallement pas vu autant que mes autres maîtres mais chaque entrevue était intense et je notais systèmatiquement tout ce que j'avais vu avec lui lors de mes visites. J'ai, en fait, beaucoup appris avec lui même si je ne le voyais pas quotidiennement.
Han xingyuan, disciple de Wang xiangzhai, bengquan et jijizhuang
Dans les années 70, à l'époque ou j'étudiais sous la direction de Guo lianyin, un de mes camarades demanda un soir au maître qui était, selon lui, le meilleur artiste martial en Chine, le plus grand shifu. Et là, maître Guo a répondu que la seule personne qu'il respectait était You pengxi. Nous, on s'est dit qu'il devait vraiment être très fort parcequ'on avait l'habitude de le voir ne rien répondre et juste s'en aller pour éviter de dire du mal lorsqu'on lui demandait son avis sur tel ou tel expert ! Mon ami martin Lee qui était docteur en physique avait été invité en Chine dans les années 80 pour une conférence. Il avait essayé de localiser You pengxi mais sans succès. Comme c'était encore une période de communisme dure, les artistes martiaux ne se montraient pas, personne n'osait parler de lui et tout le monde lui avait répondu qu'il était mort. En plus, You pengxi était de ces chinois qui avait fait une partie de ses études en occident, assez mal vu à cette époque. Il avait eu son diplôme de médecine occidentale en Allemagne et s'était spécialisé dans la dermathologie.
L'année suivante, martin retourna à Shanghai et fini par le rencontrer, lui et sa femme. C'était en 1981. Il lui démontra quelques expression de la force interne que l'on peut acquérir grace à la pratique du Qigong. Il pratiqua le Kongjing sur madame You, il la faisait sauter et rebondir dans tous les sens...
Le docteur You pengxi et son épouse Ouyang min
...Finalement, ils étaient interessé pour venir aux Etats unis et nous avons alors décidé de prendre les frais à notre charge. Maître Guo avait dit qu'il était le meilleurs, alors ça devait vraiment en valoir la peine. Martin s'en est occupé et il a pu lui avoir une invitation par deux universités qui étaient intéressées pour faire des recherches sur le qi, elles prirent finallement les frais à leur charge pour le voyage et le logement des deux époux.
Un jour, quelqu'un se présenta au temple Taimiao et, après avoir projeté plusieurs personnes en tuishou, il demanda à faire tuishou avec Yang yuting en personne. Celui-ci était très différent de Wang maozhai : très courtois, il ne souhaitait jamais humilier qui que ce soit dans ses actes. En faisant le tuishou avec le visiteur, il eut plusieurs fois l'avantage mais ne poussa pas ses techniques jusqu'à projeter son opposant après l'avoir mis en déséquilibre, se contentant d'arrêter son mouvement dès qu'il sentait avoir le dessus. Celui-ci, ne s'en rendi même pas compte et fini par prendre l'avantage sur Yang yuting, le faisant reculer. Le jeune Wang, voyant cela, demanda à prendre la place de son maître et projeta alors son opposant 7 fois d'affilées contre un mur avant que son maître ne lui ordonne d'arrêter.
Wang peisheng démontre les principes du tuishou
L'inconnu revint le lendemain, il voulait faire combattre avec le jeune Wang car il n'avait rien compris de ce qui lui était arrivé la veille. Ce jour là, wang peisheng le projetta si violemment au sol que l'inconnu en perdit connaissance. Wang maozhai était alors présent et assista à la scène. A la suite de cela il demanda à parler au jeune peisheng et lui annonça que désormais il pourrait venir tous les soirs à sa demeure pour pratiquer directement avec lui. Cette attitude était extrêmement rare à l'époque car les grand maîtres n'osait pas intervenir dans l'enseignement de leur disciples-maitre.
Wang peisheng pu donc s'entrainer et pratiquer tuishou quotidiennement avec le grand maître Wang maozhai qui, comme il travaillait alors dans le commerce des pierres, s'entrainait souvent sur son lieu de travail. Il pratiquait le tuishou sur une pierre qu'il avait tant poli à force de se tenir dessus qu'elle était glissance comme une patinoire. Wang peisheng confia plus tard que cet exercice était très difficile et que rien que se tenir debout, immobile, sur cette piere demandait beaucoup d'efforts. Il pu croiser les mains avec le grand maître pendant huit années. Il demarra à cette époque l'étude du taijiquan avec un autre disciple de Quan you, le maître Guo fen.
Tant d'effort et de travail finirent par ammener Wang maozhai à autoriser le jeune peisheng à enseigner. Il avait alors 18 ans et fut considéré comme un des plus jeune maître de l'art martial en Chine.
Wang peisheng, baguazhang
Le jeune Wang ne cessa jamais d'apprendre toujours et encore plus sur l'art martial. A partir de l'age de quinze ans, il avait démarré l'étude de deux autres écoles du baguazhang, celle de Cheng tinghua et celle de Liu dekuan, ainsi que le tongbeiquan, le bajiquan, le xingyiquan avec Han muxia et la lutte chinoise. Parallèlement à cela il étudia la culture traditionnelle en suivant l'enseignement de maîtres du Taoïsme, du Confuciannisme et du Bouddhisme.
Han muxia, de qui il reçu l'enseignement en xingyiquan et baguazhang, était le meilleur disciple de Zhang zhaodong. Certains dirent de son gongfu qu'il était même suppérieur à celui de Zhang. Le haut niveau de Wang peisheng lui permit de recevoir des instructions précises et avancées que les élèves du maître n'ont sûrement pas reçu eux-même.
Dans les années 50, il créa avec d'autres maîtres une association pour y enseigner l'art martial. A cette époque, Wang xiangzhai, le fondateur du dachengquan lui dit un jour : "Peisheng, je garde toujours ton nom brodé dans la manche de ma veste." Cette remarque était en référence à la célèbre oeuvre littéraire des "trois royaumes" dans laquelle Caocao, roi des Wei, ayant entendu la féroce réputation de Zhang fei, demande à tous ses généraux de broder son nom dans leur manche. Ils pourront ainsi se souvenir de quel adversaire dangereux il est, s'ils venaient à le croiser un jour au combat.
En 1953, Wang peisheng fini de concrétiser un travail important : la création de la forme de style Wu en 37 mouvements. A cette époque, il enseignait à l'école suppérieure de l'industrie de Pékin. Certains universitaires et étudiants se plaignaient souvent que la forme traditionnelle soit trop longue à exécuter. En 40 minutes, il leur était impossible de réaliser entièrement ne fut-ce qu'un enchainement. C'est ce qui donna l'idée à maître Wang de créer sa forme de 37 postures. La première chose qu'il fit fut de supprimer les répétitions d'une même technique dans la forme, ce qui amena à 37 postures. Ensuite il arrangea l'enchainement de ces techniques de façon à ce que la forme débute par des mouvements simples en allant vers de plus complexes et pour revenir à des techniques simples et relaxantes à la fin du Taolu.
