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samedi 2 août 2008

Les secrets des arts martiaux

Il est, parmis les légendes des arts martiaux et des arts en général, une idée fortement répandu et qui contribue à une mystification "négative" de ceux-ci : Il existerait des secrets, jalousement gardés par les maîtres pour n'être révélés qu'à certains disciples.
L'idée du "truc secret", du "petit plus" que personne ne doit savoir et qui n'est révélé qu'à certains élèves n'a pourtant aucun précédent dans l'histoire, si on l'examine plus en détail.

Si l'on prend comme exemple l'histoire d'un grand maître du passé, Li luoneng, cette mystification parrait alors bien dérisoire...







Représentation de Li luoneng







Li luoneng, très interessé par la pratique de l'art martial dès son plus jeune age, se serait rendu dans la province du Shanxi afin d'y rencontrer la famille Dai, dont il avait entendu parler. Il aurait fini par apprendre leur art, dont la transmission était pourtant réservé aux membres du clan uniquement. Certaines histoires le présentent comme un serviteur des Dai, qui aurait appris en épiant les pratiquants avant de devenir disciple de Dai longbang. Cette version nous parrait quelque peu romancé pour différentes raisons :

- Monsieur Li feifu, connu sous le pseudonyme de luoneng fut un commerçant et non un pauvre serviteur.

- La légende du "serviteur qui apprend en épiant son maître" est courante en Chine, on la retrouve, entre autre, dans l'histoire de la transmission du taijiquan des Chen à Yang luchan, autre méconnaissance historique.






Représentation de Dai longbang






Li Luoneng est pratiquement toujours cité comme un disciple direct de Dai Longbang. Sun Lutang, dans son ouvrage intitulé « Véritable description du sens de la boxe », nous expose sa version de l’apprentissage de Li Luoneng :

« Monsieur Li Feifu, connu sous les nom de Nengran et de Luoneng, se rendit à Taigu, province du Shanxi, pour affaires. Il était passionné par l’art martial. A Taigu, il entendit parler de Dai Longbang, qui excellait dans l’art du Xingyiquan, et décida de lui rendre visite. Lorsque la rencontre eu lieu, Li fut surpris par les bonnes manières, très raffinées, de Dai. Ce qu’il ne comprenait pas venant d’une personne censée exceller dans l’art martial. Il décida alors de s’en aller. Ce n’est que plus tard que Li Luoneng devint disciple de Dai Longbang, après une cérémonie officielle d’acceptation. »

Les pratiquants actuels de la province du Shanxi considèrent Dai Wenxun, le second fils de Dai Longbang (Dai Erlü), comme le maître véritable de Li Luoneng. Cette version de l’histoire, plus envisageable d’un point de vue chronologique (Dai longbang serait mort en 1802 et Li luoneng serait né en 1803 !), nous est confirmé de manière écrite par le texte figurant sur la stèle funéraire du maître Che Yizhai, disciple de Li Luoneng ( Cette stèle est toujours visible dans la ville de Taigu, province du Shanxi) :

« L’art martial est l’art majeure de la Chine et se divise en école interne, externe et de Shaolin. Cet art fut florissant dans notre province sous les règnes des empereurs Xianfeng (1851 – 1861) et Tongzhi (1862 – 1874). Il était pratiqué par les disciples de Wang Changle et Dai Wenxun…Monsieur Dai, surnommé Er Lü, était du comté de Qi. Le Xinyi de la famille Dai, transmis au sein du clan Dai, appartient à la branche externe de Shaolin et fut transmis à l’extérieur de la famille à Li Luoneng. »




Stèle du tombeau de Che yizhai à Taigu






Sous ce nouveau regard, nous pouvons mettre en valeur deux informations essentielles :

- L'art fabuleux de Dai longbang ne fut pas transmis de manière directe à Li luoneng mais via l'intermédiaire de son second fils, dont le nom n'est pourtant pas resté dans l'histoire.
- Li luoneng n'a certainement pas épié les secrets de la famille Dai. Il a simplement reçu un enseignement de celle-ci et s'en est servi pour créer son école : le Xingyiquan.


En yiquan, on entend souvent que le zhanzhuanggong fut tenu secret pendant des générations. Alors que la posture Santishi du Xingyiquan et de "se tenir comme un singe" du Xinyiliuhequan ont toujours fait partie de l'enseignement classique...

Les postures jijizhuang n'étant bien qu'une version légèrement modifiée de santishi quand à la répartition des forces corporelles.




Yu hongkun, disciple de Wang xuanjie, dans la classique posture jijizhuang "d'écarter les nuages", très similaire à la posture santishi du xingyiquan






Pour être plus concis, nous affirmerons simplement que "le seul secret des arts martiaux est qu'il n'y a aucun secret".

Cette révélation étant le thème principal du dernier film d'animation de Dreamworks (Kungfu Panda, http://www.kungfupanda.fr/ ), même le néophyte de moins de 10 ans connait désormais cette vérité...


S'exprimant en d'autres termes, plus durs à l'égard du pratiquant mais tellement vrai, un célèbre maître de l'école Yongchunquan à Taiwan disait :

"Le seul secret des arts martiaux, c'est qu'il faut travailler dur. Ceux qui affirment détenir un secret qui leur a été enseigné en porte fermée sont des escrocs qui veulent soutirer de l'argent à leurs élèves ! "


mardi 6 mai 2008

Les origines du Taijiquan

Le texte qui suit a été écrit d'après le livre de Douglas Wile "Les classiques du Taiji oubliés de la dernière dynastie Qing" (Lost t'ai-chi classics from the late ch'ing dynasty, State university of New york press, 1996). Cet ouvrage expose les recherches du professeur Wile sur les origines du taijiquan et nottamment au regard du texte écrit par Li yiyu, neveu de Wu yuxiang (fondateur du style Wu / Hao de taijiquan) et de celui de Chang naizhou, qui pourrait être le lien manquant dans la généalogie de cette boxe.

Point particulièrement intéressant de ces recherches, le lien avec les personnages légendaires auxquels sont attribué les origines du taijiquan et qui n'est sans relation avec la séparation moderne en familles interne et externe de boxe chinoise.

Introduction
L'école de taijiquan du courant de Yongnian, disctrict d'origine de la famille Yang, démarre avec Yang luchan, personnage qui aurait fait son apprentissage à Chenjiagou auprès de la famille Chen.






Yang luchan, le père du taijiquan de Yongnian






Excepté le taijiquan de la famille Chen, tous les courants de taijiquan sont issu de Yang luchan, l'unique autre école pouvant faire remonter ses origines au clan Chen étant celle de Wu yuxiang. Ce personnage aurait appris auprès de Yang luchan et de Chen qingping, membre du clan des Chen installé au village de Zhaobao. Wu yuxiang créa sa propre école de taijiquan, il fut également un des professeur de Yang banhou, l'oncle des frères Yang (chenfu et shaohou). Son neveux, Li yiyu enseigna à Hao weizhen qui créa le style Hao de taiji.

La généalogie du taijiquan diffusé par les membres de la famille Yang fait remonter les origines de cette boxe à Zhang sanfeng, ermite taoïste légendaire et aux monts Wudang...


Les recherches de Douglas Wile (traduction)
D'après les premières sentences de la "brève introduction au Taijiquan" de Li yiyu, qui établi que "Nul ne sait qui est le créateur du Taijiquan", l'historien Xu zhen, dans son ouvrage "Recherches sur les vérités de l'histoire du taijiquan" ( 太级拳考信绿, Hong-kong, 1936 ) en conclu que l'origine de l'association de Zhang sanfeng avec le taijiquan doit provenir de pratiquants de l'école de la famille Yang et ne daterait pas d'avant le reigne de l'empereur Guang xu (1875 - 1904) de la dynastie Qing. L'historien Tang hao, lui, attribuait cette association à Wu yuxiang (créateur du style Wu ou Hao) lui même, en raison des témoignages laissés par ses petits fils allant dans ce sens. Les petits fils de Wu yuxiang ont très bien pu être influencé par l'école Yang, qui avançait cette théorie de Zhang sanfeng créateur du Taijiquan. Mais si ce n'est pas le cas, comment leur grand-père aurait-il pu obtenir cette information de Yang luchan, qui vécu tout de même plusieurs années au village du clan Chen et où Zhang sanfeng n'est jamais cité dans la généalogie de la boxe taiji ?




Représentation de Wu yuxiang






Dans l'hypothèse ou Wu yuxiang avança déjà cette théorie de son vivant, une autre question encore plus fondamentale se pose : Où a-t-il trouvé cette idée de "Zhang sanfeng, maître de l'art martial" ?

Une réponse plausible est qu'il aurait emprunté et modifié l'idée que Huang zongxi avance dans son "épitaphe à Wang zhengnan". Celui -ci y trace l'origine de la "boxe de la famille interne" et remonte jusqu'à Zhang sanfeng. D'autres "coïncidences" pourrait appuyer cette idée, nottamment la présence d'un certain Wang zong dans la généalogie de la boxe de la famille interne, dont les caractères ne sont pas sans évoquer l'autre créateur mythique du taijiquan : Wang zongyue, auteur présumé du "traité du taijiquan", texte découvert par... Wu yuxiang !








video

Tuishou par Hao shaoru, petit-fils de Hao weizhen qui fut disciple de Li yiyu





Huang zongxi (1610 - 1645) était un personnage majeure de la résistance anti-mandchou. Son texte "l'épitaphe à Wang zhengnan" (wang zhengnan mu zhiming) ainsi que celui de son fils Huang baijia "méthode de boxe de la famille interne" (neijiaquan fa) furent très probablement des moyens d'exprimer leur sentiment patriotique d'une manière caché en cette période de forte repression.

L'arbre généalogique qu'il donne de leur "boxe de la famille interne" remonte même jusqu'au dieu de la guerre Xuan wu (!!!), incluant l'hermite taoïste Zhang sanfeng pour arriver au personnage de Wang zhengnan.

