mercredi 16 avril 2008

Yiquan et biomécanique. Première partie : L'homme debout

Science et tradition sont souvent placées en opposition alors qu’elles ne font qu’exprimer un même phénomène de façons différentes.
L’art martial traditionnel a pour objectif initial la survie de l’être humain, et ce, quelles que soient la situation dans laquelle il se trouve. Son age, sa taille, son poids, sa condition physique sont autant d’éléments qui ne devraient pas rentrer en compte pour réaliser cet objectif. L’idée de survie implique un respect des lois de la nature et du corps humain. Dans le combat, la pratique de l’art martial permet à une personne de faible corpulence ou d’age avancé de survivre face à une personne physiquement plus forte ou plus jeune. C’est le seul critère qui permet de distinguer l’art de la simple technique. L’art martial authentique enseigne un savoir faire. Celui-ci ne peut s’acquérir que par l’étude et le travail.

Pour mieux saisir les fondements biologiques de cette science antique, un retour aux origines de son apparition est nécessaire. « L’évolution biologique de l’homme » met en avant certaines particularités propres à l’espèce.
Ce sont ces particularités, que nous allons aborder maintenant.

L’homme debout
Selon les spécialistes, l’homme est devenu un être évolué, se distinguant ainsi des autres êtres vivants, du fait qu’il ait adopté la station debout.
L’ancienne civilisation chinoise avait déjà fait cette constatation des siècles avant notre ère, s’exprimant d’une façon plus imagée. L’homme, qui fait la liaison entre le ciel et le sol, posséderait donc les caractéristiques réunies de ces deux entités : Le caractère impalpable (forme ronde) du ciel attribué à son esprit et le concret (forme carrée) du sol à son corps.



Ancienne représentation taoïste de l'homme, entre ciel et sol.



D’un point de vue scientifique, par rapport aux références modernes que sont les nôtres la station debout de l’homme lui est permise grâce à un phénomène extérieur : La gravité.
Pour simplifier, la gravité est une force qui attire comme un aimant tout objet possédant une masse (le poids en langage non scientifique) vers le sol.
Un autre phénomène se produit alors en réaction à cette gravité : la force de réaction.
Pour expliquer ce phénomène, il faut comprendre que la gravité est une force, car elle induit un mouvement vers le sol.
L'immobilité exige un équilibre des différentes forces s'exerçant sur un sujet. Donc, si l’homme tiens debout sans s’enfoncer dans le sol, c’est que celui-ci produit une force contraire à la gravité qui va compenser celle-ci. Cette force de réaction s’applique au point de contact de l’homme avec le sol : ses pieds.



L'axe vertical gravitaire




Pour maintenir son équilibre l’être humain est doté d’une structure osseuse ainsi que de groupes musculaires.
Selon la théorie de l’évolution, le squelette humain s’est modifié pour passer d’une station « à quatre pattes » à une station debout.
Le premier point important pour comprendre la station debout est donc la structure de la colonne vertébrale. C'est le redressement de l’axe vertébral et son placement par rapport au bassin et à la tête qui lui confèrent les qualités essentielles à l’équilibre de « l’homme debout ».
Dans cette station, l'équilibre des forces est due à sa capacité à recevoir en permanence une force équivalente à son propre poids.
Pour cela, son axe vertébral joue le rôle d’une charpente qui encaisse la force de réaction. Celle-ci monte depuis le sol par ses jambes et va être « utilisée » pour soutenir le tronc et la tête.



La difficulté réside dans le fait que l’homme est constitué de plusieurs « blocs » reliés entre eux par les articulations. Pour ce qui est de tenir debout, ces « blocs » sont :


- les jambes (elles même sous-divisées en trois ensembles)
- le bassin
- la cage thoracique (laquelle supporte les bras)
- la tête



Les différents ensembles constituant le corps humain





D’un point de vue articulaire, les jambes sont directement reliées au bassin, puis bassin, cage thoracique et tête sont liés par l’intermédiaire de la colonne vertébrale. Chaque « bloc » est individuellement attiré vers le sol par la gravité, du fait de leur masse.
On pourrait comparer cet agencement osseux à une gigantesque pile d’assiette ou à un château de carte. Mais il semblerait alors que l’équilibre de « l’homme debout » relève du miracle, ce qui n’est pas le cas.


En effet, cet équilibre, malgré la charpente osseuse, n’est pas possible sans une action musculaire.


Les muscles du maintient postural
La tête de l’homme, qui se trouve au sommet de la structure osseuse que nous venons d’évoquer, pèse très lourd. Il en est de même pour le reste des ensembles qui constituent la charpente osseuse. Il va donc falloir consolider la structure à chaque articulation, jonction entre les différents blocs. C’est le rôle de certains muscles.
Comme nous pouvons le constater, « l’homme debout » de profil, n’est pas droit comme un « I ». Il est constitué d’un ensemble de courbes convexes et concaves , autrement dit de « creux » et de « bosses » qui, mises bout à bout et avec l’aide de ces muscles, doivent s’annuler pour provoquer l’équilibre.




Les différentes courbures de la colonne vertébrale



Les muscles qui « aident » au maintient de l’articulation vertébrale (tête, cage thoracique, bassin) sont constitués de fléchisseurs et d’extenseurs, ces deux catégories « s’auto neutralisant » ce qui provoque finalement une immobilité apparente, malgré une grande activité musculaire.
A cela il faut ajouter les deux bras, rattachés à la cage thoracique, dont le poids est également supporté grâce à une action musculaire qui entraîne une légère modification de la posture.
Chaque personne possède un équilibre qui lui est propre.
Autrement dit, il y autant de façons de se tenir debout qu’il y a d’hommes sur terre.
Notre équilibre résulte de notre « histoire anatomique », constituée des nombreuses habitudes dans lesquelles nous avons fini par nous installer au fil des années. Quelle que soit notre station debout, il y a toujours une action musculaire inconsciente à son origine et nous nous trouvons plus à l’aise dans une certaine position uniquement par habitude.



Différents schémas posturaux. En A, le schéma qui fait subir le moins de contraintes aux articulations



Plusieurs notions sont intéressantes à relever pour ce qui est du maintient postural :
Le travail quasi-permanent des muscles qui participent au maintient postural n’est pas conscient. Cette constatation nous amène à prendre connaissance des différents types de muscles. Les muscles de l’ensemble du squelette contenant tous, dans des proportions variables, deux ou trois catégories de fibres distinctes aux propriétés différentes. Ces trois types de fibres sont :


- les fibres I ou S, dites fibres rouges ou lentes (S pour slow).
- les fibres II A ou FR, dites fibres blanches (ou rapides), résistantes à la fatigue.
- les fibres II X ou FF, dites fibres blanches (ou rapides), fatiguables.


Chacun de ces trois type de fibre dépendrait d’un système moteur central différent.
Ce sont les fibres II A, rapides et résistantes, qui seraient sollicités pour le maintient postural. Celles-ci sont relié au système paléo-moteur qui dirige la motricité automatique posturale (non consciente).


L’homme est capable de tenir debout et, à partir de cette station, il va pouvoir exécuter toutes sortes de mouvements. Bouger requiert, alors, l’utilisation d’autres muscles...

(A suivre...)