Wang peisheng, taijiquan
Il continua d'expérimenter cette nouvelle forme en l'enseignant et pensait même pouvoir être encore plus efficace en réduisant encore le nombre de postures, se limitant à seulement quelques unes. Il avait analysé la façon d'enseigner des anciens et en avait déduit que c'était par la répétition sans fin de l'enchainement que les élèves devaient finir par avoir la sensation correcte, les maîtres n'expliquant pratiquement rien en détail. Cette méthode ne permet d'acquérir le véritable gongfu qu'aux disciples les plus sensitifs et intuitifs. Pour les autres, des dixaines d'années de pratiques ne donnaient parfois aucun résultat. Donc, maître Wang peisheng, en plus de diminuer le nombre de mouvement, enseigna de manière très précise la façon de les exécuter : les directions, les angles et tous les petits détails étaient livrés. Ensuite, il utilisa la terminologie du liuhebafa pour expliquer chaque technique. Et, finalement, il donna des explications précises sur l'utilisation du shen, du yi et du qi dans chaque technique et enseigna comment les enchainer correctement de façon à ne pas disperser l'energie lors des changements. Après des années de recherches et de travail, il enseigna sa nouvelle forme publiquement.
Partie de la forme des 37 postures du stule Wu
Les années qui suivirent l'arrivée des communiste au pouvoir furent difficiles. Souvent, la sécurité ne tenait qu'à peu de chose, comme la sympathie du responsable locale du partit, qui représentait l'autorité de l'organe politique central.
Wang peisheng eu, à cette époque, l'opportunité de créer un contact avec un personnage important des arts martiaux qui était bien placé au gouvernement. Mais l'attachement que maître Wang avait pour les valeurs traditionnelles firent de cet officiel un enemi à vie plutôt qu'un alié. Cette personne, qui pratiquait le Xingyiquan, rendit visite à Wang peisheng au début des années 50 dans son école de Huitong. Elle avait une haute opinion d'elle même et voulait discuter avec lui des véritables capacités aux combat. Au début de l'échange, Wang peisheng ne se permit pas de répliquer, au regard de la haute fonction de son invité, et se contenta de se défendre, ce qui ne fut pas pour plaire à l'officiel qui attendait un combat réel. Finalement Wang peisheng ne se retint plus et projeta plusieurs fois l'homme, le rejetant même hors de l'école à un moment de leur échange. Ils se rendirent alors à la maison d'un autre expert chez qui Wang domina son adversaire encore plusieurs fois. Il avait humilié cette personne en public. A partir de ce moment et pour les trente années qui suivirent, Wang peisehng fut mis à l'écart. Il ne pu rien publier et son nom ou sa photo n'apparurent dans aucune revue. Cette personne garda une dent contre lui jusqu'à la fin de sa vie et parla même à son successeur de Wang comme d'une mauvaise personne qu'il fallait surveiller. Ce n'était encore rien comparé à ce qui allait suivre...
Dans les années 60, années difficiles de l'histoire de la Chine et de son gouvernement communiste, un élève de Wang peisheng fut suspecté d'être anti-révolutionnaire pour des propos qu'il avait tenu. Une perquisition chez lui fit découvrire un journal dans lequel il écrivait ses pensées librement. Il y imaginait un gouvernement dans lequel son maître occuperait un poste important, ce qui suffit pour le faire arrêter lui et les autres experts mentionnés. Wang peisheng fut condamné à 5 ans de prison qui devinrent en fait 17 années de détention...
Pendant les trois premières années, le maître Ma donna au jeune Wang sa leçon quotidienne au domicile même de la famille de l'enfant. C'était la première chose qui démarrait sa journée. Il prenait ensuite le petit déjeuné à la maison des Wang et s'en allait à ses occupation d'enseignant. Il enseigna à Wang le luohanquan de Shaolin, le style Yin de baguazhang et les armes. Wang travaillait dur, refléchissait beaucoup à sa pratique et obtenait les réponses à toutes les questions qu'il posait. A l'age de treize ans, soit un an après avoir rencontré maître Ma, alors qu'il continuait son apprentissage du baguazhang, Wang peisheng devint disciple de deux autres maîtres réputés : le maître Zhang yuliang, avec qui il commença l'apprentissage du tantui de la branche musulmane et le maître Yang yuting, avec qui il débuta l'apprentissage du taijiquan. Les deux hommes enseignaient à l'époque au troisième institut d'éducation populaire, qui se trouvait juste derrière la maison des Wang.
Le maître Zhu baozhen de Pékin démontre le style Yin de Baguazhang
Yang yuting était le principal disciple du grand maître Wang maozhai. Il devait succéder à son maître pour représenter le style wu (Wu jianquan) de taijiquan dans tout le nord de la Chine. Il forma, de son vivant, des milliers d'élèves sur plus de sept générations et Wang peisheng fit parti de son premier groupe de disciples internes. A cette époque, Yang enseignait également à l'institut de taijiquan de Taimiao. Le temple deTaimiao était le mémorial ou les empereurs des dynasties Ming et Qing étaient venu honorer leurs ancètres. Ce lieu devint par la suite le Palais culturel des travailleurs.
Court film de Yang yuting démontrant sa forme.
Le maître qui dirigeait l'enseignement à Taimiao était Wang maozhai, disciple du fondateur du style Wu de taijiquan (de Wu jianquan), le réputé Wu quanyou. Tous les matins, des centaines de gens venaient à Taimiao pour pratiquer et Yang yuting y emmena le jeune Wang peisheng qui, après un an seulement, assistait déjà son maître dans son enseignement.
"A cette époque, je m'entrainais très durement. Je me levais tous les matins à 4 heures et pratquais tout ce que j'avais appris, puis je partais pour le temple Taimiao sur le coup de six heures. Là, je guidais quelques élèves dans leur pratique de l'enchainement puis on faisait tuishou. Je devais faire tuishou avec trente ou quarante personnes différentes, tous les jours. Certains d'entre eux étaient jeunes et forts, d'autres étaient vieux et faibles et certains d'entre eux avaient un très bon gongfu. C'était vraiment un très bon entrainement pour moi : différentes personnes avec différents style et qui vous ammenaient différents problèmes à résoudre. Pour les jeunes et forts, je devais me relacher et pour les anciens, je devais faire attention à ne pas y aller trop fort ou les blesser."