Le fait qu'un autre fameux texte "L'oeuvre complète de Zhang sanfeng" fut écrit pendant la période de chaos se situant entre les guerres de l'opium et la revolte Taiping et que l'auteur de celui-ci était un membre d'une société secrète taoïste, laisse présumer que ce personnage constitue une référence à la tradition chinoise, une sorte d'icone.






Représentation de Zhang sanfeng







Dans l'hypothèse que le "traité du taijiquan" attribué à Wang zongyue aurait été écrit par Wu yuxiang en personne, le nom de Wang zongyue devient particulièrement interessant à analyser puisqu'il n'est sans rappeler celui du patriotique général Yue fei : Wang (le roi) zong (l'ancètre) yue (le même caractère que celui de yue fei). Yue fei est placé à l'origine d'autres généalogies de boxe chinoise, nottamment le xinyiquan, Il est souvent nommé Yue wumu wang (wumu étant un titre posthume "vénérable brave" et wang signifiant le roi).


mardi 22 avril 2008

L'histoire du xingyiquan et du xinyiquan (suite et fin)


Nous avons vu précédemment qu'il était improbable que Damo (boddhidharma) eu un lien réel avec le xingyiquan ou le xinyiquan. Or, attribuer l’origine de ces boxes au général Yue Fei est tout aussi incertain. Ce personnage est extrêmement connu du peuple chinois pour les exploits qu’il réalisa ainsi que pour son dévouement à son pays. Plusieurs faits, relatifs à l’art martial lui sont attribués :

Le général de l’armée des Song du sud aurait compilé certaines techniques de travail du souffle taoïstes pour mettre au point une série d’exercices connues aujourd’hui sous le nom de « huit pièces de brocard », en référence aux huit morceaux de soie sur lesquels sont imprimées les mouvements.
Yu Fei serait à l’origine de la boxe dite « séparation des mains des descendants de Yue ».
Ce héros national aurait mis au point cinq techniques de lance sur la base du mouvement des cinq éléments (Wuxing) : bois, feu, terre, métal, eau.



Célèbre calligraphie de Yue fei et message aux envahisseurs : "rendez moi mon territoire"



C’est sur ce dernier point que l’on peut trouver une légitimité à la paternité du Xingyiquan qui lui est attribuée.
Yue Fei fut un grand expert dans le maniement de la lance, dont il aurait également développé une forme particulière dite « à un crochet ». Il est, d’ailleurs, très souvent représenté la lance à la main.
Ces cinq techniques de lance pourrait, en effet, être à l’origine des cinq techniques de poing du Xingyi (五行拳).

Pourtant, c’est le personnage de Ji Longfeng (Ji Jike) qui semble le plus probable créateur de la boxe Xinyi. Plusieurs faits légendaires sont à prendre en considération quant à l’histoire de ce mystérieux personnage :

Ji Longfeng fut connu et redouté pour sa dextérité dans le maniement de la lance.
Il aurait étudié un étrange manuel, attribué à Yue Fei.
Selon certaines sources, Ji aurait séjourné au monastère de Shaolin.

Huang Xinming, dans son article intitulé « La transmission de Ji Jike », nous explique que Ji aurait séjourné au monastère de Shaolin pendant 10 ans. Durant cette période, il aurait étudié l’art du Xinyiba (心意把), qui demeure encore de nos jours une transmission secrète du monastère de la petite forêt.

Dans un autre article intitulé « Enquête sur les origines de l’école de boxe Xinyiliuhequan », monsieur Huang, nous explique la scission du style originel en deux écoles.
« La seconde génération de cette école de boxe se divise en deux courants : L’école Xinyiquan du Henan et l’école Xinyiquan du Shanxi. Egalement dénommées école du nord et du sud, le courant du Henan est dirigé par Ma Xueli alors que le courant du Shanxi est dirigé par Dai Longbang.
La troisième génération de cette école de boxe est appelée Xingyiquan (形意拳).
Cette école fut fondée sur la base du Xinyiliuhequan. Le maître de boxe qui en est à l’origine n’est ni Yue Fei, ni Dai Longbang. C’est Li Luoneng qui créa ce style, d’après les techniques qu’il avait apprise au Shanxi, où il se rendit entre 1840 et 1850 afin d’étudier l’école de Dai Longbang. Chronologiquement, Li Luoneng n’a pas pu suivre l’enseignement de Dai Longbang en personne (Dai Longbang, né aux alentours de 1720, serait mort en 1809). »
Ce serait son fils Dai Wenxun qui aurait enseigné à Li l’art familliale. Le changement du caractère Xin en Xing aurait pour origine le fait qu’au Shanxi la prononciation de ces deux caractères est identique. Li luoneng, originaire du Hebei, aurait donc interprété le nom Xinyiquan différemment, la transmission se faisant oralement.



Démonstration de xinyiquan par les descendants de la famille Dai



Li Luoneng est pratiquement toujours cité comme un disciple direct de Dai Longbang.
Sun Lutang, dans son ouvrage intitulé « Véritable description du sens de la boxe », nous expose sa version de l’apprentissage de Li Luoneng :

« Monsieur Li Feifu, connu sous les nom de Nengran et de Luoneng, se rendit à Taigu, province du Shanxi, pour affaires. Il était passionné par l’art martial. A Taigu, il entendit parler de Dai Longbang, qui excellait dans l’art du Xingyiquan, et décida de lui rendre visite. Lorsque la rencontre eu lieu, Li fut surpris par les bonnes manières, très raffinées, de Dai. Ce qu’il ne comprenait pas venant d’une personne censée exceller dans l’art martial. Il décida alors de s’en aller. Ce n’est que plus tard que Li Luoneng devint disciple de Dai Longbang, après une cérémonie officielle d’acceptation. »

Les pratiquants actuels de la province du Shanxi considèrent Dai Wenxun, le second fils de Dai Longbang (Dai Erlü), comme le maître véritable de Li Luoneng. Cette version de l’histoire, plus envisageable d’un point de vue chronologique, nous est confirmé de manière écrite par le texte figurant sur la stèle funéraire du maître Che Yizhai, disciple de Li Luoneng ( Cette stèle est toujours visible dans la ville de Taigu, province du Shanxi) :

« L’art martial est l’art majeure de la Chine et se divise en école interne, externe et de Shaolin. Cet art fut florissant dans notre province sous les règnes des empereurs Xianfeng (1851 – 1861) et Tongzhi (1862 – 1874). Il était pratiqué par les disciples de Wang Changle et Dai Wenxun…Monsieur Dai, surnommé Er Lü, était du comté de Qi. Le Xinyi de la famille Dai, transmis au sein du clan Dai, appartient à la branche externe de Shaolin et fut transmis à l’extérieur de la famille à Li Luoneng. »



Démonstration de xinyiliuhequan par Li zhensi, disciple de Mai jingkui et Lu songgao




Pourquoi Li luoneng aurait-il modifié ce qu'il avait appris pour créer une nouvelle école ? A-t-il vraiment étudié l'intégralité du xinyi de la famille Dai ?

La transmission exclusive au sein d'un clan ou d'une famille se faisait dans le plus grand secret et Li luoneng réussi à passer outre cette barrière en devenant élève de la famille Dai. En revanche, les Dai ne lui ont probablement pas donné le même enseignement mais plutôt les bases de leur pratique, dont il se serait inspiré pour créer son école. L'essentiel de cette boxe ne reposant pas uniquement sur la forme mais également sur l'utilisation de l'intention, l'école de Li luoneng mis d'avantage l'accent sur ce dernier aspect en épurant les techniques.




Démonstration de xingyiquan par Sha guozheng, disciple de Jiang rongqiao




C'est encore dans ce sens que serait allé Guo yunshen lorsqu'il enseigna et c'est sur cette base que serait né le yiquan de Wang xiangzhai.




Démonstration libre de Yiquan par Yao zongxun




Lorsque Wang xiangzhai commença à enseigner, il choisi le nom de Yiquan pour sa boxe, en référence au xinyi / xingyi mais en épurant davantage encore la forme : Il enseignait zhanzhuang, les cinq éléments, les formes et intentions du tigre et du dragon (au lieu des 12 animaux du xingyi ou des dix animaux du xinyi), les six coordinations ainsi que les principes des trois poings antiques (laosanquan). Il s'agissait donc d'une synthèse entre les écoles xingyi et xinyi, soit un retour à leur origine commune.

Dans le nom xinyiquan (boxe de l'intention issue du coeur/esprit), on trouve l'idée de la forme dans le dernier caractère (quan = boxe) et celui de l'intention dans les deux premiers caractères. Dans le nom xingyiquan, l'idée est plus explicite encore : cette boxe (quan) est basée sur la réunion de la forme extérieure (xing) et de l'intention intérieure (yi).

L'idée commune à ces deux écoles étant celle d'une forme de boxe (quan) qui utilise l'intention (yi), d'où le nom commun Yiquan...

L'histoire du Xingyiquan et du xinyiquan (première partie)


L'école de Wang xiangzhai est connue sous les noms de Dachengquan et de Yiquan. Cette dernière dénomination fait référence à la lignée du fondateur, qui fut disciple de Guo yunshen pour le Xingyiquan, une des écoles de boxe des plus pratiquées en Chine.
Généralement reconnue comme une école du Nord, elle est également considérée comme appartenant à la famille interne (ainsi que le Baguazhang et le Taijiquan). Comme toutes les écoles de boxe chinoise, son origine relève du mythe : L’histoire du Xingyiquan remonterait au légendaire général Yue Fei sous la dynastie des Song du sud ( 1127 - 1279) et est intimement lié liuhexinyiquan, aujourd'hui considéré comme une autre école de boxe.

C'est en la personne de Ji Longfeng, connu sous le pseudonyme de Jike, que l’on trouve le véritable patriarche de ces deux écoles aux même origines.

Ji, déjà expert dans le maniement de la lance, aurait découvert un manuel de boxe écrit de la main du général Yue Fei dans un temple des montagnes Zhongnan. Après l’avoir sérieusement étudié, il aurait mis au point le Xinyiquan (心意拳), boxe du cœur et de l’intention. Il aurait ensuite transmis son art à Cao Jiwu du Shanxi, qui l’aurait enseigné à Dai Longbang, également natif du Shanxi. Dai aurait transmis l’école à Li Luoneng du Hebei, qui l’aurait alors enseigné à de nombreux disciples dont Guo Yunshen et Liu Qilan, du Hebei, ainsi que Che Yizhai et Song Shirong, du Henan, pour ne citer que les plus connus.
C’est Li Luoneng qui aurait rebaptisé l’école du nom de Xingyiquan (形意拳), la boxe de la forme et de l’intention.





Ji longfeng, représenté avec sa lance dans une main et le manuel de Yue fei dans l'autre





Cette généalogie est-elle acceptable d’un point de vue historique ? Toutes ces personnalités, dont certains sont aujourd’hui considérés en Chine comme des maîtres légendaires, ont-elles contribué à l’élaboration du Xingyiquan ? Et, cette boxe a-t-elle véritablement été créée par Li Luoneng sur les bases de l’ancien Liuhe Xinyiquan (六合心意拳) ?

Certains anachronismes, mis en évidence par des chercheurs, tendent à démontrer que cette version de l’histoire du Xingyi n’est pas authentique. De plus, des divergences techniques assez considérables existent entre le Xinyiquan, encore pratiqué de nos jours au Shanxi et au Henan, et le Xingyiquan, transmis depuis Li Luoneng.





Deux attitudes caractéristiques du liuhe xinyiquan





Il est aujourd’hui admis que l’art martial chinois soit composé de deux grandes familles : La famille des boxes internes ou boxes souples et la famille des boxes externes ou boxes dures. La première se réclame du courant taoïste, alors que la seconde appartient au courant bouddhiste.
Le Xingyiquan fait partie de la famille des boxes internes, il en est de même pour le Taijiquan et le Baguazhang.
Les boxes du courant externes seraient rattachées historiquement au monastère de Shaolin, alors que les boxes du courant internes auraient un lien avec celui de Wudang. Les grandes caractéristiques des styles dit internes sont une utilisation du Qi, alors que les styles externes usent de la force musculaire.

Or, de nombreux chercheurs ont démontré, ces dernières décennies, que cette théorie était infondée. Le Taijiquan n’aurait aucun lien avec Zhang Sanfeng, haut personnage du Taoïsme, à qui l’origine de cette boxe est souvent attribué. La première citation de Zhang Sanfeng comme pratiquant de boxe vient de « l’épitaphe à Wang Zhengnan », composé par Huang Zongxi (1610 – 1695). C’est également cet épitaphe qui mentionne un art de Wudang, par opposition à l’art de Shaolin. Mais, il faut voir dans cette description un symbole de résistance au pouvoir de l’envahisseur mandchoue (Dynastie des Qing), plutôt qu’un véritable fait historique.

C’est d’une confusion que serait née l’idée reçue réunissant aujourd’hui les boxes Xingyi, Taiji et Bagua sous l’appellation de « Boxes de la famille interne » :

La « méthode de boxe de l’école interne », texte figurant parmi les grands classiques de l’art martial, fut l’œuvre de Huang Baijia, disciple de Wang Zhengnan. Cette boxe, également appelée boxe de Wudang, aurait, selon « l’épitaphe à Wang Zhengnan », un lien direct avec Zhang Sanfeng.
Or, en 1894, les maîtres Cheng Tinghua du Baguazhang, Liu Dekuan du Taijiquan, Li Cunyi et Liu Weixiang, du Xingyiquan créèrent une association afin d’enseigner leur écoles communément sous le nom de « boxes de la famille interne ».
Un amalgame aurait donc été fait entre la boxe de la famille interne de Huang Baijia et les écoles de boxe Taiji, Bagua et Xingyi.

Selon la « Préface à la boxe des six harmonies », le Xingyiquan aurait vu le jour avec le général Yue Fei sous la dynastie des Song du sud (1127 - 1279). Celui-ci aurait créé cette technique de boxe sur la base de ses connaissance dans le maniement de la lance :

« Lorsqu’il était enfant, Yue Fei suivit l’enseignement d’un maître aux vastes connaissances et devint ainsi très habile dans le maniement de la lance. Il créa alors une méthode de boxe qu’il enseigna à ses officiers et qu’il appela la boxe de l’intention. L’art était merveilleux, surpassant tous ceux qui avaient existé auparavant. Après la mort du roi (Yue Fei), sous les Jin, les Yuan et les Ming, l’art fut rarement vue. Maître Ji, appelé Ji Jike, également connu sous le nom de Longfeng, qui vécu pendant la fin de la dynastie Ming et le début des Qing à Zhunfeng de la région de Pudong, se rendit dans les montagnes Zhongnan afin de rencontrer des maîtres aux grandes connaissances. Là, il reçut le manuel du roi Yue (Yue Fei). »

Selon un autre texte historique, la « Chronique du clan Ji », Ji Longfeng maniait la lance avec un tel niveau, qu’il était surnommé « la lance divine ». Il créa alors une boxe, en utilisant les principes de la lance, et l’enseigna dans la province du Henan.





Démonstration du maniement de différentes armes, dont la lance xingyi (wuxingqiang) par les élèves de Zhou jingxuan à Tianjin




Ces deux textes mettent en évidence le lien entre la boxe Xingyi et le maniement de la lance mais l’un décrit Yue Fei comme son fondateur, alors que l’autre cite Ji Longfeng comme le créateur de cette école.

De nombreux maîtres citent Damo, le patriarche du bouddhisme Chan, comme le véritable fondateur du Xingyiquan :

Le maître Wang Xiangzhai fonda, en 1940, la boxe du grand accomplissement sur les bases du Xingyiquan, qu’il étudia sous la direction de Guo Yunshen, et du Xinyiquan, qu’il étudia sous la direction de Xie Tiefu. Dans la préface de son premier ouvrage « Les véritables principes du Yiquan » , il retrace les origines de sa boxe :

« Damo (Bodhidharma) est venu à l’est, puis il a commencé à prendre des disciples et à leur enseigner comment exercer leur corps ainsi que l’observation de la nature et des animaux. Il mit finalement au point la méthode de « purifier la moelle et transformer les muscles en tendons »(xisuiyijinfa), qui fut à l’origine du Xinyiquan (心意拳), également appelé Yiquan (意拳). »

Le grand théoricien des arts martiaux Sun Lutang, dans son ouvrage « L’étude du Xingyiquan », cite également Damo comme patriarche du Xingyiquan :

« J’ai appris par mon maître que la boxe Xingyi avait été inventé par le vieux sage Damo et qu’elle était, alors, appelée Neijing. Elle fut, ensuite, développée par Yue Wu Mu (Yue Fei) pendant la dynastie des Song. »



Sun lutang dans la posture santishi du xingyiquan




Dans son ouvrage « Explication détaillée sur la boxe de la forme et de l’esprit / Les origines du Xingyiquan », paru en 1928, Ling Shanqing dit :

« A l’époque des 6 royaumes, le prêtre indien Damo est venu dispenser son enseignement de l’art martial indien (de l’ouest) sur le sol chinois »… « De nos jours, les pratiques connues sous les noms de « Boxe de Damo », « Epée de Damo », » … « sont dispensées un peu partout. Le Xingyiquan est l’une de ces pratiques »… « A partir des Song du nord, les pratiques de Wudang instaurées par Zhang Sanfeng développèrent l’art de Damo pendant plusieurs milliers d’années. En s’appuyant sur les pratiques de Shaolin, l’accent fut mis sur l’entraînement du Qi. Ce type de pratique fut nommé « école interne » par opposition à Shaolin appelé « école externe ». Et le Xingyiquan fut désormais classé dans la famille des boxes internes. »

Cette version donne une réponse à un double problème : Damo a-t-il quelque chose a voir avec le Xingyiquan ? Si oui, comment le Xingyiquan peut-il se retrouver classé dans la famille des boxes internes, rattachée au courant Wudang et à Zhang Sanfeng ?

La paternité du Xinyiquan attribuée à Damo nous semble assez improbable. Tang Hao, dans son « Etude et recherches sur Shaolin et Wudang » démontra que Damo n’a eu aucun lien avec l’art martial. Le fait que ce personnage soit historiquement rattaché à la fondation du monastère de la petite forêt met en évidence une volonté de la part de certains maître de faire remonter leur art à une source légendaire et bien connue de tous. Le seul écrit relatif aux pratiques anciennes du monastère de Shaolin sont « Le classique de transformation des tendons et de purification de la moelle », datant de l’époque nanbeichao (420-581). Cette technique de manipulation de l’énergie (Daoyin), encore pratiquée de nos jours sous différentes formes, n’a rien d’une pratique martiale. Il est toutefois possible qu’elle ait influencé certains maîtres dans leur pratique de la boxe, d’où une volonté de se rattacher spirituellement au monastère et à son fondateur légendaire.




Bodhidharma, patriarche du bouddhisme en Chine



(A suivre...)

samedi 22 mars 2008

L’origine des écoles de boxe

Selon les différenres transmissions orales, l'art martial chinois aurait des siècles et des siècles d'existence. En revanche, ce n’est qu'à partir des Ming (1368-1644) que l’on trouve de véritables traces écrites de boxes chinoises répertoriées en écoles.


C'est la période du courant dit « militaire » de l’art de la boxe. Plusieurs écoles de l’art martial y ayant vu le jour sont attribuées à des généraux, dont le célèbre Qi Jiguang.
Les écoles d'origine militaire apparus sous les Ming sont constituées d’éléments relativement simples alors que les boxes ayant vu le jour sous les Qing se présentent sous forme d’enchaînements techniques complexes et variés. Elles naissent , quand à elles, pour la plupart dans des campagnes ou bien dans des ermitages taoïstes et bouddhistes.