Wang peisheng projetant un élève dans l'exercice du tuishou
Pendant 5 années, Wang peisheng se consacra corps et âme à l'art martial. "J'étais peut être un peu fou à cet époque. Je me souviens que tous les matins, c'était la première chose à laquelle je pensais. Lorsque je marchais dans la rue, je m'imaginais en chevalier errant des temps anciens (personnage représentatif de l'art martial dans la littérature chinoise) marchant seul dans la montagne. Quelle que soit la personne qui s'approchait de moi, j'imaginais toutes les façons dont elle pourrait m'attaquer par rapport à la position qu'elle tenait ainsi que toutes les façons de me défendre que je pouvais envisager." Maître Wang avoua un jour qu'une telle période était surement nécessaire dans la vie de quelqu'un qui veut atteindre un haut niveau de pratique. Maître Wang a également réalisé très tôt que parvenir à une grande réalisation dans cet art ne demandais pas seulement de s'exercer beaucoup et avec une grande implication. Il faut exercer l'intellect autant que le corps. Il était toujours extrêmement attentif à tout ce qu'on lui montrait, se posait beaucoup de questions et en posait également beaucoup à ses maîtres. C'était un peu comme un jeu de puzzle pour lequel il se creusait la tête tant qu'il n'avait pas réuni toutes le pièces et qu'il n'abandonnerait pas tant que le tableau ne fut pas complet. Il se disait que "Nous avons tous deux bras et deux jambes, alors qu'est ce qui fait que dans un combat, l'un va rester debout immobile et les autres vont finir étalés sur le sol ? "
Wang maozhai, disciple de Quan you
Comme il n'avait pas peur de se mesurer à d'autres, Wang peisheng fit de nombreux combats, même très jeune et, à l'age de quinze ans, il avait déjà vaincu nombreuses personnes dont quelques experts. Ces dispositions au combat attirèrent l'attention de Wang maozhai. Wang maozhai avait étudié le taijiquan auprès de Wu quanyou, un des meilleurs élèves de Yang luchan et disciple de son fils Yang banhou. Bien qu'ayant étudié le taijiquan depuis son enfance, Wang maozhai n'atteignit son très haut niveau qu'à l'age de 52 ans. Alors qu'il avait entreprit un voyage dans sa campagne natale, il observa un groupe de maçons qui travaillaient sur une maison et eut la révélation qui le rendit invincible à son retour à Pékin. Après le départ de son condisciple Wu jianquan (fils de Wu quanyou) à Shanghai, les gens parlèrent d'eux comme de "Wang au nord et Wu au sud".
Dans l'école xinyi, qui fut à l'origine du yiquan, la méthode permettant de réunir l'intérieur et l'exterieur est figuré par la théorie des six harmonies ou six coordinations (liuhe). Une autre école de boxe base son enseignement sur cette notion, le liuhebafaquan, également appelé xinyi du mont Yue, en référence à son origine géographique. Un des plus grands spécialiste de cette boxe fut le maître Wu yihui, que Wang xiangzhai rencontra à Shanghai et de qui il était un grand admirateur. Quelques uns des premiers disciples du Yiquan devinrent, d'ailleurs, également disciples de cette école, notamment Zhang changxin et Han xingqiao
Zhang changxin dans une forme de la boxe liuhebafa, également nommée boxe de l'eau
Ces six harmonies se divisent en trois harmonies internes et trois harmonies externes. Le coeur (xin) dirige l'intention (yi) qui dirige l'énergie (qi), laquelle dirige la force (li), constituant ainsi trois harmonies internes.
Pour ce qui est des trois harmonies externes, elles sont souvent cités comme étant poignets-chevilles, coudes-genous et épaules-hanches. Mais cette théorie n'aide alors pas le pratiquant dans sa réalisation puisque n'importe quel mouvement doit être issu d'une juste coordination entre ces différents segments du corps.
Or, comme nous l'avons vu dans la première partie de ce texte, au regard des différentes pratiques que sont la posture du singe du xinyiliuhe et la posture des trois ensembles du xingyi, ancêtres des postures du yiquan, nous pouvons apporter une correction à cette théorie. Les "trois courbes" dont parle le xinyiliuhe seraient trois articulations majeures de l'ensemble du corps, celles qui relient les trois "blocs" ou trois ensembles (santi) évoquées dans le xingyi. Ces trois courbes seraient l'articulation du bassin (courbure lombaire), l'articulation vertébrale (courbure dorsale) et l'articulation sternale (courbure sternum-épaules). Une juste coordination de ces trois courbures permettant une utilisation effective des muscles profonds, lesquels se trouvent proche de la colonne vertébrale...
Ces trois articulations sont utilisées pour produire la force naturelle dans les six directions : haut-bas, avant-arrière, fermeture-ouverture. Ces six directions étaient techniquement représentées, dans l'ancien xinyi, par les trois poings antiques : Zuan (percer), guo (envelopper) et jian (piétiner). Wang xiangzhai en parle dans son premier ouvrage en expliquant que ces trois forces doivent être rassemblées en une.
Mis à part les six harmonies, considérées comme "la méthode" de réalisation des boxes xinyi et xingyi, l'enseignement de Wang xiangzhai s'appuie sur la théorie du yin et du yang.
Les postures de "se pencher sur le tigre" (fuhuzhuang) et "chevaucher le dragon" (xianglongzhuang) tirent leur noms d'expressions ésotériques taoïstes.
Tigre et dragon représentant le yin et le yang
Dans la tradition chinoise, tigre et dragon sont les représentations des énergies yin et yang. Le dragon est mythique, il évoque l'imagination et le fabuleux, il vole et virevolte dans l'eau et dans les airs, il évoque le ciel. Sa force est subtile, c'est la force du yang pur. Le tigre, lui, est un animal bien réel, son térritoire est la terre ferme, il évoque le sol. Simple et direct, sa force est naturelle et brutale, c'est la force du yin pur.
Chez l'homme, le yang représente le développement spirituel, alors que le yin représente les instincts bas et primaires. "Se pencher sur le tigre" (fuhu) afin de le maîtriser évoque alors l'idée de maîtriser ses instincts vils. "Chevaucher le dragon" (xianglong) évoquant l'idée d'une réalisation spirituelle.
Fuhuzhuang par le maître Li jianyu
Les deux postures que sont celles du tigre et du dragon permettent de développer des capacités martiales attribuées au yin et au yang : La force naturelle directe et puissante pour celle du tigre, la souplesse et l'adaptabilité pour celle du dragon.
Xianglongzhuang par le maître Li jianyu
Wang xiangzhai developpa ces deux type des "vitalité" au début de son enseignement, dans les années vingt. Il parlait alors des deux énergies que sont celle du tigre et du dragon...
Selon Wang xiangzhai dans l'interview qu'il donna au quotidien du peuple, le caractère chinois désignant la boxe prendrait tout son sens dans l'expression chinoise "quanquan fuying" (拳拳服膺) qui signifie "avoir une confiance sincère" ou "garder sincèrement dans son coeur".
Dans cette expression, quanquan ( 拳拳) symbolise l'action de fermer le ou les poings et désigne l'idée de la sincérité, de la détermination. Fuying (服膺) symbolise l'idée d'envelopper dans sa poitrine, de garder dans son coeur.
Une autre traduction de cette même expression, au sens beaucoup plus littérale, serait "la véritable boxe se trouve dans notre coeur", ce qui traduit l'idée que l'art martial ne doit pas s'attacher à la forme extérieure mais plutot à l'intention qui l'anime.
Calligraphie de 7 expressions traditionnelles par Wang xiangzhai
Une célèbre calligraphie du fondateur du dachengquan cite sept expressions traditionnelles qui lui tenaient particulièrement à coeur :
La traduction de ces phrases en 4 caractères pourrait être la suivante :
Respecter les anciens et se montrer charitable, être loyale et pacifique, être sincère dans son coeur, (telle est) l'école orthodoxe (ancestrale) du yiquan, (qui permet de ) forger (entrainer) son corps, (pour que) le meilleur du pays se développe et s'étende, (afin de) revivifier la nation chinoise.
"Etre sincère en son coeur" (quanquan fuying) est une qualité humaine dépassant de loin la pratique de l'art martial. Et pourtant, cette expression, prise à un sens plus figuré, n'est autre que l'enseignement de Wang xiangzhai quand à l'utilisation de l'intention au sein de la pratique.
Le caractère désignant l'intention en chinois, figure un homme debout (entre ciel et sol) sur une bouche, le tout reposant sur un coeur. Sa signification ancienne étant la possibilité qu'à l'homme de formuler (représenté par la bouche) le matériel et l'immatériel (homme entre ciel et sol) de manière affective (le coeur).
Le caractère Yi dans sa représentation ancienne(calligraphie de l'auteur)
Le fondateur du yiquan / dachengquan avait pour habitude de dire que l'intention était le général et la force son soldat.
Ainsi l'intention (Yi) vient du coeur (Xin) et commande l'énergie (Qi), qui dirige la force (Li).
Ceci correspond aux trois autres des six harmonies (liuhe), soit les trois harmonies internes.
Le texte qui va suivre est une traduction personnelle de la biographie du grand maître Wang peisheng. Elle fut écrite par son disciple Zhang yun en hommage à son défunt maître. Wang peisheng était le chef de file de l'école Wu de taijiquan, parfois également appelé Wudang taijiquan, pour tout le nord de la Chine. Il s'éteignit le 3 septembre 2004 à l'age de 85 ans des suites de complications à une maladie cardiaque. Son décès devait marquer la fin d'une époque car Wang peisheng fut le plus jeune maître d'une génération considérée comme ayant vécue l'age d'or de l'art martial en Chine. Cette génération devait donc disparaitre avec lui. Il fut, en quelques sortes, un pont entre une époque ancienne et celle, moderne, d'aujourd'hui...
Le maître Wang peisheng (1919 - 2004)
Wang peisheng est né le 24 mars 1919 dans le conté de Wuqing, province du Hebei. Lorsqu'il eu six ans, sa famille déménagea pour Pékin dans une ruelle des quartiers est de la ville. Il fut un amoureux de l'art martial dès son plus jeune age. Enfant, il aimait déjà à se prendre pour un chevalier des contes traditionnels. Il y avait une famille d'accrobate vivant près de chez eux et le fils de cette famille lui enseigna quelques rudiments des arts martiaux et de l'accrobatie. Le jeune Wang pratiquait assiduement et appris vite. Il fini même par être capable d'accomplir une trentaine de saut de main arrière d'un coup sur une petite table !
A l'age de douze ans, lui arriva ce qui sera l'évènement de sa vie, la chance croisa son chemin. A cette époque, dans le nord de la Chine, les demeures traditionnelles familliales étaient les cours carrées (siheyuan) et la famille de Wang peisheng en partageait une avec d'autres familles. Un jour ou il s'entrainait au maniement de la lance dans l'entrée de la cour, ses exercices faisait parfois sortir la lance jusqu'à l'extérieur de la maison par l'entrée principale et, dans un moment d'inattention, il envoya celle-ci en direction d'un vieux monsieur qui passait par là. Le vieillard attrapa la lance et lui retira des main, alors qu'elle lui arrivait droit vers la gorge. Il était très en colère et commença à hurler après l'enfant. Un voisin qui connaissait bien le vieil homme arriva alors, attiré par les cris et tenta de calmer l'affaire. Il expliqua alors que l'enfant adorait les arts martiaux et qu'il pratiquait ces exercices avec beaucoup d'application tous les jours. En fait, dit-il au vieil homme, vous qui êtes un grand maître de l'art martial, vous pourriez peut-être enseigner quelque chose au jeune garçon. Le vieux monsieur se calma quelque peu et demanda à Wang peisheng de lui montrer son gongfu, ce qu'il s'efforça de faire du mieux qu'il le pouvait. Le vieillard accepta alors de le prendre comme disciple.
"Cour carrée" (siheyuan) des ruelles de Pékin
Des années plus tard, maitre Wang dit : " A ce moment, je ne savais rien de ce vieil homme et la seule chose que je me demandais fut quelle école de boxe il allait m'enseigner. Mais mon voisin était très agité, il me dit alors : "Tu as beaucoup de chance, va prévenir tes parents sur le champs. Va leur dire de préparer une cérémonie d'acceptation comme disciple du maitre Ma gui." "Je ne comprenais toujours pas combien c'était important. Mais mon père pratiquait un peu l'art martial et il fut abasourdi. Il me dit qu'il n'arrivait pas à y croire et sortit en courant pour saluer maître Ma. Lorsqu'il lui demanda pour la cérémonie, maître Ma dit qu'il ne voulait pas faire une grande fête, il lui dit que l'on pouvait même faire la prosternation sur le champs. Selon la tradition, nous avons alors fait bruler de l'encens et je lui ai fait le koutou (prosternation à genoux en touchant trois fois le sol avec la tête).
Evidemment, Ma gui était un des maîtres les plus réputés de l'époque, il avait étudié avec Yin fu dès son plus jeune age. Dong haichuan (fondateur du baguazhang), le maître de Yin fu, aimait aussi beaucoup Ma, le jeune prodige, et lui enseigna également son savoir directement. Lorsque Dong haichuan pris sa retraite et quitta le palais impérial, il alla s'installer chez Ma gui. Pour cette raison, Ma gui était très respecté dans le milieu des arts martiaux de l'époque, même par les maîtres renommés de la génération de son professeur.