Si l’on met en parallèle l’histoire des deux dernières dynasties chinoises et les créations ou apparitions d’écoles nouvelles de l’art martial, on constate une certaine logique dans cette évolution :
La résurgence d’un courant militaire sous les Ming, période à laquelle les chinois sont « chez eux », et ou l’organisation de l’empire se fait dans la tradition respecté par tous sur le territoire (la dynastie Ming est celle du retour à un empire chinois "han", après celle des Yuan, dynastie mongole)
Alors que l’apparition de nouvelles boxes dans les campagnes au début des Qing correspond à une période ou les chinois sont envahit et ou apparaîssent des sociétés secrètes dont les sectes religieuses sont souvent également un vecteur de propagation.

Ainsi, alors que les mandchous prennent le pouvoir en Chine, des écoles apparaissent dans des villages retirés, comme c’est le cas pour l’école Chen de Taijiquan...


Influences religieuses
Shaolin est souvent considéré comme « le berceau des arts martiaux chinois ». Un adage chinois dit d'ailleurs que "tous les arts martiaux viennent de Shaolin".
Les écoles de boxe clamant leurs origines au monastère sont donc nombreuses.



Le temple fut construit sous la dynastie des Wei du nord (386-534), par décret de l’empereur en personne, afin d’y accueillir Batuo, un prêtre bouddhiste indien.

L’origine des moines guerriers semble remonter à la dynastie Tang (618-907), lorsque des bonzes se joignirent au prince des Qin, fils de l’empereur et général en chef des armées.
Les bonzes de Shaolin auraient, par ailleurs, pris l’habitude d’utiliser leur bâton de pèlerin pour défendre le monastère, qui renfermait certains trésors du bouddhisme, contre des bandes de voleurs.




Le monastère de la petite foret, Haut lieu du Bouddhisme chinois




Mais ce n’est qu’à partir du seizième siècle que l’on note une pratique martiale sérieuse à Shaolin. Or, à cette époque, les moines eurent de nombreux échanges avec des militaire de la cour des Ming:

En 1553, les moines furent à nouveau sollicité par le gouvernement pour grandir les effectifs prenant part à la guerre contre les pirates japonais. Le général Qi Jiguang, appelé à l’aide, finit par mettre un terme aux affrontements.
A ce moment, les bonzes reçurent probablement une formation militaire.

Quelques temps après, en 1560, c’est le général Yu Dayou qui, de passage au monastère et constatant la pauvreté du travail au bâton effectué par les moines, décida de former certains d’entre eux.
Yu Dayou était un militaire aguerri, expert du style connu à l’époque sous le nom de « la longue épée Jingchu » (Jingchu changjian). Il composa également un manuel de bâton, étrangement intitulé « Le classique de l’épée » (Jiangjing). Les œuvres complètes de Yu parurent plus tard sous le titre Zhengqi tang ji.
Ce n’est qu’à partir de cette époque que l’on trouve de véritable traces écrites de la boxe de Shaolin.

Il est important de noter que Shaolin joua un rôle dans le renversement du pouvoir de la dynastie Ming, puisque nombreux furent les insurgés contre le pouvoir en place à venir séjourner au monastère (pour se cacher, probablement). On peut donc penser que le monastère de Shaolin eu des relations avec les sociétés secrètes de l’époque.



Le général Qi jiguang, auteur du Jixiao xinshu



Les écoles
Comme le soulignait déjà Wang Xiangzhai dans son interview au quotidien du peuple en 1940 : « Chaque boxe a ses mérites et ses défauts ». L’analyse historique que monsieur Wang fit des différentes écoles de l'art martial chinois soulignait un détail important : Le nombre de techniques répertoriées par chaque école ne fit qu’accroître avec le temps.
Cette constatation semble incontournable et très logique, et pourtant cela signifie que les « créateurs » de ces écoles n’enseignaient que peu ou pas de techniques (trois ou quatre, tout au plus).
Une école se différencie d’une autre, non pas par les techniques qu’elle emploie, mais par la tactique qu’elle prône lors d’un combat, ou bien par la théorie préconisée pour l’apprentissage du combat (pédagogie).

Le Baguazhang, par exemple, prône l’utilisation du déplacement circulaire pour l'esquive, ainsi que le contact avec la paume de la main.
La boxe Taiji prône l’utilisation du vide et du plein dans un mouvement spiralé.
La boxe Xinyi, quand à elle, travaille une coordination subtile de l’esprit et de l’instinct ainsi qu’une homogénéisation de la force corporelle (les six coordinations / liuhe) d’où l’autre nom de cette boxe : xinyiliuhequan.
Les techniques pratiquées au sein de chaque école ne sont que la résultante d’une bonne maîtrise des tactiques qui leur sont propres et des principes mécaniques universels.
Au fil des générations, la pratique des techniques en elle même finit par prendre le dessus sur celle des exercices qui étaient destinés à éduquer le pratiquant dans la forme propre à son école.
On finit par enseigner la tactique par les techniques au lieu de l’inverse.
C’est là l’origine de la pratique des Taolu, qui permettaient la transmission d’un grand nombre de techniques par la répétition d’un enchaînement.

La création des écoles de boxe ont donc pour origine les différentes tactiques ou différentes "visions" dans la manière d'appréhender un combat.

Deux hypothèses sont envisageables pour expliquer l’apparition de ces tactiques :

1 Le maniement d’une arme.
2 L’imitation du comportement d’un animal.


Les armes comme inspiration
D’après l’histoire de l’art militaire chinois, les techniques de combat avec armes se seraient développées antérieurement aux techniques de boxe. Celles-ci ne sont évoquées, de manière codifiée, qu’à partir des Ming (1368-1644). Le premiers ouvrage à répertorier des techniques de combat à mains nues étant le Jixiao xinshu, écrit par le général Qi Jiguang, dans lequel un chapitre entier est consacré à la boxe (Quanjing, ou « canon de la boxe »).

L’idée que des techniques de boxe furent conçus sur la base de techniques d’armes est difficile à concevoir pour le pratiquant contemporain de l’art martial. Celui-ci considère le maniement des armes comme l’aboutissement de sa technique à mains nues.

Et pourtant, l’homme a apprit à fabriquer des outils pour chasser et se protéger des animaux féroces qui le menaçaient quotidiennement dès la préhistoire.
Que ce soit pour la chasse ou pour l’autodéfense, les armes qu’il fabriquait nécessitaient un savoir faire dans leur maniement. Ce savoir faire, bien qu’acquit de manière empirique, n’exclut pas une transmission aux générations postérieures.
Comme nous l’avons vu précédemment, l’art militaire existe en Chine depuis très longtemps et les techniques de manœuvre des troupes ainsi que toutes les tactiques de combat aux champs de bataille sont extrêmement développées, ce qui sous entend une connaissance approfondie des pratiques guerrières dès le sixième siècle avant notre ère...





Armes de guerre datant de la dynastie de Shang (1766 BC - 1112 BC)




La possibilité que des connaissances militaires, acquises sur le terrain et dans les académies, aient été transmises à des villageois, ou même à des moines, par d’anciens officiers, est plus qu'envisageable.

Il est d’ailleurs intéressant de constater que les écoles de boxe les plus anciennes usent de techniques qui ne sont sans évoquer le maniement de certaines armes militaires de première et de deuxième ligne (sabre et hallebarde).
Les officiers militaires étaient des personnes cultivés (des lettrés recrutés sur concours mandarinaux en ce qui concerne les généraux). De plus, l’élaboration d’une théorie ou tactique de combat semble plausible pour une personne qui aurait déjà eu une expérience du combat, alors qu’elle reste difficile à concevoir pour le néophyte (moine ou paysan). Ceci n’aura pas empêché un remaniement et une évolution de ce savoir faire au cour de leur transmission par des personnes non militaires.
Il est alors tout naturel de penser que la maîtrise d’une arme fut à l’origine d’une tactique : Chaque arme possède une spécificité qui met en avant un ou plusieurs points important dans la façon d’aborder un combat à mort.

L’expert dans le maniement de la lance aura plutôt tendance à utiliser la ligne droite pour combattre car il lui est nécessaire de percer. Sa forme de corps va, au fil du temps, se plier au maniement de cette arme du fait de son poids et de ses caractéristiques techniques. L’expert au sabre, en revanche, aura plutôt pour habitude d’utiliser des mouvements circulaires, propres à la coupe.
Lorsqu’ils ont été maîtrisé, les principes découverts dans le maniement d’une arme sont applicables dans un combat à mains nues.
L’histoire du Xinyiquan tend à démontrer d’une façon explicite cette
théorie : Cette boxe fut créée par Ji Longfeng, ancien militaire à la cour des Ming. Il y avait étudié le maniment de la grande lance des six harmonies (liuhe daqiang) et avait été surnommé « la lance divine » par ses pairs.
On reconnaît jusque dans le Xingyiquan actuel, qui est une évolution du Xinyi, les attitudes qui sont propres au maniement de cette arme.



Expert de Xingyiquan maniant la lance au parc Ditan à Beijing




La combinaison de spécificité de plusieurs armes à la fois firent sûrement naître des réflexions encore plus approfondit...

On trouve également un nombre important de style caractérisés par des attitudes imitatives d’animaux.


Les animaux comme inspiration
L’origine des pratiques imitatives remonte aux Quanwu (Wuwu ou encore Jianwu), qui sont les premières traces de l’art martial en Chine. Celles-ci se présentent sous la forme de gravures sur poteries et terres cuites datées, pour les plus anciennes, de 1100 avant notre ère et qui représentent des personnages dans une gestuelle de combat rituel. Ces « danses martiales » (Wuwu), souvent imitatives du comportement d’un animal, relevaient probablement plus du rite chamanique que de la véritable techniques de combat. Leur but était alors de s’investir de l’esprit d’un animal.

L’idée originelle des boxes imitatives est bien de reproduire l’intention animal (Yi) et non les mouvements exacts (Xing). Il s’agirait donc de parvenir à combattre à la façon des animaux tout en gardant la spontanéité qui leur est propre.
Une fois encore, nous pouvons traduire cette façon de faire en parlant de tactique de combat.
« L’esprit d’un animal » au combat représentant, en fait , les caractéristiques quand à la tactique qu’il emploie fréquemment, sa vitalité.

Il semblerait donc que la création des boxes imitatives soit à la porté de chaque observateur de la nature et n’entretienne aucune relation avec un quelconque milieu militaire. Pourtant, s’il est possible de tirer des leçons de l’observation des animaux, il semble qu’une éducation martiale soit essentielle afin que ces leçons portent des fruits.
Il est impensable qu’un néophyte de l’art du combat puisse concevoir une tactique efficace uniquement par l’observation des animaux et de la nature et, même si c’était le cas, la mise en pratique nécessaire à cette élaboration viendrait à manquer.
Ainsi, nous sommes amené à penser que l’imitation animale a pu créer certains courants de boxe en se greffant sur des écoles de l’art militaire.


L’évolution
Il parait ridicule d’affirmer qu’une école est meilleure qu’une autre, ou bien qu’elle est plus « efficace », pour la simple raison qu’une tactique de combat est un choix stratégique : Pour mieux se protéger à l’est, on ne pourra que se découvrir à l’ouest.
Autrement dit : Chaque école à ses points forts et ses points faibles.

La théorie qui servait de fondement à une école pouvant être interprété de nombreuses façons, la transmission de l’art martial génére parfois de profonds bouleversements dans son aspect technique.
La diffusion des écoles a engendré des modifications dues à des interprétations personnelles, qui relevaient parfois d’un manque de compréhension ou encore d’une volonté d’améliorer une pédagogie. Parfois également, d’autres sciences que celles du combat ont contribuée à faire évoluer ces « tactiques de guerre » qui sont à l’origine des écoles de boxe :

Après les invasions par des peuples « barbares », lorsque les guerres se terminaient, certains militaires ayant résistés aux envahisseurs rentraient dans leur campagne natale pour se cacher et reprenaient, ainsi, une vie de simple paysan. C’est probablement ce qui se passa également pendant la période de chaos des cinq dynasties et des dix royaumes (618-960), après la chute de la dynastie Tang, lorsque de nombreux militaires et lettrés ressentirent le besoin de se retirer loin de la civilisation, dans les temples et monastères perchés sur des montagnes, à l’écart du monde. Là, la science du corps et de l’esprit pratiqué par les moines inspira probablement d’anciens guerriers qui perfectionnèrent leur science : celle du combat.
C’est ainsi que naquirent les écoles religieuses de boxe chinoise qui répondaient donc à d’autres attentes que celles des périodes de guerres.

Pour ce qui est de l’apparition de certaines écoles de boxe dans les campagne, plusieurs aspects sont à mettre en évidence :

Dans l’histoire de la Chine, il est arrivé à plusieurs reprises que des officiers militaires, recrutés après concours mandarinaux, soient placés dans des villages de campagne. Le but de cette pratique ayant été de constituer des milices. Ces dernières pouvaient servir de liaisons en cas d’attaque par des pays voisins et, le cas échéant, faire régner la loi dans les territoires reculés des campagnes. D’après certains historiens, c’est ainsi que naquit le village de la famille Chen (Chenjiagou), ce qui pourrait constituer une information complémentaire en ce qui concerne la naissance de la boxe Taiji.
Au début de nouvelles dynasties, certains résistants aux envahisseurs allaient se cacher dans des villages et finissaient par s’y établir. Ces anciens militaires, retirés, ont du parfois transmettre leurs connaissances dans l’art du combat à des membres de leur famille ou de leur village.


Chen Wangting, ancien militaire de la cour des Ming, "créateur" de la boxe de la famille Chen en compagnie de son garde du corps, Jianfa (tenant la hallebarde)




C’est donc sur des milliers d’années que s’est développé l’art martial chinois. Cette histoire, très longue, qui est à l’origine de sa formation lui a permit de s’imprégner de la tradition chinoise. Il est donc nécessaire de bien comprendre cette tradition pour avoir un aperçu juste de l’art chinois du combat.


Sources : Meir Shahar in "Ming period evidence of Shaolin martial practice" (Harvard journal of Asian studies), Jacques N'guyen et Thomas Dufresne in "Taijiquan, art martial de la famille Chen" (Budostore ), José Carmona in "De Shaolin à Wudang" (Guy tredaniel)

jeudi 20 mars 2008

La vie de Wang xiangzhai (5eme et dernière partie)


En 1945, après les événements du 15 août (capitulation japonaise), Wang xiangzhai va tous les jours aux aurores marcher jusqu’au temple bouddhiste Tai (Taimiao). Les élèves débutants se réunissaient avec lui pour s’entraîner au zhanzhuanggong.
Le nombre d’élèves croissait de plus en plus, si bien qu’à partir de 1947 Wang shaolan, Li jianyu, Chen haiting, Sun wenqing, Yu yongnian et d’autres mirent sur pied l’association pour la recherche et le perfectionnement de la boxe chinoise de Taimiao (actuellement, ce lieu est le palais du peuple et de la culture de Fandong à Beijing).
Là, dans le petit pavillon de l’extrémité sud-est, Wang xiangzhai nomma le président de cette association.
Il insistait alors particulièrement sur un des aspects les plus importants du zhanzhuanggong : le travail du yi sur l’esprit.
A cette période, les élèves étaient de plus en plus nombreux, et certains débutants qui souffraient de troubles nerveux que la médecine n’avait pas pu guérir eurent d’excellents résultats grâce à leur pratique. C’est ainsi que le développement du zhanzhuanggong médical débuta.



L'association pour la recherche et le perfectionnement de la boxe de Taimiao



En 1945, Wang xiangzhai a 60 ans.
Après la libération de Beijing (proclamation de la prise de pouvoir par les communistes), l’association de taimiao du arrêter ses activités. Maître Wang enseigna alors au parc zhongshan en hiver et dans un bois de l’extrémité nord-ouest de la ville en été.
Il enseignait alors le zhanzhuang pour la santé. C’est pourquoi, de tous les élèves du fondateur qui débutèrent l’étude après cette date, très peu reçurent un enseignement martial.
Wang xiangzhai, pendant ces années, s’était forgé l’idée que : Puisque zhanzhuang pouvait apaiser le système nerveux et circulatoire, il était donc un moyen de prolonger la vie. Pourtant, il n’y avait encore jamais eu d’étude traitant de cette idée, c’est ce qui influença l’orientation de ses recherches.
Selon lui : « L’intérieur est disponible et vide de toute tension, l’extérieur est haut et droit. La force s’exprime par une énergie agréable, générée par le principe de base de l’immobilité. De plus, les notions de dureté et de souplesse (gang/rou), de vide et de plein (xu/shi), de quiétude et de mouvement (dong/jing) ainsi que de tension et de relaxation (song/jing) se combinent pour donner une action complexe qui est, elle-même, un principe essentiel. »




Wang xiangzhai et quelques disciples dans les année 40




En 1955, Wang xiangzhai a 70 ans.
Il habite près de hepingmen (un quartier de Beijing).
Avec l’assistance du professeur Shen qiwu et du dentiste Yu yongnian, il fixa les vingt quatre postures du zhanzhuang médical. Le livre de monsieur Yu yongnian intitulé « Le zhanzhuang, une méthode d’amélioration de la santé », qui sera publié en 1982, décrit ce travail.
De plus, Wang terminera et apportera des corrections aux ébauches de ses trois publications qui sont : « Le traité du dachengquan », « La véritable voie de la boxe » ainsi que « Du bénéfice de l’étude de la boxe ».




Yu yongnian, disciple de Wang xiangzhai




En 1958, il a 73 ans.
Il travail alors avec l’hôpital de guanganmen à Beijing et contribue à la guérison de nombreuses personnes atteintes de troubles nerveux et circulatoires ainsi que d’autres maladies. La réputation du zhanzhuang médical (yangshenzhuang) est devenu importante, ceci n’est que le fruit des nombreuses années de recherche et d’approfondissement de Wang. Mais, comme il continuait a appeler son travail zhanzhuang sans jamais parler de qigong, les échanges avec les experts de ce milieu furent peu nombreux.



Wang xiangzhai et son disciple Li jianyu en 1958 au parc Zhongshan



1961, maître Wang a 75 ans.
Le directeur du département d’hygiène de la province du Hebei entendit parler de lui et l’invita à venir travailler à l’hôpital de Baoding. En 1962, lors d’une conférence sur le qigong, il démontra une forme libre du jianwu ainsi que des mouvements en fali. Ceci suscitera l’étonnement de l’assistance, incrédule.


Le 7 juillet 1963, Wang xiangzhai meurt à Tianjin des suites d’une maladie, à l’âge de 78 ans.
Il aura consacré toute sa vie à l’art de la guerre et du combat, à la santé, ainsi qu’à la recherche sur la prolongation de la vie et aura synthétisé tout son travail et toutes se connaissances au sein du zhanzhuanggong.


Il fut le premier à abolir le travail des taolu, pour enseigner les principes de la forme (xing), de l’intention (yi), de la force (li), du souffle (qi) et de l’esprit (shen).

Il enseigna que « L’immobilité est une forme évoluée du mouvement. ».





Wang xiangzhai (1885 - 1963)




Ses pensées furent les suivantes : « L’étude de la boxe est une voie. Elle entraîne le corps, forge le caractère mais elle doit également être un entraînement de l’esprit. On peut en tirer le bénéfice de la sagesse ainsi qu’une solide connaissance du fonctionnement des forces corporelles. Mais pour pouvoir utiliser cette force cachée, il faut progresser pas à pas. Dans la réalisation du travail, on a la fonction d’exploser au moindre effleurement de l’adversaire. Il est, cependant, nécessaire de réaliser une étude conjointe du combat avec la santé et de ne pas voir le combat comme une finalité en soi. »

Wang xiangzhai fut l’ambassadeur du monde de l’art martial chinois mais il fut également un grand enseignant, un grand réformateur et un grand théoricien de la boxe. Il propagea l’art de la boxe chinoise des ancêtres et le fit découvrir au monde entier.





mardi 18 mars 2008

La vie de Wang xiangzhai (4eme partie)



En 1939, Wang xiangzhai a 54 ans.
Il enseigne dans un parc des ruelles de jingyu (jingyu hutong), dans le quartier dongcheng de Beijing. Les étudiants de la classe de combat étant devenus trop nombreux, le cour est déplacé jusqu’aux ruelles de dayang yiping dans le quartier de dongdan. Plus tard, il sera encore déplacé aux ruelles de gongxian à dongsi.