Yin fu, le premier disciple de Dong haichuan
Ma était connu pour s'entrainer avec des anneaux de fer de 5 kilos à chaque poignet. A l'age de vingt ans, il était déjà un grand combattant et, comme il refusait rarement un combat, il avait défait de nombreux experts. Lorsqu'il travaillait pour le duc de Lan, celui-ci se reposait énormément sur lui et plus tard, il devint instructeur du prince royal. Après la chutte de l'empire et la proclamation de la première république, il travailla au bureau du président et huit années après, il devint instructeur principal à l'académie de police nationale.
Le maitre Xie peiqi démontrant le baguazhang de Yin fu. Parmis ses maîtres, on retrouve Ma gui qui lui enseigna la forme du crabe. Dong haichuan l'aurait créé spécialement pour Ma, en raison de sa petite taille et de sa corpulence
Ma était très conservateur et ne divulgait pas beaucoup d'informations à ses élèves. Il avait de nombreux élèves mais tous, y compris son propre fils, n'avaient appris que des généralités et la base de son école. Il avait des exigences très élevées et, pour lui, un haut niveau ne devait être enseigné qu'à une personne de rare intelligence, de rare talent, doté d'une personnalité forte et d'une grande éthique de travail. De tous ses élèves, plusieurs étaient talentueux mais seul maître Wang peisheng devint réputé. On peut se demander aujourd'hui pourquoi Ma gui changea subittement sa façon d'opérer. Ce maître, alors bien agé, d'une telle réputation et qui n'avait toujours pas de successeur, vit certainement dans le jeune Wang une chance soudaine de transmettre toutes ses connaissances.
Dans l'établissement de son enseignement et tout au long de sa vie, Wang xiangzhai a été en constante recherche du savoir faire des ancètres qui créèrent l'art martial chinois. Il a étudié sans relache afin de comprendre quelles furent les connaissances des anciens, qui sont considérées en Chine comme bien supérieures à celles du monde contemporain.
Bien plus qu'un grand artiste martial, Wang xiangzhai était un grand historien et théoricien de l'art et de la tradition chinoise.
Nombreuses expressions et nombreux termes utilisés dans son enseignement son issues des connaissances ancestrales disparues qu'il remis au gout du jour :
Wang xiangzhai, grand maître, historien et théoricien de l'art martial
La posture sur une jambe est bien connue de ceux qui pratiquent l'école de Wang xiangzhai. Elle est appelée ziwuzhuang ou bien dulizhuang, ce dernier nom faisant référence à la forme traditionnelle du "coq d'or se tenant sur une patte" (jingji duli) que l'on retrouve en taijiquan. Ziwuzhuang, la posture du méridien ou "posture midi-minuit" est une "posture miroir" : un bras et une jambe opposés font connection avec le ciel et le sol, les deux autres se rejoingnent au centre.
Posture ziwuzhuang du yiquan par Li jianyu
Or, dans l'ouvrage "Tout sur l'art du xingyiquan" (Xingyiquan shu daquan) écrit par un groupe d'experts de cette école, on peut lire ce passage sur la pratique du zhanzhuang :
"Le travail des postures du xingyiquan, à l'époque de l'ancien xinyiquan, se nommait "posture du méridien" (ziwuzhuang) ou encore "posture des trois ensembles" (sancaishi).
Le terme ziwuzhuang fait référence aux caractère zi, qui désigne minuit, moment ou le yin est à son maximum et au caractère wu, qui désigne midi, moment ou le yang est à son maximum. L'importance de cette posture étant indiqué par le temps suggéré de pratique : "de midi à minuit" ! De plus, dans la tradition chinoise, midi fait référence au sud (le midi) et au feu, alors que minuit fait référence au nord et à l'eau. Lors de la pratique, il convient, en principe de pratiquer face vers le sud, en correspondance avec le midi (wu) et dos vers le nord, en correspondance avec la minuit (zi), tout en cherchant à méler eau et feu avec l'intention... ...Dans l'ancien xinyiquan, la méthode de ziwuzhuang passe par deux étapes. Lors de la première étape, on pratique l'emmagasinement du qi dans le dantian grace à la posture du singe, également appelé "s'accroupir comme un singe" (dunhouzhuang). Lors de la deuxième étape, on apprend à "faire jaillir du dantian" (shedantian). Cette pratique consiste en une technique de déplacement vers l'avant accompagnée du "son du tonnerre" (leisheng, le nom donné à l'émission du son dans l'ancien xinyi), qui permettent de faire sortir le qi hors du dantian. Dai longbang et son fils attachaient tout deux beaucoup d'importance au travail du dantian."
"Se tenir accroupi tel un singe" par le maître de xinyiliuhequan Wang yinghai
Cette posture du singe ainsi que le jaillisement du dantian sont, encore de nos jours, pratiqués dans le style de xinyi de la famille Dai comme la base de leur neigong et il existe une analogie certaine entre cet exercice et la marche mocabu de Wang xiangzhai. Le but de l'exercice de "Se tenir accroupi tel un singe" étant de relier "les trois courbes" du corps.
La marche du xinyi "faire jaillir du dantian" suivi de la marche du yiquan mocabu
Dans le xingyiquan, que Li luoneng créa sur la base de cette dernière école, le travail de la posture santishi vint remplacer celui de la posture du singe. Santishi signifiant "la posture des trois parties du corps". Li luoneng et Guo yunshen en firent l'apprentissage de base de leur enseignement.
Jiang rongqiao dans la posture santishi
La liaison des trois ensembles corporels (santi) que sont les jambes, le tronc et les bras, passe par trois articulations majeures, désignées dans le style Dai de xinyiquan comme "les trois courbes".
Ces trois ensembles unifiés correspondent à trois des six harmonies (liuhe) : les trois harmonies externes.
Les déplacements Dans un combat l’affrontement avec les forces adverses se déroule dans un espace infini, l’adversaire étant libre de se déplacer comme il l’entend. Il est donc nécessaire de pouvoir nous déplacer aussi librement que lui. L’étude des déplacements sous entend que nous conservions notre alignement, puis, que nous puissions produire les différentes forces du Shili au sein de celui-ci. Les déplacements s’apprennent donc en deux temps : Tout d’abords le déplacement simple du corps sans mouvement des bras. Puis, la pratique du Shili tout en se déplaçant. La difficulté de l’exercice du déplacement réside dans le fait qu’il faille alternativement se retrouver en équilibre sur une jambe puis sur l’autre tout en conservant un potentiel de mouvement maximum. Lorsque nous sommes en équilibre sur une jambe, la connexion entre le bas et le haut du corps est particulièrement difficile à conserver et, donc, la force de réaction à la pesanteur n’est plus aussi facilement exploitable. Si cette force de réaction ne « passe » pas dans le haut du corps pendant le déplacement, nous avons alors l’impression de flotter ou bien nous sommes obligé de fournir un gros effort pour garder notre stabilité.