Wang xiangzhai et quelques élèves, début des années 40




Wang est devenu le véritable porte-parole de l’art martial chinois et, il fait paraître dans le journal quotidien de l’époque une déclaration publique : Il serait très honoré de recevoir dans sa maison de gongxian, toutes les personnalités de la boxe chinoise qui souhaiteraient lui proposer leur point de vue et leurs conseils afin qu’ils puissent faire avancer conjointement le développement de l’art chinois du combat.
Des personnalités de nombreuses écoles et de nombreux styles réputés se déplacèrent alors pour lui rendre visite.
Zhou ziyan, Hong lianshun, Han xingqiao ainsi que Yao zongxun étaient, tous les quatre, spécialement désignés pour relever les défis, au cas ou l’un des visiteurs aurait voulu combattre.
Dans ce cas, l’invité devait d’abord battre un de ces disciples pour pouvoir affronter Wang.
On peut faire remarquer que, de tous ceux qui vinrent chez Wang, aucun ne repartit sans être convaincu de ses arguments !


Extrait de l'interview de Wang xiangzhai




C’est à cette époque que le yiquan fut désigné comme une nouvelle école de boxe ayant vu le jour à Beijing. En effet, monsieur Zhang yuheng l’avait nommé dachengquan, le sens étant : La boxe qui fait la synthèse de l’art martial chinois.
A ce moment, Wang xiangzhai fut dans une position où il lui était difficile de refuser cette appellation. Le nom de dachengquan est donc parvenu jusqu’à nos jours indépendemment de sa volonté et ne fut pas de son initiative.
Il disait souvent : « L’étude de la boxe n’a pas de limite, comment put-elle avoir un accomplissement suprême ? » (Aboutissement, grand accomplissement étant, par ailleurs, un autre sens du mot dacheng).
Dans le manuscrit qui est à l’origine du « Traité du dachengquan » (dachengquanlun), il y avait un passage qui définissait l’art ainsi : « Plongeant ses racines dans le passé mais sans origine précise. »
Dans son livre « Points essentiels de la voie de la boxe », qu’il avait écrit bien avant, il dit dans sa première phrase : « Les racines de la boxe qui se trouvent dans nos cœurs ont pour nom grand accomplissement. ».
Cette phrase est, en quelque sorte, l’origine du yiquan, également appelé dachengquan.
Les premières ébauches du « Traité du dachengquan » ont vu le jour en 1929, sur les fondations de « La véritable voie du yiquan » (publié à Hongkong en 1983). Ce livre avait pour but d’exposer clairement la théorie de la boxe et de révéler publiquement au monde des arts martiaux la transmission, jusqu’alors secrète, du zhanzhuanggong. Il y énuméra également les erreurs commises en général, ainsi que leurs origines et expliqua pourquoi les taolu (formes codifiées) ainsi que les méthodes étaient nuisibles. Il y prônait un entraînement tourné vers l’acquisition de la véritable force interne en abolissant les tao et les méthodes préétablies.




L'article de Zhang bi nommant la boxe de Wang xiangzhai "Dachengquan"


En 1940, Wang xiangzhai a 55 ans.
A Tokyo, le Japon a organisé une grande compétition d’arts martiaux d’Asie. La Chine y est invitée et c’est Wu tianxi qui, en relation avec le nouveau gouvernement de Nanjing (Nankin), se chargera de demander expressément à Wang xiangzhai d’y représenter le « pays du milieu » (Le gouvernement de Nanjing fut le gouvernement des collaborateurs sous l’occupation japonaise). Finalement Nanjing choisira un certain Ma liang pour être à la tête de la délégation. Wang ayant prétexté une maladie pour s’y soustraire, tout en proposant à Wu tianxi d’inviter préalablement l’équipe japonaise en Chine afin de les rencontrer et d’échanger leur expérience avec celle des chinois.
Après cet événement, l’expert de judo kenichi Sawai ainsi que d’autres (Watanabe, Hino, Harada…) vinrent successivement rendre visite à Wang xiangzhai afin de comparer leurs arts au combat.
Aucun ne repartit au Japon sans être convaincu.


Kenichi Sawai, lorsqu’il vint pour la première fois rendre visite à Wang, celui-ci habitait alors dans le très beau « couloir des dix mille caractères » (à Zhongnanhai, l'équivalent chinois du palais de l'élysée), le trouva en train de balayer sa cour intérieure. Sawai entra dans cette même cour et demanda si monsieur Wang xiangzhai était là. On lui répondit qu’il s’était absenté, et Sawai demanda à rester chez lui pour patienter. Il posa alors à ce monsieur la question : « Et vous, connaissez- vous l’art de la boxe ? »
L’homme répondit : « Je connais quelques bribes. » Et Sawai : « Puis-je essayer de combattre avec vous ? »
Wang rétorqua : « Bien sûr ! »
Le japonais avança vers son adversaire dans une garde de jujutsu en essayant de saisir ses bras dans l’idée de le projeter. Au moment où il l’agrippa fermement, Wang leva ses deux bras simultanément, ce qui eut pour effet de plaquer Sawai au sol en une projection subtile.
Le japonais fut ébahi. Il venait de voir, l’espace d’un court instant, ce monsieur débordant d’énergie, le regard lumineux et d’une extraordinaire habilité, lui qui n’avait l’air de rien quelques minutes auparavant.
Il s’exclama alors : « Vous êtes Wang xiangzhai ! ». Et le visage de celui-ci s’anima d’un sourire.
Kenichi Sawai se releva, salua Wang en s’inclinant très bas et lui demanda : « Puis-je réessayer ? »
Et Wang : « Bien sûr ! ».


Le livre publié par Kenichi Sawai en 1976, présentant l'école qu'il avait créé : le Taikiken


Dans son livre « La boxe de la grande énergie (taikiken), une méthode de boxe chinoise pour le combat réel. » publié en 1976, Sawai raconte : « A cette époque, j’étais cinquième dan de judo, quatrième dan de kendo et d’iaido, j’étais jeune et fougueux, sûr de moi. J’ai saisi fermement les poignets de monsieur Wang afin de le projeter et ce fut moi qui allait au sol. Je l’ai alors ressaisi par sa manche droite et par le revers de sa robe de mon autre main, pensant lui porter un étranglement décisif. Monsieur Wang me demanda alors : « Vous avez bien saisi ? ».
A peine avais-je répondu oui que mes mains furent littéralement arrachées de sa robe, me projetant violemment. Je ne savais vraiment pas ce qui s’était produit, ni comment j’avais été éjecté de la sorte. Je lui ai demandé à revenir essayer avec mon sabre en bois (boken). Ce que je fis de nombreuses fois ! Le résultat fut, à chaque fois, une défaite pour moi. Ma sensation était toujours la même : mon rythme cardiaque s’accélérait comme si mon cœur avait été touché et une peur étrange m’envahissait involontairement. Bien évidemment, les frappes qu’il m’infligeait étaient légères, mais je ressentais à chaque fois une douleur vive, comme si j’avais reçu une décharge électrique. C’était une sensation étrange, un peu comme si j’étais foudroyé en plein cœur !
Il y avait vraiment quelque chose de spécifique, une puissance écrasante que je n’avais encore jamais pensé rencontrer, provoquant une sensation de peur tenace. Aujourd’hui encore, lorsque j’y repense, j’ai l’impression de revivre ces événements, tellement leur souvenir est imprimé en moi.
Ainsi donc, je voulu essayer de l’attaquer au sabre, avec lequel je n’avais jusqu’alors jamais connu la défaite.
J’empoignais mon boken et monsieur Wang tenait dans sa main une baguette assez courte dont il se servait pour corriger ses élèves. J’ai attaqué et combattu avec résolution en utilisant mon boken mais rien n’y a fait, je n’ai pas réussi a le toucher une seule fois.
A ce moment, Maître Wang m’a appris une chose : Que ce soit un sabre ou une simple baguette de bois, toute arme n’est que le prolongement du bras. »



Le maître Kenichi Sawai combattait contre de jeunes élèves karateka jusqu'à un age avancé




Hino était l’ambassadeur japonais en poste à beijing. Il était, par ailleurs, instructeur sixième dan de judo à la 1420e unité de combat des forces armées japonaises. Il convint d’un rendez-vous avec Wang xiangzhai dans le quartier xicheng, à l’adresse de Yao zongxun et c’est là que devait se dérouler le combat.
Hino avait à peine saisi les poignets de Wang qu’il fut projeté dans un arbre qui se trouvait au milieu de la cour.
Dans sa chute il tomba en syncope et, lorsqu’il reprit ses esprits il s’écria : « C’est incontestable ! ».
Après cet épisode, Hino verra de ses propres yeux ce « miracle » à travers une peinture et un poème de l’artiste Qi baishi (Celui-ci habitait la maison d’en face et regardait régulièrement les élèves de Wang s’entraîner depuis sa maison).



a suivre...

lundi 17 mars 2008

La vie de Wang xiangzhai (3eme partie)

Wang xiangzhai séjourna quelques temps à Shanghai pour y enseigner. Durant cette période, il fut défié de nombreuses fois mais ne perdit aucun combat.




Wang xiangzhai, dans les années 30



Cette même année, un champion international de boxe anglaise poids léger, de nationalité hongroise, se trouvait à Shanghai pour superviser l’enseignement de cette discipline en Chine (Shanghai était la destination de prédilection des étrangers en Chine en raison de ses magnifiques quartiers coloniaux dans les concessions.).
Cette personne avait déclaré publiquement que l’art chinois de la boxe n’avait aucune valeur effective au combat.
Aucun expert n’avait osé proposer un combat. Wang prit alors l’initiative et proposa une rencontre.
Le jour venu, à peine les deux hommes s’étaient-ils trouvés face à face que le hongrois fut étendu sur le sol, inanimé. L’action n’avait pas même duré une fraction de seconde.