Déplacements par Yao zongxun : simple puis avec shili
En revanche, en « asseyant » notre tronc sur notre jambe dans l’alignement de celle ci, on peut retrouver notre équilibre sans effort. De cette façon, le bassin prend appui directement sur l’extrémité de l’os de la jambe et on retrouve l’utilisation des muscles du maintient postural. Dans ce type d’entraînement, la répartition du poids du corps sur les jambe est extrêmement importante : Entièrement porté sur une seule jambe, l’équilibre est délicat et, bien que l’alignement osseux permette de bien gérer la pesanteur, il est difficile de transmettre cette force jusque dans les autres parties du corps. Si, au contraire, le poids est également réparti sur les deux jambes, le centre de gravité se trouve « à cheval » entre deux déplacements et toute prise d’initiative sera précédée d’un appel, brisant ainsi la spontanéité de l’action (cette spontanéité se caractérise par une simultanéité de l’action physique et psychique). Ainsi, tout déplacement doit intégrer les caractéristiques physiologiques des postures de combat : Le poids du corps est essentiellement porté sur une jambe et l’autre jambe vient la soutenir dans l’expression de la force et quand à sa direction.
Yao zongxun dans un fali vers l'avant : la jambe arrière supporte le poid, la jambe avant est en soutient et dirige la force
Le travail du déplacement permet d’utiliser la force globale, celle qui met en jeu l’ensemble de la masse du corps, quelle que soit sa direction. Lorsqu’un pratiquant a réalisé ce travail, il possède les bases permettant l’étude du combat.
Le combat Il s’agit alors d’être capable d’utiliser toutes les qualités que nous avons développé auparavant d’un point de vue physiologique en se plaçant dans un état psychologique particulier. En effet, l’entraînement de base comprend un important travail de l’esprit dont le but est de réveiller nos instincts naturels de défense. Tous les animaux sont dotés d’un instinct de défense. Chez l’homme, il est dirigé par le paléo-cortex, la partie la plus primaire du cerveau, également nommé « cerveau reptilien ». C’est ce système moteur central qui gère, également, notre maintient postural, par son action sur certaines fibres musculaires.
Le cerveau humain, en bleu le paléocortex ou "cerveau reptilien"
L’homme a, de par son évolution, développé une utilisation prioritaire d’autres zones du cerveau. Le résultat est que l’homme « moderne » n’arrive pas, dans la plupart des cas, à utiliser ses capacités naturelles de défense en temps voulus. On cite souvent le cas d’une femme paralysée par la peur face à un animal féroce et qui, si cet animal s’empare de son enfant, sera capable de le combattre, voir de le vaincre. L’explication à ce type de situation est l’exploitation de nos capacités spirituelles (de l’esprit). L’esprit met en jeu l’utilisation de différents systèmes nerveux qui suggèrent des réponses différentes à un même stimuli. Souvent, le conditionnement de l’être humain par la vie moderne empêche la bonne réponse de s’exprimer d’elle-même. En cherchant, lors de l’entraînement, à se repositionner dans un certain état d’esprit, on suggère un retour à cet instinct naturel de survie, que l’on pourra alors exploiter dans certaines situations.
Le système nerveux Ce type d’entraînement stimulerait, en outre, le système nerveux végétatif qui contrôle, sans faire appel à notre volonté, toutes nos fonctions de survie ainsi que le fonctionnement de nos organes vitaux. C’est, par exemple, ce système qui régule nos battements cardiaques et donc notre flux sanguin, c’est également sous contrôle de ce système nerveux que s’ouvre et se referment les pores de notre peau pour réguler notre chaleur interne. En nous plaçant mentalement dans certaines situations, nous allons « réapprendre » à l’utiliser comme il le convient. Lorsqu’ils sont attaqués ou bien menacés, les animaux hérissent leurs poils car leur système nerveux, sollicité à l’extrême, ordonne la contraction des muscles pilo-moteurs. Chez l’homme moderne, cette réaction a été remplacé par la contraction de certains muscles créant ainsi des blocages qui l’empêcheront de s’exprimer naturellement : c’est le stress. Par certains exercices de l’imagination comme « hérisser les poils alors que l’on est encerclé par des ennemis », le système nerveux est sollicité de façon à retrouver ses fonctions primaires de défense. Le stress est une des causes majeure aux malaises de la vie moderne. Son processus de fonctionnement implique bien une interaction entre l’esprit et le corps mais celle-ci n’est absolument pas maîtrisée par l’homme du vingt un unième siècle. Lorsque le système nerveux est sollicité d’une manière inhabituelle, le corps ressent cela comme une agression et sa réaction primaire est une contraction musculaire. Le corps contracté ne peut plus s’exprimer librement et, dans le cadre du combat, cette réaction devient particulièrement dérangeante. La décontraction musculaire et la relaxation du corps ont donc une interaction sur le système nerveux. L’esprit est alors plus apte à traiter une information, car plus disponible. La relaxation des différents groupes musculaires présent dans le corps humains permet, en outre, une plus grande rapidité d’action, que celle-ci soit volontaire ou réflexe. L’entraînement de l’esprit met donc en jeu un grand nombre de points importants ayant une incidence jusque sur des plans physiques de l’action. C’est ce type d’entraînement qui fait la différence dans un combat entre deux boxeurs, lorsque l’on assiste à la victoire d’un athlète qui, visiblement, est moins bon technicien. Un proverbe ancien dit : « Lorsque deux adversaires se retrouvent contre un mur, le plus courageux l’emportera ». La technique rentre alors en jeux pour une part moins importante que l’état d’esprit. Et, donc, l’entraînement de l’esprit doit prendre une place au moins aussi importante que l’entraînement technique.
"Hérisser les poils" : stimulation du système nerveux par Wang shangwen
Les six harmonies Les six harmonies constituent la condition à une réalisation dans la pratique. Elles sont, d’un point de vue théorique, à l’origine de nombreuses écoles de boxe. Wang xiangzhai les avaient approfondis par l’étude du Xinyiliuhequan ainsi que par les échanges techniques qu’il eut avec l’école Liuhebafa de Wu yihui.