Imre Harangi (a gauche) lors de sa victoire aux jeux olympiques de Berlin face à Nikolai Stepulov.



Après son retour en Angleterre, il fit paraître dans le « London times » un article intitulé : « Les art martiaux que j’ai rencontrés en Chine. ». Il y racontait sa défaite face à Wang xiangzhai en ces termes : « J’ai eu l’impression de recevoir une décharge électrique ! » cette sensation l’avait profondément marqué (Après diverses recherches, ce témoignage n'aurait toujours pas été retrouvé. Cet article a t-il vraiment été publié ?)

En 1930, Wang a 45 ans, il vit à Shanghai.
Gao zhendong, Zhao daoxin, Zhang entong, les frères Han (xingqiao et xingyuan) - Toutes ces personnes avaient participé aux championnats de Chine de boxe - , ainsi que le double champion de shuaijiao (lutte chinoise) Bu enfu, vont tous devenir disciples de Wang.
Les frères Han, passeront par l’intermédiaire de leur père Hanyou pour être présentés au maître, monsieur Hanyou étant un élève de Li cunyi (disciple de Liu qilan et frère juré de Zhang zhaodong), il était donc de la même ligné que Wang.




Le milieu Shanghaien des arts martiaux vers 1930 : A l'extrême gauche Yang chenfu puis Sun lutang, Liu baichuan, Li jinglin et Du xinwu (du Ziranmen)



A partir de cette période, il distingua Zhao daoxin et You pengxi pour enseigner à sa place lorsqu’il partait en voyage. Ceux ci agissant sous son autorité pour transmettre l’art.


Zhao daoxin (photos du haut) et You pengxi (photo du bas)


A cette époque, Han xingqiao, Zhao daoxin, Zhang changxin et Gao zhendong sont appelés « Les quatre grands disciples de fer ».
Zhang changxin remporta les championnats de boxe de Shanghai, qui étaient ouverts au public.
Zhao daoxin, de son côté, arriva à la troisième place aux championnats de Chine de wushu en combat (sanshou).


De droite à gauche : Wang xiangzhai, Zhao daoxin, Zhang zhaodong. Deuxième en partant de la gauche : Gao zhendong




Celui ci, alors qu’il avait un poste d’enseignant de wushu à l’institut supérieur de fiscalité de Shanghai, reçut un jour la visite de monsieur Anderson qui dirigeait une compagnie d’escorte. Lors du combat, il fut projeté comme un cerf-volant dont la corde aurait cassé. Monsieur Anderson s’écria alors : « C’est l’art des démons! ».

C’est aussi à cette époque que la banque Mo de Shanghai entendit parler de la maîtrise incroyable de l’art de la boxe de Wang xiangzhai. Elle voulut investir de l’argent en lui proposant de monter une équipe de démonstration et de la faire partir à l’étranger afin de révéler le véritable art chinois de la boxe. Ceci, dans le but de réparer l’humiliation faite à la Chine, car les étrangers (japonais) la qualifiait de « nation malade de l’Asie ».
Malheureusement, l’événement politique du 18 septembre 1931 (invasion de la Mandchourie par les japonais) modifièrent ces projets qui ne purent avoir de suite.

En 1935, Wang xiangzhai à 50 ans.
Il emmène avec lui Bu enfu, Zhang entong, Han xingqiao habiter dans le nord. Il séjourne quelques temps à Tianjin puis s’en retourne dans le district de Shen, afin d’approfondir encore l’enseignement de ses disciples et de perfectionner leur maîtrise.
Selon les souvenirs de Zhang entong, lorsqu’il furent dans le district de Shen, l’entraînement fut extrêmement difficile : Maître Wang avait des exigences très sévères vis à vis de lui, si bien qu’après la pratique du zhanzhuang, il ressentait une douleur insupportable dans tout son corps. Ce fut difficile au point que l’idée de s’enfuir lui traversa l’esprit un moment.
En été, après la sieste de l’après-midi (la chaleur de l’après-midi est insupportable l’été en Chine, car très humide), chacun emportait avec lui un coq, puis le groupe allait sous un grand arbre en dehors du village, s’y asseyait et observait les combats entre ces coq afin de bien saisir le sens de « déployer ses ailes et s’étendre vers le ciel dans une attitude combative ».
Puis, tous pratiquaient les techniques de déplacement (mocabu).

Zhang entong, en 1950, rencontra le champion de Chine de shuaijiao (lutte chinoise), catégorie poids lourd : Zhang kuiyuan (il luttait en catégorie + de 95 kg).
Zhang kuiyuan était très grand et robuste. Il avait, dans les bras, la force de plusieurs hommes . Ses mains et ses pieds étaient de taille considérable.
Zhang entong, quant à lui, était de taille et de corpulence assez petite.
Après la rencontre entre ces deux hommes, Zhang kuiyuan fut, sans rancune, sincèrement convaincu.
Il comprit, à ce moment, que la puissance développée en yiquan était incomparable à la force employée habituellement. Il partit donc à Beijing afin de présenter ses respects à Wang xiangzhai. Lorsqu’il arriva dans sa maison, voyant Wang, il s’agenouilla convenablement et se frappa la tête sur le sol en signe de respect. Après cela, ayant expliqué la raison de sa venue, il entra dans l’école, parmi les disciples de Wang xiangzhai.

En 1937, Wang xiangzhai a 52 ans. Il se rend à Beijing sur l’invitation des messieurs Zhang bi (de son vrai nom Zhang yuheng) et Qi zhenlin et y reste pour s’y fixer. Là, il enseigne à une classe de l’institut des sports Sicun, diffuse le yiquan et commence la rédaction d’un ouvrage s’appuyant sur son expérience.

A cette époque, le très réputé Hong lianshun (deuxième génération après Zhang zhaodong), commence à réunir quelques disciples. Hong est de constitution très robuste et de grande taille, il a la force de plusieurs hommes et arrive à briser une brique neuve avec la paume de sa main.
Il entendit parler de Wang xiangzhai et entreprit le voyage afin de le rencontrer une première fois dans l’idée de lui proposer un combat…que Wang accepta avec le sourire!
Hong attaqua avec le tranchant de sa main et Wang, dans le même temps, leva son bras, expulsant l’énergie d’un bref fali. Cela suffit à projeter Hong sur le canapé qui se trouvait derrière lui. Celui-ci, étendu sur le sofa, regarda Wang d’un air ébahi, ne comprenant pas ce qui avait bien pu l’éjecter de la sorte.
Wang lui dit alors : « Maintenant que tu ne crains plus la défaite, relève-toi ! Essayons à nouveau que je te renvoie au même endroit ! »
Hong n’eut alors plus autant confiance en lui, il essayait seulement d’esquiver Wang de façon à ne pas se retrouver sur le sofa.
Il racontera plus tard à ses élèves : « A cet instant, je n’avais plus en tête qu’une préoccupation : Que sa technique m’envoie n’importe où pourvu que ce ne soit pas sur ce canapé ! ».
Pourtant Wang, bougeant ses deux mains en un éclair et se déplaçant d’une manière très précise, contraint Hong à prendre une position qui lui permit, avec le bon timing, de l’envoyer à nouveau sur le sofa d’un fali surprenant.
Cette fois, la violence du fali avait brisé les deux grosses poutres horizontales qui se trouvaient sous le canapé.


Hong lianshun, expert de xingyiquan et de baguazhang




Tel était le niveau de Wang xiangzhai : Il désignait un endroit et il arrivait ensuite, d’une frappe, à envoyer la personne à l’endroit précédemment cité.
Cette façon exceptionnelle de désigner d’abord le lieu et de frapper ensuite était comparable à l’exercice de tir sur cible. Mais lorsque l’on pratique du tir à l’arc ou au fusil, la cible est, en général, une cible morte ou bien on a le temps de viser et de préparer son tir. Avec un être vivant qui connaît vos intentions et qui peut user de toutes sortes de stratagèmes pour ne pas se laisser faire…
On peut dire qu’un tel niveau dans l’art de la boxe est un rêve lointain pour beaucoup de personnes.
Wang xiangzhai disait à ses élèves : « Les principes de la frappe du dachengquan sont : Peu importe que l’on soit centré sur l’adversaire ou pas, ce qui compte c’est d’être stable. Lorsque l’on frappe, en yiquan, cela doit procurer à la personne qui a reçu le coup une sensation agréable, qu’elle ait l’impression de n’avoir jamais rien ressenti de semblable auparavant, allant jusqu’à vous prier de la frapper à nouveau afin de goûter encore cette saveur étrange. »
Qui peut croire que des frappes répétées procurent des sensations agréables ?
Quel genre d’imbécile chercherait volontairement à se faire frapper à plusieurs reprises ?
C’est pourtant la description fidèle du niveau atteint par Wang xiangzhai : Il arrivait à contrôler la direction et la force de ses fali d’une manière extrêmement précise. Si bien qu’en libérant brutalement sa force interne, il tuait d’un coup. Par contre, s’il libérait une force légère, il laissait son adversaire ébloui, non sans une certaine douleur.