Zhang xiaoyuan, fils de Zhang changxin, dans une forme de liuhebafaquan, la boxe des six harmonies et des huit méthodes
Elles sont divisées en « trois harmonies externes » et « trois harmonies internes ». Dans son ouvrage « Les véritables principes duYiquan » (Yiquan zhenggui), Wang xiangzhai en donne une définition : « Le cœur est coordonné avec l’intention, l’intention est coordonnée avec l’énergie, l’énergie avec la force. Ceci constitue les trois harmonies internes. Les mains sont coordonnés avec les pieds, les coudes avec les genoux, les épaules avec les hanches. Ceci constitue les trois harmonies externes. »
Ces six harmonies représentent un "condensé" de toutes les explications scientifiques citées plus haut...
Rappel : Nous avons vu dans le précédent article que les muscles de l’ensemble du squelette contenaient tous, dans des proportions variables, deux ou trois catégories de fibres distinctes aux propriétés différentes. Ces trois types de fibres sont : les fibres I ou S, dites fibres rouges ou lentes (S pour slow). les fibres II A ou FR, dites fibres blanches (ou rapides), résistantes à la fatigue. les fibres II X ou FF, dites fibres blanches (ou rapides), fatigables. Chacun de ces trois type de fibre dépendrait d’un système moteur central différent. Ce sont les fibres II A, rapides et résistantes, qui seraient sollicités pour le maintient postural. Celles-ci sont relié au système paléo-moteur qui dirige la motricité automatique posturale (non consciente).
Les muscles du mouvement Les muscles activés consciemment par la volonté sont appelés muscles volontaires, par opposition aux muscles involontaires qui constituent certains de nos organes (comme le cœur). Toute activité autre que « tenir debout » résulte d’une action combinée des muscles posturaux et du reste de la musculature corporelle. Car si nous n’avons conscience que de l’utilisation des muscles volontaires lorsque nous réalisons un mouvement, ceux-ci s’organisent, en fait, autour de l’action permanente des muscles du maintient postural, ainsi que de l’action des muscles involontaires qui constituent la plupart des tissus de nos organes. C’est donc bien un travail commun de ces groupes qui nous permet d’exécuter une action réfléchie. Les actions toniques relèvent de la mobilisation des fibres I, relié au système archéo-moteur et la direction des mouvements relève de la mobilisation des fibres II X, reliées au système néo-moteur. Elles relèvent donc bien de deux système nerveux distincts.
Les principes scientifiques L’idée dominante pour la pratique de l’art martial est l’utilisation des forces extérieures naturelles. La gravité, qui est à l’origine des forces centrifuge et centripète, peut être exploité de manière intelligente de façon à produire une grande puissance avec un minimum de tonus musculaire (le fait de tenir debout doit être une condition suffisante). En prenant compte de la brève explication que nous venons de donner sur le fonctionnement des muscles et du squelette, nous pouvons élargir le rapport entre « l’homme debout » et la constante de gravité en introduisant une force supplémentaire. En effet, tout rapport avec un adversaire peut se traduire par l’application d’une ou de plusieurs forces. Ces forces peuvent être appliquées à différents endroits et agir dans plusieurs directions. Lorsque nous parlons d’« utiliser la gravité », il ne s’agit en aucun cas d’utiliser une force unidirectionnelle et donc restreinte. Il s’agirait plutôt d’utiliser les réactions induites par cette force.
Tout homme est, en permanence, en affrontement avec la gravité. De cet affrontement naît une réaction qui se traduit par une poussée verticale, guidée par sa colonne vertébrale et dirigée vers le haut. Répondre intelligemment à une force adverse, c’est faire en sorte qu’elle se trouve confrontée à une manifestation de cette réaction. En d’autres termes, l’action des muscles du maintient postural doit primer sur celle des muscles volontaires afin que nous n’ayons pas d’effort à fournir.
Pour arriver à élaborer cette « réponse » de manière concrète, un travail de préparation va être nécessaire.
L’entraînement de préparation C’est le travail de base (Jibengong) de chaque école traditionnelle. Ce travail vise à structurer le corps et donc les différents groupes musculaires ainsi que les os et les systèmes nerveux. Il peut se résumer à une prise de conscience des différentes forces qui s’exercent en permanence sur notre corps ainsi qu’à l’élaboration de certaines connexions osseuses et musculaires pour mieux gérer ces forces. Un point important du travail de base est la connexion des bras à l’axe vertébral. Si la réaction à la force de gravité est relativement facile à ressentir sur tout l’axe constitué par la tête, la colonne vertébrale et les jambes, les bras ne se trouvent dans cet alignement que lorsqu’ils sont levés au dessus de notre tête.
La connexion des bras à l'axe gravitaire passe pas les épaules
Or, un affrontement avec une force extérieur nécessite une utilisation des bras dans de nombreux autres positionnements. La meilleure façon de « rattacher » nos bras à notre colonne vertébrale de manière à leur faire profiter au maximum de la réaction à la gravité est d’arrondir nos articulations. Dans ce positionnement, la force reçue au niveau des bras n’est pas brisée et suit harmonieusement la courbe que nous lui proposons. Mais ce travail d’encaissement d’une force sans faire d’effort nécessite le développement d’une certaine qualité musculaire au point de jonction bras-tronc. Si les épaules sont contractées, la pression exercée par la force reçue va couper cette jonction. Si, au contraire, elles sont relâchées et basses, la connexion se fera sans effort, grâce à l’utilisation des muscles du dos (maintient postural).
En A, le point où se fait la jonction bras-tronc lorsque l'épaule est contracté. En B, le même point lorsque l'épaule est relâchée.
Les exercices basiques tels que le Zhanzhuanggong permettent de faire travailler certains groupes musculaires propres à maintenir les bras à l’horizontal en ayant les épaules relâchées. La partie basse du squelette doit être fermement connecté à sa partie haute et, pour cela, l’utilisation de certains muscles est nécessaires.
Travail postural du zhanzhuang
L’ilio-psoas est un muscle interne puissant. Il relie les jambes (au niveau du fémur) directement à la colonne vertébrale (insertion entre D12 et L 4) et joue un rôle important dans le maintient postural, en relation avec le carré des lombes. Ces deux muscles fonctionnent en synergie de façon à équilibrer la relation entre le « bloc » inférieur, constitué des jambes, et le « bloc » supérieur, constitué du tronc. La mobilité de ces deux blocs est rendue possible grâce à l’articulation du bassin. L’ilio-psoas et le carré des lombes fonctionnent à la fois de manière inconsciente, puisqu’ils participent au maintient postural, et de manière consciente, lorsqu’ils sont sollicités en tant qu’extenseur et fléchisseur du bassin.
muscle ilio-psoas
Ainsi, les bras sont « connectés » au tronc qui, lui même, est « connecté » aux jambes. Les jambes reçoivent en permanence la réaction à la pesanteur au contact du sol. Cette réaction va donc être exploitable jusqu’à l’extrémité des bras, là ou le contact avec l’adversaire a lieu. Le travail du zhanzhuang a pour fonction de créer, pour l’ensemble du corps, une mémoire corporelle. Cette mémoire, inconsciente, se traduira par la production des mouvements optimums, ceux qui produisent une grande force avec un minimum d’effort. Autrement dit : celui qui se repose au maximum sur l’utilisation de la force de pesanteur par l’intermédiaire des muscles du maintient postural. Le fait de rechercher à ce que l’ensemble des muscles du corps soient relâchés engendre une disponibilité de tous les muscles ne servant pas au maintient postural. Cette disponibilité permettra une grande fluidité ainsi que la capacité à s’adapter au moindre changement de direction de la force adverse.