Monsieur Hong se prosterna à ses pieds, insista pour que Wang accepte son hospitalité afin de débuter l’étude sous sa direction. Il amènera à Wang xiangzhai la totalité de ses élèves et leur fera faire le koutou afin que ceux-ci étudient également le zhanzhuang du yiquan.
Parmi ses nouveaux élèves, son futur grand disciple Yao zongxun, mais également Dou shiming, qui deviendra célèbre pour avoir infligé une défaite au maître de lance du seigneur de la guerre de Beijing (Fu shuangyin).
Ainsi que d’autres non moins célèbres, comme Li yongzong (le premier professeur de Wang xuanjie), qui vaincra un boxeur italien…


Wang xiangzhai disait souvent : « Si l’un d’entre vous a l’intention de m’attaquer, le mieux est de ne rien me dire et de le faire dans mon dos, par surprise, afin de tester ma réaction. »

Il y avait, parmi les élèves de Wang, Li bogui, qui pratiquait le taijiquan depuis de nombreuses années ainsi que le zhanzhuanggong depuis peu. Cet homme, qui avait une force exceptionnelle, mesurait un mètre quatre vingts, pesait cent kilos et, de plus, possédait une vrai force interne de par son entraînement.
Un jour Li bogui mit les paroles du maître à exécution.
Alors qu’il était en train de passer le balai, il se trouva dans le dos de Wang et l’idée d’attaquer par surprise vint à son esprit.
Ayant lancé son attaque et alors qu’il était sur le point de toucher sa cible, Li vit distinctement la tête, les bras, les jambes puis tout le corps de Wang faire demi-tour et se retrouver dans une posture stable de jijizhuang juste en face de lui. Il fut alors éjecté violemment, se retrouvant allongé sur un lit, derrière lui. Tout ceci s’était déroulé en une fraction de seconde !




A suivre...

samedi 15 mars 2008

La vie de wang xiangzhai (2eme partie)


En 1918, Wang xiangzhai a 33 ans. En raison des troubles politiques qui sévissent à la capitale, l’enseignement de son habilité martiale doit s’arrêter provisoirement. Monsieur Wang s’en va alors dans le sud pour continuer son étude, rechercher des maîtres réputés et rencontrer des personnalités du monde de l’art martial.

Le but de son voyage est d’approfondir ses connaissances en sortant la boxe de l’obscurité qui l’entoure.

Il commence son périple par le mont Song (Songshan) dans la province du Henan et se rend au monastère de Shaolin afin d’y rencontrer le bonze Zhang henglin. Henglin y était alors connu sous le nom de « Trésor de la montagne tranquille » (Zhengshan zhi bao) et il était le détenteur de la transmission du Xinyiba (école du contrôle de l’esprit et de l’intention). Wang resta habiter au monastère Shaolin pendant quelques mois. Des échanges de point de vue avec henglin le firent changer d’avis quant à la conception de ses acquis.





Le moine Shi dejian pratique le Xinyiba d'une manière particulière...




Apres cela, Wang continua son périple et se dirigea vers le Hunan où il rendit une « visite de courtoisie » au grand maître de xinyi qui vivait à Hengyang, monsieur Xie tiefu.

A cette époque, monsieur Xie avait déjà 50 ans et ses capacités étaient nombreuses et extraordinaires. Les personnes capables de discuter de l'art martial avec lui étaient extrêmement peu nombreuses et beaucoup de gens pensaient qu’il était fou pour cette raison.

Wang n’arrivait pas à le vaincre tant en combat à mains nues qu’avec armes. Et, lorsqu’il voulut reprendre la route, rouge de honte, Xie lui dit : « Vous avez l’intention de revenir dans 3 ans n’est-ce-pas ? Je pense qu’il serait plus utile pour vous de rester ici quelque temps, afin de mettre nos connaissances en commun dans l’approfondissement de l’art. Vous n’auriez pas à en être embarrassé. Je suis âgé, toute ma vie durant j’ai rencontré d’excellents combattants, et malgré tout je n’en ai jamais rencontré un qui ait vos capacités. Je vous prie de rester, devenons amis en oubliant la différence d’âge. » (En Chine l’aîné prend une position supérieure. Ici, Xie prit Wang comme ami et non comme disciple, ce qui ôta tout rapport d’âge.)

Wang, épargnant les rapports de maître à disciple fut content de rester et demeura avec Xie pendant quelques années. A partir de ce moment, L’art de Wang xiangzhai devint vraiment supérieur et ce sont ces années qui lui ont permis plus tard de jeter les bases du Yiquan.
Lorsque Wang quitta le Hunan, monsieur Xie s’exprima à lui en ces termes : « Je ne me prononcerai pas sur votre niveau au sud du Changjiang, mais je pense qu’il n’y a personne au nord qui puisse rivaliser avec vous. »
Xie l’accompagna à la frontière du Hubei ou ils se séparèrent dans une grande émotion.


Ce n’est qu’en 1940 qu’un homme d’âge moyen arriva à Beijing à la recherche de Wang xiangzhai. Il commença par demander où il pouvait rencontrer une personne qui s’entraînait au zhanzhuang. Et c’est ainsi qu’il arriva jusqu’au domicile de Yao zongxun. Cette personne s’était présentée comme le neveu de Xie tiefu et, sur les dernières volontés de son oncle, il s’était rendu dans le nord à la recherche de Wang xiangzhai afin de savoir s’il avait une descendance ou non. Il disait que Xie, toute sa vie durant n’avait pas eu de descendance et trouvait cela regrettable. Il s’empressa de demander à Yao de lui montrer zhanzhuang, shili et fali.
Le neveu de Xie s’exclama alors : « Monsieur Yao est meilleur que moi, mon oncle doit sûrement être consolé, là où il est, de se savoir une des sources de cette transmission. »


En 1923, Wang xiangzhai a 38 ans, il continue son périple vers le Fujian où il cherche à rencontrer monsieur Fang yizhuang. Monsieur Fang était transmetteur du courant xinyi venant de Shaolin du sud (monastère du Fujian), il excellait également dans le hequan (boxe de la grue) et était d’une stature particulièrement imposante.
Il accueillit Wang très respectueusement, discutant avec lui de l’art martial et de sa théorie.
Au combat, sur dix assauts, Wang n’en remportait que quatre. Maître Fang dit : « Je remporte six victoires mais je gagne à chaque fois de justesse, marquant au dernier moment. Vos projections sont vraiment nettes et précises. Bien que n’ayant été défait, je ne peux pas admettre qu’il s’agisse de victoires. »

1925, Wang xiangzhai a 40 ans, en raison des problèmes politiques qui eurent lieu à cette époque (mouvement du 30 mai à Shanghai), il quitta le Fujian et retourna plus au nord.

En chemin, il rencontra à Huainan l’expert Huang muqiao de qui il apprit le jianwu (formes libres). Maître Wang a décrit cette pratique en ces mots : « Le corps bouge comme le flux et le reflux des vagues, l’intention permet de déployer la force comme si elle était immergée. Tel un dragon nageant ou une cigogne qui joue dans l’eau, se tourner et se retourner à l’instar d’un serpent effrayé. ».
En lisant ces phrases, on peut comprendre que monsieur Huang avait un niveau de pratique peu banal.
Ce niveau exceptionnel, il l’avait obtenu dans la pratique du xinyimen dont il était, lui aussi un grand monsieur.




Le maître Li jianyu exécute la forme de la grue du jianwu




Ainsi Wang xiangzhai pratique cette « danse martiale » : Surgir comme le dragon porté par une vague, s’abaisser tel un léopard embusqué dans un épais brouillard, reculer tel un serpent effrayé pour avancer tel un chaton…en étant souple comme si on n’avait pas d’ossature.

Monsieur Wang xiangzhai a donc voyagé dans le sud pendant quelques années, ce qui eut pour bénéfice, non seulement d’approfondir soigneusement ses connaissances dans l’art de la boxe, mais également de franchir la barrière qui permet d’accéder à un niveau hors du commun.
Parmi les disciples de Wang, peu nombreux sont ceux qui apprirent le jianwu. L’un des tous premiers et probablement le plus connu est Han xingqiao.
A chaque fois que le maître retrouvait ses amis pour discuter de l’art, il demandait à monsieur Han d’exécuter le jianwu pour illustrer ses propos.






Han xingqiao, exécutant son jianwu à plus de 80 ans



C’est cette année (1925), que Wang retourna sur son lieu de naissance et s’arrêta sur le tombeau de son premier maître Guo yunshen, afin de lui faire construire une plaque commémorative.
C’est cette même année que, vivant à Bejing, il reçut une lettre de Zhang zhaodong (éminent expert du xingyibaguazhang) qui vivait à Tianjin.
Cette lettre lui expliquait qu’il n’y avait pas d’école enseignant sérieusement l’art à Tianjin, les salaires étaient très bas et les élèves n’y apprenaient que des inepties.
Un centre d’entraînement une fois fondé, ils pourraient s’occuper des étudiants pour leur apporter du nouveau. On ne parlerait alors plus de travers sur la boxe aussi limitée à Tianjin.
Wang fit immédiatement ses bagages et se rendit au wuguan (salle d’entraînement) de Tianjin.
Wang connaissait le directeur de l’association qui s’appelait Xue et était un élève de Li zhenbang, le petit fils de Li luoneng (le maître de Guo yunshen). Selon la tradition, monsieur Xue était donc un « neveu » pour Wang xiangzhai et Zhang zhaodong (qui avait étudié avec Liu qilan, un autre disciple de Li luoneng).


Zhang zhaodong, disciple de Dong haichuan et de Liu qilan, fondateur du Xingyibaguazhang (photo : Xiaozhang)


Monsieur Xue avait déjà entendu parler de Wang et le connaissait de réputation, mais ne l’avait jamais rencontré. Et, donc, lorsque Wang entra dans le wuguan, il lui demanda d’une façon hautaine : « Quelle boxe es-tu venu apprendre ? »
Wang répondit : « J’ai entendu, il y a bien longtemps, que le maître Xue, grâce à sa forme du dragon, avait fait trembler Tianjin de sa réputation. Me l’enseigneriez-vous ? »
Monsieur Xue, sans plus réfléchir à ce que Wang venait de dire, avança sa main d’un air inconsistant, tout en s’asseyant.
Wang leva sa main et para celle de Xue en un éclair, ce qui eu pour effet de le déséquilibrer et de le projeter au sol.
Monsieur Xue, dont le niveau était déjà excellent, considéra silencieusement cet homme de corpulence chétive et de petite taille, qui était très élégant et surtout, impressionnant de par son calme. Cette personne venait pourtant de bouger avec une rapidité foudroyante. Xue renonça immédiatement au combat, ayant compris qu’il s’agissait de quelqu’un d’exceptionnel.
Avant même d’être parvenu à se relever il s’exclama à haute voix : « Oncle Wang ! ». Puis il s’adressa aux disciples qui étaient présents et l