Les mouvements lents Lorsque notre corps est connecté par le travail de base statique, il faut apprendre à mettre ce corps en mouvement sans que ces liaisons ne soient jamais brisées à aucun moment. Apprendre le mouvement juste, c’est apprendre à bouger tout en gardant les connections qui vont permettre d’utiliser la force de la pesanteur. Les mouvements lents constituent une des approches qui permettent un tel travail. Pour manipuler la force adverse de différentes façons il est nécessaire de sentir les possibilités dans lesquelles il nous est donné d’agir, tout en conservant l’alignement précédent : C’est l’entraînement du Shili, littéralement « essayer la force », propre à l’école Yiquan. Les Shili représentent les différentes directions des forces produites grâce à l’alignement. Ils ne constituent pas des techniques à proprement parler mais servent de base à l’élaboration de celles-ci.
Exercice du shili par le maitre Yao zongxun
Le travail du shili, consiste donc en une assimilation corporelle (on passe par une mémoire corporelle et non intellectuelle) des principes de force qui sont à l’origine des techniques : il s’agit de savoir placer son corps dans un mouvement donné pour en obtenir la plus grande effectivité au moindre effort. Concrètement, l’exercice se fait en totale décontraction car nous cherchons à produire une force par le mouvement et le placement, non par l’effort musculaire.
Ainsi, si les différents os sont bien alignés les uns sur les autres, un mouvement global de l’ensemble du corps sera produit. Ce type de mouvement permet de tirer parti au maximum de la masse corporelle. Or, la puissance produite par un corps en mouvement se calcule en multipliant sa masse par sa vitesse (E = MV2).
Science et tradition sont souvent placées en opposition alors qu’elles ne font qu’exprimer un même phénomène de façons différentes. L’art martial traditionnel a pour objectif initial la survie de l’être humain, et ce, quelles que soient la situation dans laquelle il se trouve. Son age, sa taille, son poids, sa condition physique sont autant d’éléments qui ne devraient pas rentrer en compte pour réaliser cet objectif. L’idée de survie implique un respect des lois de la nature et du corps humain. Dans le combat, la pratique de l’art martial permet à une personne de faible corpulence ou d’age avancé de survivre face à une personne physiquement plus forte ou plus jeune. C’est le seul critère qui permet de distinguer l’art de la simple technique. L’art martial authentique enseigne un savoir faire. Celui-ci ne peut s’acquérir que par l’étude et le travail.
Pour mieux saisir les fondements biologiques de cette science antique, un retour aux origines de son apparition est nécessaire. « L’évolution biologique de l’homme » met en avant certaines particularités propres à l’espèce. Ce sont ces particularités, que nous allons aborder maintenant.
L’homme debout Selon les spécialistes, l’homme est devenu un être évolué, se distinguant ainsi des autres êtres vivants, du fait qu’il ait adopté la station debout. L’ancienne civilisation chinoise avait déjà fait cette constatation des siècles avant notre ère, s’exprimant d’une façon plus imagée. L’homme, qui fait la liaison entre le ciel et le sol, posséderait donc les caractéristiques réunies de ces deux entités : Le caractère impalpable (forme ronde) du ciel attribué à son esprit et le concret (forme carrée) du sol à son corps.
Ancienne représentation taoïste de l'homme, entre ciel et sol.
D’un point de vue scientifique, par rapport aux références modernes que sont les nôtres la station debout de l’homme lui est permise grâce à un phénomène extérieur : La gravité. Pour simplifier, la gravité est une force qui attire comme un aimant tout objet possédant une masse (le poids en langage non scientifique) vers le sol. Un autre phénomène se produit alors en réaction à cette gravité : la force de réaction. Pour expliquer ce phénomène, il faut comprendre que la gravité est une force, car elle induit un mouvement vers le sol. L'immobilité exige un équilibre des différentes forces s'exerçant sur un sujet. Donc, si l’homme tiens debout sans s’enfoncer dans le sol, c’est que celui-ci produit une force contraire à la gravité qui va compenser celle-ci. Cette force de réaction s’applique au point de contact de l’homme avec le sol : ses pieds.
L'axe vertical gravitaire
Pour maintenir son équilibre l’être humain est doté d’une structure osseuse ainsi que de groupes musculaires. Selon la théorie de l’évolution, le squelette humain s’est modifié pour passer d’une station « à quatre pattes » à une station debout. Le premier point important pour comprendre la station debout est donc la structure de la colonne vertébrale. C'est le redressement de l’axe vertébral et son placement par rapport au bassin et à la tête qui lui confèrent les qualités essentielles à l’équilibre de « l’homme debout ». Dans cette station, l'équilibre des forces est due à sa capacité à recevoir en permanence une force équivalente à son propre poids. Pour cela, son axe vertébral joue le rôle d’une charpente qui encaisse la force de réaction. Celle-ci monte depuis le sol par ses jambes et va être « utilisée » pour soutenir le tronc et la tête.
La difficulté réside dans le fait que l’homme est constitué de plusieurs « blocs » reliés entre eux par les articulations. Pour ce qui est de tenir debout, ces « blocs » sont :
- les jambes (elles même sous-divisées en trois ensembles) - le bassin - la cage thoracique (laquelle supporte les bras) - la tête
Les différents ensembles constituant le corps humain
D’un point de vue articulaire, les jambes sont directement reliées au bassin, puis bassin, cage thoracique et tête sont liés par l’intermédiaire de la colonne vertébrale. Chaque « bloc » est individuellement attiré vers le sol par la gravité, du fait de leur masse. On pourrait comparer cet agencement osseux à une gigantesque pile d’assiette ou à un château de carte. Mais il semblerait alors que l’équilibre de « l’homme debout » relève du miracle, ce qui n’est pas le cas.
En effet, cet équilibre, malgré la charpente osseuse, n’est pas possible sans une action musculaire.